Principauté de Hutt River

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Principauté de Hutt River
Principality of Hutt River (en)
Armoiries
Armoiries
Drapeau
Drapeau
Image illustrative de l'article Principauté de Hutt River
Administration
Capitale Nain
28° 04′ 28″ S 114° 28′ 14.5″ E / -28.07444, 114.470694
Gouvernement
- Prince

Leonard Ier
Démographie
Gentilé citoyens de Hutt River
Population 60 hab. (2004)
Densité 0,8 hab./km2
Langue(s) anglais, français, espéranto[1]
Géographie
Coordonnées 28° 04′ 45″ S 114° 28′ 48″ E / -28.079167, 114.4828° 04′ 45″ Sud 114° 28′ 48″ Est / -28.079167, 114.48  
Superficie 75 km2
Divers
Monnaie Dollar de Hutt River
Fuseau horaire UTC +8
Hymne It’s a hard land but it’s our own land
Devise Dum Spiro Spero

La principauté de Hutt River (en anglais, Principality of Hutt River) est une micronation dont le territoire est constitué de plusieurs exploitations agricoles en Australie-Occidentale.

Dans un contexte de conflit entre Leonard George Casley, son propriétaire, et les autorités de l’Australie-Occidentale, lié à des questions de quotas agricoles, l’exploitation s’est déclarée indépendante le 21 avril 1970 sous le nom de « province de Hutt River », puis a décidé l’année suivante de devenir une principauté, sous la houlette de Leonard Casley devenu « Prince Leonard Ier ».

Plus de quarante ans plus tard, Hutt River poursuit son existence comme micronation imitant les États souverains, bien que sans reconnaissance internationale aucune. Recevant plusieurs dizaines de milliers de visiteurs par an, elle émet des timbres, des monnaies et même des passeports.

S’accommodant de cette situation folklorique, l’Australie traite avec égards le « prince Leonard Ier ». Toutefois, elle ne peut pas fermer les yeux sur la vente à l’étranger de passeports « Hutt River ». Hutt River cependant ne paie pas d'impôts à l'Australie[2].

Situation et topographie[modifier | modifier le code]

Map of the Principality of Hutt River
Carte de la principauté

Hutt River est initialement une exploitation agricole de 75 km2[3] en Australie-Occidentale, située à 525 km au nord de Perth et à 40 km au nord-ouest de Northampton.

Le paysage du sud de la partie principale est dominé par un étang de couleur rose. L’Ouest est constitué d’une vaste vallée agricole. Nain, la capitale (où se trouve la résidence princière et le bâtiment gouvernemental), se trouve à la frontière de cette zone. Un peu plus à l’est le mont Sécession s’élève au milieu d’un paysage principalement agricole, qui constitue le Nord et l’Est du pays.

Le paysage est aussi très fortement marqué par le fleuve Hutt – qui donne son nom au pays. Celui-ci est entouré d’une végétation abondante au milieu d’un paysage semi-désertique. Le fleuve se scinde en deux parties non loin de Nain : il part à l’ouest vers l’océan Indien et à l’est il ne perdure que très peu.

Son sol peut être assimilé à du craton d’Yilgarn[réf. nécessaire].

Le climat est subtropical. L’amplitude de température entre l’été et l’hiver est très peu marquée, mais du fait de la latitude, les températures ne descendent que très rarement en dessous de 20 °C.

Le territoire est peuplé de quelques dizaines d’habitants (20 à 60)[3] et est essentiellement constituée par les propriétaires des fermes ayant participé à la sécession conduisant à l’indépendance, de leurs descendants et d’aborigènes de la communauté Nanda, dont certains étaient employés à l’époque dans une des fermes.[réf. nécessaire].

Chronologie[modifier | modifier le code]

En novembre 1969, le gouvernement d’Australie-Occidentale impose des quotas de production aux exploitations agricoles[4]. La ferme de Leonard Casley – futur Leonard I – reçoit l’ordre de produire désormais 1/25e de sa production antérieure de blé. Pour éviter la faillite, le fermier décide de faire appel de la décision en envoyant des courriers aux différentes instances administratives et gouvernementales de l’État et de la fédération[réf. nécessaire].

