Hyacinthe Loyson

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Hyacinthe Loyson vers 1896.

Charles Loyson, plus connu sous son nom religieux de Père Hyacinthe, né à Orléans le 10 mars 1827, mort à Paris le 9 février 1912, est un prêtre et un prédicateur français. On le connaît plus particulièrement pour ses sermons à Notre-Dame de Paris et pour avoir été excommunié en 1869.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Son père est un inspecteur d'académie, qui fut ensuite nommé recteur d'académie à Metz puis à Pau. Il est proche parent de son parfait homonyme, le poète Charles Loyson.

Hyacinthe Loyson, en même temps que son frère Jules, fait ses études au collège de Pau en qualité de boursier. Il entre en 1845 au séminaire de Saint-Sulpice et est ordonné prêtre en 1851. Successivement professeur au séminaire d'Avignon et de Nantes, puis, vicaire à Saint-Sulpice jusqu'en 1857, il finit par prendre la robe de dominicain du tiers-ordre enseignant à Flavigny.

Puis il part pour Rome, s'enferme environ deux ans à la Trappe, puis revient en France et, après un noviciat à Lyon, entre dans l'ordre des Carmes en 1860 et prononce ses vœux. C'est alors qu'il adopte le nom de Père Hyacinthe, alors que chez les dominicains il avait pu garder son nom.

Hyacinthe Loyson a des difficultés dès le début de son ministère, lorsqu'il invite les francs-maçons à travailler avec les catholiques.

Prédications[modifier | modifier le code]

Le père Hyacinthe se fait rapidement remarquer par les sermons enflammés qu'il prononce, d'abord au Lycée de Lyon (en 1862), puis pour l'Avent de 1863 à Bordeaux, et enfin à Périgueux pour le Carême de 1864. Il est alors invité à prêcher à Paris, d'abord au cercle catholique de la rue Cassette, puis à la Madeleine, où ses sermons ont un brillant succès devant un auditoire élégant et mondain. L'originalité un peu théâtrale de son éloquence, son lyrisme exubérant, les sujets souvent scabreux qu'il se plaisait à traiter, tout, jusqu'à son costume de moine, charmait l'assistance qui voyait en lui un successeur de Lacordaire.

De tendance gallicane et d'opinions assez libérales, il est choisi par Monseigneur Darboy pour prêcher l'Avent à la cathédrale de Paris en 1864. Son succès est tel qu'il est reconduit pour les cinq années suivantes. La particularité du père Hyacinthe est de traiter des sujets souvent négligés par les prêtres de l'époque : l'origine du pouvoir, le caractère de la société civile, la souveraineté populaire et le droit divin, la paix, la guerre, des questions intimes ou quotidiennes, telles que l'amour conjugal, le mariage, la famille, la virginité, le rôle des courtisanes dans la société moderne. Il est pour cela critiqué par des catholiques plus conservateurs et ultramontains, comme Louis Veuillot dans le quotidien catholique l'Univers.

La polémique enfle d'années en années. Ses prises de positions libérales et rationalistes lui valent un rappel à l'ordre du Vatican. Mais le pas décisif est franchi, lorsque le 24 juin 1869, invité au Congrès de la Ligue de la Paix, il y parle avec modération des protestants et des juifs. Il y prononce également un discours retentissant contre la guerre: « Tu ne tueras point, dit le commandement éternel ! s'écriait-il, mais condamne-t-il seulement l'homme lâche et cruel qui suit sa victime dans l'ombre et lui enfonce un couteau dans le cœur ou lui brûle la cervelle avec un pistolet ? Le meurtre n'est-il plus un crime quand il se commet en grand et qu'il est le fait d'un prince ou d'une assemblée délibérante ? » et il osait ajouter : « Vous n'avez qu'à appliquer aux peuples la morale des individus et à renverser cette barrière du mensonge: une morale pour la vie privée et une morale pour la vie publique. ». Ce discours fait scandale et cause sa rupture avec Rome.

Rupture avec Rome[modifier | modifier le code]

Hyacinthe en 1870.

