Hyperinflation de la République de Weimar

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Hyperinflation de la République de Weimar: variation de la valeur d'un mark-or de un à mille milliards de mark-papier; sur une échelle logarithmique.

L'hyperinflation de la République de Weimar dans les années 1923 et 1924 est une des conséquences de la défaite de l'Allemagne en 1918. D'un côté, les exigences de réparations des dommages de guerre ont fait peser un poids très lourd sur l'économie allemande, au point que certains commentateurs ont parlé de « dépeçage de l'économie allemande par les Alliés » [1]. D'autre part les gouvernements et les forces économiques allemandes ont développé des méthodes de financement et des spéculations qui ont aggravé la situation. En 1924, l'argent perdait son pouvoir d'achat d'heure en heure. Il fallait le dépenser immédiatement avant que sa valeur ne soit dépréciée. Le docteur Hjalmar Schacht sera appelé pour redresser la situation, ce qu'il fera d'abord par des réformes internes avant de s'attaquer au problème des réparations, qui ne sera soldé qu'à la conférence de Lausanne près de 10 ans plus tard.

« L’Allemagne paiera… »[modifier | modifier le code]

Livraisons allemandes à la France (1920).

Signé le 28 juin 1919, les alliés, via le traité de Versailles, obligent l’Allemagne à payer des réparations afin qu'elle contribue à la reconstruction des pays qu’elle avait envahis. Georges Clemenceau se présenta clairement dans une logique revancharde selon laquelle « le Boche doit payer[2] ». Les pays vainqueurs évaluent ainsi la dette allemande à 132 milliards de marks-or de 1914, dont 52 % versés au seul profit de la France, alors que la richesse du pays n’atteint que 3 milliards de marks.

L’économiste John Maynard Keynes, membre de la commission britannique, préconise dans un rapport de ramener le montant global des réparations à 20 milliards de marks-or. Sa proposition ayant été rejetée, il critique cette position dans un ouvrage, Les Conséquences économiques de la paix, dans lequel[réf. nécessaire] il prévoit que « si nous cherchons délibérément à appauvrir [l'Allemagne], j’ose prédire que la vengeance sera terrible. ».

Au niveau de sa politique économique, la France s'appuya dans un premier temps sur l'assurance que « l’Allemagne paiera » les dommages de guerre, le gouvernement, via « la bataille du franc » ne jugea par exemple pas nécessaire d’augmenter les impôts pour rembourser la dette nationale mais eu recourt à de nombreux emprunts. La dette publique française atteignit ainsi 279 milliards de francs en 1924 (contre 25 milliards en 1914). L’État décida d'avoir recours à la planche à billet pour permettre la croissance économique du pays et ainsi reconstruire plus aisément la France. Dès lors, en 1926, les prix sont 8,5 fois plus élevés qu’en 1914. Cependant, comparée à l'Allemagne, l'inflation resta maîtrisée.

L’inflation allemande, un phénomène de longue date[modifier | modifier le code]

Selon l’historien Alfred Wahl, l’inflation était significative en Allemagne dès le déclenchement de la Première Guerre mondiale ; elle a pris un tournant décisif en 1916. Toutefois, jusqu’à la fin 1922, l’économie allemande reste forte (plein emploi, croissance, hausse des salaires)[3], une situation qui contraste avec celle des pays voisins, où sévit une crise économique sérieuse en 1920-1921. L’Allemagne parvient tant bien que mal à redresser ses finances ; cependant les entreprises et les ménages détiennent une quantité de monnaie supérieure au total de la production du marché. Ce déséquilibre entre l’offre et la demande s’aggrave encore quand les acteurs économiques apprennent le montant de la dette et cherchent à dépenser le plus vite possible leur monnaie.

Le Ruhrkampf[modifier | modifier le code]

Soldats français lors de l’occupation de la Ruhr.
Article détaillé : Occupation de la Ruhr.

