Idris Ier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Idrîs Ier)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Idris.

Idris Ier ou Idrîss Ier (en arabe : Idrīss Ibn `abd Allah al-Kamil, إدريس بن عبد الله الكامل ) ou Moulay Idrîss, mort en mai ou juin 791 [1] à Walili[2], est un homme politique d'origine arabe, fondateur des villes de Fès, de Moulay Idriss ainsi que d'un royaume idrisside, souvent considéré comme l'origine de l'état marocain[3], sur lequel il a régné de 788 à 791. De confession zaïdite, arrière petit-fils de l'imam `Ali et de Fatima - fille de Mahomet - il est à l'origine de l'islamisation du Maroc.

La tradition marocaine[modifier | modifier le code]

Idrîss Ier contesta le droit des Abbassides à exercer le pouvoir sur la terre de l'islam et entra en conflit avec eux. Mais il fut battu à la bataille de Fakh près de La Mecque en 786 (h. 169). Il réussit à s'échapper avec son compagnon Rachid[4], gagna La Mecque puis s'enfuit au Maroc en 786 pour éviter que les Abbassides massacrent sa famille.

Il fut accueilli en 788 par la tribu berbère des Awraba, dans la région de Walili (Volubilis), ville fondée par les Romains près de l'actuelle Meknès. Après une période de trois ans pendant laquelle il régna et consolida son pouvoir sur une petite partie de l'actuel Maroc, il conquit la ville de Tlemcen, jusqu'alors sous contrôle des Abbassides. Le calife abbasside Haroun Al-Rachid, furieux de ce succès et craignant une expansion du royaume idrisside en direction de son empire, décida d'envoyer un serviteur dénommé Souleiman ibn Jarir Ash-Shamakh avec mission de le tuer. En 791 (h. 175), Souleiman réussit à l'empoisonner. Le roi mourut en laissant sa femme Kenza enceinte. Son fils posthume, Idriss II, né deux mois plus tard, accéda au trône à l'âge de 11 ans.

Le tombeau d'Idrîss Ier se trouve à Moulay Idriss Zerhoun, petite ville à flanc de montagne près des ruines de Volubilis. Il est toujours l'objet d'un pèlerinage fréquenté et d'un moussem (fête votive annuelle) particulièrement important.

Titulature[modifier | modifier le code]

Au Maroc, il est appelé « Moulay Idrîs al-Akbar », fils de Mawlâna `abd Allah al-Kâmil « le Parfait », fils d'al-Hassan « al-Mothana », fils d'al-Hassan « es-Sabet », fils de l'imam `Ali ibn Abi Talib et de Fatima Zahra, fille de Mahomet. Il fait partie des Ahlul Beyt (la Maison du Prophète).

Histoire[modifier | modifier le code]

Ruines de Volubilis avec, en arrière-plan (la tache blanche), la ville de Moulay Idriss Zerhoun où est enterré Idrîs Ier.

Idrîss Ier est le fondateur d'un petit royaume, troisième État musulman totalement indépendant du califat, après les Omeyyades de Cordoue en al-Andalous et la dynastie rostémide du Maghreb central (dynastie arabo-persane). La légende dit que c'est Idrîss Ier qui fonda la ville de Fès, mais en vérité c'est son compagnon Rachid, en 801. Les historiens ont retrouvé des pièces de monnaie frappées au nom de Rachid dans la ville de Fès. Cela ne peut être Idrîss Ier car en 801 a. hégire, il était déjà mort et cela ne peut être non plus son fils Idrîss II, car il n'avait que 10 ans, mais c'est bel et bien Rachid qui fonda la ville de Fès, qui deviendra la capitale du royaume sous le règne du fils et successeur d'Idrîss Ier, Idriss II. Il s'est fait reconnaître comme roi par la tribu berbère (amazighe) des Awraba qui vit autour de Volubilis (Ulili, littéralement "champ du laurier rose" en langue amazigh), une ville antique berbère.

