Huile de cajeput

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L'huile de cajeput est une huile essentielle extraite des feuilles de Melaleuca cajuputi (ou d'espèces proches), un arbre de la famille des Myrtacées.

Distillée principalement en Indonésie et au Vietnam, l'huile est utilisée pour ses propriétés antimicrobiennes en usage interne et en massage contre les douleurs rhumatismales. C'est un constituent du baume du tigre rouge.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom français cajeput et l'épithète spécifique du nom latin cajuputi sont des emprunts phonétiques à l'indonésien (bahasa Indonesia), Kayu putih « bois blanc » désignant le Melaleuca cajuputi.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les débuts de la production d'huile de cajeput ont eu lieu dans l'archipel des Moluques[1], dans l'aire de répartition naturelle de Melaleuca cajuputi subsp. cajuputi, au XVII-XVIIIe siècle.

Arbor alba minor : Caju puti, illustration tirée de Herbarium amboinense, rédigé par Rumphius entre 1657 et 1690
Distribution des 3 sous-espèces de M. cajuputi,
* subsp. cajuputi : Australie du nord, Timor, Moluques * subsp. cumingiana : Malaisie, Sumatra, Kalimantan * subsp. platyphylla : péninsule du cap York (Australie), Papouasie-Nouvelle-Guinée
(tirée des cartes de Craven)

C'est vers le commencement du XVIIIe siècle siècle que l'huile de cajeput a commencé à être connue en Europe[2], et Lochner serait le premier à en avoir parlé en 1717[3], mais c'est le marchand et botaniste Rumphius (1628-1702) qui a donné la première description précise de l'arbre et de l'huile au XVIIe siècle, dans une œuvre majeure de botanique tropicale qui malheureusement ne sera publiée qu'entre 1741 (vol.1) et 1750 (vol. 6), longtemps après sa mort. Rumphius, engagé dans la Compagnie hollandaise des Indes orientales, arrive à l'île d'Ambon en 1654, et entreprend de décrire la flore de l'île. Durant 30 ans, avec des assistants, il collectera les plantes, et en donnera des descriptions et des illustrations de grandes qualités dans Herbarum Amboinensis[4],[5]. Dans cette œuvre magistrale, il donne la description de l' « Arbor alba minor : Caju puti » que Linné nommera (un siècle plus tard, en 1767) Melaleuca leucadendra. Il indique aussi qu'une huile volatile, à odeur de cardamome, est produite par distillation de ses feuilles. Il ajoute « si on prend quelques gouttes de cette huile avec de la bière ou du vin, on transpire profusément » (Herb. Amboi.[4], Vol II, chap. 25, p. 103).

Toutefois, Beekman[4], le traducteur de Rumphius, précise que l'huile de cajeput commerciale était inconnue du temps de Rumphius. « L'exploitation des arbres Melaleuca pour l'huile de cajeput fut une invention européenne et demeura restreinte essentiellement à l'île de Buru ».

Le chimiste Friedrich Hoffmann fait allusion à l'huile de cajeput dans ses Observations physiques et chymiques en 1754 [6]; depuis cette époque, c'est principalement en Allemagne que l'huile de cajeput a été employée sous le nom d'Huile de Wittneben, du nom d'un pasteur allemand qui avait longtemps résidé à Batavia et qui passe pour l'avoir découverte.

Plusieurs botanistes explorateurs français ont pu observer la fabrication de l'huile de cajeput dans les Moluques, comme Jacques Labillardière, qui de passage sur l'île de Buru (à l'ouest d'Ambon), en 1792, décrit sa distillation. Nous avons aussi le témoignage au début du XIXe siècle, du pharmacien de l'expédition autour du monde de la corvette La Coquille (1822-1825), René Lesson, qui a pu voir la préparation de l'huile essentielle dans l'île de Bourou (Buru), effectuée dans deux alambics de cuivre qui appartenaient, l'un au résident hollandais, l'autre au radjah malais[7]. « L'huile de caïou-pouti ou comme nous l'écrivons, cajéput » nous dit Lesson[8] (1829) « ne s'obtient que dans les Moluques, et dans deux ou trois îles au plus ». L'arbre qui la produit est « cultivé en grand sur les collines de la partie orientale de Cajéli », partie de l'île de Bourou que Lesson a visité. Il identifie l'arbre comme étant le Melaleuca leucadendron car à l'époque, cette dénomination ne distinguait pas clairement plusieurs espèces très proches de mélaleuques à larges feuilles qui n'ont été finement caractérisées qu'à la fin de XXe siècle grâce aux études de systématique de Blake (1968) et Craven et Barlow[9] (1997).

