Implicature conversationnelle

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L'implicature conversationnelle est un terme de la linguistique pragmatique forgé par le philosophe Paul Grice[1], qui explique ce concept à l'aide de ses maximes [2]. Elle se réfère à ce qui est suggéré ou signifié par un locuteur, de façon implicite. L'implicature n'est pas une propriété sémantique de l'énoncé lui-même, contrairement à une présupposition implicite de celui-ci. Par exemple, en énonçant la phrase « Marie a eu un bébé et s'est mariée », le locuteur suggère que Marie a d'abord eu un bébé, puis s'est mariée. Mais cet énoncé demeure vrai, au sens strict, sémantique, si elle s'était d'abord mariée, avant d'avoir un bébé. Si on ajoute la proposition « pas forcément dans cet ordre » à cette phrase, alors son sens n'est pas altéré, mais l'implicature disparaît.

Implicature et implication[modifier | modifier le code]

La notion d'implicature diffère de celle, utilisée en pragmatique, d'implication. Par exemple, l'énoncé « le président a été assassiné » ne suggère pas simplement qu'il est vrai que le président est mort, mais exige cela. En outre, une implication ne peut être annulée, contrairement à une implicature qui peut disparaître si on ajoute une proposition.

De caractère pragmatique, l'implicature se distingue aussi d'une présupposition implicite, qui est de nature sémantique[2].

Implicature conversationnelle et implicature conventionnelle[modifier | modifier le code]

Grice distingue entre le sens conventionnel, objectif, d'un énoncé, et son sens subjectif, selon ce que le locuteur voulait dire. Il distingue alors deux types d'implicature: l'implicature conversationnelle dépend du contexte de la conversation, tandis que l'implicature conventionnelle dépend de l'énoncé lui-même [1]. Celle-ci fait donc référence à la sémantique, celle-là à la pragmatique. Ainsi l'échange:

– Vas-tu à la fête ce soir?
– Non, je travaille.

Cet énoncé a une implicature conversationnelle: la réponse « non, je travaille », veut dire que je n'irai pas à la fête. Mais elle aura un autre sens dans un autre contexte conversationnel. Un énoncé doté d'une implicature conventionnelle pourrait prendre, par exemple, la forme suivante: « Il est anglais; dès lors, il est courageux. » Ce qui implique, mais de par la sémantique même de l'énoncé (en particulier la présence du « dès lors »): « les Anglais sont courageux ».

Une implicature conversationnelle peut aussi être conventionnelle au sens d'habituelle, par exemple « quelques sportifs fument ». Cela implique habituellement, mais non logiquement, que « tous les sportifs ne fument pas »: on pourrait parfaitement ajouter « d'ailleurs, tous les sportifs fument ». Ainsi quelqu'un qui dirait « quelques sportifs fument », pensant lui-même que tous fument, ne mentirait pas: il tromperait son interlocuteur, dans la mesure où cet énoncé implique, de façon conversationnelle, mais non sémantiquement, que tous les sportifs ne fument pas[1].

À l'inverse, un locuteur peut impliquer quelque chose en prononçant une phrase dotée d'une implication sémantique. Soit l'échange suivant:

– Personne n'a jamais fait de saut en longueur au-delà de 8,50 mètres.
Bob Beamon a sauté 8,90 mètres aux Jeux olympiques de Mexico.

Ici, celui qui répond implique, par le contexte conversationnel, que quelqu'un a bien sauté au-delà de 8,50 mètres; sa réponse implique en effet, de façon logique, que si Bob Beamon a sauté 8,90 mètres, alors il a fait un saut de plus de 8,50 mètres[2]. L'implicature conversationnelle n'est donc pas incompatible avec une implication logique de l'énoncé lui-même [2].

Le contexte conversationnel lui-même peut annuler une implicature conversationnelle conventionnelle, comme c'est le cas pour les euphémismes [1].

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]