Seul le gouverneur général d’Australie, représentant la reine d’Angleterre, répond[Quoi ?] ; puis il refuse d’intercéder, sur les conseils des ministères concernés. Mais, légalement, le droit est laissé à Léonard Casley de faire appel de la décision auprès de la reine Élisabeth II, qui est le chef de l’État fédéral australien[réf. nécessaire].

Pressé par l'application du décret sur les quotas[5], Léonard Casley décide de porter l'affaire devant la reine d'Angleterre en invoquant une loi royale qui oblige le dédommagement des vassaux pour tout « enrichissement injuste »[réf. nécessaire]. Plutôt que de demander de l'argent pour compenser la perte en production de blé, Léonard Casley, réclame l'indépendance au nom de Hutt River vis-à-vis de l'Australie[pas clair], au départ afin d'être en position de discuter. L'indépendance de la « province de Hutt River » est proclamée par un conseil des résidents de l'exploitation le 21 avril 1970[4],[6],[7] En 1971, le conseil nomme Leonard Casley « prince de la province de Hutt River » pour s'appuyer sur une loi royale énonçant que toute atteinte au droit d’un prince à exercer ses prérogatives dans sa principauté est un acte de trahison[réf. nécessaire], .

Le 2 décembre 1977, la principauté de Hutt River « déclare la guerre » à l’Australie. Cette guerre ne donne lieu à aucune effusion de sang, ni à aucun coup de feu. Quand le prince notifie la cessation des hostilités, la guerre n’a donc été qu’une déclaration formelle[8] [réf. insuffisante].

L'après-guerre est marquée par un grand immobilisme politique. Onze ans après la guerre, en 1988, Hutt River se dote d'une armée. Par la suite, la principauté adopte un Diplomatic protocol Act, un Nationality Act, un Lands Act, un Peerage Act, un International Banking Act, et un Ibc Act. En 2005, la fiscalité est simplifiée avec le tax act, et la même année le pays se dote d'une Constitution qui innove en instituant notamment un pouvoir législatif élu au suffrage universel[réf. nécessaire].

Le 1er septembre 2005, le pays change de nom : anciennement dénommé « principauté de la province de Hutt River », il devient simplement « principauté de Hutt River »[réf. nécessaire].

À compter de 2004, sous l'impulsion de l'homme d'affaires Geoffrey Taylor, Hutt River est passée à une vitesse supérieure en ouvrant un registre des sociétés et en proposant contre finances l'enregistrement de compagnies internationales dans la principauté. Une législation commerciale et bancaire a été mise en place et Hutt River a vendu, entre autres, des licences bancaires et des autorisations d'ouverture de casinos en ligne. Un article publié en 2007 dans le quotidien français Le Figaro s'est indigné de l'attribution d'une licence de fabrication pour le Viralgic, un produit de phytothérapie prétendant soigner le sida par les plantes qui n'avait pu obtenir en France d'autorisation de mise sur le marché, et ce contre le paiement de 1 200 euros par an. Interrogé par la presse australienne sept ans plus tard, alors que le nom de G. Taylor était évoqué en relation avec le crime organisé à l'échelle mondiale, Leonard Casley affirme avoir strictement coupé les ponts avec l'individu, lui retirant son titre de noblesse, son rang dans la diplomatie princière et même sa nationalité - il précise au journaliste qui l'interroge : « Il n'y a pas eu un incident spécifique, c'est l'ensemble de son action. Je ne veux pas en parler davantage. »[9] En 2012, le responsable d'un site d'information boursière, Daniel Webb, s'étonnait que le registre des sociétés de Hong Kong mentionne Hutt River au sein d'une liste de lieux d'incorporation de sociétés ; en réponse, les autorités responsables du registre faisaient savoir qu'elles allaient procéder à la révision de cette liste contestée[10]. Cependant plusieurs banques Singapouriennes, Hong-Kongaises proposent de conserver les fonds dans leurs filiales à Hutt River[11].

Les attributs de la « souveraineté »[modifier | modifier le code]

Outre les attributs classiques d'une principauté souveraine (chef d’État, drapeau) dont disposent traditionnellement les micronations même les plus folkoriques, la principauté de Hutt River émet également des passeports et timbres-poste qui constituent pour leurs émetteurs une entreprise lucrative[12].

Leonard Ier, prince de Hutt River[modifier | modifier le code]

Né le 27 août 1925 à Kalgoorlie[13], Leonard George Casley devient en 1971 le « prince Leonard Ier », chef d'État de la micronation, et sa femme, la princesse Shirley[3].

