Ilium/Olympos

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Ilium/Olympos est une dilogie de science-fiction écrite par Dan Simmons. Les événements sont mis en place par des êtres ayant pris le rôle des dieux grecs. Comme la précédente série de Simmons, les Cantos d'Hypérion, c'est une forme de « science fiction littéraire » extrêmement basée sur l’intertextualité, dans ce cas entre Homère et Shakespeare, avec des références répétées aux romans À la recherche du temps perdu de Proust et Ada ou l’ardeur de Nabokov.

Comme la plupart de ses œuvres de science-fiction — et en particulier Hypérion, lauréat du prix HugoIlium démontre que Simmons écrit de la science-fiction douce comme le faisaient Bradbury ou Le Guin. Ilium est basé sur une approche littéraire proche du travail de Bradbury, mais décrit de plus amples segments de la société et d’événements historiques. Comme Le Guin avec son cycle de Hain, Simmons place l'action d’Ilium dans univers vaste et complexe et utilisant de la technologie plausible et des éléments scientifiques. Cependant Ilium diffère de n’importe quel travail de Bradbury ou de Le Guin par son exploration du très lointain futur de l’humanité, et les thèmes extra humains ou post-humains qui y sont associés. Ce roman, tout comme d’autres récents, observe la notion de singularité technologique où la technologie n’a pas besoin d’être prédite ou compréhensible.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Ilium et Olympos.

L’histoire de ces deux livres se concentre sur trois groupes de personnages principaux : celui du scholiaste Hockenberry, d’Hélène et des guerriers grecs et troyens de l’Iliade ; celui de Daeman, Harman, Ada et les autres humains de la Terre ; et celui des moravecs, dont particulièrement Mahnmut l’européen et Orphu d’Io. Les romans sont écrits à la première personne du présent quand centrés sur le personnage d’Hockenberry, mais passent à la troisième personne du passé durant le reste de l’histoire. Comme dans Hypérion où les histoires des personnages sont racontées au cours du roman avec les événements actuels comme trame de fond, les histoires des trois groupes de personnages sont racontées au fil de l’histoire, mais ne commencent à converger qu’à la fin.

Personnages d’Ilium/Olympos[modifier | modifier le code]

Humains à l’ancienne[modifier | modifier le code]

Les humains « à l’ancienne » de la Terre existent et sont une population stable d’un million selon les posthumains. En réalité, leur nombre est bien moins important que cela, aux environs de 300 000, puisque chaque femme ne peut avoir qu’un seul enfant. Leur ADN leur ajoute une poche génétique qui leur permet de stocker du sperme ainsi que de choisir le sperme du père des années après le rapport sexuel. Cette méthode de reproduction entraîne l’ignorance, pour de nombreux enfants, de leur père et le bris du tabou de l’inceste. Les humains à l'ancienne ne paraissent jamais plus vieux que la quarantaine car ils subissent des cures de rajeunissement tous les vingt ans.

  • Ada est la propriétaire du Ardis Hall et l’amante d’Harman. Elle reçoit Odysseus/Personne lors de son passage sur Terre.
  • Daeman est un homme avec un certain embonpoint approchant son deuxième vingt. À la fois homme à femmes et lépidoptériste, il est terrifié par les dinosaures. Au début d’Ilium, il est en gros homme immature et capricieux qui souhaite avoir des rapports sexuels avec sa cousine Ada (qu’il a vue nue alors qu’elle était adolescente) mais à la fin de l’histoire, il est devenu plus mature et fort.
  • Hannah est une amie d'Ada qui est à la fois une artiste et une inventrice. Elle est très attirée par Odysseus.
  • Harman est l'amant d'Ada. Àgé de 99 ans, il est, avec Savi, le seul humain sachant lire.
  • Savi, la juive errante, est la seule humaine à l'ancienne à ne pas avoir été faxée par les posthumains 1400 ans plus tôt. Elle a survécu durant tout ce temps en en passant l'essentiel en cryosommeil, s'éveillant seulement quelques mois par décennies.

Moravecs[modifier | modifier le code]

Nommés d’après le roboticien Hans Moravec, ce sont des organismes biomécaniques autonomes, conscients et auto-évoluant installés sur les satellites joviens. Ils ont été envoyés à travers le système solaire externe par les humains dans les temps perdus. La plupart des moravecs se décrivent comme humanistes et étudient la culture de ces temps perdus, dont la littérature, les programmes de télévision et les films.

