Édom

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Édom est une région du Proche-orient ancien située au sud de la mer Morte, en Transjordanie et au sud de la Judée. Le terme est compris à la fois comme un peuple et un nom de région[1]. Comme les royaumes israélites et moabite, le royaume d'Edom apparaît à l'âge du Fer. Il dure trois siècles, de 845 à 552 environ, pendant lesquels il se confronte à ses voisins Juda à l’ouest et Moab au nord. Les Édomites connaissent leur pic de prospérité à l’époque assyrienne et babylonienne. Sous la pression des tribus nomades du désert, leur position se fragilise en Transjordanie. Alors que le royaume de Juda s’affaiblit, ils s’installent graduellement au sud de la Judée. L’invasion continue de populations arabes finit par les rendre minoritaires dans leur territoire historique de Transjordanie. À partir de la période Perse achéménide, le terme apparenté Idumée est utilisé pour désigner une région du nord du Néguev et de la Shéphélah peuplée d'Édomites ou Iduméens.

Selon la Bible, son ancêtre fondateur est Esaü, frère de Jacob (Israël). Il est allégoriquement identifié dans la tradition juive avec l'empire romain[N 1], et plus tard, avec la chrétienté.

Les monts d'Edom depuis la Aravah

Sommaire

Cadre géographique [modifier]

Géographiquement, Édom est divisé en trois régions : les hauts plateaux en Transjordanie, les basses terres dans la Aravah et le Néguev, conquis par les Édomites du VIIIe au VIe siècle av. J.‑C. Le territoire historique des Édomites se situe à la frontière du désert dans le sud de l'actuelle Jordanie. Il est approximativement délimité au nord par la rivière Zered, au sud par le wadi Hisma et le Jabal Ram, à l'ouest par la dépression de la Aravah et à l'est par le désert nord-arabique. À partir du VIIIe siècle av. J.-C., le territoire des Édomites s'étend vers l'ouest en direction des vallées d'Arad et de Beer Sheva. Pendant l'époque perse, les Édomites se déplacent vers la Shéphélah et les monts d'Hébron ; sous la pression de tribus arabes, ils ne dominent plus leur territoire historique. Le terme Idumée commence à désigner le territoire qu'ils occupent au sud de la Judée.

Le territoire historique d'Édom au sud de la Transjordanie possède des réserves de minerai de cuivre parmi les plus importantes du sud du Levant[2].

La région présente de faibles précipitations (100-200 mm par an en moyenne). Le territoire se divise entre des hauts plateaux (1 500 m d'altitude) où le climat est semi-aride et les précipitations sont légèrement plus élevées (600 mm par an). Dans les basses terres (80 m sous le niveau de la mer), le climat est désertique et les précipitations sont inférieures à 70 mm[2]. Les précipitions d'Édom sont insuffisantes pour être utilisées comme une ressource fiable d’eau. L'agriculture y est risquée car les populations peuvent difficilement surmonter plusieurs années de sécheresse consécutives. Ce climat est surtout adapté aux activités d'élevage (moutons, chèvres) et à une production limitée de céréales, d'olives et de raisin, principalement au nord dans la région de Buṣeirah[3]. Une agriculture plus limitée est possible dans les basses terres à l'aide de l’irrigation.

Histoire [modifier]

Émergence des Édomites [modifier]

Umm el-Biyara au-dessus de Pétra

Édom s’est développé à partir de tribus nomades en une entité politique centralisée. Depuis le Bronze ancien, Édom est occupé par des populations nomades ou semi-nomades[4]. Comme son voisin Moab, Edom semble correspondre aux bédouins shasous des documents égyptiens. Ces bédouins habitaient la Transjordanie et le Néguev au Bronze récent et au début du Fer I (à partir de 1500 av. J.-C.). Le papyrus Anastasi VI daté de la 8e année du règne de Mérenptah (vers 1205) se réfère aux « Shasous d'Edom », que le pharaon Merneptah autorise à séjourner en Égypte avec ses troupeaux[5]. La Bible présente un parallèle tardif à cette histoire dans lequel Hada, roi d'Edom, reçoit un bon accueil en Égypte[6]. D'autres du début du XIIe mentionnent leur existence.

Le mont Séïr est cité dans plusieurs documents égyptiens, en rapport direct avec les Shasous. La liste d'Amarah parle de « Séïr en terre de Shasou ».

