Taxus

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If commun poussant sur du granite dans les Pyrénées ariégeoises.
En raison de sa toxicité naturelle, l'if a peu de prédateurs.

Taxus est un genre de conifères de la famille des Taxacées qui comprend une dizaine d'espèces généralement nommées ifs.

Il fait partie des rares gymnospermes non résineux. Les botanistes le classent dans l'ordre des taxales, alors que les résineux ou conifères correspondent à celui des pinales. En outre, ce genre se distingue de la plupart des conifères par le fait que la graine n'est pas contenue dans un cône ligneux mais dans une arille.

Liste des espèces[modifier | modifier le code]

Description[modifier | modifier le code]

Les ifs sont de grands arbustes ou petits arbres dont la croissance est relativement lente. Leur durée de vie peut être très longue, de plusieurs siècles, voire des millénaires. Ces arbustes mesurent de 5 à 8 m et peuvent atteindre jusqu'à 20 m de haut. Le tronc dressé est recouvert d'une écorce rouge, les feuilles en forme d'aiguilles plates sont d'un vert foncé avec lequel tranchent les arilles rouges.

Les ifs coupés rejettent, au contraire de la plupart des conifères.

Arille et graine[modifier | modifier le code]

L'arille de l'if, est formée par l'hypertrophie du funicule, qui vient couvrir la graine. Elle est d'un rouge vif, attirant de nombreux oiseaux qui avalent indifféremment arille et graine. La pulpe très mucilagineuse des arilles est sucrée, mais la graine est hautement toxique. Toutefois, n'étant pas dégradée par le système digestif des oiseaux, la dissémination s'effectue sans porter atteinte à la santé de ces derniers. L'utilisation du terme "fruit" pour désigner l'arille est erronée de par l'absence d'ovaire comme pour tout gymnosperme (l'ovule est nu).

Toxicité[modifier | modifier le code]

Toute la plante est toxique pour de nombreuses espèces dont l'homme, sauf l'arille qui entoure l'ovule. La substance toxique est un mélange complexe d'alcaloïdes, de taxoïdes, diterpènes et d'acides ẞ-aminés de la famille des taxanes (dont on extrait le taxol (ou taxine)).

Étymologie[modifier | modifier le code]

Illustration d'un Taxus extraite d’Icones Stirpium (1591) de Mathias de l'Obel.

De taxus en latin, apparenté au grec ταξοσ par l'indo-européen qui désignent dans ces deux langues l'espèce Taxus baccata[1].

Le mot if remonte à un mot gaulois *ivos ou *īvos, d'un étymon celtique qui donne aussi ivin en breton, ywen en gallois, éo en irlandais. Une racine semblable existe en germanique *īwaz qui a donné īw en vieil anglais (yew en anglais moderne) et īwa en vieil haut allemand (Eibe en allemand moderne), dont semble dériver le prénom français Yves et peut-être également, dans une hypothèse alternative, le français if.

Même s'il est attesté dans l'anthroponymie gauloise (cf. Ivorigi, Ivomari, Ivanius, Ivonus, etc.), le terme *ivos fait place à un autre terme celtique, beaucoup mieux représenté, dans la toponymie : eburos (cf. *Eburiacum > Évry, Ivry; *Eburoialo- > Ébreuil, Avreuil; Envermeu; Évreux, etc.). Le celtique insulaire conserve aussi cette racine : irlandais ibar, breton evor.

Les autres langues romanes ont quant à elles un terme issu du latin taxus : italien tasso (corse tassu); occitan teis (dialectalement toish, gascon taish/teish); catalan teix; espagnol tejo; portugais teixo (galicien teixu) et roumain tisā.

C'est pourquoi on trouve dans la toponymie occitane des noms de lieux du type Teissières, Teyssières, Teyssieu, Teyssode signifiant « ivaie ». Il en existe quelques exemples isolés au nord : Tauxières-Mutry (Taxeriae 1228)

Les toponymes du type Ivoy, Livoye, Livaye, Livet « ivaie » sont rares et constituent des formations romanes très localisées (dont la plupart sont situées en Normandie). La distribution du terme if, uniquement au nord de la France, ainsi que le caractère tardif de son apparition dans la toponymie ont conduit certains chercheurs à le considérer comme un emprunt au germanique.

Utilisation[modifier | modifier le code]

L'utilisation de l'if est très appréciée dans la confection des arcs, notamment le célèbre longbow anglais. Il a fait ses preuves en matière de souplesse et de robustesse. Il est également recherché en tournage et en sculpture pour le contraste entre le cœur et l'aubier de son bois.

