Hypothèse du zoo

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Une réponse au paradoxe de Fermi est l'hypothèse que la Terre soit pour d'éventuelles civilisations extraterrestres une réserve naturelle protégée ou qu'elle soit placée en quarantaine (La Bille Bleue : photo de la Terre prise par l'équipage d'Apollo 17).

L'hypothèse du zoo (en anglais : zoo hypothesis) est une hypothèse avancée en 1973 par l'astronome John A. Ball dans la revue Icarus[1] en réponse au paradoxe de Fermi au sujet de l'apparente absence de preuves de l'existence d'une vie extraterrestre. Selon cette hypothèse, les extra-terrestres existeraient et seraient assez avancés technologiquement pour pouvoir communiquer avec les terriens. Ils observeraient la Terre et l'humanité à distance, sans essayer d'interagir, à la façon de chercheurs qui observeraient des animaux primitifs à distance, évitant d'entrer en contact afin de ne pas les perturber. Un développement de cette hypothèse est celle de la quarantaine galactique, où les civilisations extraterrestres attendraient avant de contacter l'humanité qu'elle atteigne un certain niveau technologique ou évite l'auto-destruction.

Précurseurs[modifier | modifier le code]

Constantin Tsiolkovski, père de l'astronautique moderne, avait déjà évoqué l'hypothèse de la quarantaine galactique.

Le Russe Constantin Tsiolkovski, père et théoricien de l'astronautique moderne, s'est posé tardivement dans sa vie des questions philosophiques, dont celle de la présence de civilisations extraterrestres, et de l'absence de preuves de leur existence, anticipant ainsi le paradoxe de Fermi. Utilisant un raisonnement similaire à ce qui sera plus tard l'équation de Drake, il arrive à la conclusion que la vie est répandue sur de nombreuses autres planètes autour d'autres étoiles, et que la colonisation de l'espace par des espèces extraterrestres tout comme par l'humanité est inévitable[2].

Il suggère en 1934, dans son essai There are also Planets Around Other Suns, que des civilisations extraterrestres plus sages et plus anciennes que la nôtre existent certainement, mais qu'elles refusent d'interférer avec notre histoire pour ne pas nous pousser à la destruction. Une rencontre pourrait alors avoir lieu lorsque l'humanité sera plus avancée technologiquement et spirituellement. Une rencontre prématurée pourrait provoquer une guerre inégale entre l'espèce humaine encore belliqueuse et une espèce extraterrestre bien plus évoluée. Tsiokolvsky évoque aussi la différence d'intelligence qui empêcherait toute communication : « Pouvons-nous avoir des relations rationnelles avec des chiens ou des ânes ? De la même manière, des êtres supérieurs ne seraient pas capables de communiquer avec nous pour le moment »[2].

Il élabore également une autre raison pour laquelle il y aurait un avantage pour ces espèces extraterrestres supérieures à nous laisser évoluer par nous même : malgré les propres doutes de l'humanité, ces espèces sauraient que quelque chose de valable se développerait, et que l'humanité pourrait apporter « un nouveau et merveilleux courant de vie qui renouvellera et complètera leur vies déjà parfaites »[2].

Développements et critiques[modifier | modifier le code]

L'impact catastrophique d'une civilisation évoluée technologiquement sur une civilisation moins évoluée est un des arguments des scientifiques qui soutiennent l'hypothèse du Zoo (Siège de Tenochtitlan vu par les Aztèques, 1521).

Ball précise lui-même que sa théorie n'est pas démontrable ni vérifiable « parce qu'ils (les extraterrestres) ne veulent pas être découverts et qu'ils ont la capacité technologique de s'en assurer »[3]. En cela, on peut la rapprocher de l'exemple de la théière de Russel.

Pour l'astrophysicien Peter Ulmschneider, cette hypothèse est logique quand on voit dans l'histoire humaine l'impact catastrophique d'une civilisation évoluée technologiquement sur une civilisation moins évoluée, comme ce fut le cas pour les Amérindiens à la suite de l'arrivée de Christophe Colomb ou de Hernán Cortés. Pour lui, une civilisation extraterrestre bien plus évoluée et ancienne que la nôtre ne prendrait pas un tel risque et resterait à l'écart, permettant à l'humanité de poursuivre un développement original, sans influence culturelles ou technologique étrangère[4].