À Paris, le pharmacien Guibourt indique avoir distillé les feuilles de plusieurs Melaleuca, Metrosideros et Eucalyptus, cultivés au Jardin du Roi. Il donne en 1831 une description de l'huile de cajeput[10], « d'une belle couleur verte » et affirme que l'huile « doit sa couleur verte à de l'oxide de cuivre qu'elle tient en dissolution ».

Les Malais et peuples de l'Archipel regardaient l'huile de cajeput comme une panacée universelle. Les colons européens l'avaient aussi adopté. « On l'emploie comme remède excellent contre les douleurs rhumatismales et les paralysies, en l'appliquant en frictions. » (Lesson[8], 1829). Ce fut un des premiers produits d'Asie du Sud-Est importé en Europe par les Hollandais. La réputation de l'huile s'étendit à toute l'Indonésie, l'Inde, la Malaisie, le Chine et le Vietnam.

On lui attribuait au XIXe siècle de très nombreuses vertus thérapeutiques pour traiter : maux de dents, coliques, fièvres résistant au quinquina, choléra, affections nerveuses, hystérie, épilepsie, coma, rhumatismes, paralysie. Elle était en outre utilisée comme antispamodique, ou pour la conservation des étoffes et des herbiers et pour repousser les insectes. Elle entre dans la composition du baume du tigre, onguent développé en Birmanie, à la fin du XIXe siècle.

Composition chimique[modifier | modifier le code]

L'huile de cajeput est un liquide jaune pâle, parfois avec une teinte verdâtre, à odeur pénétrante et camphrée.

L'huile de cajeput commerciale est principalement tirée de la sous-espèce Melaleuca cajuputi subsp. cajuputi. Dans son aire de distribution M. cajuputi se rencontre suivant trois formes morphologiques différentes, nommées les sous-espèces cajuputi, cumingiana et platyphylla qui chacune donne une huile essentielle caractéristique sur le plan chimique[1].

Les premières distillations de l'huile de cajeput se sont déroulées dans l'archipel des Moluques (les îles d'Ambon, Buru, Seram, Banda), là où croît naturellement la sous-espèce cajuputii. Brophy et Doran[11] caractérisent l'huile de ce taxon par des quantités souvent très substantielles de 1,8-cinéole (3-60%) et des sesquiterpénols (sesquiterpènes avec un groupe alcool) comme le globulol, le viridiflorol et le spathulénol

Composition de l'huile de ssp. cajuputi
(Australie, Indonésie, d'après Doran[1])
Éther-oxyde 1,8-cinéole : 3,2 - 58,5 %
Sesquiterpénols globulol : 0,2 - 9,2
viridiflorol : 0,2 - 15,6 %
spathulénol : 0,4 - 30,2 %
Terpénoïdes limonène : 0,3 - 5,0 %
β-caryophyllène : 0,3 - 3,7 %
viridiflorène : 0,5 - 8,6 %
α-terpinéol : 0,9 - 8,3 %

La sous-espèce ssp. cumingiana donne des huiles de composition très variable. Les composants principaux[11] des huiles en provenance d'Indonésie, Malaisie, Thaïlande et Vietnam, sont le γ-terpinène (0-19 %) et le terpinolène (0-22 %), accompagnés en moindre quantités de α-pinène, α-thujène, α-phellandrène etc.

Composition de l'huile de ssp. cumingiana
(Indonésie, Malaisie, Thaïlande, Vietnam etc. d'après Doran[1])
Monoterpènes γ-terpinène : 0 -19 %
terpinolène : 0 - 22 %
Monoterpènes cycliques α-pinène : 1 - 10 %
α-thujène : 0 - 8 %
α-phellandrène : 0,1 - 2 %
α-terpinène : 0 - 3 %
limonène : 0 - 3 %
p-cymène : 0 - 12 %

Il a été rapporté[1] (Todorova et 1988, Motl 1990) une huile de cajeput en provenance de la province de Long An, au Vietnam, très riche en 1,8-cinéole (41-48 %) avec de plus faible quantité de α-terpinéol bien que provenant en principe de ssp. cumingiana.