Composé le 22 novembre 1922, le cabinet du nouveau chancelier du Reich Wilhelm Cuno réclame un report des échéances du remboursement des réparations pour deux ans en échange d’une tentative de stabilisation monétaire[3]. Cette demande est cependant refusée par les chefs de gouvernements alliés à la fin décembre à Paris. Le calcul de Cuno était de risquer l’affrontement avec la France en espérant que l’opinion publique internationale la ferait plier. Mais la réaction de Paris prend le gouvernement allemand au dépourvu[4].

Le 11 janvier 1923, à l’instigation du président du Conseil français Raymond Poincaré, les armées française et belge envahissent le bassin industriel de la Ruhr. Le prétexte de l’intervention repose sur le fait que l’Allemagne n’avait versé que 75 000 mètres de poteaux télégraphiques sur les 200 000 mètres qu’elle devait et des livraisons insuffisantes en charbon. Selon Ian Kershaw, le manque se montait à 24 millions de marks-or, une bagatelle en comparaison des 1 484 millions des paiements effectués[5]. Le 13 janvier, Cuno réplique en appelant à la « résistance passive[6] et le 19, il demande aux fonctionnaires de refuser d’obéir aux ordres des occupants[3] »…

Les Français tentent de pousser la population au séparatisme : « Les troupes d’occupation agirent de manière autoritaire et avec une franche brutalité[7]. ». La répression est féroce : instauration de l’état de siège, interdiction d’envoyer du charbon vers l’Allemagne non occupée, établissement d’une frontière douanière à l’intérieur même du territoire allemand, expulsion de dizaines de milliers de fonctionnaires et de cheminots, etc[3]. La situation dégénère rapidement et la résistance s’organise sous l’aile bienveillante de la Reichswehr. Les mouvements de droite se réveillent. Même le Parti communiste d'Allemagne (KPD) se prononce pour la résistance[8].

Le 31 mars 1923, treize ouvriers sont tués à Essen par les occupants. En mai, Albert Leo Schlageter est condamné à mort à Düsseldorf pour avoir fait sauter un train.

L'hyperinflation[modifier | modifier le code]

L’hyperinflation allemande résulte d’un ensemble de facteurs consécutifs à la guerre : besoins de reconstruction, nécessité d’importations non couvertes par les exportations, renchérissement des importations suite à la perte de valeur du mark et indexation des salaires sur les prix.

La reconstruction[modifier | modifier le code]

Le déficit commercial[modifier | modifier le code]

Surcharge "STOP INFLATION START SAVING"de la Tarrytown National Bank and Trust Co. New york sur un billet d'inflation allemand daté de 1922. " Propagande effectuée en 1930. Les Etats Unis se méfient de l'inflation allemande, qui est une source de destabilisation monétaire pour l'ensemble des échanges commerciaux.

Après la guerre, le pays est à reconstruire. 450 000 tonnes de bombes avaient été larguées par la Royal Air Force sur les villes industrielles, particulièrement sur le système de transport et les sites de production de pétrole de synthèse[9]. L’appareil productif est en partie détruit et on estime que la productivité est, dans de nombreuses industries, réduite des deux tiers par rapport à 1913. La production agricole a diminué d’un tiers et le bétail a été décimé. Aux importations qui seront nécessaires pour la remise en état du pays, il faut ajouter un déficit structurel, au moins au départ, dû au déficit alimentaire et au manque à exporter entraîné par la cession de territoires plutôt exportateurs. L’Alsace-Lorraine et les mines de charbon sarroises sont cédées à la France, la province du Nord-Schleswig au Danemark et de larges territoires à l’Est, en Prusse et en Silésie à la Pologne. Ces territoires représentaient presque un tiers de la production de charbon, plus des trois quarts des minerais de fer, 40 % des hauts fourneaux et 10 % des aciéries[1].