Au Bronze récent et au Fer I, l'habitat dans les hauts plateaux d'Édom est clairsemé. À partir de l'analyse des poteries découvertes lors des fouilles archéologiques, l'occupation sédentaire du sud de la Transjordanie commence vers le Fer I[7] ou au Fer II[8]. Elle pourrait être la conséquence de l'effondrement de Canaan. Les populations qui formeront Édom semblent être majoritairement des nomades sédentarisés dont l'origine est indigène. Comme les peuples voisins (Ammonites, Moabites, Israélites), ils sont les descendants de populations déjà présentes dans la région. Il n'y a pas de trace de migration ou d'implantation de nouveaux groupes présentant une culture matérielle distincte de l'occupation du Bronze récent, bien qu'un apport de population par migration reste possible[9]. Une contribution à l'occupation sédentaire peut provenir de l'immigration d'agriculteurs ayant fui Canaan. Dans cette perspective, ces nouveaux arrivants seraient identifiés aux Horites de la Bible[10]. Le passage du pastoralisme à la vie sédentaire facilite l'organisation économique et politique d'Édom. Il permet la collecte de taxes, le système de redistribution et crée une dépendance vis-à-vis des autorités[11].

Les Édomites se sédentarisent dans les zones les plus propices à l'agriculture (Umm el-Biyara, Tawilan, Buṣeirah). Des villages s'installent sur des sommets isolés. Peu de sites sont habités, même si l'existence de sites habités est attestée par les sources égyptiennes. Au Fer I, l'habitat y est petit et dispersé, sans centre urbain[12]. L'histoire et le fonctionnement de ces sites ne sont pas encore clairement établis. L'activité principale semble être le pastoralisme. Jusqu'à l’époque assyrienne, Édom est considéré comme une entité « tribale » ou « segmentée »[13], sans administration centrale.

Des fouilles à Khirbet en-Naḥas (« la ruine du cuivre ») montrent une intense production de métaux et des mines de cuivre dans les basses terres d'Édom dès le XIe siècle av. J.-C., avec un maximum d'activité au Fer IIa (fin du Xe et au IXe siècle av. J.‑C). Cette découverte et les récentes datations au carbone 14 pourraient reculer de deux siècles la date du royaume d'Edom que l'on pensait commencer au VIIe siècle av. J.-C.[14]. L'émergence d'Édom en tant qu'État pourrait être liée à l'exploitation du cuivre dans les basses terres avant même l'intervention de l'Assyrie. Malgré ces fouilles, les données archéologiques manquent pour caractériser les premiers stades de l'émergence d'Édom[15].

Époque assyrienne [modifier]

Développement du royaume d'Édomites [modifier]

La région vers la fin du VIIe siècle Édom apparaît en jaune.
Poterie, Tawilan (Musée archéologique de Pétra)
Sceaux, Tawilan (Musée archéologique de Pétra)

La première mention d'une entité politique édomite date du règne d'Adad-nirari III (début du VIIIe siècle av. J.-C.)[16]. Une inscription de Nimrud (l'ancienne Kalhu) cite le tribut payé par les Édomites[17].

Le royaume d'Édom connaît une grande prospérité au VIIe siècle avec l'arrivée des Assyriens dans la région. Cette domination étrangère transforme l'organisation politique et économique d'Édom et contribue à son développement. Dans le territoire traditionnel d'Édom en Transjordanie, du sud de la mer Morte jusqu'aux abords du golfe d'Aqaba, les constructions édomites se multiplient. Les temples et les maisons y suivent des modèles assyriens[18]. La capitale édomite est Buṣeirah, la « Bozrah » biblique[19]. C'est la seule ville fortifiée connue des Édomites. Elle est divisée entre une ville haute, possédant des bâtiments administratifs et un temple, et la ville basse où se trouvent les habitations. Les bâtiments les plus importants sont construits après la prise de la ville par les Assyriens et sous leur influence[20]. Deux autres sites non fortifiés sont occupés au VIIe siècle : Umm el-Biyara, au-dessus de Pétra (parfois identifié à la Sela biblique) et Tawilan, au nord de Pétra (la Teiman biblique). À Umm el-Biyara, on a retrouvé des vestiges de maisons et de citernes. Les Édomites fabriquent des textiles et des céramiques de qualité et possèdent une certaine maîtrise dans le travail des métaux. Une ligne de fortins installés au sommet de promontoires rocheux assure la défense du territoire en direction de l'ouest. Ce système de fortifications protège leur territoire contre les incursion des tribus nomades du désert[21].

