Icône de la Trinité

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Icône de la Trinité
Angelsatmamre-trinity-rublev-1410.jpg
Artiste
Date
1422-1427
Technique
tempera sur panneau de bois
Dimensions
(H × L)
150 × 100 cm
Localisation

L'icône de la Trinité est une icône russe peinte par Andreï Roublev entre 1422 et 1427 et dont le sujet est l'hospitalité d’Abraham, thème de l'Ancien Testament sur lequel se sont penchés les Pères de l’Église pour parler de la Trinité[1].

Il s'agit de la plus connue des icônes russes représentant la Trinité. Elle mesure environ 1 m de large sur 1,5 m de haut et est formée de trois panneaux de bois dont les jointures sont légèrement détériorées.

Jusqu'en 1929, elle faisait partie de l'iconostase de la laure de la Trinité-Saint-Serge. Elle est aujourd'hui exposée à la galerie Tretiakov de Moscou.

Restauration de 1905[modifier | modifier le code]

L'icône a été recouverte depuis le XVIIe siècle, jusqu'en 1905, de garnitures en or, des rizas, dons des Tsars Boris Godounov et Mikhaïl Féodorovitch. Elle a été nettoyée avec soin en 1905. Le sujet en avait été commandé par le supérieur du monastère de la laure de la Trinité-Saint-Serge. La tradition byzantine représentait la Trinité sous la forme symbolique de trois anges reçus à la table d'Abraham, appelée Philoxénie d'Abraham [2].

L'icône est une illustration d'un passage de la Genèse Ge 18, que Louis Réau transcit plus brièvement comme suit:

« L'Éternel apparut à Abraham au chêne de Mambré. Comme il était assis à l'entrée de sa tente pendant la chaleur du jour, il leva les yeux et aperçut trois hommes debout devant lui. Il les pria de s'arrêter et de se reposer sous l'arbre. Il leur fit servir trois gâteaux de fleurs de farine avec du beurre et du lait et le jeune veau qu'il avait apprêté. Et lui se tenait debout devant eux sous l'arbre et ils mangèrent. »

Roublev s'écarte de la figure d'Abraham et réduit le symbole aux trois anges tenant un long sceptre entre leurs doigts, assis en croix autour d'une table, sur laquelle est posée une coupe. Leur tête est auréolée d'une nimbe d'or. Leurs grands ailes font songer à des oiseaux posés un instant avant de reprendre leur envol. Les trois anges se ressemblent car ils symbolisent la Trinité, la triple incarnation du dieu unique. La forme de leur yeux en amande leur donne une expression mystérieuse. Le paysage participe à ce mystère : le tronc noueux du chêne, le rocher en surplomb qui s'incline au même rythme que les anges. Pour Louis Réau, c'est l'œuvre d'un maître habitué aux conceptions amples de la décoration murale des fresques mais qui nous charme ici par sa délicate spiritualité [3].

Une description de l'icône vers 1930[modifier | modifier le code]

L'écrivain britannique Robert Byron a laissé dans First Russia, then Tibet[4] une description détaillée de cette icône telle qu'il a pu la voir au début des années 1930 à la galerie Tretiakov, alors qu'elle était en restauration

« Le panneau mesure approximativement un mètre quarante de côté. Il montre la Trinité sous la forme de trois anges assis à une table – thème très répandu dans l'iconographie russe et rappelant qu'Abraham avait reçu chez lui ces hôtes mystérieux. Le fond, exécuté dans une tonalité légère, a probablement été jadis blanc, mais il présente aujourd'hui une texture indéfinissable d'un crème sale. D'un côté s'élève une tour, de l'autre une colline, alors qu'au milieu, un peu à droite toutefois de la tête de l'ange central, se trouve un arbre plus rapproché, vert, plat et classiquement représenté. L'ange central n'est visible que jusqu'aux genoux, tandis que les autres ont leurs jambes placées devant la table. Tous trois présentent un schéma coloré dont la simplicité équilibrée semble paradoxale, vu la rare splendeur lyrique de l'ensemble qui en résulte. »

— Suit une description précise des coloris des vêtements de chacun des anges

« La construction interne de la composition est soudée par le contraste, non pas entre les seuls champs colorés, mais entre les tons et les textures. Si l'ange central revendique sa position focale comme une affirmation si forte et violente que l'œil est presque contraint de reculer, c'est précisément parce que les deux anges qui le flanquent sont à même d'absorber cette force et de la contester, de sorte que l'œil, au lieu de reculer, est pris au piège d'une vivante interaction. Cela tient, principalement, aux manteaux des anges latéraux. J'ai décrit, globalement, les couleurs de ces vêtements. Mais il est en fait impossible de les décrire. [...] Le mauve rougeâtre et le gris ardoise pâle, le vert feuillage éclairé par le gris-vert et le blanc révèlent à l'examen non seulement ces couleurs, mais toutes celles du spectre de la perle. Ils vibrent, à l'instar des collines le soir au-dessus du désert. Une telle transparence éthérée, entourée de larges champs colorés unis, a sa propre mobilité et sa propre force qui réfrènent l'affirmation du personnage central et équilibrent le dessin d'ensemble. [...]

Bien que Roublev maîtrisât à la perfection l'héritage grec, s'agissant tant des conventions que des couleurs, sa véritable inspiration était russe. [...] »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • BENOÎT, L'icône de la Trinité de Roublev, in: Renaissance de Fleury, n° 101
  • Léonide OUSPENSKY, Essai sur la théologie de l'icône, Paris, 1960
  • Philippe VERHAEGEN, L'icône de la Trinité d'Andreï Roublev, Namur : Fidélité, 2009 (2e édition)
  • Jean-Marie FLOCH, Jérôme COLLIN, Lecture de la Trinité d'Andreï Roublev, PUF, coll. "Formes Sémiotiques", 2009

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En russe : Троица (troitsa)
  2. Louis Réau L'art russe des origines à Pierre le Grand, Henri Laurens éditeur à Paris, 1920 p. 183
  3. Louis Réau op. cit. p. 184
  4. Traduction française (Michel Pétris) : De la Russie au Tibet, Éd. 10/18, 1993 (ISBN 2-264-01845-3)

Liens externes[modifier | modifier le code]