Le financement par l’étranger[modifier | modifier le code]

Les Alliés ne prêtaient pas à l’Allemagne. L’Allemagne dut recourir au marché monétaire international. Elle n’eut aucun mal à le faire. Selon Laursen et Karsten[10] les spéculateurs avaient confiance dans le redressement de l’Allemagne. Ils prévoyaient un retour du mark à sa valeur-or de 1913. Mais par prudence les capitaux étaient prêtés à court terme. C’est ici que se trouve la source de l’inflation. Les capitaux se retiraient lorsque la situation économique ou politique se détériorait. Ce retrait faisait chuter la valeur du mark. Ils revenaient lorsque la situation s’améliorait et la valeur du mark remontait. Au total et malgré les périodes de stabilisation le cours du dollar en marks augmentait tendanciellement, ce qui augmentait le coût des importations[11]. Les ventes à découvert des spéculateurs accentuaient les chutes du mark[12]. Ce qui est confirmé par Castellan[13].

Le déclenchement inflationniste[modifier | modifier le code]

Allemagne en 1923 : les billets de banque avaient perdu la plupart de leur valeur et était utilisés pour tapisser.

Entre 1920 et 1922, les mauvaises nouvelles succédaient aux périodes de stabilisation. À chaque mauvaise nouvelle, le mark perdait de sa valeur. La chute se précipite à partir de la mi-1922. En juin 1922 la conférence pour la fourniture d’un prêt par les Alliés échoue[14]. Les prêteurs étrangers perdent totalement confiance. Un dollar valait 420 marks en juillet 1922 et 49 000 en janvier 1923. Pendant l’année 1923, le cours du dollar par rapport au Papiermark augmente ainsi de 5,79 ×  1010. Le prix au détail passe de l’indice 1 en 1913 à 750 000 000 000 en novembre 1923. Les prix des repas servis au restaurant varient selon l’heure de la commande et l’heure à laquelle l’addition est présentée, si bien que les restaurateurs doivent offrir des plats en plus à leurs clients[15], ou leur faire payer l’addition en début de repas. A l'été 1923 les paysans refusent en ville d'accepter le mark en échange de leurs produits agricoles[16]. Les salariés se font payer deux fois par jour.

La vitesse de circulation de la monnaie[modifier | modifier le code]

La confiance dans la monnaie avait totalement disparu. L’argent brûlait les doigts, donc la monnaie circulait plus vite. Faire circuler plus vite la monnaie a le même effet sur l’économie qu’augmenter sa quantité. Gabriel Galand et Alain Grandjean établissent que c’est la vitesse de circulation de la monnaie et non pas l’émission excessive de monnaie qui a provoqué l’inflation[17]. Ils s’appuient sur les études de Wagemann[18] et sur les travaux de Hugues[19]. En 1920 et 1921, la création monétaire ne sert qu’à fournir les liquidités indispensables aux échanges compte tenu de l’augmentation des prix. Après 1921, c’est-à-dire lorsque l’inflation a commencé à s’amplifier, et surtout au premier semestre 1922 lorsqu’elle s’est accélérée, la quantité de monnaie disponible s’est réduite, preuve que la planche à billets ne fonctionnait pas. La masse monétaire ne représentait alors que 5 jours de dépenses, ce qui est très faible[20]. En novembre 1923, la quantité de marks en circulation est 245 milliards de fois plus élevée qu’en 1914 mais le coût de la vie a augmenté par un facteur 1380 milliards[21].

L’indexation des salaires[modifier | modifier le code]

L’écroulement de l’Empire avait ouvert une période prérévolutionnaire à l’instar de la Russie. La République de Weimar était fragile. Elle résultait d’un compromis entre les socialistes et les communistes. L’accord imposait une indexation des salaires sur les prix[22]. Les salaires n’ont pas été à l’origine de l’hyperinflation. Ils suivaient les prix avec retard. Mais leur indexation sur les prix a eu un effet "boule de neige" qui a débouché sur l’hyperinflation. L’hyperinflation est apparue lorsque la confiance dans la monnaie a disparu, d’abord chez les prêteurs étrangers, ensuite chez les Allemands eux-mêmes et qu’il y a eu fuite devant la monnaie[23].