Expansion vers l’ouest [modifier]

L'expansion des Édomites à l'ouest de la Transjordanie commence avec la domination assyrienne. Ils profitent de la présence assyrienne dans la région pendant la première moitié du VIIe siècle et de l'affaiblissement du royaume de Juda pour s'implanter durablement dans la Aravah et dans le Néguev, au sud de la vallée de Beer-Sheva. Cette expansion vers l'ouest est motivée par deux objectifs[22]. D'une part, il s'agit de disputer au royaume de Juda l'exploitation des mines de cuivre. Les Édomites sont alors en lutte avec les Judéens pour le contrôle des mines situées dans la Aravah, à l'est (sites de Khirbet en-Naḥas et de Feinan, la « Punon » biblique) et au sud (Timnah). Les centres administratifs et militaires du territoires judéens sont alors trop éloignés et pour assurer un contrôle durable de la région. Feinan devient un élément majeur de l'économie édomite. D'autre part, les Édomites cherchent à obtenir un débouché sur la côte méditerranéenne afin de profiter du commerce arabe vers les marchés d'Égypte et de la Grèce. Les Édomites étant déjà intégrés aux routes du commerce arabe, ils reçoivent l'appui des Assyriens pour obtenir un contrôle sur les routes traversant le sud du territoire de Juda. Pour relier la mer Rouge à Gaza et à l'Égypte, deux routes sont alors utilisées : la première remonte d'Eilat à travers la Aravah puis bifurque dans la vallée de Beer-Sheva, la seconde, plus courte, traverse le Néguev via Qadesh-Barnéa. Ces deux routes constituent les axes majeurs de l'expansion édomite vers l'ouest. L'appui des Assyriens s’explique aussi par le soutien logistique que les Édomites apportent aux armées assyriennes en campagne contre l’Égypte[23].

Judah contrôle encore les routes du Néguev au début du VIIIe siècle av. J.-C. comme l'indique l'inscription de Kuntillet Ajrud mais vers 734, il perd le contrôle d'Eilat au profit des Édomites. La menace que représente Édom sur le Néguev est exprimée dans l'ostracon 40 d'Arad, daté d’avant la campagne de Sennachérib de 701 av. J.-C., et qui parle du mal qu'a fait Édom[24]. À la suite de la campagne de Sennacherib en 701, les Édomites profitent de la destruction des forts judéens du Néguev par les Assyriens pour commencer à s'établir dans la région. Lorsque le roi Manassé entame la reconstruction de la frontière sud de Juda, les Édomites y sont déjà bien implantés. Juda perd ainsi le contrôle de la Aravah et des forteresses de Khirbet Kheleifeh et Ein Ḥaẓeva. Khirbet Kheleifeh, sur les bords de la mer Rouge, l'« Etzion Geber » biblique, est occupé par les Édomites dès la fin du VIIIe siècle. Un centre administratif et un fort sont installés dans ce port au bord de la mer Rouge. Au nord, à Ein Ḥaẓeva, la « Tamar » biblique, les Édomites établissent un petit fort sur ce qui était le plus grand fort judéen de la région[25]. Ce site, situé à proximité d'un point d'eau, est un point de passage sur les routes commerciales arabes. Il est d'ailleurs équipé d'un sanctuaire riche en objets de culte.

Au cours du VIIe siècle, c'est la ligne de défense du sud de la vallée de Beer-Shéva qui tombe au mains d'Édom (Horvat Uza, Tel Malḥata et son sanctuaire de Qitmit, Aroër, Tel Ira, Tel Masos) repoussant la frontière de Juda plus au nord[23]. De nouveaux forts édomites sont construits sur les ruines des anciens forts judéens. L'hostilité de la Bible hébraïque à l'encontre des Édomites fait écho à la pression exercée par les Édomites sur les Judéens pour le contrôle du Néguev. Cette hostilité est aussi confirmée par les ostraca d'Arad concernant le méchant Édom[26]. Dans cette expansion, les Édomites s'appuient sur les forts assyriens du Néguev occidental (Tel Masos, Tel Haror, Tel Sera, Tel Gamma).

Vers 660 av. J.-C., des troupes d'Édom et des Séir prennent part à la campagne assyrienne contre l'Arabie (Prisme A d'Assurbanipal)[27].

Époque babylonienne [modifier]

Guerrier édomite. Horvat Qitmit, VIIe ‑ VIe siècle av. J.‑C (Musée d'Israël, Jérusalem)

La période babylonienne dure environ 70 ans, de 604 à 539. Les Babyloniens mènent des campagnes destructrices en Judée, en Philistie et en Transjordanie; Édom est très largement touché. Par la suite, Babylonie néglige ces territoires nouvellement conquis, entraînant leur déclin. La région ne se relève que sous l’administration perse. Le pouvoir babylonien est très centralisé et se préoccupe essentiellement de la prospérité de Babylone et des ses alentours. Le manque d’intérêt des Babyloniens pour la région expliquent qu’ils n’y ont laissé que peu de traces archéologiques.