La dernière sous-espèce ssp. platyphylla se présente sous forme de deux chémotypes[1] :
- huile riche en α-pinène (34 - 73 %) avec de moindres quantités de 1,8-cinéol (0,2 - 3 %), γ-terpinène (0 - 2 %) etc.
- huile de Papouasie-Nouvelle-Guinée, riche en β-triketone, platyphyllol (21 - 80 %) et cajeputol (0,6 - 51 %).

Activités pharmacologiques[modifier | modifier le code]

Les principales activités de l'huile de cajeput sont :

  • Activité antimicrobienne

L'activité antimicrobienne a été mise en évidence[12],[13] contre Escherichia coli et Staphyloccocus aureus, Klebsiella pneumoniae, Salmonella choleraesuis, Listeria monocytogenes, Bacillus subtilis etc. L'activité antifongique concerne Candida albicans et Microsporum sp.. Les constituants antimicrobiens identifiés par Nguyen Duy Cuong et als, (1994) sont le 1,8-cinéole, (-)-linalol, le (-)-terpinène-4-ol, l'α-terpinéol.

  • Activité antiradiculaire. Elle a été observée avec M. leucadendron de Cuba[12].
  • Acitivité insectifuge et anti-Aedes[12]

Une étude a montré qu'il était possible d'utiliser des pulvérisations d'aérosol à base de 10 % d'huile essentielle de cajeput[14] pour lutter contre les moustiques vecteurs de la dengue (Aedes aegypti, A. albopictus) dans des appartements.

Usages[modifier | modifier le code]

L'huile essentielle de cajeput est traditionnellement utilisée :

  • en usage interne pour la dysenterie, la colite infectueuse, l'amibiase[12]. C'est un désinfectant urinaire et pulmonaire.
  • en usage externe, l'huile est traditionnellement utilisée contre les rhumatismes, la goutte, diverses douleurs et dermatoses. Elle s'utilise à raison de quelques gouttes dans l'huile ou le baume de massage. Ne pas l'appliquer pure sur l'épiderme.

C'est un remède familial très commun dans l'Asie du Sud-Est[15]. En usage interne, elle est utilisée contre les rhumes, les coliques et les crampes d'estomac. En usage externe, contre les douleurs rhumatismales.

On lui attribuait au XIXe siècle de très nombreuses vertus thérapeutiques[16] (contre les maux de dents, coliques, fièvres résistant au quinquina, choléra, affections nerveuses, hystérie, épilepsie, coma, rhumatismes, paralysie) et elle était utilisée comme antispamodique. Elle était considérée comme une panacée.

En Allemagne, la monographie établie par la Commission E du BfArM pour cette huile essentielle[17] décrit une quarantaine d'associations avec d'autres huiles essentielles ou d'autres produits. La teneur importante en cinéole du chimiotype cajuputi a conduit la Commission a estimer que l'utilisation des ces associations comme rubéfiant en cas de douleurs rhumatismales est justifiée.

Il n'existe pas de données scientifiques sur les usages par voie orale.

Posologie : 2 à 5 gouttes par jour, 3 à 4 fois par jour, en solution alcoolique[12] En usage externe, utiliser des pommades au 1/5e ou 1/10e.

Toxicité : toxique chez l'enfant en raison de la présence 1,8-cinéole. L'huile de cajeput est de même déconseillée chez la femme enceinte, allaitante[12].

Production[modifier | modifier le code]

Les deux centres principaux de production d'huile de cajeput sont l'Indonésie et le Vietnam[1].

En Indonésie, la production se fait dans l'archipel des Moluques (îles de Buru, Ceram et Ambon) et à Java. Dans les îles des Moluques, des producteurs traditionnels exploitent les formations naturelles de M. cajuputi. À Java, des plantations ont été faites en utilisant des graines provenant de Buru à partir de 1926. En 1995, il y avait environ 9 000 ha de cajeputs plantés, gérés par le ministère des Forêts.