L’effondrement du mark[modifier | modifier le code]

Fluctuation des cours depuis le début de la Première Guerre mondiale[24]
1 Goldmark = Papiermark (nominal) Date Cours du dollar en marks Durée
1 juillet 1914 4,20 Néant
10 janvier 1920 41,98 5 1/2 ans
100 3 juillet 1922 420,00 2 1/2 ans
1 000 21 octobre 1922 4 430 110 jours
10 000 31 janvier 1923 49 000 102 jours
100 000 26 juillet 1923 760 000 174 jours
1 000 000 8 août 1923 4 860 000 15 jours
10 000 000 7 septembre 1923 53 000 000 30 jours
100 000 000 3 oct. 1923 440 000 000 26 jours
1 000 000 000 11 oct. 1923 5 060 000 000 8 jours
10 000 000 000 22 oct. 1923 42 000 000 000 11 jours
100 000 000 000 3 nov. 1923 420 000 000 000 12 jours
1 000 000 000 000 20 nov. 1923 4 200 000 000 000 17 jours

Un témoignage d’époque[modifier | modifier le code]

Lors d’une randonnée à vélo dans la Forêt-Noire à la mi-septembre 1923, Albert Speer, alors étudiant de première année d’architecture à la Technische Hochschule de Karlsruhe, inscrit dans son journal intime :

« Très bon marché ici ! La chambre d’hôtel 400 000 Marks, le dîner [Abendessen] 1 800 000 Marks. Un demi-litre de lait 250 000 Marks.
Six semaines plus tard, peu avant la fin de l’inflation, un déjeuner dans une auberge coûtait entre 10 et 20 milliards de Marks et un repas à la mensa[25] plus d’un milliard, ce qui correspondait à 7 pfennigs-or. Pour une pièce de théâtre, je devais payer 300 à 400 millions. »

— Albert Speer, Au cœur du Troisième Reich, 1969[26]

Speer ajoute que, quelques mois plus tard, la catastrophe financière n’épargne pas sa famille, qui doit liquider la maison de commerce et la fabrique de son grand-père à un Konzern pour une fraction de leur valeur[26].

Stabilisation[modifier | modifier le code]

« Trois mesures furent décisives pour la stabilisation du mark au cours de l'inflation de 1923. Ce furent la suppression des billets privés, le rétrécissement du volume des moyens officiels de paiements et la congélation du crédit »[27].

Le docteur Schacht lui-même insiste sur les causes proprement allemandes de l'hyper-inflation. Il met fin aux émissions privées de monnaie notamment par les grands groupes industriels comme Thyssen et certaines administrations locales. Il bloque la spéculation sur les devises en ne fournissant pas de marks officiels aux spéculateurs mais en leur donnant des Rentenmarks qui n'avaient pas cours légal. « Les milieux étrangers qui avaient vendu des dollars réclamaient naturellement de la monnaie légale que les acheteurs allemands ne pouvaient plus livrer[28]. » Ils durent revendre leur devise et le déchaînement spéculatif s'arrêta net, tout en permettant à la banque centrale de reconstituer ses réserves en dollars. La troisième méthode employée par le Dr Schacht sera « non conventionnelle » : il stoppe la politique de réescompte de la banque centrale au lieu de monter les taux d'intérêt. « Quelle importance cela pouvait-il bien avoir de payer 10 à 15% d'escompte quand l'inflation abaissait la valeur de l'argent en quelques semaines voire en quelques jours de 50%, 100% ou plus ?[29]. » Ne pouvant plus se financer par l'escompte, les entreprises durent vendre les devises accumulées, permettant au Mark de se stabiliser. Le paiement des réparations se fit désormais par emprunt à l'étranger. « Pendant les six années allant de 1924 à 1930, l'Allemagne a emprunté à l'étranger autant d'argent que les États-Unis pendant les quarante ans qui précédèrent la première guerre mondiale. » Il souligne la responsabilité du plan Young dans une accumulation excessives de dettes étrangères à court terme. Le krach bancaire de l'été 1931 suivra. Cela conduira à la conférence de Lausanne qui annulera les dommages de guerre dus par l'Allemagne... mais facilitera l'arrivée de Hitler au pouvoir, les mesures prises pour faire face au krach bancaire ayant fait passer le nombre des chômeurs à plus de 6 000 000.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Conséquences économiques[modifier | modifier le code]

Les conséquences économiques de la crise sont contrastées. Si certaines couches de la population se retrouvent ruinées, d’autres s’en tirent sans trop de dommages. La prolétarisation des couches moyennes dont on parle parfois n’aurait pas eu lieu.

