Hylozoïsme

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L'hylozoïsme est une doctrine philosophique qui soutient que la matière est douée de vie par elle-même, sans qu'interviennent des principes extrinsèques. Les choses, la matière, la nature ont une vie propre. Cette représentation du monde déclare que toute matière est vivante, que chaque individu est vivant, à l'extrême que le monde est un être vivant pénétré par une Âme du monde (stoïcisme). Kant donne cette définition : doctrine qui « fonde les fins de la nature sur l'analogon d'un pouvoir, agissant selon une intention, sur la vie de la matière ».

L'hylozoïsme dit : tout est vivant. Le panpsychisme dit : tout est psychique, « âme ». Le terme commun pour ces deux doctrines serait « animisme philosophique » : tout est animé, doué non seulement de mouvement (confondu avec la vie) mais encore d'âme (confondue avec le psychisme), car l'âme est le principe de la vie organique comme de la pensée. - On peut aussi considérer qu'il y a opposition entre hylozoïsme et panpsychisme, animisme, puisque l'hylozoïsme confère à la matière des formes immanentes, biologiques, et non spirituelles, et que l'animisme n'admet pas, à proprement parler, l'existence d'âmes dans les choses singulières, mais préfère reconnaître en elles une force unique qui les anime[1].

Il ne faut pas confondre hylozoïsme et vitalisme.

Le mot[modifier | modifier le code]

Le mot a été créé par le platonicien anglais Ralph Cudworth, dans Le véritable système intellectuel de l'univers (en anglais, 1678). Il se compose de deux termes empruntés au grec ancien, ὕλη / hylé, « matière », et ζωή / zoè, « vie ».

Historique[modifier | modifier le code]

La plupart des présocratiques sont des hylozoïstes. Pour eux, la substance corporelle primitive possède en soi une force qui la meut et la fait vivre.

Les stoïciens sont les grands théoriciens de l'hylozoïsme.

L'hylozoïsme prend de l'importance pendant la Renaissance, chez Bernardino Telesio, Giordano Bruno, Tommaso Campanella. Ils pensent que la masse corporelle, qui est inerte en soi, reçoit la vie et le mouvement des deux principes, également matériels, du chaud et du froid. Pour Giordano Bruno, tout dans la nature, et les astres en premier lieu, est vivant :

« La Terre et les astres (...), comme ils dispensent vie et nourriture aux choses en restituant toute la matière qu'ils empruntent, sont eux-mêmes doués de vie, dans une mesure bien plus grande encore ; et vivants, c'est de manière volontaire, ordonnée et naturelle, suivant un principe intrinsèque, qu'ils se meuvent vers les choses et les espaces qui leur conviennent. » (Le banquet des cendres, 1584).


Certains mouvements philosophiques du XIXe siècle considèrent que les atomes et l'éther sont animés. Ainsi Ernst Haeckel, dans Les énigmes de l'univers, 1899.

Critiques de l'hylozoïsme par Kant[modifier | modifier le code]

L'hylozoïsme est l'une des cibles de Kant, dans la Dialectique de la Critique de la faculté de juger (1790).

Kant part en effet du paradoxe qui constitue le nœud de la Dialectique de la Critique de la faculté de juger téléologique ; à savoir que :

  1. il y ait des objets dans la nature qui ne puissent être pensés qu'en fonction d'une fin, les êtres organisés (êtres vivants) ;
  2. une connaissance n'est possible que fondée sur le principe de causalité.

Ainsi, deux grands modèles théoriques sont possibles :

  1. l'« idéalisme de la finalité », pour lequel cette apparence de finalité est illusoire ;
  2. le « réalisme de la finalité », qui affirme la réalité objective de la finalité.

L'hylozoïsme appartient au « réalisme de la finalité de la nature » (§ 72).

Plus précisément, il s'agit d'un réalisme « physique », par opposition au réalisme « hyperphysique » que constitue le théisme. Celui-ci suppose en effet l'existence et l'action d'un être divin extérieur à la nature, autrement dit transcendant, tandis que l'hylozoïsme affirme l’immanence du principe vital à la matière.

L'hylozoïsme, écrit Kant, « fonde les fins aperçues dans la nature sur l’analogon d'un pouvoir agissant intentionnellement, à savoir la vie de la matière (vie présente en elle ou introduite par un principe vivifiant externe, une âme du monde) » (§ 72). L'hylozoïsme réunit donc deux principes apparemment contradictoires :

  1. l'existence d'une finalité dans la nature ;
  2. l'explication physique.

Le problème de l'hylozoïsme est que, pour expliquer des phénomènes, il recourt à un principe obscur : il consiste à « doter la matière comme simple matière d'une propriété qui entre en contradiction avec son essence » (§ 65), dans la mesure où précisément la matière est ce qui n'est pas vivant, qui est inerte[réf. nécessaire]. Il est donc tautologique, car il prétend expliquer les phénomènes à partir de ce qui est précisément à expliquer (quoique l'on ne puisse réduire la vie à une définition précise).

«La possibilité d'une matière vivante (dont le concept contient une contradiction, parce que l'absence de vie, inertia, constitue le caractère essentiel de la matière) n'est pas même pensable (...). Il faut donc introduire un cercle dans l'explication pour vouloir dériver la finalité de la nature dans les êtres organisés à partir de la vie de la matière, tandis que l'on ne connaît à son tour cette vie nulle part ailleurs que dans des êtres organisés et que, sans l'expérience de ceux-ci, on ne peut se faire nul concept de leur possibilité. L'hylozoïsme n'accomplit donc pas ce qu'il promet. » (§ 73)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Baptiste Robinet, De la Nature, 2 vols., Éditions Honoré Champion, 2009.
  • Encyclopédie de la philosophie, Le Livre de poche, coll. « La Pochothèque », 2002, p. 758.
  • E. Kant, Critique de la faculté de juger (1790), II, § 72.
  • F. A. Lange, Histoire du matérialisme, Reinovald, t. I, p. 88-89.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopédie de la philosophie, Le livre de poche, coll. « Pochothèque », 2002, p. 1199.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]