Le drapeau[modifier | modifier le code]

Drapeau de la principauté

Le drapeau représente sur fond bleu, un disque blanc à l'intérieur duquel se superposent le contour d’une tête de bovin, un oiseau bleu à ailes déployées et une balance de justice dorée.

Le bovin représente le caractère rural du pays, l’oiseau l’indépendance et la balance la justice. [réf. nécessaire]

Passeports[modifier | modifier le code]

Hutt River émet des passeports qui étaient, au 1er janvier 2009, tarifés 500 dollars australiens[14]. Une note du Secrétariat général du Conseil de l’Union européenne a désigné ceux-ci comme des « passeports fantaisistes [...] émis par des organisations privées ou des individus » sur lesquels des visas ne doivent pas être apposés[15].

Timbres[modifier | modifier le code]

Il y aurait près de 220 timbres de Hutt River, les timbres servant aussi de produit touristique d’où certainement l’importance de la poste[16],[17][réf. insuffisante].

Monnaies[modifier | modifier le code]

A 1991 commemorative coin
Pièce commémorative frappée en 1991

Il existe des billets de un, deux, dix, vingt et cinquante dollars[18], ainsi que des pièces dont certaines en or. Ces billets et pièces sont libellés en « dollars de Hutt River ».

Tourisme à Hutt River[modifier | modifier le code]

Selon Bruno Fuligni, la principauté reçoit environ 60 000 visiteurs annuels[19] à qui sont vendus des souvenirs, des timbres-poste, des billets de banque en dollars de Hutt River.[réf. nécessaire] Un article d’Arnaud Rodier publié dans le Figaro en 2007 fournit une estimation plus modeste de 20 000 visiteurs par an[20].

Hutt River et les autorités australiennes[modifier | modifier le code]

La principauté folklorique est traitée avec bienveillance par les autorités locales, y compris des personnalités de rang élevé au gouvernement d’Australie-Occidentale voire au gouvernement fédéral. On accepte de participer à des cérémonies, voire de fermer les yeux en matière fiscale[21]. Ainsi la principauté de Hutt River peut-elle se targuer d’avoir reçu à l’occasion du quarantième anniversaire de son indépendance des courriels aimables des secrétariats de Ken Michael, gouverneur d’Australie-Occidentale[22] et même du Premier ministre d’Australie, Kevin Rudd[23].

Le « Prince » Leonard Casley se targue même d'avoir en sa possession une note « secrète » non datée du département des Territoires dont le rédacteur fait état d'« incertitudes légales » sur le statut constitutionnel de Hutt River et conclut qu'« à son avis », la principauté constitue une « entité légale » dont les passeports sont « valides » et le Prince « non redevable de l’impôt australien »[24]. Il assure aussi que la principauté a le droit de vendre du vin sans licence, et d'installer des émetteurs de radio[20]. Il exhibe également un document de l'administration fiscale daté du 17 janvier 2005 qui lui communique un remboursement d'impôt tout en l'admettant au statut fiscal de « non-résident »[25]. Pourtant, le 4 octobre 2007, la Haute Cour d’Australie a rejeté une requête de Leonard Casley, poursuivi pour omission de déclaration fiscale ; alors que L. Casley affirme dans sa requête ne pas être assujetti à l’impôt australien, la « province de Hutt River » n'appartenant pas à l’Australie, les juges rejettent avec vigueur sa requête comme « dénuée de sérieux, frivole et vexatoire »[26].