En 599, le royaume de Juda choisit de se rallier à Égypte contre Babylone. Babylone, ne pouvant intervenir directement dans l’immédiat, encourage les Édomites à entrer en conflit avec Juda. La pression sur le Néguev peu avant 597 conduit à des mouvements de troupes judéennes (ostracon 24 d'Arad)[28]. En 582, après avoir finalement conquis toute la Palestine, Nabuchodonosor II mène une campagne contre les populations de Transjordanie, en particulier contre Édom et Moab (Ammon apparaît moins touché). La domination babylonienne se traduit par une destructions à grande échelle des sites habités de la région. Les Babyloniens cherchent à créer des provinces diminuées pour servir de zone tampon entre Babylone et l'Égypte[29]. Pratiquement tous les sites sont touchés (sauf Ammon et le territoire de Benjamin en Judée où les Babyloniens établissent les sièges locaux de leur pouvoir). Les sites édomites de la vallée de Beer-Sheva sont détruits (Horvat Uza, Tel Malḥata, Qitmit, Tel Ira) jusqu'à Qadesh-Barnéa, ainsi que la Aravah. Ni Feinan, ni Tel el Kheleifeh sur le mer Rouge ne sont réoccupés pendant l'époque babylonienne; seule la capitale Buṣeirah reste habitée[30]. Cette ville est également mentionnée dans les sources babyloniennes lors de sa prise par Nabonide. Lorsque Nabonide conquiert l'Arabie, le royaume d'Édom a déjà disparu.

Alors que l'administration assyrienne s'appuyait sur un réseau de royaumes vassaux, la présence babylonienne signifie la fin de la royauté non seulement pour le royaume de Juda (avec la déportation de Joachin) mais aussi pour les autres royaumes de Transjordanie[31]. Le pouvoir est transféré à un gouverneur au service de administration impériale babylonienne, puis perse. La frontière est protégeant la Transjordanie des tribus du désert est négligée. Les tribus nomades pénètrent dans les zones de peuplement édomite, entraînant le déclin des sites édomites de Transjordanie et repoussant Édomites au sud de la Judée.

Époque perse [modifier]

Malgré les destructions de la période babylonienne, Édom continue à exister. La zone de peuplement édomite se divise en deux zones géographiques : la Transjordanie et l'Idumée. Si la région traditionnellement édomite du sud de la Transjordanie n'est pas abandonnée, la zone d'influence édomite y est réduite. À l'ouest, les Édomites se réinstallent dans les régions dévastées au sud de la Judée jusque dans les monts d'Hébron dont une partie de la population a été déportée en Babylonie. Ils se déplacent aussi des vallées d'Arad et de Beer Sheva vers l'ouest en direction de la Shéphélah. Adouraïm (au sud de Hébron) et Marésha (Marissa) sont alors les grandes villes de la région au sud de la Judée qui prend le nom d'Idumée.

La Transjordanie [modifier]

Tablette cunéiforme enregistrant un contrat entre deux Araméens et un Edomite nommé Qôs-Shama. An I de Darius (Darius Ier ou Darius II)[32].

La part de la population édomite en Transjordanie diminue progressivement pendant la période perse face à l’arrivée continue de populations arabes. Le pouvoir perse ne semble pas être intervenu pour enrayer ce processus[33].

Les sites de Buṣeirah et Tawilan sont réoccupés. Des édifices publics y sont reconstruits sous l'administration perse. À Buṣeirah, un bâtiment administratif probablement d'époque perse remplace un bâtiment édomite plus ancien. À Tawilan, les traces archéologiques indiquent que le site reste lui aussi intégré au reste de l'empire achéménide[34]. Les mines de cuivre de Feinan sont à nouveau exploitées. Le commerce international continue le long de la route du Roi à travers le plateau édomite. Pourtant, au sud, le fort d'Umm el-Biyara n'est pas pas réoccupé après avoir été détruit en 580. Le commerce entre la mer Méditerranée et la péninsule arabique reprend avec l'aide des Phéniciens et des Grecs. Le port de Tel el-Kheleifeh sur les bords de la mer Rouge est à nouveau occupé, mais sa population n'est plus édomite[35]. Buṣeirah est définitivement abandonnée à la fin de l'époque perse.

L'Idumée [modifier]

Pendant l'époque perse, les principales villes d'Idumée sont Lakish, Marésha et Tel Halif (à proximité de l'actuel kibboutz Lahav) au nord, et Tel Shéva, Arad et Qadesh-Barnéah au sud. L'organisation de l'Idumée n'est cependant pas claire. Sa capitale n'est pas non plus identifiée. Si la Bible hébraïque énumère dans le livre de Néhémie les villes du nord du Néguev occupées par des Judéens, ces villes ne font pourtant vraisemblablement plus partie du territoire de Yéhoud. À l’époque hellénistique, le livre des Jubilés insistera d'ailleurs sur le lien entre la ville Adouraïm et le territoire d'Édom en faisant de cette ville le lieu de la mort et de la sépulture d'Ésaü, l'ancêtre d'Édom.

