I'm Only Sleeping

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I'm Only Sleeping est une chanson des Beatles, enregistrée pour l'album Revolver paru le 5 août 1966, mais incluse dans l'album américain Yesterday and Today, paru le 20 juin, deux mois auparavant. Elle a été écrite par John Lennon, mais créditée Lennon/McCartney, comme toutes les chansons du groupe écrites par Lennon et Paul McCartney, en collaboration ou non.

Manifeste du goût de Lennon pour le sommeil et la paresse, I'm Only Sleeping est enregistrée entre le 27 avril et le 6 mai aux studios EMI d'Abbey Road. Durant les sessions, les Beatles et l'équipe technique du studio (à leur tête George Martin et Geoff Emerick) mettent à profit diverses innovations qu'ils ont découvertes, et les guitares électriques de George Harrison sont notamment passées à l'envers, donnant toute sa dimension à la chanson.

Composition[modifier | modifier le code]

John Lennon griffonne la première version des paroles de I'm Only Sleeping au dos d'une lettre de rappel des postes et télécommunications britanniques reçue fin mars 1966[1]. Contrairement à ce qui est souvent supposé, la chanson parle plus de la paresse que de l'état dans lequel on se trouve sous l'effet des drogues, bien que Revolver soit un album marqué par l'usage du LSD[2]. Cet éloge du sommeil et de la paresse trouve ses origines dans le fait qu'à cette époque, le fondateur des Beatles adore rester allongé, sur un lit ou un canapé, lisant ou regardant la télévision lorsqu'il ne dort pas[1]. Dans sa fameuse interview du 4 mars 1966, durant laquelle Lennon déclare que les Beatles sont plus populaires que Jésus, la journaliste Maureen Cleave, qui recueille ses propos, écrit : « Il peut dormir à peu près tout le temps. Il est probablement la personne la plus paresseuse d'Angleterre[1],[3]. »

I'm Only Sleeping trouve son complément deux ans plus tard sur l'album blanc avec la chanson I'm So Tired. Si le premier morceau reflète en 1966 les joies du sommeil et de la paresse pour un Lennon peu concerné par son mariage et sa paternité, le second représente la situation inverse en 1968 : cette fois, il chante sa difficulté à dormir, déchiré entre la femme qu'il va quitter (Cynthia Lennon, qui se trouve à ses côtés lors du séjour des Beatles en Inde, où est composée la chanson) et Yoko Ono, qui est déjà à cette époque devenue son âme sœur[4]. Le thème de la paresse cher à Lennon se retrouve également en 1980 dans sa chanson Watching the Wheels, dans laquelle il commente ses cinq années d'absence de la scène publique et du plaisir qu'il a éprouvé à « simplement regarder les roues tourner »[1].

Enregistrement[modifier | modifier le code]

Un magnétophone utilisé en studio dans les années 1960
Les guitares électriques sur I'm Only Sleeping sont enregistrées sur la bande, qui est repassée à l'envers.

Lors des sessions de l'album Revolver, les Beatles et l'équipe technique des studios EMI dirigée par George Martin sont en pleine période d'innovations ; les trouvailles et inventions en tous genres fusent, et toutes les idées, même les plus farfelues, sont les bienvenues. I'm Only Sleeping est un bon exemple des expérimentations sonores que le groupe effectue à cette époque.

Le 27 avril 1966, onze prises pour I'm Only Sleeping sont enregistrées[5]. Sur la première, John Lennon (à la guitare acoustique), Ringo Starr (aux percussions) et Paul McCartney et George Harrison (aux chœurs) enregistrent une version énergique de la chanson, et un essai au vibraphone est effectué en répétition[6]. L'ambiance évolue au fil des essais, et à la onzième prise, les Beatles interprètent I'm Only Sleeping dans une version plus relâchée. Le 29 avril, Lennon ajoute à la prise no 11 son chant, enregistré au ralenti pour lui donner une texture éthérée à vitesse normale[5].

