Hypersensibilité (psychologie)

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La Princesse au petit pois du conte d'Andersen est si sensible qu'elle est dérangée par un petit pois placé sous une pile de matelas.

L'hypersensibilité désigne une sensibilité plus haute que la moyenne, provisoirement ou durablement, voire « exagérée ou extrême »[1].

En psychologie cette notion distingue aussi un tempérament, une caractéristique individuelle qui permet d'identifier un ensemble clinique défini en 1996 par Elaine Aron (dans The Highly Sensitive Person)[2], rattaché à une présentation empiriquement faite par Carl Gustav Jung[3]. En 2014 cette notion anglophone s'est internationalisée, mais n'a que peu touché l'espace francophone[Note 1].

Selon les recherches qui ont suivi, ces « individus hautement sensibles » représenteraient environ un cinquième de la population. Les caractéristiques de cet ensemble découlent d'une plus forte réactivité à une même stimulation, ce qui a des aspects positifs – Jung parle de « caractère enrichissant » – et des aspects négatifs, comme une sensibilité accrue à la phobie et à la peur panique.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Les caractéristiques cliniques sont celles définies à l'origine par Elaine Aron et accessibles depuis son site[4], mais on trouve de multiples reprises, parfois sérieuses comme un test en français créé par Isabelle Taubes et Boris Cyrulnik[5], et parfois moins.

En anglais, Elaine Aron propose un moyen mnémotechnique pour retenir les caractéristiques principales des hypersensibles DOES pour :

  • La profondeur de traitement (Depth of processing).
  • Plus suscité, plus mobilisé que les autres pour une même stimulation (Over aroused).
  • Réactivité émotionnelle forte et empathie élevée (Emotional reactivity and high empathy)[6]
  • Sensibilité aux stimuli subtils (Sensitivity to subtle stimuli).

D'après Elaine Aron la timidité et l'introversion ne doivent pas être confondues avec l'hypersensibilité, même si ce sont des réponses possibles, car il existe des hypersensibles extravertis et la thérapie peut révéler une tendance refoulée à l'extraversion chez certains hypersensibles[7].

Cette sensibilité serait associée à un mode de traitement des données sensorielles particulier[8]. Par exemple, certaines opérations perceptives reconnues comme étant influencées par la culture du sujet percevant semblent être perçues de la même manière par les hypersensibles d'origines diverses, ce qui indique que les facteurs sociaux qui modifient la perception ont moins d'emprise sur les hypersensibles[9],[10].

Les personnes hypersensibles utiliseraient plus que les autres l'hémisphère droit de leur cerveau, ce qui en ferait des êtres plus intuitifs et créatifs[réf. nécessaire].

Difficultés liées[modifier | modifier le code]

Parmi les caractères associées à l'hypersensibilité on trouve une prédisposition aux troubles phobiques et paniques[11].

Les hypersensibles seraient, statistiquement, plus sujets à divers troubles mentaux que la moyenne. Les techniques et thérapies existantes sont jugées adéquates si elles ne tentent pas de réprimer l'hypersensibilité mais, au contraire, permettent à l'hypersensible de vivre avec son « excès » de sensibilité, de l'assumer et de trouver des occupations mettant en valeur ce qui a pu lui sembler une source de problèmes[12],[13],[7].

Pathologie ou pas ?[modifier | modifier le code]

Selon Jung qui en a parlé le premier, c'est un caractère enrichissant, qu'on ne peut pas considérer en lui-même comme pathologique, ou alors il faudrait faire de même avec un quart de l’humanité [1/5e selon des études réalisées bien plus tard]. C'est sans aucune ambiguïté, ce qui ne l’empêche pas de préciser la chose en contexte : « maintenant quand cette sensibilité a des conséquences plutôt destructrices, on doit bien admettre qu'on ne peut pas la considérer comme bien normale »[Note 2]

Régulation[modifier | modifier le code]

Puisqu'il ne s'agit pas d'une maladie, il n'est pas question de parler de thérapie directement pour soigner l'hypersensibilité, mais exclusivement pour des troubles identifiés distinctement, comme la phobie, l'angoisse, le stress post-traumatique, etc, pour lesquels les indications thérapeutiques sont multiples et souvent spécifiques.

Les thérapies conventionnelles et non-conventionnelles permettant l'introspection et la gestion du stress et des expériences refoulées (méthode Vittoz, méthode Alexander, sophrologie, yoga, relaxation, psychothérapie cognitivo-comportementale, psychanalyse, « recherche spirituelle », neurofeedback[réf. souhaitée]) sont recommandées[réf. nécessaire] par divers auteurs[Qui ?] et intervenants[Qui ?] mais la recherche sur les thérapies pour hypersensibles progresse lentement[réf. souhaitée].