Le nombre de sites occupés en Idumée augmente de façon spectaculaire pendant la période perse. Cet accroissement de la population répond au développement des opportunités économiques et à l'immigration de populations venant du sud et de l'est. L'occupation de 159 sites a été identifiée pour la période perse; 51 de ces sites se situent dans la région de Hébron et 108 dans la Shéphéla. Plus de la moitié des sites occupés dans la Shéphéla sont nouveaux et ne correspondent pas à une réoccupation de sites de l’âge du Fer. Cette croissance est moins marquée dans les monts de Hébron où seulement 35 % des sites sont nouveaux[36].

Plus de 1600 ostraca en araméens ont été retrouvés pour la période perse. Ils datent essentiellement du IVe siècle av. J.-C., c’est-à-dire de la fin de la période perse. Ils constituent la principale source épigraphique pour cette période. Les sites d'Arad et de Tel Sheva sont parmi les plus riches en ostraca. Ceux de Tel Sheva traitent de la culture de champs et de vergers. Ils semblent indiquer qu'un centre de collecte de taxes y est établi. À Arad, les ostraca fournissent des données sur l'approvisionnement en vivres pour des hommes et des animaux. Une partie de cette nourriture pouvait faire partie de la logistique pour l'approvisionnement d'une régiment militaire. Ils attestent également de la présence de Judéens en Idumée, notamment à des postes de fonctionnaires dans le cas des ostraca d'Arad[37].

Les ostraca mentionnent 15 toponymes dont 3 sont identifiés. Au vu des 1300 noms qui figurent dans ces documents, la population de l'Idumée apparaît très mélangée. Les Édomites représentent environ 27 % de la population, les Arabes 32 %, les Juifs 10 % et les Phéniciens 5 %. Le reste de la population est d’origine sémitique occidentale (20 %), babylonienne et iranienne. Si les différentes ethnies conservent leurs identités, il ressort des ostraca qu’elles se mélangent et qu’elles sont bien intégrées entre elles[36].

Époque hellénistique et romaine [modifier]

Iduméens et Nabatéens [modifier]

La présence des Édomites se maintient en Transjordanie mais ils y sont devenus minoritaires face à l’invasion continue de populations arabes. En Transjordanie, les Nabatéens abandonnent progressivement le mode de vie nomade et se dotent d’une organisation politique et administrative. Ils deviennent un élément important, voir dominant dans la région à partir du IVe siècle av. J.-C.. Dans leur nouvelle organisation, ils intègrent les éléments ethniques déjà présents dont les Édomites[38]. La culture édomite persiste donc dans son territoire historique. Même lorsque les Nabatéens sont devenus l’élément démographique dominant, le nom du dieu Qos, son culte et les rituels associés se perpétuent[39].

L'Idumée [modifier]

Marésha (Marissa) devient une ville importante d'Idumée à partir du règne des Ptolémées d’Égypte. Des colons sidoniens s’y sont installés au milieu du IIIe siècle av. J.-C.[40]. Marsésha abrite peut-être le siège du gouvernement[41]. Zénon de Caunos y séjourne à plusieurs reprises au milieu du IIIe siècle av. J.-C.. La ville fait partie intégrante du commerce du monde hellénistique : elle a des liens commerciaux avec les autres villes productrices de vin et d’huile de la mer Méditerranée, de la mer Égée et de la mer Noire. À partir de la fin du IIe siècle av. J.-C., le commerce avec la Méditerranée occidentale, sous domination romaine, commence à y être bien représenté[42].

À la fin du IIIe siècle av. J.-C., les fortification perses de l'acropole de Marsésha sont renforcées face au risque d'une nouvelle invasion d'Antiochus III après la bataille de Raphia. L’Idumée passe finalement sous domination séleucide. Les populations rurales sont contrôlées par les villes d'Adora et de Marissa. Comme en Judée, la politique d’hellénisation imposée par le pouvoir séleucide génère des tensions entre le secteur rural de la population et le secteur urbain, acquis à l'hellénisme. La société iduméenne est divisée face à l’hellénisme. A l’ouest, l’influence hellénistique et phénicienne est mieux acceptée, grâce aux contacts avec les villes marchandes de la côte. A l’est et dans le Néguev, le secteur rural est certainement plus influencée par la société juive avec qui il partage une hostilité commune vis-à-vis des cités hellénistiques. La résistance des Juifs aux Séleucides peut contribuer à favoriser le rapprochement entre les Juifs et les populations rurales d'Idumée[43].