Pour le cosmologue John D Barrow et le physicien Frank Tipler, l'hypothèse du zoo est peu probable. Même s'ils proposent, pour vérifier l'hypothèse, de détecter les émissions radio éventuelles entre les veilleurs extraterrestres présents dans notre système solaire et leur étoile d'origine comme envisagé par les scientifiques Kuiper et Morris, ou de détecter le rayonnement infrarouge de la construction de sondes auto-réplicantes comme imaginé par Freeman Dyson d'après les travaux de John von Neumann, ils pensent que s'il existait de nombreuses civilisations extraterrestres avancées et capables d'entrer en contact avec l'humanité comme l'équation de Drake pourrait le faire croire, il n'est pas certain que toutes respecteraient à la lettre cette règle de non-ingérence. De plus, même si cette règle était respectée à l'échelle d'une civilisation, la possibilité existerait qu'un individu ou un groupe d'individus extraterrestres la transgresse sciemment ou accidentellement. Pour Barrow et Tipler, aucun système policier avancé extraterrestre ne pourrait empêcher absolument tout contact[5].

Quarantaine galactique[modifier | modifier le code]

Une hypothèse parallèle développée par l'astronome Michael Papagiannis est celle de la quarantaine galactique : plutôt que de considérer l'humanité comme un zoo, la ou les civilisations extraterrestres attendraient avant de la contacter qu'elle atteigne un certain niveau technologique ou évite l'auto-destruction[6]. Pour Papagiannis, seul le passage de ce test hypothétique, c'est-à-dire éviter une disparition due à une guerre nucléaire, à la surpopulation ou à une catastrophe environnementale, permettrait que les civilisations extra-terrestre prennent contact avec l'humanité. Pour lui, résoudre les problèmes de l'humanité serait un moyen plus sûr d'entrer en contact qu'une recherche active comme avec le SETI[3].

Éthique de non intervention partagée...[modifier | modifier le code]

Selon Alex Wissner-Gross, physicien à l'Université de Harvard, l'hypothèse du zoo établit premièrement qu'un grand nombre de cultures extraterrestres existent, et deuxièmement que ces extraterrestres ont un grand respect pour un développement et une évolution indépendants et naturels. En envisageant que l'intelligence est un processus physique qui tend à maximiser la diversité des futurs d'un système, une motivation fondamentale de l'hypothèse du zoo serait qu'un contact prématuré pourrait « inintelligemment » réduire la diversité totale de chemins que l'univers lui même pourrait prendre[7].

Pour Steven Soter, scientifique au département d'astrophysique au Muséum américain d'histoire naturelle, ces idées sont peut être plus plausibles s'il y a une culture ou une politique légale relativement universelle partagée par cette pluralité de civilisations extraterrestres qui nécessite d'isoler des civilisations d'un niveau de développement comparable à celui de la Terre. Dans un univers sans pouvoir hégémonique, des civilisations solitaires avec des principes indépendants entreraient en contact. Cela fait donc l'hypothèse d'un univers bondé de civilisations avec des règles clairement définies plus possible[8].

Cependant, comme John D Barrow et Frank Tipler, Ian Crawford, professeur de science planétaire et d'astrobiologie, s'il y a de multiples cultures extraterrestres, cette théorie pourrait céder sur le concept du motif d'uniformité. Il suffirait qu'une seule civilisation extraterrestre décide d'agir contrairement à cet impératif dans notre champ de détection pour qu'elle soit abrogée, et la probabilité d'une telle violation augmente avec le nombre de civilisations[9]. Mais l'idée d'une motivation partagée deviendrait cependant possible si toutes les civilisations avaient tendance à évoluer de manière semblable au niveau des valeurs et normes culturelles à propos d'un contact, beaucoup comme l'évolution convergente sur Terre a fait évoluer indépendamment l’œil en plusieurs occasions[10]. Une autre explication pour Ronald N. Bracewell, astronome membre du programme SETI serait que toutes les civilisations suivent les pas d'une civilisation particulièrement éminente, la première civilisation[11].

...Ou imposée par une première civilisation[modifier | modifier le code]

Plusieurs scientifiques ont émis l'hypothèse qu'une première ou puissante civilisation de la voie lactée aurait imposé la quarantaine (voie lactée vue sur l'île de Pâques).

Avec l'idée d'une première civilisation précurseuse, l'hypothèse du zoo ainsi modifiée devient une meilleure réponse au paradoxe de Fermi pour le professeur Thomas Hair de la Florida Gulf Coast University. Le temps passé entre l'émergence d'une première civilisation dans la voie lactée et des civilisations suivantes pourrait être gigantesque. La méthode de Monte-Carlo montre que les périodes entre les apparitions de civilisation sont l'équivalent d'époques géologiques sur Terre. La capacité d'une civilisation avec une avance de 10 millions, 100 millions ou un demi milliard d'année est difficilement imaginable comme montré sur l'échelle de Kardashev.

