If commun

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Taxus baccata

L’If commun ou If (Taxus baccata) est une espèce de conifères de la famille des Taxaceae. Très longévif, poussant lentement, c’est un arbre qui se prête bien à la taille. Il est parfois appelé if à baies.

Un peuplement d'if est appelé « ivaie ». Ces peuplements sont devenus rares. Ils sont protégés au titre d'habitat prioritaire en Europe. Les ivaies sont parfois ripicoles et certaines étaient ou sont encore (en Algérie par exemple) des bois sacrés[1].

Description[modifier | modifier le code]

L'if est un arbre qui mesure de 12 à 15 mètres de hauteur et peut atteindre 20 mètres de haut[2], mais la plupart des individus sont généralement plus petits. La forme est variable avec une cime irrégulière et un tronc court et noueux d'où partent des branches à quelques centimètres du sol. Les formes en buisson sont également fréquentes. L'écorce de l'arbre va du brun à un brun rougeâtre (parfois très foncé voire pourpre). L'écorce est assez fine et se détache généralement en fines écailles. Les feuilles sont des aiguilles souples, plates de couleur vert foncé dessus et vert plus clair dessous. Elles mesurent généralement entre 20 et 35 mm[3]. Les aiguilles sont insérées en spirale autour des pousses.

L’if est une espèce dioïque : les fleurs des pieds mâles, jaunâtres produisent au printemps un pollen jaune et abondant. Les fleurs des pieds femelles sont verdâtres et forment des fruits charnus, rouge vif : les « arilles » qui, jadis étaient consommées en confiture. Seule la chair du fruit n'est pas toxique[3]. Sucrés, les fruits sont consommés par les oiseaux qui en rejettent la graine dans leurs excréments, ce qui contribue à la diffusion et à la reproduction de l'espèce. La graine toxique n'est pas digérée par ces animaux.

La toxicité de l'if est due à un mélange d’alcaloïdes : taxoïdes, diterpènes cycliques estérifiés par des acides banals et par des acides aminés ou des composés voisins eux-mêmes amidifiés : taxine A, B, C, paclitaxel, 10-désacétylbaccatine III, taxiphilline, cephalomannine, etc. Un seul glucoside a été isolé, la taxicatine. La sève de l'if contient une huile irritante pour le tube digestif. En définitive, une centaine de composés ont été isolés chez l'if. La taxine qui est la substance la plus anciennement isolée est en général considérée comme responsable de la toxicité, mais il est vraisemblable que d'autres substances le soient également plus ou moins.

[réf. nécessaire]

Étymologie et histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : If (botanique).

Origine, distribution[modifier | modifier le code]

L’espèce est originaire d’Europe et d'Afrique du Nord[4].

En France, l'if est présent localement en sous-bois de hêtraie principalement, chênaie humide, plus rarement en sapinière.

L'if est devenu rare à l'état naturel : il a presque disparu des forêts et des prairies en raison des nombreux abattages (sauvages ou non) qu'il a subis au cours des siècles.

Il se rencontre en plaine dans le nord en Bretagne, Normandie, Vosges et plus souvent en basse et moyenne montagne dans le sud et en Corse où quelques ivaies ont survécu. Il se rencontre en peuplements reliques dans les massifs calcaires de Provence, principalement à la Sainte-Baume (1 148 m) à l'est de Marseille ; en ubac dans la hêtraie accompagné du houx. Il peut y atteindre 17 m de hauteur et un âge de 800 ans[réf. nécessaire]. En moindre mesure à l'ubac de la Sainte-Victoire (1 011 m) et des monts Auréliens (879 m), dans la forêt domaniale des Morières, et le long des cours d'eau.

Dans les gorges du Verdon, où il est encore abondant, certains sujets auraient plus de 1 000 ans d'âge[réf. nécessaire].

On peut trouver des ifs vénérables dans certaines communes, cimetières ou parcs de châteaux. À titre d'exemple, un if de la commune de Foulbec (département de l'Eure) a plus de 1 000 ans[réf. nécessaire]. De nombreux spécimens très anciens sont répertoriés en Allemagne[réf. nécessaire].