Lors de la révolte des Maccabées en Judée, Judas Maccabée s'empart de Hébron et de Marésha[44]. Les attaques de Judas Maccabée ont des conséquences négatives durables sur les relations commerciales de Marésha. L’activité économique y diminue pendant les années 165-150. Profitant des divisions au sein du pouvoir séleucide (rivalité entre Démétrios II Nicator et Antiochos VII), Jean Hyrcan Ier mène une campagne en Idumée en 125 av. J.-C., de Hébron à Beer-Shéva. Il détruit les villes de Marésha et d'Adouraïm car celles-ci font partie du dispositif séleucide menaçant la Judée. Après les conquêtes hasmonéennes de Jean Hyrcan Ier (140-104 av. J.-C.), les Iduméens sont convertis au judaïsme par le nouveau pouvoir, semble-t-il sous la contrainte[45]. Cette politique de judaïsation menée par les Hasmonéens rencontre un certain succès, mais elle entraîne aussi un exil de certains Iduméens. Des colonies iduméennes apparaissent dans la vallée du Nil[46]. Le nouveau pouvoir hasmonéen utilise les grandes familles édomites pour asseoir son contrôle. Sous Alexandre Jannée, Antipas, le grand-père d'Hérode le Grand, devient gouverneur d'Idumée[47].

La conversion des Iduméens au judaïsme semble avoir été sincère, puisque plus de 150 ans après celle-ci, 20 000 Iduméens se seraient joints aux Juifs pour combattre les Romains pendant la Première guerre judéo-romaine (66-73 ap. J.-C.)[N 2]. Après cette date, les textes ne marquent plus de différences entre Juifs et Iduméens.

Rois [modifier]

Les noms de plusieurs rois édomites des VIIIe et VIIe siècle av. J.‑C sont connus par des inscriptions assyriennes[48] et édomites[49].

Par contre les noms des rois édomites cités dans la Bible hébraïque[N 3] sont douteux et résultent plutôt d'une confusion entre les noms "Edom et "Aram". Plusieurs des ces noms sont araméens et aucun ne contient le nom de la divinité nationale des édomites, Qos, élément théophore bien attesté dans l'épigraphie assyrienne notamment[50].

Langue [modifier]

La langue édomite est une langue ouest-sémitique appartenant à la branche cananéenne[49]. Elle est proche de l'hébreu. À la fin du VIIIe siècle, les Édomites adoptent l'écriture araméenne. L'édomite est connu grâce à des ostraca et à des sceaux portant les noms de rois, de personnages de l'administration ou de prêtres.

Religion [modifier]

Poteries édomites du sanctuaire de Ḥaẓeva (Musée d'Israël, Jérusalem)
Sanctuaire édomite de Ḥaẓeva (vallée de la Arava, Israël). Le sanctuaire se trouve au pied du mur extérieur de la forteresse.

Le dieu national des Édomites s'appelle « Qos »[51]. Son nom apparaît dans des documents édomites et assyriens mais le nom de sa parèdre n'a pas été conservé. Alors que la Bible hébraïque condamne les divinités des peuples moabite et ammonite voisins, le dieu Qos n'y apparaît pas en tant que tel; il n'apparaît que comme élément dans des noms propres.

Avant l’émergence du royaume d’Édom, Qos figure déjà dans des noms de listes égyptiennes de clans de bédouins Shasou, au XIIIe siècle av. J.-C.[51].

Au sein du royaume édomite, Qos bénéficie d’un statut officiel. Il apparaît dans les noms des rois édomites et dans des formules telles que « je te bénis par Qos », qui figure dans des corespondances administratives[51]. On connaît plusieurs sceaux appartenant à des prêtres des Qos, et au moins un sceau attestant que le culte de Baal était aussi pratiqué. Du VIIIe siècle av. J.-C. à la période perse, le nom du dieu Qos apparaît comme élément théophore dans une cinquantaine de noms propres sur des tablettes cunéiformes, des sceaux, des ostraca et dans la Bible hébraïque (Livre d'Ezra 2:53, Livre de Néhémie)[52]. Le culte de Qos reste dominant jusqu'à l'époque perse, y compris en Idumée.

Peu de sanctuaires édomites sont connus. À Buṣeirah, la capitale, une structure s’apparentant à un temple assyrien a été identifiée comme un sanctuaire édomite[53]. Avec l'expansion édomite, le culte de Qos se répand dans la Aravah et le Néguev. Deux autres sanctuaires sont établis à l'ouest du Jourdain, l'un à Qitmit dans la vallée d'Arad, et l'autre à Ein Ḥaẓeva, dans la Aravah. À Qitmit, le sanctuaire est établi au somment d'une colline, non loin de Tel Malḥata. Il est composé d’un bâtiment à trois pièces accompagné d’une plate-forme cultuelle, d'un autel et d'un bassin[53]. Au fort d'Ein Ḥaẓeva, le sanctuaire se trouve lui aussi en dehors du site d’habitation, à l’extérieur de l’enceinte défensive. Dans ces sites, on a retrouvé des statuettes en argile d'hommes, de femmes et d’animaux, de la vaisselle aux motifs anthropomorphes et des autels à encens.