Le 5 mai, George Harrison a l'idée d'ajouter des lignes de guitares électriques jouées à l'envers[7]. L'effet des sons renversés est une trouvaille de John Lennon ; celui-ci rentre chez lui quelques semaines auparavant, avec une copie des bandes enregistrées pour la chanson Rain, et par erreur, en enclenchant la copie en question dans son magnétophone, la joue à l'envers. Le lendemain, de retour aux studios, il s'exclame : « Ça y est, les gars, j'ai trouvé quelque chose ! » C'est ainsi que sur la face B du single Paperback Writer, où se trouve le titre Rain, on l'entend chanter à l'envers à la fin[8].

George Harrison adapte l'idée du renversement à la guitare électrique, en concevant et jouant avec application ses parties (dont le solo) à l'envers, pour qu'une fois « retournées », les notes se suivent de façon parfaite, comme une vraie ligne mélodique[7]. La journée du 5 mai est entièrement consacrée à l'enregistrement des guitares inversées, et le lendemain, les harmonies vocales de Lennon, McCartney et Harrison sont enregistrés pour aboutir à la prise no 13, qui apparaît comme version finale sur l'album[7].

Interprètes[modifier | modifier le code]

Équipe technique[modifier | modifier le code]

Paroles et musique[modifier | modifier le code]

John Lennon en 1964
Le goût de John Lennon pour la paresse l'inspire à composer I'm Only Sleeping.

Ce titre prend la forme d'un manifeste dans lequel John Lennon évoque les joies de rester au lit et de paresser. Il bâille encore lorsqu'il se réveille le matin, et attend en fixant le plafond une nouvelle vague de sommeil. Après chaque couplet, il finit invariablement par supplier : « S'il vous plaît, ne gâchez pas ma journée / Je suis à des kilomètres d'ici / Et après tout, je suis juste en train de dormir. » « Observant le monde passer à sa fenêtre », il critique l'agitation de la vie extérieure : « Tout le monde semble penser que je suis paresseux / Je m'en fiche, je pense qu'ils sont fous / À courir partout à une telle vitesse / Jusqu'à ce qu'ils s'aperçoivent que c'est inutile. »

John Lennon est à cette époque un paresseux autoproclamé, comme il se plaît à le répéter dans la presse. En interview, il déclare également : « Je n'ai pas réellement besoin d'écrire ou de lire ou de parler ou de regarder quoi que ce soit, et le sexe est la seule activité physique qui m'intéresse encore[1]. » Cela n'empêche pas plusieurs fans et journalistes de voir dans le texte de la chanson des références aux visions engendrées par les drogues, par exemple dans la phrase « Lorsque je suis au beau milieu d'un rêve, je reste au lit et je remonte le courant », expression réutilisée dans une autre chanson de Lennon, Tomorrow Never Knows, très influencée par l'absorption de drogues psychédéliques[9],[10].

I'm Only Sleeping est jouée dans la gamme de mi bémol mineur ; le musicologue Alan W. Pollack suggère que cette tonalité, rare dans le cadre d'une composition à la guitare, soit le résultat des nombreuses manipulations des bandes lors de l'enregistrement de la chanson[11]. La chanson succède sur l'album à Eleanor Rigby, pour sa part composée un demi-ton plus haut, en mi mineur. Pollack explique que ce placement des chansons pourrait être intentionnel pour souligner le changement de clé, et relâcher la tension du morceau précédent[11]. La chanson est marquée sur le plan musical par le solo de guitare à l'envers joué par George Harrison, le break de basse de Paul McCartney qui ponctue chaque fin de couplet, et la voix éthérée de John Lennon qui tient le chant principal. Le morceau se conclut par une vague apocalyptique de guitares électriques renversées[11].