Le 20 septembre 1869, il adresse au général de son ordre, au pape et aux journaux une lettre qui eut un grand retentissement, et dans laquelle, en rappelant « les attaques ouvertes et les délations cachées » dont il avait été l'objet, il accuse les « menées d'un parti tout-puissant à Rome », et déclare qu'il ne remonterait plus dans la chaire de Notre-Dame, parce qu'on voulait lui imposer « un langage qui ne serait plus l'entière et loyale expression de sa conscience, une parole faussée par un mot d'ordre, ou mutilée par des réticences ». Il annonce en même temps qu'il s'éloignera de son couvent et, désignant le dogme de l'infaillibilité pontificale qui se prépare et qu'il n'approuve pas, il proteste devant le pape et devant le concile œcuménique qui va se réunir à Rome « contre ces doctrines et ces pratiques qui se nomment chrétiennes, mais qui ne le sont pas, et qui, dans leurs envahissements toujours plus audacieux et plus funestes, tendent à changer la constitution de l'Église ».

Le Père Hyacinthe était alors supérieur des carmes déchaussés de Paris. Quelques jours après, Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans, écrit à son « cher confrère », le moine insurgé, une lettre pompeuse pour l'inviter à aller se jeter aux pieds du Saint-Père ; mais il n'en reçoit qu'une courte réponse qui peut se résumer dans cette phrase : « Ce que vous appelez une grande faute commise, je l'appelle un grand devoir accompli. »

Le père Hyacinthe est frappé de l'excommunication majeure le 10 octobre 1869. Redevenu simple prêtre, il part faire une tournée de conférences aux États-Unis où il rencontre un certain succès chez les protestants. De retour en France, il se retire à Bouillac et publie le 30 juillet 1870 une lettre de protestation contre les décisions du concile Vatican I, qui ont érigé en dogme l'infaillibilité personnelle du pape[1]

Entrée dans l'Église Vieille-Catholique[modifier | modifier le code]

Après avoir vu, selon son expression, « passer les deux absolutismes qui avaient si lourdement pesé sur l'Église et sur le monde, l'empire des Napoléons et le pouvoir temporel des papes, » il se rend en Italie en mars 1871 et passe quelques mois à Rome. Là, bien qu'excommunié, il reçoit la communion à la Basilique Saint-Pierre, et continue à attirer sur lui l'attention publique en publiant diverses lettres dans les journaux, notamment une lettre à son ami le chanoine Döllinger, chef de l'Église vieille-catholique allemande (26 avril 1871), une autre sur la Commune de Paris (29 mai), une troisième au sujet de la pétition des évêques à l'Assemblée nationale (22 juin). Le 7 juillet suivant, il fait acte d'adhésion complète à la déclaration signée à Munich par les vieux-catholiques, « convaincu, disait-il, que ce grand acte de foi, de science et de conscience sera le point de départ du mouvement réformateur qui seul peut sauver l'Église catholique. »

Peu après, il se rend auprès de Döllinger, et en septembre, il assiste au congrès de Munich, où il prononce des discours. À la fin de cette même année (23 décembre), il reproche amèrement au Père Gratry son adhésion au dogme de l'infaillibilité, qu'il avait si vivement combattue.

Mariage[modifier | modifier le code]

En 1872, il annonce dans une lettre publiée par les journaux, qu'il renonce au célibat et que le mariage s'impose à lui « comme une de ces lois de l'ordre moral auxquelles on ne résiste pas sans troubler profondément sa vie et sans aller contre la volonté de Dieu » (25 août). Il se rend alors à Londres, où il épouse, le 3 septembre, à Westminster, une Américaine qu'il avait convertie au catholicisme, Mme Émilie Jane Butterfield, veuve Merriman, âgée de trente-cinq ans. Après ce mariage, il n'en continue pas moins à célébrer la messe et à protester de sa parfaite catholicité, qualifiant sa décision de premier pas vers une réforme de l'Église.

Appelé à Genève au commencement de 1873 par des catholiques libéraux, il s'y rend au mois de mars. Il célèbre sa première messe dans l'Église vieille-catholique à Pâques 1873, le 13 avril, dans la salle de lecture de la bibliothèque du Collège Calvin. Le 17 août il célèbre sa première messe en langue française. Il donne également des conférences, déclarant, par exemple dans un sermon qu'il prononça le 4 mai 1873, que la confession obligatoire était essentiellement immorale. Cependant, en août 1874, il renonce à la cure de Genève qu'on lui offrait, car, affirma-t-il, l'Église catholique-nationale « ne devait être ni libérale en politique, ni catholique en religion ». Il ne continue pas moins à combattre pour le mouvement vieux-catholique, attirant les masses par ses sermons à Genève puis à Paris.

