Incendie de Thessalonique (1917)

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Carte de l'incendie de 1917

L'incendie de Thessalonique en 1917 est une des plus grandes catastrophes qui toucha la ville : par l'ampleur des destructions, mais aussi par les choix de reconstructions.

Contexte[modifier | modifier le code]

La vieille ville de Salonique construite essentiellement en bois était fréquemment soumise à des incendies le dernier en date à l'époque étant celui du 4-5 septembre 1890. Les populations étaient conscientes du risque et les Juifs de Salonique récitaient même une prière spéciale le jour de Yom Kippour l'une des plus importantes fête du calendrier juif afin que la ville soit épargnée des incendies[1]

La Première Guerre mondiale qui faisait rage voyait ici se mêler les troupes grecques, françaises, russes, italiennes, serbes et un intense trafic de débarquement du ravitaillement de cette Armée Alliée d'Orient; les tensions étaient importantes entre les différentes sensibilités royalistes et vénizélistes grecs, les turcs, les allemands, les bulgares, les français, les anglais, les orthodoxes, les catholiques, les juifs, les musulmans... et pour couronner le tout entre les instances civiles et le commandement militaire.

L'incendie[modifier | modifier le code]

En 1917, tout le centre de la ville est ravagé par un incendie catastrophique. Le feu prend le samedi 18 août vers 15 h. Il part d'une petite maison de réfugiés au 3 Olympiados dans le quartier de Mevlane situé entre le centre-ville et la ville-haute. Il aurait été causé par une étincelle provenant d'une cuisine et qui aurait atteint un tas de paille voisin. L'absence d'eau et l'indifférence des voisins empêchent l'extinction rapide du feu. De plus, un vent violent déplace le feu vers les maisons voisines, puis vers l'ensemble de la ville.

Le feu s'étend principalement dans deux directions. Vers le Diikitirio (préfecture) en passant par la rue Agiou Dimitriou et vers le marché en passant par la rue Leontos Sofou. Le Diikitirio est sauvé des flammes grâce à ses employés qui accourent pour prévenir l'arrivée du feu. Le vent se renforçant encore, le feu se dirige vers le centre de la ville. Au matin du 19, le vent change de direction et les deux fronts principaux de l'incendie détruisent le centre commercial de la ville. À midi, le feu s'approche d'Aghia Sofia, mais l'épargne et se dirige plus à l'est, remontant la rue Ethnikis Amynis, où il s'arrête. Il s'éteint le soir du dimanche 19 août. En trente-deux heures, 9 500 bâtiments sont détruits, laissant 70 000 personnes sans abri[2].

L'hôtel Splendid ravagé par l'incendie
Incendie de Salonique recto - 19 au 22 août 1917 : Histoire des faits relatés par les correspondants à Salonique
Incendie de Salonique verso - 19 au 22 août 1917 : Histoire des faits relatés par les correspondants à Salonique

Les quantités d'eau à Thessalonique sont limitées du fait que la plupart des réserves sont utilisées par les camps militaires alliés dans les faubourgs de la ville. De plus, la ville n'est pas pourvue d'une brigade de pompiers. Seuls quelques pompiers travaillent à titre privé pour des compagnies d'assurance. Ils ne sont généralement pas ou peu entraînés et disposent de vieux équipements.

L'espoir de Thessalonique réside en l'intervention des Alliés.

Bilan[modifier | modifier le code]

Environ 72 500 personnes sont touchées par l'incendie. Selon le rapport Pallis, les différentes communautés sont touchées ainsi : 50 000 Juifs, 12 500 orthodoxes, 12 000 musulmans. L'aide aux victimes se met en place les jours suivant l'incendie. Les autorités grecques construisent 100 maisons pouvant loger 800 familles. Les autorités britanniques établissent trois campements avec 1 300 tentes qui hébergent 7 000 personnes. Les Français établissent un campement permettant de loger 300 familles. Les Croix-Rouge française, britannique et américaine distribuent de la nourriture aux sinistrés. Beaucoup de Juifs, ayant tout perdu, quittent la ville pour l'Europe occidentale, principalement la France ou pour la Palestine[réf. nécessaire].

Le feu détruit 32 % de la superficie totale de la ville, soit environ un kilomètre carré. La partie incendiée est délimitée par les rues Aghiou Dimitriou, Leontos Sofou, Nikis, Ethnikis Amynis, Alexandrou Svolou, et Egnatia. Cette zone est appelée "pirikaystos zoni", "πυρίκαυστος ζώνη" (zone incendiée) dans des documents officiels et simplement "kammena", "καμμένα" (incendiée) dans le langage populaire. Les dégâts matériels sont alors estimés à plus de huit milliards de livres-or[réf. nécessaire].

Parmi les bâtiments incendiés, on peut noter le bureau de poste, la mairie, les compagnies du gaz et de l'eau, la Banque ottomane, la Banque Nationale, les dépôts de la Banque de Grèce, une partie de l'Église Saint-Démétrios, deux autres églises orthodoxes, douze mosquées, le siège du Grand Rabbin et ses archives et 16 des 33 synagogues. Les imprimeries de la plupart des journaux (Thessalonique abritait jusqu'alors le plus grand nombre de journaux de Grèce), dont la plupart ne peuvent reparaître. Environ 4 096 des 7 695 boutiques de la ville sont aussi détruits, laissant 70 % des Thessaloniciens sans travail[réf. nécessaire].

Reconstruction de la ville[modifier | modifier le code]

Plan de la nouvelle Thessalonique par Ernest Hébrard.

Eleftherios Venizelos interdit la reconstruction de la ville tant qu'un nouveau plan établissant une ville moderne n'est pas élaboré. Le gouvernement grec décide d'exproprier la zone incendiée qui appartient à 4 101 propriétaires dont les 3/4 sont Grecs[3]. Pour cette reconstruction, trois commissions sont formées : la première dresse les relevés topographiques et cadastraux ; la seconde, appelée Commission internationale du plan de Salonique et dirigée par Ernest Hébrard travaille sur les plans de la ville ; la troisième, dirigée par le ministre des transports Alexandros Papanastasiou, rédige une loi facilitant l'exécution du plan[3].
Le plan de la commission introduit en Grèce les tracés classiques, axes et diagonales, la hiérarchie du réseau routier, la centralisation des services administratifs, la mise en valeur des monuments et la préservation des quartiers pittoresques[3].

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Papastathi Haral., "A Memorandum on the Fire of Thessalonica in 1917 and the Care of Victims", Society of Macedonian Studies, Thessaloniki, 1978.
  • Karadimou Gerolympou Aleka, "Chronicle of the Great Fire", University Studio Press, Thessaloniki, 2002.
  • Papastathi Haral. - Hekimoglou E., "Thessalonica of Fire: 18-19 August 1917", Thessalonikeon Polis, vol.11, septembre 2003.
  • A. Yerolympos, « La part du feu », in G.Veinstein, Salonique 1850-1918

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Mark Mazower, Salonica city of ghosts, p.301.
  2. Le grand incendie de Thessalonique sur www.mlahanas.de
  3. a, b et c A. Yelorympos, La part du feu, p.263 in G.Veinstein, Salonique 1850-1918