  • Mahnmut l’européen est un explorateur des océans d’Europe et capitaine du submersible La Dame noire. C'est un amateur de l’étude de Shakespeare.
  • Orphu d’Io est un moravec extrêmement caparaçonné, adapté au vide et âgé de 1 200. Sa forme n’est pas sans rappeler celle d’un crabe. Pesant huit tonnes et mesurant six mètres de long, Orphu travaille dans la tore de sulfure entourant Io et apprécie Proust.
  • Les rocvecs sont un genre de moravecs vivant dans la ceinture d’astéroïdes et sont bien mieux adaptés au combat et aux environnements hostiles que les moravecs.

Scholiastes[modifier | modifier le code]

Les scholiastes sont des universitaires morts durant les siècles passés qui ont été reconstruits par les dieux de l’Olympe à partir de leur ADN. Leur mission est d’observer la guerre de Troie et de rapporter toute divergence se produisant entre leur observation et l’Iliade d’Homère.

  • Thomas Hockenberry est un professeur en littérature antique et un érudit d’Homère. Il est mort d’un cancer et est ressuscité par les dieux en tant que scholiaste. Il est l’amant d’Hélène.
  • Le professeur Keith Nightenhelser est le plus vieil ami d’Hockenberry et, comme lui, un scholiaste. Son nom provient du colocataire de Simmons au Wabash College qui enseigne actuellement à l’université DePauw.

Autres[modifier | modifier le code]

  • Les Achéens et les Troyens, héros et personnages mineurs, sont tirés de l'Iliade d'Homère ou d'autres œuvres de Virgile, Proclos, Pindare, Eschyle, Euripide et de la mythologie grecque.
  • Ariel est un personnage provenant de la Tempête qui est l'avatar de la biosphère.
  • Caliban est un monstre, fils de Sycorax et serviteur de Prospero, qu'un critique a décrit comme « un croisement entre Gollum et le monstre d'Alien »[1]. Il a été cloné pour créer les calibani, clones plus faibles de lui-même. Caliban parle de façon étrange, la plupart de ses dialogues provenant du monologue dramatique Caliban upon Setebos de Robert Browning. Dan Simmons a choisi de ne pas représenter Caliban comme « l'âme oppressée mais noble ployant sous le joug de l'impérialisme colonialiste et capitaliste » que les interprétations actuelles font de lui, mais comme « une ombre pâlissante, faible et politiquement correcte de la monstruosité ondulante qui avait fait frissonner le public au temps de Shakespeare... Shakespeare et son public avaient compris que Caliban était un monstre, prêt à violer et féconder la fille de Prospero à la moindre opportunité »[2].
  • Odysseus est l'Ulysse d'après son Odyssée, dix ans plus vieux que celui qui a combattu durant la guerre de Troie. Dans Olympos, il prend le nom de Personne, référence au nom qu'Ulysse donne à Polyphème le cyclope lors de leur rencontre.
  • Les Dieux de l'Olympe sont d'anciens posthumains qui se sont transformés en dieux grâce à la technologie de Prospero. Ils ont perdu le souvenir de la science au-delà de cette technologie, à l'exception de Zeus et d'Héphaïstos, et sont décrits comme étant à la fois préalphabétisés et postalphabétisés, raison pour laquelle ils prennent à leur service Hockenberry et les autres scholiastes. Ils résident sur l'Olympus Mons de Mars et utilisent la téléportation quantique dans le but de recréer la guerre de Troie sur une Terre alternative. Bien que les évènements de la guerre soient recréés d'après l'Iliade, les seuls à en connaître l'issue sont les scholiastes et Zeus, puisque ce dernier a interdit ce savoir aux autre dieux.
  • Les Posthumains sont d'anciens humains qui se sont élevés bien au-delà des limites naturelles de l'humanité et qui résidaient dans des anneaux orbitaux au-dessus de la Terre jusqu'à ce que Prospero fasse de certains d'entre eux des dieux de l'Olympe, les autres étant massacrés par Caliban. Ils n'ont pas besoin de corps physique mais, quand ils prennent une forme humaine, ils prennent uniquement celle d'une femme.
  • Prospero, personnage tiré lui aussi de la Tempête, est l'avatar de la logosphère, qui est une référence à l'idée de noosphère de Vladimir Vernadsky.
  • Setebos est le dieu de Sycorax et de Caliban. Il est décrit comme une seiche aux multiples tentacules et est présenté par Prospero comme étant un dieu arbitraire et tout-puissant.
  • Sycorax est une sorcière ainsi que la mère de Caliban. Elle est aussi connue sous les noms de Circé et de Calypso.
  • Le Quiet est une entité inconnue (probablement Dieu, d'après ce qu'en dit Prospero) qui s'incarne sous différentes formes. Il est la némesis de Setebos, dans ce qui pourrait être une sorte de lutte entre Dieu et le Diable où Setebos serait l'antagoniste à l'arrière-plan et Prospero et Ariel, les serviteurs du Quiet, les protagonistes d'arrière-plan.
  • Les zeks sont les petits hommes verts de Mars, des formes de vie basées sur la chlorophylle venant d'une Terre alternative. Leur nom provient d'un terme d'argot dérivé du mot russe sharashka, qui est un institut scientifique ou technique dont le personnel est constitué de prisonniers, ces prisonniers étant appelés zeks[3].