Il lança ensuite plusieurs expéditions militaires[réf. nécessaire] au nord au sud et à l'est du Maroc. Ces expéditions permirent d'unifier pour la première fois la majorité des tribus berbères vivant au Maroc et d'élargir les frontières du royaume. Les sources les plus anciennes ne mentionnent que les expéditions à Taza et à Tlemcen (Algérie). Des sources tardives mentionnent des expéditions vers le Tamesna et vers le Fazaz peuplé de païens, de juifs et de chrétiens[5].

Rachid[modifier | modifier le code]

Rachid était un esclave affranchi d'Idrîss[réf. souhaitée] qui l'avait protégé et accompagné dans son exil depuis Bagdad jusqu'au Maroc. Il a exercé une sorte de régence avec Abû Khalil al-`Abdîy. À la mort d'Idrîss Ier, son épouse, Kenza, était enceinte. Deux mois plus tard, elle mit au monde un garçon qui reçut le nom d'Idrîss (791 a. hégire). Il grandit sous la protection de Rachid, de sa mère et des Berbères qui voyaient en lui le porteur de la baraka du prophète. Ibn Khaldûn rapporte que les `Abbassides faisaient courir le bruit qu'Idrîss était le fils de Rachîd pour le discréditer[6]. Rachid pris le pouvoir après la mort d'Idrîss Ier en attendant la majorité d'Idriss II qui est le successeur de la dynastie Idrissides. Rachid frappa même des pièces de monnaie en son nom dans la ville de Volubilis et dans la ville de Fés, ville qu'il fonda.

Religion[modifier | modifier le code]

Si les premiers textes le concernant mentionnent à son propos une confession mutazilite ou chiite, Idriss semble avoir plutôt été zaïdite, une branche hétérodoxe du chiisme[7]. Mais à la suite du chroniqueur Sulaymân al-Nawfali - un auteur du Xe siècle abondamment cité par l'historien Al-Bakri- qui le premier a tenté de gommer cet aspect « hérétique » des premiers ibrissides, la tradition l'a progressivement rattaché à la confession sunnite[8].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. suivant Tabari, cf. (en) Tabari (trad. C. E. Borsworth), The History of al-Tabari Vol. 30 : The 'Abbasid Caliphate in Equilibrium,‎ , p. 29
  2. Herman L. Beck, L'image d'Idrīs II, ses descendants de Fās et la politique s̱ẖarīfienne des sultans marīnides (656-869/1258-1465), Brill,‎ , p. 25
  3. (en) David M. Hart, « Moroccan dynastic shurfa’‐hood in two historical contexts : Idrisid cult and ‘Alawid power », The Journal of North African Studies, vol. 6, no 2,‎ , p. 82-94
  4. arabe : rāšid, راشد
  5. Brignon et Amine, Histoire du Maroc.
  6. Ibn Khaldûn Le livre des Exemples, tome I, Gallimard, (ISBN 2-07-011425-2) page 32
  7. (en) Abdallah Laroui, The History of the Maghrib : An Interpretive Essay, Princeton University Press,‎ , p. 109-110
  8. Herman L. Beck, L'image d'Idrīs II, ses descendants de Fās et la politique s̱ẖarīfienne des sultans marīnides (656-869/1258-1465), Brill,‎ , p. 24,46

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Chafik T. Benchekroun, « Les Idrissides : L’histoire contre son histoire », Al-Masaq: Journal of the Medieval Mediterranean, vol. 23, no 3,‎ , p. 171-188
  • Herman L. Beck, L'image d'Idrīs II, ses descendants de Fās et la politique s̱ẖarīfienne des sultans marīnides (656-869/1258-1465), Brill,‎
  • E.B., « Idris Ier (788-791) », Encyclopédie berbère, vol.24, Edisud, 2001, p. 3633-3635 (lire en ligne)
  • Jean Brignon, Abdelazziz Amine et alii, Histoire du Maroc, coédition Hatier-Paris et Librairie nationale-Casablanca, 1968, page 61.
  • Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, des origines à 1830, édition originale 1931, réédition Payot, Paris, 1994 Document utilisé pour la rédaction de l’article

Lien externe[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : Ressource en ligne utilisée pour la rédaction de l'article