Origine[modifier | modifier le code]

Selon Elaine Aron, l'hypersensibilité serait liée à un trait génétique conservé pendant l'évolution par un grand nombre d'espèces animales, laissant supposer qu'il a certains avantages[14] ; mais elle subodore également l’existence d'« interaction » avec l'environnement durant l'enfance comme cause de ce tempérament hypersensible[15]. Toujours d'après Elaine Aron, en règle générale, après une enfance difficile, un hypersensible s'est construit un ensemble de protections psychologiques lui permettant de se blinder ou d'éviter un monde perçu comme excessivement violent. Ces mécanismes d'adaptation, à leur tour, peuvent générer une mauvaise adaptation sociale[16], des difficultés relationnelles[17], de la souffrance et de la frustration[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En 2014, le lien vers l’international du site d'Elaine Aron (ici) renvoie notamment au japon, en Norvège, en Suède, en zone germanophone (Allemagne, Hollande, Suisse), en Australie / Nouvelle-Zélande, en Suisse, au Danemark, en Israël (ici et ), au Pays-Bas, en Belgique et en Espagne, mais rien pour la francophonie
  2. Retranscription libre d'après le texte suivant (source): This excessive sensitiveness very often brings an enrichment of the personality and contributes more to its charm than to the undoing of a person’s character. Only, when unusual situations arise, the advantage frequently turns into a very great disadvantage, since calm consideration is then disturbed by untimely affects. Nothing could be more mistaken, though, than to regard this excessive sensitiveness as in itself a pathological character component. If that were really so, we should have to rate about one quarter of humanity as pathological. Yet if this sensitiveness has such destructive consequences for the individual, we must admit that it can no longer be considered quite normal. (Jung, 1913, para. 398)

Références[modifier | modifier le code]

  1. D'après le dictionnaire Larousse (source)
  2. Aron, E. (1996). The highly sensitive person. New York: Birch Lane Press.
  3. (en) Elaine Aron, « The Clinical Implications of Jungs Concept of Sensitiveness », [Journal of Jungian Theory and Practice], no 8,‎ 2006, p. 11–43 (lire en ligne)
  4. (en) hsperson.com le site d'Elaine Aron.
  5. Êtes-vous un hypersensible
  6. Outre 4 études effectuées par Aron en 2005, une étude reproduite en 2012 semble confirmer plus d'activité des neurones miroirs (associée à l'empathie) au visionnage émotionnellement "forte".
  7. a, b et c (en) Aron, E. N. (2012). « Temperament in psychotherapy: Reflections on clinical practice with the trait of sensitivity. » In M. Zentner & R. Shiner (Eds.), Handbook of temperament (p. 645-670). New York: Guilford.
  8. (en) Jagiellowicz, J., Xu, X., Aron, A., Aron, E., Cao, G., Feng, T., & Weng, X. (2010) « The trait of sensory processing sensitivity and neural responses to changes in visual scenes. » Social Cognitive and Affective Neuroscience, 6, 38-47.
  9. (en) Ketay, S., Hedden, T., Aron, A., Aron, E., Markus, H., & Gabrieli, G. (2007, January). The personality/temperament trait of high sensitivity: fMRI evidence for independence of cultural context in attentional processing. Poster presented at the annual meeting of the Society for Personality and Social Psychology, Memphis, TN. Summary by Aron (2006): "A functional study comparing brain activation in Asians recently arrived in the United States to European-Americans found that in the nonsensitive, different areas were activated according to culture during a difficult discrimination task known to be affected by culture, but culture had no impact on the activated areas for highly sensitive subjects, as if they were able to view the stimuli without cultural influence"
  10. (en) Aron, A., Ketay, S., Hedden, T., Aron, E. N., Markus, H. R., & Gabrieli, J. D. E. (2010) Temperament trait of sensory processing sensitivity moderates cultural differences in neural response. Social Cognitive and Affective Neuroscience, 6, 38-47.
  11. (en) Aron, E. N. (2000). High sensitivity as one source of fearfulness and shyness: Preliminary research and clinical implications. In L. Schmidt & J. Schulkin (Eds.), Extreme fear, shyness, and social phobia: Origins, biological mechanisms, and clinical outcomes (p. 251-272). New York: Oxford University Press.
  12. (en) Aron, E., The clinical implications of Jung's concept of sensitiveness, Journal of Jungian Theory and Practice, 8, 11-43.
  13. (en) Aron, E. N. (2004). Revisiting Jung's concept of innate sensitiveness. Journal of Analytical Psychology, 49, 337-367.
  14. (en) Aron, E., Aron A., and Jagiellowicz, J. (2012) Sensory processing sensitivity: A review in the light of the evolution of biological responsivity. Personality and Social Psychology Review, 16, 262-282.
  15. (en) Aron, E. N., Aron, A., & Davies, K. (2005). « Adult shyness: The interaction of temperamental sensitivity and an adverse childhood environment. » Personality and Social Psychology Bulletin, 31, 181-197.
  16. (en) Aron, E. N. (2000). « High sensitivity as one source of fearfulness and shyness: Preliminary research and clinical implications. » In L. Schmidt & J. Schulkin (Eds.), Extreme fear, shyness, and social phobia: Origins, biological mechanisms, and clinical outcomes (p. 251-272). New York: Oxford University Press.
  17. (en) Aron, E. N. (2004). « The impact of temperament on intimacy and closeness. » Dans The Handbook of Closeness and Intimacy. Eds. D. Mashek and A. Aron (p. 267-283). Mahwah, NJ: Erlbaum.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • M. Bruch, J. Gorsky, T. Cullins et P. Berger, « Shyness and Sociability Reexamined: A Multicomponent Analysis », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 5, no 57,‎ 1989, p. 904–15 (DOI 10.1037/0022-3514.57.5.904)
  • (en) Elaine Aron, « Counseling the highly sensitive person », Counseling and Human Development, vol. 28,‎ 1996, p. 1-7
  • Elaine Aron et Athur Aron, « Sensory-processing sensitivity and its relation to introversion and emotionality », Journal of Personality and Social Psychology, vol. 73,‎ 1997, p. 345-368 (DOI 10.1037/0022-3514.73.2.345)


Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

liens externes[modifier | modifier le code]