La science dans Ilium/Olympos[modifier | modifier le code]

Comme une grande partie des deux romans dérive de fictions impliquant des dieux et des magiciens, Dan Simmons l'a rationalisé à travers l'utilisation d'une technologie et d'une science futuriste incluant :

  • la théorie des cordes : transport interdimensionnel à travers des trous de brane.
  • la nanotechnologie fournit aux dieux leur immortalité et leurs pouvoirs ainsi que la plupart des fonctions cybernétiques possédés par certains humains.
  • une référence à l'idée de noosphère de Vladimir Vernadsky est faite pour expliquer les origines d'entités telles qu'Ariel et Prospero, le premier provenant d'un réseau de capteurs sans fil, et le second dérivant de la logosphère, l'univers de l'information basé sur le langage.
  • la théorie quantique et la gravité quantique sont utilisés pour justifier un certain nombre de choses, de l'immortalité d'Achille (sa mère, Thétis, ayant fixé la probabilité quantique de sa mort à zéro par tous moyens autres que l'arc de Pâris) à la téléportation et au pouvoir de métamorphose.
  • les ARNistes utilisent des techniques d'ADN recombinant pour redonner vie aux dinosaures et animaux préhistoriques.
  • le solipsisme panthéistique est utilisé pour expliquer comment des personnages provenant de mythes sont entrés dans le monde réel.

Armes[modifier | modifier le code]

  • Les humains à l'ancienne utilisent essentiellement des arbalètes ainsi que des fusils à fléchettes éparpillés dans diverses caches car ils ont perdu la technologie leur permettant de fabriquer des armes plus évoluées que l'arbalète.
  • Les dieux de l'Olympe utilisent des tasers, des boucliers d'énergie et des javelots en titanium.
  • Les moravecs ont à leur disposition des armes de destruction massive.

Termes spécifiques[modifier | modifier le code]

Ce qui suit est la définition de termes utilisés dans les deux romans et qui sont rattachés à l'histoire fictive ou à la science :

  • les ARNistes utilisent des techniques d'ADN recombinant pour redonner vie aux dinosaures et animaux préhistoriques. Dan Simmons a repris ce terme de ses Cantos d'Hypérion.
  • l'anneau équatorial est un anneau-monde, construit et occupé par les posthumains avant que Caliban et Prospero n'y échouent et que Caliban ne commencent à tuer les posthumains.
  • le système de nœuds fax prend un organisme vivant, établit sa structure, décompose ses atomes et en assemble une copie à la destination désirée. Cette copie est un fac-similé, ou fax, de l'original.
  • le dernier fax est un rayon dans lequel les 9 113 juifs du temps de Savi ont été suspendus par Ariel et Prospero en attendant d'être libérés quand les deux entités auront remis la Terre en état.
  • la firmerie est une pièce dans l'anneau équatorial où les humains à l'ancienne sont faxés tous les vingt ans, ou encore quand ils sont blessés ou tués, dans le but d'être soignés. S'ils sont tués, la firmerie supprime tout souvenir de leur mort pour réduire l'impact psychologique de cet évènement.
  • le Califat Global est un ancien pays qui a tenté d'annihiler toute population juive de la Terre, créant pour cela le virus Rubicon et programmant les voynix pour éliminer ceux qui auraient échappé à l'infection.
  • le virus Rubicon a été créé par le Califat Global dans le but d'exterminer toute personne juive mais eut l'effet inverse, tuant 97 % de la population mondiale alors que des scientifiques israéliens développaient un vaccin contre le virus.
  • le Turin est une pièce de tissu utilisée par les humains à l'ancienne qui, quand elle est drapée sur les yeux, permet de voir les évènements de la guerre de Troie, qu'ils croient être un divertissement créé à leur intention par les posthumains.
  • les voynix, nommés d'après le manuscrit de Voynich, sont des robots biomécaniques pouvant être programmés et dupliqués. Ils sont originaires d'un univers alternatif et le Califat Global, après en avoir acquis l'usage, s'en servit pour combattre la Nouvelle Union Européenne puis les envoya dans le futur où ils se dupliquèrent dans le bassin méditerranéen, menaçant les activités des posthumains. Prospero et Caliban créèrent les calibani pour les combattre avant que Prospero n'arrive à les désactiver. Après le dernier fax, ils furent reprogrammés pour servir les humains à l'ancienne.