« Il est peu aisé de connaître les conséquences de l’hyperinflation sur les différentes couches sociales. L’idée d’une détérioration généralisées des couches moyennes n’est plus partagée. Ces couches étaient trop diverses ; elles ont traversé la période dans des conditions plus variables. Ont perdu : les épargnants, les prêteurs, les détenteurs d’emprunts publics. Par contre, les petits entrepreneurs, les commerçants et les agriculteurs seraient sortis relativement indemnes de l’inflation. »

— Alfred Wahl, L’Allemagne de 1918 à 1945 p. 33.

Conséquences politiques[modifier | modifier le code]

Politiquement, l’hyperinflation et les conditions dans lesquelles elle est apparue ont eu un impact considérable sur la suite des événements en Allemagne.

Le sursaut nationaliste[modifier | modifier le code]

L’occupation de la Ruhr a d’abord pour effet de donner un nouvel élan au nationalisme et au revanchisme allemands.

L’accroissement de l’instabilité gouvernementale[modifier | modifier le code]

Outre les difficultés sur le plan international, le cabinet doit aussi faire face à une opposition interne. Lâché par le SPD, Cuno démissionne le 13 août 1923, remplacé le jour même par Gustav Stresemann, qui forme un gouvernement de « Grande coalition » alors que menace la guerre civile[30]. Sa première décision est de mettre fin à la « résistance passive » mise en place par son prédécesseur.

Le renforcement des communistes[modifier | modifier le code]

Le Parti communiste d'Allemagne, qui avait été très affaibli en 1921 par l'échec de son « action de mars », gonfle ses effectifs à la faveur de la crise économique ; il recrute massivement parmi les ouvriers et les chômeurs, et ambitionne de disputer aux nationalistes l'électorat de la petite-bourgeoisie paupérisée. Le succès de la grève d'août qui entraîne la démission de Cuno convainc les dirigeants de l'Internationale communiste que la révolution est possible en Allemagne. Un projet d'insurrection, censée être l'« octobre allemand », est mis au point par le Komintern et le KPD : le soulèvement devra être lancé par une grève générale, à la faveur de l'entrée des communistes dans les gouvernements de gauche de Saxe et de Thuringe. Mais au dernier moment, la gauche du SPD refuse de se joindre à l'action des communistes, et la direction du KPD annule l'insurrection, qui n'est déclenchée qu'à Hambourg, où les communistes allemands n'avaient pas été prévenus à temps. Le KPD demeure durant les années suivantes un parti de masse. Ernst Thälmann, responsable de la section de Hambourg, prend par la suite la tête du parti, qu'il contribue à staliniser[31].

Hitler acquiert une nouvelle dimension[modifier | modifier le code]

« Il faut le rappeler sans cesse, rien n'a aigri, rien n'a rempli de haine le peuple allemand, rien ne l'a rendu mûr pour le régime d'Hitler comme l'inflation »

— Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen. Stefan Zweig

Selon Ian Kershaw, l’hyperinflation de 1923 est un moment-clé dans la carrière du Führer : « La crise, sans laquelle Hitler n’aurait jamais été Hitler, s’aggravait de jour en jour. Dans son sillage, le mouvement nazi s’étoffait à vue d’œil. Quelque trente-cinq mille personnes le rejoignirent entre février et novembre, ce qui porta ses effectifs autour de cinquante-cinq mille militants[32] à la veille du putsch. Les recrues affluèrent de toutes les couches de la société[33] ».