État des populations, menaces et protection[modifier | modifier le code]

Quelques reliques de peuplements d'ifs subsistent tant en Europe occidentale (en Belgique, peuplement de Barbençon ; en France, en Corse et aux alentours de la cascade du château du Nideck (Bas-Rhin) ; en Italie, dans les vallées proches de Tolmezzo dans la région du Frioul-Vénétie Julienne) qu'en Europe de l'Est (par exemple dans la réserve naturelle de Cisy Staropolskie en Pologne) ou à Plavno en Slovaquie.

Quelques reliques de peuplements d'ifs subsistent en Europe de l'Est (ici dans la réserve naturelle de Cisy Staropolskie en Pologne)

Malgré une tolérance exceptionnelle à l'ombrage, c'est une essence peu compétitive dont la régénération naturelle est considérée comme de plus en plus difficile — peut-être en raison d'une augmentation des populations d'ongulés en forêt — en raison d'un appauvrissement de la diversité génétique des populations d'ifs, et d'une dérive génétique au sein des petites populations isolées.

Il y a plus de plants femelles que mâles dans les populations et plus encore dans les petites populations (une étude suisse ayant porté sur 14 peuplements a noté que le nombre de femelles augmentait proportionnellement dans les petites populations (62 % en moyenne dans les peuplements de moins de 150 individus), que dans les populations de plus de 200 individus où l'on ne trouve que 53 % de femelles)[5].

Protection[modifier | modifier le code]

L'Union européenne considère maintenant ses peuplements comme habitat prioritaire.

En France, l’if fait l'objet d'une réglementation pouvant interdire « le ramassage ou la récolte et la cession [...] de ces végétaux »[6]. Cette réglementation est notamment mise en place dans le département des Hautes-Alpes[7]. Ses peuplements sont l'un des habitats prioritaires en Corse où il était autrefois très présent en accompagnement du pin laricio dans les forêts insulaires, mais où il a été presque éradiqué en raison de sa toxicité présumée pour le bétail. Il n'y subsiste plus que des reliques de peuplements dont certains sont menacés par le pâturage et les incendies. Il fait l'objet en Corse d'un plan de restauration (programme Life) en forêt territoriale du Fium’Orbu où les ifs sont bien conservés et en forêt territoriale de Tova où sa régénération semble encore difficile[8].

En Suisse, la fragmentation et l'éparpillement de petites populations a des impacts mesurés sur la diversité génétique de l'espèce qui ont été étudiés[5].

Utilisation[modifier | modifier le code]

Le bois d'if était très utilisé au Moyen Âge pour la confection des arcs et des arbalètes. Il est imputrescible et très stable en plus d'être à la fois robuste et d'une certaine souplesse — deux qualités essentielles pour un arc. Les Gallois, puis les Anglais en firent le longbow (arc long anglais), dont l'utilisation se révéla décisive lors de la bataille de Crécy au XIVe siècle[réf. nécessaire].

Horticulture[modifier | modifier le code]

L'if a été planté originellement dans les cimetières traditionnels, près des églises, puis dans les parcs et jardins, ce qui lui a probablement évité l’extinction au cours du Moyen Âge. On le trouve soit en pied isolé, soit sous forme de haies. Il en existe de nombreuses variétés ornementales. Une des plus répandues est l’if fastigié ou if d’Irlande, à port en colonne étroite.

Si l'on prend la circonférence pour déterminer leur âge, le plus ancien if de cimetière de France serait celui du Ménil-Ciboult dans l'Orne, avec une circonférence de 13 m mesurée à 1,30 m de hauteur. En outre, plusieurs sujets normands dépassent les 10 m[9], ce qui leur confère un âge supérieur à 1 000 ans[réf. nécessaire].

Il se prête très bien à l’art topiaire grâce à sa grande facilité de bourgeonnement, permettant de constituer toutes sortes de formes, cônes, boules, formes animales...

Ifs en topiaire dans les jardins du château de Villandry

Ébénisterie[modifier | modifier le code]

Son bois, d'une belle teinte orangée-rougeâtre, est très prisé des ébénistes et luthiers. Ses qualités acoustiques sont en effet exceptionnelles[réf. nécessaire]. Il est également très recherché en marqueterie et son prix est très élevé.