Coupe d'une branche d'if
Sculptures en bois d'if

Horticulture[modifier | modifier le code]

Ifs en topiaire dans les jardins du château de Villandry

En jardinage, l'if est souvent utilisé dans les parcs en art topiaire pour être taillé en diverses formes décoratives. On le taille facilement grâce à sa grande facilité de bourgeonnement.

Ébénisterie[modifier | modifier le code]

Son bois, d'une belle teinte orangée-rougeâtre, est très prisé des ébénistes et luthiers. Ses qualités acoustiques sont en effet exceptionnelles. Il est également très recherché en marqueterie et son prix est très élevé.

Il est considéré comme le meilleur pour la construction des arcs. En effet, il est imputrescible (comme le bois de teck notamment), et très stable en plus d'être à la fois robuste et d'une certaine souplesse — deux qualités essentielles pour un arc. Les Gallois, puis les Anglais en firent le longbow (arc long anglais), dont l'utilisation se révéla décisive lors de la bataille de Crécy au XIVe siècle.

Alimentation[modifier | modifier le code]

L'arille qui entoure la graine est comestible, quoiqu'assez insipide. Il faut bien sûr prendre garde à ne pas mordre la graine qui est très toxique, mais se contenter de la sucer. Son ingestion intacte ne présente par contre pas de danger.

Thérapeutique[modifier | modifier le code]

En 1971, les chimistes Wani, Wall et Taylor isolent une molécule, le paclitaxel ou Taxol extraite de l'écorce de Taxus brevifolia (if du Pacifique) - que l'on trouve en Amérique du Nord et surnommé le « médecin des forêts » - et qui a été utilisée pour ses propriétés anticancéreuses. On trouve dans les jeunes pousses des taxanes (molécules toxiques) qui contiennent des substances anticancéreuses. Seul inconvénient : sa rareté. 10 kg d'écorce d'If du Pacifique donnent à peine 1 gramme de produit actif[2]. Sachant qu'enlever l'écorce de ces arbres les tue. On a ensuite produit par hémisynthèse, à partir de la DAB-III une molécule présente dans les aiguilles de Taxus baccata, le taxotère, une substance voisine du taxol, mais deux fois plus efficace. Cette molécule est un des fleurons de la lutte anticancer, très efficace contre les cancers du sein, de l'ovaire, du poumon.

Symbolique[modifier | modifier le code]

L'if est le symbole de vie et de mort. Les anciens Celtes et une partie des Germains l'associaient à la mort. Jules César rapporte dans De bello gallico[3]que le chef éburon Catuvolcos se donna la mort en ingérant de l'if. Sa longévité (il peut dépasser 2 000 ans) et son caractère sempervirens dans des régions tempérées où les conifères étaient rares peuvent expliquer pourquoi cet arbre est lié à l'immortalité.

En outre, la langue d'oïl va conserver le terme celtique, plutôt que d'adopter le terme latin taxus comme la langue d'oc teis (gascon teish, catalan teix). Cela constitue peut-être l'indice d'une permanence, comme pour le chêne, de la perception celtique de l'arbre, renforcée par des apports germaniques postérieurs et notamment anglo-scandinave en Normandie. Lors de la christianisation, ce symbole païen va être récupéré par l'église dans les contrées où il était vénéré. Ainsi, il était systématiquement planté dans les cimetières d'Écosse, d'Irlande, d'Angleterre, de Normandie et de Bretagne, ailleurs en France cette coutume était plus rare et absente des régions méditerranéennes. La plantation dans les cimetières normands est notée par certains historiens locaux comme une habitude d'origine viking[réf. nécessaire] permettant de trouver facilement le bois pour fabriquer des arcs en cas d'urgence, sans avoir à battre la campagne pour trouver l'if nécessaire. On le trouve également au milieu de certains cloîtres, son centre symbolisant le paradis, en Irlande à l'abbaye de Muckross ou en Normandie à l'abbaye de Jumièges. Au contraire, en Provence par exemple, cet arbre était planté à l'entrée de la maison comme symbole de bienvenue.

Divers[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Couplan, Dictionnaire étymologique de botanique : Comprendre facilement les noms scientifiques, Lausanne,‎ 2000, 238 p. (ISBN 2-603-01182[à vérifier : ISBN invalide]), p. 216
  2. CHU ROUEN :Taxol
  3. Commentaires sur la guerre des Gaules, VI, 31.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « La traite des plantes », dans La Recherche, numéro 411, septembre 2007, page 50
  • Robert Bourdu et Yves Larvor, L'If, collection Le nom de l'arbre, Éditions Actes Sud
  • Henri Gadeau de Kerville, Les Vieux Arbres de la Normandie : étude botanico-historique Rouen, Société des amis des sciences naturelles de Rouen, 2 volumes, J.B. Baillière, Paris, 1890-1932.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]