Mais hormis l’accroissement démographique significatif du NSDAP, Hitler acquiert également une autre dimension en raison de la posture paradoxale - un véritable coup de poker qui se révélera payante - qu’il adopte dès le début de la crise. Alors que toute la nation allemande paraît soudée dans un même élan spontané de protestation et cherche à retrouver la Burgfrieden (trêve civile) qui avait régné en 1914, Adolf Hitler stupéfie jusqu’à ses plus proches lieutenants en refusant de s’associer au mouvement général. Selon Kershaw, Hitler comprend que l’unité nationale qui se fait jour au début de la crise est un danger et non une chance pour les nazis « La protestation populaire menaçait de leur couper l’herbe sous les pieds[34] ». Ses virulentes thèses antigouvernementales devraient être mises sous le boisseau s’il intégrait le mouvement[35]. Au lieu de cela, il accentue encore ses critiques envers le gouvernement et la république, et refuse de s’associer au mouvement, préférant faire cavalier seul. Il va jusqu’à ordonner l’expulsion des membres du NSDAP qui seraient impliqués dans le mouvement de résistance passive[36].

Billets allemands émis en 1923[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Galand, p.231
  2. source
  3. a, b, c et d Alfred Wahl, L’Allemagne de 1918 à 1945, p. 33.
  4. (de) Hans Mommsen, Aufstieg und Untergang der Republik von Weimar, p. 170.
  5. Ian Kershaw, Hitler : 1889-1936, p. 291.
  6. Ian Kershaw, Hitler : 1889-1936, p. 292.
  7. Peter Gay, Le Suicide d’une république : Weimar 1918-1933, p. 191, Coll Tel, Gallimard, 1993.
  8. (de) Hans Mommsen, Aufstieg und Untergang der Republik von Weimar, p. 171.
  9. David Edgerton, Quoi de neuf ?, Seuil, 2013, p.41 à 43
  10. Laursen et Karsten, The German Inflation, Elsevier, 1964, cité par Galand, p.232
  11. Galand, p.235 à 237
  12. www.causes-crise-economique.com/hyper-inflation-weimar-allemagne.htm
  13. Castellan, L’Allemagne de Weimar 1918-1933, 1968, cité par Galand, p.252
  14. Galand, p.240
  15. Histoire de la Monnaie, J-M. Albertini, V. Lecomte-Colin et B. Collin.
  16. Orléan, p.223
  17. Galand, p.241
  18. E. Wagemann, D’où vient tout cet argent, Plon, 1941, cité par Galand, p.249 à 252
  19. (en) Hugues, Paying for the German inflation, 1988, cité par Galand p, 249 à 252
  20. Galand, p.242
  21. http://www.causes-crise-economique.com/hyper-inflation-weimar-allemagne.htm
  22. Galand, p.230, 233 et 247
  23. Galand, p.229, 243 et 247
  24. Entnommen aus: Hermann Bente: Die deutsche Währungspolitik von 1914–1924. In: Weltwirtschaftliches Archiv. 25 (1926) 1, S. 134.
  25. Restaurant universitaire.
  26. a et b (de)Albert Speer,Erinnerungen, « Erster Teil, I. Kapital : Herkommen und Jugen » p. 26, Ullstein, Berlin, 1969 (rééd. 1999) (ISBN 978-3-550-07616-9).
  27. Dr H. Schacht - Seul contre Hitler - Page 14 - Gallimard 1950
  28. Ibidem
  29. Ibidem
  30. Alfred Wahl, L’Allemagne de 1918 à 1945, p. 35.
  31. Pierre Broué, Trotsky, Fayard, 1988, pages 360-367
  32. La plupart dans les SA.
  33. Ian Kershaw, Hitler : 1889-1936, p. 290.
  34. Kershaw, p. 293.
  35. Ian Kershaw, Hitler : 1889-1936, p. 290-92.
  36. Ian Kershaw, Hitler : 1889-1936, p. 293.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alfred Wahl, L’Allemagne de 1918 à 1945, Coll. Cursus, Armand Colin, 1999, (ISBN 2-200-25052-5)
  • J-M. Albertini, V. Lecomte-Colin et B. Collin, Histoire de la Monnaie
  • André Orléan, L'empire de la valeur, Seuil, 2011
  • Carl-Ludwig Holtfrerich, "L'inflation en Allemagne 1914-1923 : Causes et conséquences au regard du contexte international" , La documentation française, 2008
  • Gabriel Galand et Alain Grandjean, ‘’La monnaie dévoilée’’, L’Harmattan, 1996

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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