Parution et reprises[modifier | modifier le code]

La discographie américaine des Beatles est notoirement inégale et peu représentative de l'évolution du groupe ; le label américain Capitol publiait dans les années 1960 des versions raccourcies et dénaturées des albums du groupe, au grand dam des Fab Four eux-mêmes[12]. Ainsi, le 20 juin 1966, Capitol fait paraître un nouvel album, Yesterday and Today, qui recycle des singles parus en Angleterre, certaines chansons du Rubber Soul britannique (et laissées de côté dans sa version américaine), ainsi que trois titres de l'album Revolver encore en gestation ; parmi ceux-ci se trouve I'm Only Sleeping. Résultat : cette chanson, And Your Bird Can Sing et Doctor Robert, qui font partie intégrante du Revolver original, n'apparaissent pas dans la version américaine de l'album, qui compte seulement onze titres au lieu des quatorze habituels. Les Beatles s'étaient déjà plaints de ce massacre artistique en interview. Paul McCartney déclarait : « Nous concevons un album comme une entité complète et aimons qu'il apparaisse comme tel », et John Lennon ajoute : « Nous le planifions et ils [Capitol Records] le bousillent[12] ».

Les répétitions ainsi que la première prise de la chanson sont disponibles sur la compilation d'inédits Anthology 2 paru en 1996[6]. I'm Only Sleeping a été reprise par plusieurs artistes, surtout dans les années 1990. La version de Suggs, chanteur de Madness, éditée en single en 1995, se classe à la septième place des hit-parades britanniques. The Vines l'enregistrent en 2001 pour la B.O. du film Sam, je suis Sam, tandis que Neal Casal, Oasis et Stereophonics la reprennent en 2006[13].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Steve Turner 2006, p. 122–123
  2. Steve Turner 2006, p. 115
  3. (en) « John Lennon: "We're more popular than Jesus" », Maureen Cleave, The Beatles Bible. Consulté le 16 avril 2011.
  4. Steve Turner 2006, p. 191–192
  5. a et b Mark Lewisohn 1988, p. 77
  6. a et b Anthology 2 (disque 1, pistes 22 et 23), 1996, répétitions et prise 1 de I'm Only Sleeping.
  7. a, b et c Mark Lewisohn 1988, p. 78
  8. The Beatles 2000
  9. Tim Hill 2008, p. 238
  10. Steve Turner 2006, p. 131–132
  11. a, b et c (en) « Notes on "I'm Only Sleeping" », Alan W. Pollack, 1994. Consulté le 16 avril 2011.
  12. a et b Daniel Ichbiah 2009, p. 73
  13. (en) « Song: I'm Only Sleeping », Second Hand Songs. Consulté le 17 avril 2011.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Les ouvrages listés ici sont ceux ayant servi à la rédaction de l'article. Pour une bibliographie plus complète sur les Beatles, consultez celle de l'article principal.
  • The Beatles (trad. Philippe Paringaux), The Beatles Anthology, Paris, Seuil,‎ 2000, 367 p. (ISBN 978-2-02-041880-5)
  • Tim Hill (trad. Denis-Armand Canal, préf. Jean-Claude Perrier), The Beatles : Quatre garçons dans le vent, Paris, Place des Victoires,‎ 2008 (1re éd. 2007), 448 p. (ISBN 978-2-84459-199-9)
  • Daniel Ichbiah, Et Dieu créa les Beatles, Paris, Les Cahiers de l'Info,‎ 2009, 293 p. (ISBN 978-2-916628-50-9)
  • (en) Mark Lewisohn (préf. Ken Townsend), The Beatles : Recording Sessions, New York, Harmony Books,‎ 1988, 2e éd., 204 p. (ISBN 978-0-517-57066-1, lien LCCN?)
  • Steve Turner (trad. Jacques Collin), L'intégrale Beatles : les secrets de toutes leurs chansons, Hors Collection,‎ 2006 (1re éd. 1994, 1999), 288 p. (ISBN 978-2-258-06585-7)

Liens externes[modifier | modifier le code]