En octobre 2007, informée de l’existence d’un bureau à Dubaï qui vendait des passeports de Hutt River, l’ambassade d’Australie aux Émirats arabes unis (EAU) a publié un communiqué de mise au point : il y est rappelé que, pour le gouvernement australien, la « province de Hutt River » n’est qu’une propriété privée à usage agricole dépourvue de statut légal et de souveraineté, et que les passeports émis au nom de cette entité ne sont pas reconnus par l’Australie[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Article 8 de la constitution
  2. Now Leonard wants a uni.", by Karen Valenti, 17 February 2003, Gold Coast Bulletin, p. 15
  3. a, b et c (en) Norimitsu Onishi, « Leonard Casley's Secession From Australia Inspired Micronations Phenomenon », The New York Times,‎ 2 février 2011 (lire en ligne)
  4. a et b http://www.ess-spa.ch/files/micronations/HuttRiver-rev.pdf
  5. (en)« Prince Leonard calls for separation from the state » Article sur le site National Museum of Australia
  6. http://www.monnaiesdumonde.net/produits/produits.php?id_produit=520
  7. http://www.nomadicmatt.com/travel-blogs/unusual-place-of-the-month-hutt-river-principality
  8. http://www.hutt-river.org/Histoire.htm#DECLARATION%20DE%20GUERRE.
  9. Gerard Ryle, « Inside the shell: drugs, arms and tax scams », The Brisbane Times,‎ 15 mai 2011 (lire en ligne) ; l'article français évoquant le Viralgic est dû à Arnaud Rodier, « De la place Clichy à Hutt River, un herboriste se délocalise et obtient une licence », Le Figaro,‎ 10 mai 2007 (lire en ligne). En complément à ces sources, Michael Field, « Web of intrigue », Stuff.co.nz (en),‎ 29 mai 2011 (lire en ligne) apporte un éclairage complémentaire sur la personnalité de G. Taylor, le site web de la Southern Star Private International Bank fournit un exemple de banque incorporée à Hutt River. On trouve sur le site de la principauté deux pages datant de 2008 qui évoquent indirectement l'éviction de G. Taylor : [1] et [2], un lien vers la législation de la principauté en matière commerciale [3] et une page de tarifs du registre des sociétés : [4]
  10. (en) Leonie Wood, « Some like it Hutt, but others beg to differ », The Age,‎ 27 janvier 2012 (lire en ligne)
  11. Nautilus Bank par exemple
  12. L’adjectif « lucratif » est utilisé par S. Bertin-Hoffman, ouvrage cité en bibliographie, p. 133 au sujet du commerce de passeports.
  13. « Les dollars du Prince Léonard » Reproduction d'un article paru dans le no 353 de Numismatique & Change d’octobre 2004
  14. S. Bertin-Hoffman, p. 133
  15. Council of the European Union rejects Hutt River diplomatic passports
  16. http://www.principality-hutt-river.org/gov/post/
  17. http://www.principality-hutt-river.org/gov/post/PHR_Stamp_Catalogue.htm
  18. « Hutt River » Images des billets sur le site « Monnaie$ du Monde »
  19. Bruno Fuligni, référence en bibliographie, p. 172, cité par S. Bertin-Hoffmann, p. 134.
  20. a et b Arnaud Rodier, « Les bonnes affaires des États fantômes », Le Figaro,‎ 2007 (lire en ligne)
  21. Selon Judy Lattas, sociologue à l’Université Macquarie, interrogée dans l’article du New-York Times précité.
  22. http://www.hutt-river-province.com/Principality%20Downloads/40th%20Anniversary%20RSVP%20HE%20Governor%20of%20WA.jpg
  23. http://www.hutt-river-province.com/Principality%20Downloads/40th%20Anniversary%20RSVP%20Office%20of%20Prime%20Minister.jpg
  24. Note citée par S. Bertin-Hoffman, p. 131 et reproduite en annexe IV p. 189
  25. S. Bertin-Hoffman, p. 133 et reproduite en annexe IV p. 188 (le nom de destinataire apparent sur le document est Arthur W Casley).
  26. S. Bertin-Hoffman, p. 133. Une copie du jugement est disponible sur le site de l’Australasian Legal Information Institute.
  27. (en) Communiqué sur le site de l’ambassade d’Australie à Abu Dhabi

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bruno Fuligni, L’État c’est moi (Histoire des monarchies privées, principautés de fantaisie et autres républiques pirates), Les Éditions de Paris,‎ 1997, 240 p. (ISBN 2-905-291-699)
  • Marc Dozier, « Hutt River, la ferme-pays du prince Léonard », Grands Reportages, no 280,‎ mai 2005, p. 40-42
  • Stéphane-Bertin Hoffmann, La reconnaissance des micro-nations ou l’utopie confrontée au Droit, Lulu, 2010, 202 pages (ISBN 978-1-4457-1907-8)
  • Léo Delafontaine, « La Principauté de Hutt River », Le Tigre, no 35,‎ novembre 2013, p. 50-51

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]