Au IIIe siècle, Qos est encore mentionné dans la littérature rabbinique parmi une liste de lieux dont le nom est associé à l'« idolâtrie » (Tossefta Avoda Zara[N 4]).

Édom dans la Bible [modifier]

Selon la Bible hébraïque, Édom signifie « roux », ou « rouge » en hébreu, car Ésaü, premier-né des jumeaux d'Isaac et Rebecca, naît recouvert d'une toison rouge. Selon une autre étymologie, Esaü aurait reçu ce surnom après avoir vendu son droit d'aînesse contre un plat de lentilles rouges. Si la Bible présente une origine commune aux Édomites et aux Israélites, elle les présente aussi comme adversaires[N 5]. Ennemi historique d'Israël avec Moab et Ammon, Édom est pourtant appelé à appartenir à l'assemblée d'Israël dès la troisième génération, contrairement aux deux derniers.

Édom est très souvent mentionné dans la Bible hébraïque. Il existe cependant une confusion fréquente dans la Bible entre les termes "Édom et "Aram" (qui désigne la Syrie). Édom s'écrit en hébreu avec les lettre aleph-dalet-mem alors qu'Aram s'écrit aleph-resh-mem. Or la graphie des lettres centrales, dalet et resh, sont très proches tant en écriture paléo-hébraïque qu'en écriture carrée, ce qui a conduit à cette confusion[54]. Ainsi, les noms des rois "édomites" de la liste de Genèse 36:31[N 6] sont essentiellement des noms araméens, tel que Hadad ou Bela' ben Beor, nom à rapprocher de Balaam ben Beor, prophète araméen mentionné dans le livre de Nombres et connu en dehors de la Bible par l'inscription de Deir 'Alla. De même, dans le premier livre des Rois[N 7], le roi Hadad l'édomite qui lutte contre le roi David est plus vraisemblablement un araméen qu'un édomite.

Le mont Séïr est étroitement associé à Edom[N 8].

Dans le livre des Nombres[N 9], les Enfants d'Israël rencontrent les Édomites à Qadesh-Barnéa. Bien que selon ce récit les Édomites occupent donc déjà le Néguev à l’époque supposée de l'Exode, cette tradition est le reflet d'une situation postérieure, datant au plus tôt de la fin du VIIIe siècle[55].

Israël conquiert Édom à l'époque du roi David (vers 1000) et le domine pendant 150 ans. Vers 845 av. J.-C., pendant le règne de Joram, roi de Juda, les Édomites mènent une révolte victorieuse contre le royaume de Juda auquel ils étaient soumis et prennent leur indépendance. Coalisés avec d'autres tribus arabes, ils pillent le palais de Jérusalem, capitale de Juda. Cinquante ou soixante ans plus tard, le roi de Juda Amasias s'empare de leur forteresse appelée « la Roche ».

L’expansion des Édomites en direction de la Aravah commence vers 734 avec la prise d'Eilat. Selon le Livre de Rois[N 10], l'événement intervient sous le roi Achaz.

Les Édomites participent à l'invasion de Jérusalem menée par le babylonien Nabuchodonosor II en 586.

Édom est un ennemi constant d'Israël. Plusieurs passages de l'Ancien Testament attestent d'une haine tenace entre les deux peuples (Deuxième livre des Rois, Deuxième livre des Chroniques, Psaume 137 (136), Livre d'Abdias, Livre de Jérémie). En particulier, le livre d'Abdias est une prophétie concernant le jugement divin du royaume d'Édom, qui est condamné à la ruine, et la revanche que les fils d'Israël prendront sur ce royaume. Les nombreuses condamnations d'Édom dans les textes datant l'exil et de la période post-exilique[N 11] sont à mettre en lien avec la pression exercée par les Édomites sur le Néguev à la fin de la monarchie et avec l'occupation du sud de la Judée et de la Shéféla à l'époque perse[56].

Le mot hébreu Sela signifie « la Roche » et désigne dans la Bible (II Rois, XIV,7; Isaïe, XVI,1) la forteresse édomite que les historiens ont longtemps identifié à Pétra où à Bozrah. On s'accorde désormais à situer Sela plus au nord, à environ 10 kilomètres au sud de Tafila. Amasias s'en empare et y fait 10 000 prisonniers que ses hommes jettent vivants du sommet de la montagne. Jérémie et Abdias interpellent les Édomites en disant  : « Toi qui demeures dans les fentes du roc ».