Fondation de l'Église gallicane[modifier | modifier le code]

En 1878, il fonde à Paris l'Église gallicane, une Église catholique indépendante, soutenue par l'Église anglicane en la personne de l'archevêque de Canterbury. Le 9 février 1879 une chapelle est inaugurée au no 7 de la rue de Rochechouart à Paris. Rapidement trop petite, une nouvelle chapelle est ouverte le 6 mars 1881, rue d'Arras, toujours à Paris. Un décret du 3 décembre 1883, signé par Jules Grévy et son ministre de l'Intérieur Waldeck-Rousseau, autorise le fonctionnement de cette chapelle, tout en ne reconnaissant pas le caractère officiel de la nouvelle religion. Il est soutenu dans son action par Léon Séché.

Le Père Hyacinthe, ayant toujours refusé la consécration épiscopale proposée par l'Église anglicane, ne peut ordonner de nouveaux prêtres, condamnant ainsi son mouvement à la marginalisation. D'autre part, son mariage est un obstacle à toute intégration dans l'Église vieille-catholique d'Utrecht, qui à cette époque demande encore le célibat à ses prêtres. L'église de la rue d'Arras se dote alors d'un nouveau vicaire, l'abbé Georges Volet, issu de l'Église catholique chrétienne de Suisse. Le 3 mars 1893, le Père Hyacinthe se démet de toutes ses fonctions à l'intérieur de son Église, laissant Mgr Gul, archevêque de l'Église vieille-catholique de Hollande, prendre possession de la paroisse parisienne.

Il meurt en février 1912, à Paris, dans l'appartement de son fils, au 110 de la rue du Bac, à l'âge de 85 ans, et est enterré au cimetière du Père-Lachaise (division 24). Il a eu un fils, Paul Hyacinthe Loyson (Genève 1873 - Paris 1921), qui fut dramaturge.

L'abbé Loyson et ses contemporains[modifier | modifier le code]

  • Renan : « Certes la tentation est grande pour le prêtre qui abandonne l'Église de se faire démocrate ; il retrouve ainsi l'absolu qu'il a quitté, des confrères, des amis : il ne fait en réalité que changer de secte. Telle fut la destinée de Lamennais. Une des grandes sagesses de M. l'abbé Loyson a été de résister sur ce point à toutes les séductions et de se refuser aux caresses que le parti avancé ne manque jamais de faire à ceux qui rompent les liens officiels. »

in Souvenirs d'Enfance et de Jeunesse.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Agir comme s'il n'y avait au monde que sa conscience et Dieu. » (épitaphe au Père Lachaise)

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Conférences prêchées à Notre-Dame de Paris sur la famille (1866 ) ;
  • La Société civile dans ses rapports avec le christianisme (1867) ;
  • De la Réforme catholique (1872) ;
  • Lettre sur mon mariage (1872) ;
  • Catholicisme et protestantisme (1873) ;
  • L'Ultramontanisme et la Révolution (1873) ;
  • Trois conférences au Cirque d'Hiver (1877) ;
  • Les principes de la Réforme catholique (1878) ;
  • La Réforme catholique et l'Église anglicane (1879) ;
  • Liturgie de l'Église catholique gallicane (1880) ;
  • Une apologie de l'Inquisition, réfutation (1882).

Références[modifier | modifier le code]

  1. « le prétendu dogme de l'infaillibilité du pape, inconnu de toute l'antiquité ecclésiastique et qui introduit un changement radical dans la constitution de l'Église et dans la règle immuable de sa foi. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Angelo De Gubernatis, Dictionnaire international des écrivains du jour, Florence, L. Niccolai, 1891.
  • « Hyacinthe Loyson », dans Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, 15 vol., 1863-1890 [détail de l’édition].
  • Francis Poictevin, La robe du moine, Sandoz et Thuillier, 1882 (roman). Le P. Hyacinthe y apparaît sous le nom de P. Hysone.
  • Abbé Vidieu : Le libéralisme du P. Hyacinthe, E. Dentu, Paris, 1877
  • Jean-Pierre Chantin (dir.), Les marges du christianisme, Tome X du Dictionnaire du monde religieux dans la France contemporaine (Jean-Marie Mayeur dir.)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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