Même si cette première grande civilisation a depuis longtemps disparu, leur héritage pourrait survivre sous la forme de tradition ou même à l'aide d'une forme de vie artificielle entièrement orientée vers cet objectif sans le risque de mort. Cette civilisation n'aurait pas besoin d'être la première apparue, mais juste la première à avoir répandu sa doctrine et son contrôle sur une grande partie de la galaxie. Si une telle civilisation avait gagné l'hégémonie dans un lointain passé , elle pourrait avoir créé un tabou contre les civilisations prédatrices et en faveur de la non interférence qui serait resté chez les civilisations qui lui aurait succédé.

Si la plus vieille civilisation encore présente dans la voie lacté avait une avance de par exemple 100 millions d'années sur la civilisation suivante, il est alors possible de concevoir qu'elle pourrait être dans la position singulière de contrôler, observer, influencer ou isoler l’émergence de toutes les civilisations qui la suivent dans sa sphère d'influence. Cette situation serait analogue à celle de notre civilisation terrienne au quotidien, où chacun né sur cette planète est né dans un système pré-existant de familles, coutumes, traditions et lois qui ont été établis bien avant notre naissance et sur lesquels nous n'avons que peu ou aucun contrôle[12].

Théorie en ufologie[modifier | modifier le code]

Pour Budd Hopkins, ufologue américain qui a particulièrement travaillé sur les enlèvements par les extraterrestres, l'hypothèse du zoo implique une surveillance par des extraterrestres vivant au sein de l'humanité[13] :

« En 1973, John A. Ball, proposa l'"hypothèse du zoo" dans la revue Icarus, une revue internationale sur les études du système solaire. En tant que radioastronome affecté au Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, il avança très sérieusement l'idée que la Terre était un zoo et que des extraterrestres étaient chez nous, déjà occupés à nous observer. Ball ajouta aussi : "Dans le zoo parfait — zone sauvage ou sanctuaire — la faune qui s'y trouve ne doit pas avoir de liens directs avec les gardiens du zoo, ni avoir conscience de leur existence". Ball fut tourné en dérision par de nombreux scientifiques pour sa théorie, parce qu'elle impliquait l'existence d'extraterrestres vivant parmi nous. »

Théorie en fiction[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) John A. Ball, « The Zoo Hypothesis », Icarus, vol. 19, no 3,‎ juillet 1973, p. 347–349 (ISSN 0019-1035 et 1090-2643, DOI 10.1016/0019-1035(73)90111-5).
  2. a, b et c (en)(en) V. Lytkin, B. Finney et L. Alepko, « Tsiolkovsky - Russian Cosmism and Extraterrestrial Intelligence », Quarterly Journal, vol. 36, no 4,‎ décembre 1995 (lire en ligne).
  3. a et b The Search for Extra Terrestrial Intelligence:A Philosophical Inquiry, David Lamb, Routledge, 2001, p. 171.
  4. (en) Intelligent life in the universe: principles and requirements behind its emergence, Peter Ulmschneider, partie 10.8, p. 276.
  5. (en) The anthropic cosmological principle, John D. Barrow & Frank J. Tipler, Oxford University Press, 1988, p. 597.
  6. (en) An infrared search in our solar system as part of a more flexible search strategy, Papagiannis, M. D., in The search for extraterrestrial life: Recent developments, Proceedings of the Symposium, Boston, MA, June 18-21, 1984 (A86-38126 17-88). Dordrecht, D. Reidel Publishing Co., 1985, pp. 505-511.
  7. A. D. Wissner-Gross, "Causal entropic forces", Physical Review Letters 110, 168702 (2013).
  8. Soter, S. (2005). Astrobiol. Mag. 17 Oct "SETI and the Cosmic Quarantine Hypothesis"
  9. Crawford, I.A., "Where are They? Maybe we are alone in the galaxy after all", Scientific American, July 2000, 38–43, (2000).[1]
  10. Kozmik, Z.; Ruzickova, J.; Jonasova, K.; Matsumoto, Y.; Vopalensky, P.; Kozmikova, I.; Strnad, H.; Kawamura, S. et al. (Jul 2008). "Assembly of the cnidarian camera-type eye from vertebrate-like components". Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America 105 (26): 8989–8993.[2]
  11. Bracewell, R. (1982). Pre-emption of the Galaxy by the First Advanced Civilization, Pergmon Press, Oxford.[3]
  12. Temporal dispersion of the emergence of intelligence: an inter-arrival time analysis, Thomas W. Hair, International Journal of Astrobiology, Volume 10, Issue 02, April 2011, pp 131-135
  13. (en) Budd Hopkins et Carol Rainey, Sight Unseen : Science, UFO Invisibility and Transgenic Beings, New York, Atria Books,‎ 2003, 406 p. (ISBN 0-7434-1218-4), p. 139 et 230, cité dans Jean Sider, « La femme au sang bleu : Des êtres humains inconnus de notre espèce vivent-ils parmi nous ? », sur lejdu.com, juin 2005 (version enregistrée par Internet Archive le 13 octobre 2007).