Immortelle du Zugzwang

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La partie immortelle du Zugzwang est une partie d'échecs jouée en mars 1923 entre Friedrich Sämisch et Aaron Nimzowitsch lors du tournoi de Copenhague[1] qui se conclut par une situation extrêmement rare : en plein milieu de partie, tous les coups que Sämisch pourrait jouer détérioreraient sa position. D'après Nimzowitsch, cette situation entre dans la définition du zugzwang, un point de vue contesté par d'autres auteurs. Le qualificatif immortelle est une référence à la partie immortelle (Anderssen-Kieseritzky, 1851).

La partie[modifier | modifier le code]

Chess zhor 26.png
Chess zver 26.png
Case blanche a8 vide Case noire b8 vide Case blanche c8 vide Case noire d8 vide Case blanche e8 vide Case noire f8 vide Roi noir sur case blanche g8 Case noire h8 vide
Case noire a7 vide Case blanche b7 vide Case noire c7 vide Reine noire sur case blanche d7 Case noire e7 vide Case blanche f7 vide Pion noir sur case noire g7 Pion noir sur case blanche h7
Pion noir sur case blanche a6 Case noire b6 vide Case blanche c6 vide Fou noir sur case noire d6 Pion noir sur case blanche e6 Case noire f6 vide Case blanche g6 vide Case noire h6 vide
Case noire a5 vide Case blanche b5 vide Case noire c5 vide Pion noir sur case blanche d5 Case noire e5 vide Tour noire sur case blanche f5 Case noire g5 vide Case blanche h5 vide
Case blanche a4 vide Pion noir sur case noire b4 Case blanche c4 vide Pion blanc sur case noire d4 Pion noir sur case blanche e4 Case noire f4 vide Case blanche g4 vide Case noire h4 vide
Case noire a3 vide Case blanche b3 vide Case noire c3 vide Fou noir sur case blanche d3 Reine blanche sur case noire e3 Case blanche f3 vide Pion blanc sur case noire g3 Pion blanc sur case blanche h3
Pion blanc sur case blanche a2 Pion blanc sur case noire b2 Case blanche c2 vide Fou blanc sur case noire d2 Case blanche e2 vide Tour noire sur case noire f2 Fou blanc sur case blanche g2 Case noire h2 vide
Case noire a1 vide Cavalier blanc sur case blanche b1 Case noire c1 vide Case blanche d1 vide Tour blanche sur case noire e1 Case blanche f1 vide Tour blanche sur case noire g1 Roi blanc sur case blanche h1
Chess zver 26.png
Chess zhor 26.png
Sämisch-Nimzowitsch après 25.Tc1-e1

Blancs : Sämisch, noirs : Nimzowitsch.

1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cf3 b6

Ces coups caractérisent la défense ouest-indienne, très moderne pour l'époque et caractéristique du jeu de Nimzowitsch.

4.g3 Fb7 5.Fg2 Fe7 6.Cc3 O-O 7.O-O d5 8.Ce5 c6 9.cxd5 cxd5 10.Ff4 a6

Fidèle à son système, Nimzowitsch accorde une importance particulière à la prophylaxie : contrer les menaces adverses, même si elles ne sont que latentes, avant d'en préparer soi-même.

11.Tc1 b5 12.Db3 Cc6 13.Cxc6 Fxc6 14.h3 Dd7 15.Rh2 Ch5!

À partir de ce stade de la partie, tous les coups de Nimzowitsch restreignent l'activité des pièces blanches, au point de les obliger à reculer jusqu'à la première rangée.

16.Fd2 f5 17.Dd1 b4 18 Cb1 Fb5 19 Tg1 Fd6 20 e4 fxe4!

Ce coup sacrifie un cavalier contre deux pions.

21.Dxh5 Txf2 22.Dg5 Taf8

L'idée du sacrifice est maintenant claire : les noirs doublent les tours sur la colonne f, ce qui leur donne un avantage bien plus important que le petit déficit de matériel qu'ils ont concédé.

23.Rh1 T8f5 24.De3 Fd3

Ce coup enlève la case c2 à la tour et b3 à la dame. Maintenant, les noirs menacent de gagner la dame par Te2, ce qui force le coup blanc suivant.

25.Tce1 (diagramme)

25…h6 0-1

Dans la position finale, Sämisch ne dispose d'aucun coup évitant une perte rapide de matériel.

Histoire[modifier | modifier le code]

D'après l'historien des échecs Edward Winter[1], cette partie passe inaperçue lors du tournoi de Copenhague. Richard Teichmann l'inclut dans le livre du tournoi, mais sans la faire sortir du lot. Il était courant à cette époque de décerner des prix aux plus belles parties, mais celle-ci n'en remporte aucun. C'est Nimzowitsch qui fait connaître sa propre partie, via un article dans le Wiener Schachzeitung en 1925, puis, la même année, son premier livre Die Blockade. Il s'y décerne lui-même des doubles points d'exclamation et des commentaires élogieux et trouve le nom Immortelle du Zugzwang. C'est à partir de là que les autres journalistes et commentateurs échiquéens reprennent la partie sous ce nom.

Critiques concernant le terme Zugzwang[modifier | modifier le code]

Le terme de zugzwang était, à cette époque, assez flou. Selon les critères stricts retenus par des auteurs comme Andrew Soltis[2] et Wolfgang Heindenfeld[3], lorsqu'un joueur est en zugzwang, il est forcé de jouer un coup immédiatement perdant. Ici, Sämisch pouvait rendre du matériel et garder une position, certes très inférieure, mais pas encore totalement désespérée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Edward Winter, « Zugzwang »,‎ 1997 (consulté en 6 décembre 2009)
  2. (en) Andrew Soltis, Chess to Enjoy, Stein and Day,‎ 1978 (ISBN 0-8128-6059-4), p. 55
  3. (en) Harry Golombek (editor), Golombek's Encyclopedia of Chess, Crown Publishers,‎ 1977 (ISBN 0-517-53146-1), p. 148

Articles connexes[modifier | modifier le code]