Il est également recherché en tournage et en sculpture pour le contraste entre le cœur et l'aubier de son bois. Ce bois, rouge foncé et très dur, était et est encore apprécié pour la fabrication de petits objets et pour le placage décoratif. On l'utilise également dans la fabrication de meubles (notamment en Angleterre), des balustres de balcon (en Suisse), comme bois à tourner (pièces de jeu d'échecs), pour imiter par teinture l'ébène (Allemagne) et comme piquets de clôture imputrescible.

Coupe d'une branche d'if
Sculptures en bois d'if

Médecine[modifier | modifier le code]

Des glucosides synthétisés â partir d'extraits de l'if, dont le Docétaxel, sont utilisés en oncologie pour traiter certains cancers mais avec beaucoup de précautions car ils sont très irritants. Actuellement, il est recommandé dans le traitement de

  • Cancer du sein
  • Cancer du sein métastasique
  • Cancer de l'estomac
  • Tête et du cou
  • Le cancer du poumon (à petites cellules non)
  • Cancer de la prostate
  • Tumeurs solides[réf. nécessaire]

[10] L'arbre était vénéré par les Celtes[réf. nécessaire]. Les feuilles étaient cuites pour en extraire un poison[réf. nécessaire]. Le médecin grec Dioscoride, chirurgien des armées de Néron, avait même peur d'être empoisonné en dormant sous ses feuilles[réf. nécessaire].

Variétés horticoles[modifier | modifier le code]

  • Taxus baccata 'Adperssa', feuilles très petites, de moins de 1 cm de long.
  • Taxus baccata 'Adperssa aurea', feuillage plus jaune.
  • Taxus baccata 'Amersfoort'. aiguilles très larges, presque ovales
  • Taxus baccata 'Cavendishii'.
  • Taxus baccata 'Compacta', forme naine.
  • Taxus baccata 'Dovastonii Aurea'
  • Taxus baccata 'Fastigiata' (if fastigié ou if d'Irlande). Forme élancée
  • Taxus baccata 'Fastigiata Aurea'
  • Taxus baccata 'Fastigiata Aureomarginata'
  • Taxus baccata 'Horizontalis', croissance horizontale.
  • Taxus baccata 'Lutea', fruits jaunes.
  • Taxus baccata 'Mt. Peel'
  • Taxus baccata 'Nutans'
  • Taxus baccata 'Overeynderi'
  • Taxus baccata 'Pyramidalis'
  • Taxus baccata 'Repandens'
  • Taxus baccata 'Semperaurea'
  • Taxus baccata 'Silver Spire'
  • Taxus baccata 'Standishii'

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bernard Boullard, Dictionnaire des plantes et des champignons, Estem, mai 2000 (voir p. 436)
  2. J. Lambinon et al., Nouvelle Flore de la Belgique, du Grand-Duché de Luxembourg, du Nord de la France et des Régions voisines, 2012, 6e éd., Jardin botanique national de Belgique, Meise, 1195 p. (ISBN 978-90-72619-88-4)
  3. a et b Fernand Moreau (direction), Botanique, Encyclopédie de la Pléiade, 1960, Gallimard, 1532 p., p. 844
  4. [1]
  5. a et b Karin Hilfiker, Marcus Ulber, Felix Gugerli, Peter Rotach,, Patrick Bonfils et Rolf Holderegger Comment promouvoir et régénérer l’if en Suisse ? Sylviculture ; La Forêt 1/04 ; waldwissen
  6. Arrêté du 13 octobre 1989 relatif à la liste des espèces végétales sauvages pouvant faire l'objet d'une réglementation préfectorale permanente ou temporaire
  7. Arrêté préfectoral du 22 novembre 1993
  8. Page du programme Life Pin Laricio
  9. Quelques circonférences de vieux ifs funéraires en Europe
  10. http://www.drugs.com/ingredient/docetaxel.html

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • R. Fitter, A. Fitter, M. Blamey, Guide des fleurs sauvages, Delachaux et Niestlé, Paris (1re éd. 1976), 7e éd. 2011, 352 p. (ISBN 978-2-603-01054-9)
  • D. Streeter et al., Guide Delachaux des fleurs de France et d'Europe, Delachaux et Niestlé, Paris 2011, 704 p. (ISBN 978-2-603-01764-7)