La production traditionnelle se fait principalement dans l'île de Buru qui dispose d'environ 100 000 ha de forêts ouvertes de cajeputs disponibles à la récolte, dans les régions sèches. L'île de Céram dispose d'une formation presque pure de cajeputs sur environ 150 000 ha le long de la péninsule Hoamoal. L'île d'Ambon dispose de quelques formations dispersées. Les exploitations familiales emploient de 2 à 6 personnes pour récolter 200 ha de cajeputs. La coupe de taillis de 1 à 2 m de haut se fait à la machette. Les feuilles récupérées sont transportées dans des paniers de 20 kg jusqu'à l'alambic. Certains producteurs laissent les feuilles sécher au soleil quelques jours pour réduire l'humidité. Une chauffe de 160 kg de feuilles sèches dure 8 heures et donne 3 kg d'huile essentielle.

À Java, la production se fait dans des unités de grande échelle. Une plantation de 3 200 ha à Java central emploie 300 ouvriers pour la récolte des feuilles et 70 personnes à la distillation.

Doran[1] estime la production annuelle mondiale d'huile de cajeput à environ 600 tonnes.


Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h John C. Doran, « chap. 14. Cajuput oil », dans Ian Southwell, Robert Lowe, Tea Tree : The Genus Melaleuca, CRC Press,‎ 2003
  2. Adelon et als., Encyclographie des sciences médicales: répertoire général de ces sciences au XIXe siècle, vol 5 à 6, Établissement encyclographique, Bruxelles,‎ 1834
  3. (Lochner App. ad ephem. nat. cur. , cent. 5 et 6, p. 157)
  4. a, b et c Georgius E. Rumphius (Auteur), E.m. Beekman (traducteur), The Ambonese Herbal, Vol 1-6, Yale University Press,‎ 2011, 3216 p.
  5. Botanicus, Herbarium amboinense
  6. Livre I Observation IV
  7. A. Chevallier, A. Richard, JA. Guillemin, Dictionnaire des Drogues simples et composées, ou dictionnaire d'́histoire naturelle médicale de pharmacologie et de chimie pharmaceutique, Béchet Jeune,,‎ 1828 (lire en ligne)
  8. a et b R. P. Lesson, Voyage médical autour du monde exécuté sur la corvette du roi La Coquille, Roret, librairie rue Hautefeuille,‎ 1829 (lire en ligne)
  9. Craven LA, Barlow BA., « New taxa and new combinations in Melaleuca (Myrtaceae) », Novon, vol. 7,‎ 1997, p. 113-119.
  10. N.J.B.G. Guibourt, Histoire abrégée des drogues simples, tome II, Méquignon-Marvis père & fils,‎ 1836 (3e édition) (lire en ligne)
  11. a et b Brophy, J.J. and Doran, J.C., « Essential Oils of Tropical Asteromyrtus, Callistemon and Melaleuca Species », dans ACIAR, Search of interesting oils with commercial potential, ACIAR Monograph, No. 40, ACIAR,‎ 1997
  12. a, b, c, d, e et f Paul Goetz, Kamel Ghedira, Phytothérapie anti-infectueuse, Springer Verlag France,‎ 2012, 382 p.
  13. Aymé Fernández-Calienes Valdés, Judith Mendiola Martínez, Ramón Scull Lizama, Marieke Vermeersch, Paul Cos, Louis Maes, « In vitro antimicrobial activity of the Cuban medicinal plants Simarouba glauca, Melaleuca leucadendron, and Artemisia absinthium », Mem. Inst. Oswaldo Cruz, vol. 103, no 6,‎ 2008
  14. A Abu Bakar, S Sulaiman, [...], and R Mat Ali, « Evaluation of Melaleuca cajuputi (Family: Myrtaceae) Essential Oil in Aerosol Spray Cans against Dengue Vectors in Low Cost Housing Flats », Journal of Arthropod-Borne Diseases, vol. 6, no 1,‎ 2012
  15. L.P.A Oyen, Nguyen Xuan Dung, Plant Resources of South-East Asia 19 Essential-oil plants, PROSEA, Bogor,‎ 1999
  16. De l'huile de Cajeput et de son emploi en médecine, Dr Delvaux
  17. Bruneton, J., Pharmacognosie - Phytochimie, plantes médicinales, 4e éd., revue et augmentée, Paris, Tec & Doc - Éditions médicales internationales,‎ 2009, 1288 p. (ISBN 978-2-7430-1188-8)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]