Influences littéraires culturelles[modifier | modifier le code]

Les références de Dan Simmons dans ses deux romans incluent des œuvres, des personnages historiques et des personnages de fiction tels que Christopher Marlowe, Dracula de Bram Stoker, Platon, Gollum, le chien Pluto, Samuel Beckett et The Second Coming de William Butler Yeats ainsi que de nombreux autres. Outre ces références en passant, il en utilise d'autres de manière plus approfondie, façonnant ses romans par les exemples qu'il choisit, comme le 11 septembre et ses conséquences.

Ilium est influencé de façon thématique par l'extropianisme, peuplé comme il l'est par ces posthumains d'un lointain futur. Il continue à explorer ce thème dont le pionnier a été H. G. Wells dans la Machine à explorer le temps, à qui Simmons fait plusieurs références dans son travail. L'une de ces références les plus notables est quand Savi appelle les humains à l'ancienne les eloi, utilisant ce mot comme une expression de dégoût de cette société complaisante, privée de culture et ignorante de son passé.

On trouve également des allusions au travail de Vladimir Nabokov, la plus flagrante étant l'inclusion du Ardis Hall et les noms d'Ada, Daeman et Marina, tous empruntés à Ada ou l'ardeur. La société dans laquelle vivent les humains à l'ancienne ressemble à l'Antiterra du roman de Nabokov, parallèle à la Terre du XIXe siècle mais exempte de toute forme de répression ou de morale judéo-chrétienne. Simmons a aussi inclus l'affection de Nabokov pour les papillons à travers la passion de Daeman pour ceux-ci.

Mahnmut l'européen est introduit comme étant un spécialiste de William Shakespeare dès le premier chapitre où il apparaît, dans lequel il analyse le sonnet 116 dans le but de l'envoyer à son correspondant, Orphu d'Io. Le sous-marin de Mahnmut est nommé la Dame noire, allusion à un personnage d'un autre sonnet de Shakespeare. Et, bien sûr, la pièce de théâtre La Tempête est présente à travers les personnages de Prospero, Caliban et Ariel. On trouve également de nombreuses autres références à l'œuvre ou à des personnages de Shakespeare comme Falstaff, Henri IV et la Nuit des rois. Shakespeare lui-même fait une apparition dans un rêve de Mahnmut.

Les recherches proustiennes sur la mémoire occupent aussi une large place dans les romans, ce qui explique pourquoi Simmons a choisi de faire référence à Ada ou l'ardeur plutôt qu'à d'autres œuvres plus connues de Nabokov. Ada ou l'ardeur a été écrit dans une structure imitant quelqu'un se remémorant ses propres souvenirs, un sujet que Proust a exploré dans À la recherche du temps perdu. Orphu d'Io est encore plus passionné par Proust que Mahnmut par Shakespeare, considérant Proust comme l'ultime explorateur du temps, de la mémoire et de la perception.

La description d'Odysseus s'adressant aux humains à l'ancienne de Ardis Hall rappelle Jésus enseignant à ses disciples.

Accueil et distinctions[modifier | modifier le code]

Ilium a remporté le prix Locus du meilleur roman de science-fiction[4] et a été nommé au prix Hugo du meilleur roman 2004[5], et Olympos a fini second au prix Locus du meilleur roman de science-fiction 2006[6].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. John Clute, « (en) Excessive Candour: Arena Iliad »,‎ 16 juin 2003 (consulté le 22 décembre 2006)
  2. Dorman T. Shindler, « Science Fiction Weekly Interview with Dan Simmons »,‎ 18 août 2003 (consulté le 22 décembre 2006)
  3. Alexandre Soljenitsyne, Une journée d'Ivan Denissovitch
  4. (en) « Prix Locus 2004 », Locus
  5. (en) « Prix Hugo 2004 », Locus
  6. (en) « Liste des Prix Locus 2006 », Locus