Notes et références [modifier]

Notes [modifier]

  1. Midrash Tanḥouma sur Bereshit, chapitre 7
  2. Flavius Josèphe, la Guerre des Juifs.
  3. Gn XXXVI,31, 1R XI,14
  4. Tossefta Avoda Zara 7:3 dans l'édition de Vilna; 6:4 (page 496 ligne 25) dans l’édition Zuckermandl
  5. (Nom 20.14-17) Puis Moïse envoya, de Kadès, des messagers au roi d'Édom, pour lui dire : Ainsi a dit ton frère Israël. Tu sais tous les maux qui nous sont survenus ; comment nos pères descendirent en Égypte ; et nous avons demeuré longtemps en Égypte, et les Égyptiens nous ont maltraités, nous et nos pères ; et nous avons crié à l'Éternel, et il a entendu notre voix. Il a envoyé un ange, et nous a fait sortir d'Égypte. Et voici, nous sommes à Kadès, ville qui est à l'extrémité de ta frontière ; permets que nous passions par ton pays ; nous ne passerons ni par les champs, ni par les vignes, et nous ne boirons pas l'eau des puits ; nous marcherons par le chemin royal, nous ne nous détournerons ni à droite ni à gauche, jusqu'à ce que nous ayons passé ta frontière.
  6. Gn XXXVI,31
  7. 1R XI,14
  8. (Gen. 32.3) Et Jacob envoya des messagers devant lui vers Ésaü, son frère, au pays de Séir, aux champs d'Édom.
    (Gen 36.8) Et Ésaü habita sur la montagne de Séir. Ésaü est Édom.
  9. Nb XX,14
  10. 2R XVI,6 D’après le contexte, il s’agit bien d'Édom et non pas d'Aram, conformément à l'amendement du texte massorétique
  11. Es XXXIV,6 Jr XLIX,7 Ez XXV,12 Ez XXXV,3 Jl IV,19 Ps CXXXVII,7 La IV,21

Références [modifier]

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  2. a et b Tom Higham (dir.) et Thomas Evan Levy (dir.), The Bible and Radiocarbon Dating: Archaeology, Text and Science, 2005 (ISBN 978-1845530563), « Lowland Edom and the High and Low Chronologies » 
  3. Levy 1995, p. 403
  4. Tom Higham (dir.) et Thomas Evan Levy (dir.), The Bible and Radiocarbon Dating: Archaeology, Text and Science (ISBN 978-1845530563), « Lowland Edom and the High and Low Chronologies »  p. 131
  5. Lemaire 2010, p. 226
  6. R. Givéon, Les bédouins Shosou des documents égyptiens, Leyde, 1971.
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  8. (en) Piotr Bienkowski, « The Beginning of the Iron Age in Edom : a reply to Finkelstein », Levant, vol. 24, 1992, p. 167-169 (ISSN 0075-8914) 
  9. Levy 1995, p. 406
  10. Knauf, The Cultural Impact of Secondary State Formation: The Cases of the Edomites and Moabites, p. 47-54
  11. Porter 2004
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  14. Thomas E. Levy et al., High-precision radiocarbon dating and historical biblical archaeology in southern Jordan, PNAS, 2008
  15. Porter 2004, p. 377
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Bibliographie [modifier]

Généralités [modifier]

Histoire [modifier]

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  • (en) Aryeh Kasher, Jews, Idumaeans, and Ancient Arabs : relations of the Jews in Eretz-Israel with the nations of the frontier and the desert during the Hellenistic and Roman era (332 BCE - 70 CE), Tübingen, 1988 (ISBN 978-3161452406) 
  • (en) Benjamin W. Porter, « Authority, polity, and tenuous elites in Iron Age Edom (Jordan) », Oxford Journal of Archaeology, vol. 23, no 4, 2004, p. 373-395 (ISSN 0262-5253) 

Archéologie [modifier]

  • (en) Piotr Bienkowski (dir.), Early Edom and Moab : The Beginning of Iron Age in Southern Jordan, Sheffield, 1992 (ISBN 0906090458) 
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  • (en) John F.A. Sawyer, Midian Moab and Edom: The History and Archaeology of Late Bronze and Iron Age Jordan and North-West Arabia, 1983 (ISBN 978-0905774497) 
  • (en) Ephraim Stern, Archeology of the land of the Bible, volume II : The Assyrian, Babylonian and Persian Periods 732-332 BCE, 2001 (ISBN 978-0-300-14057-6) 

Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]