Hugues Rebell

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Hugues Rebell

Georges Grassal de Choffat, dit Hugues Rebell, est un écrivain français né à Nantes le 27 octobre 1867 et mort à Paris le 6 mars 1905.

Hugues Rebell est un écrivain méconnu, souvent considéré rapidement comme un auteur érotique, voire pornographique, dont on ne retient généralement qu'un seul titre, Les nuits chaudes du Cap Français (1902), qui lui a valu le prix Nocturne en 1966. Pourtant, c'est aussi un poète dont Les Chants de la pluie et du soleil, dédiés à son ami René Boylesve, ont inspiré André Gide dans Les Nourritures Terrestres. Il était également connu comme un polémiste proche du royalisme dans Union des trois aristocraties (1894) (celles du nom, de l'argent et du talent), ce qui lui valut d'être remarqué par Charles Maurras et l'Action française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Georges Joseph Grassal naît le 28 octobre 1867, fils de Auguste Anselme Grassal, 46 ans, propriétaire boulevard Delorme et de Augustine Victoire Françoise Caroline Marchal, 38 ans (déclaré le 29/10/1867, 5ème canton de Nantes, acte 361 page 63) dans une famille bourgeoise de marins, armateurs et banquiers. Il fait des études médiocres, d'abord au collège des Enfants nantais puis chez les Jésuites de Jersey, qu'il interrompt avant d'obtenir son baccalauréat. Mais il lit beaucoup et, à dix-neuf ans, publie à compte d'auteur un recueil de poèmes Les Jeudis saints et un roman Les Méprisants.

Son père meurt l'année suivante, lui laissant une fortune de 500.000 francs. Il va la consacrer à ses passions : les livres rares, le luxe, et surtout les femmes. « Un bel esprit, fin, curieux, très raffiné, note Paul Léautaud. Un curieux individu, aussi, sorte de sadique, de corrompu à l'excès. » Plein de morgue, se présentant « dans l'attitude de l'aristocrate heureux et dédaigneux » (Remy de Gourmont), il ne se fait pas que des amis. En politique, il est passionnément monarchiste et réactionnaire.

Il voyage en Allemagne (1888), en Belgique et en Hollande (1889), en Angleterre (1890), à nouveau en Allemagne (1891), sur les traces de Schopenhauer, Wagner et Nietzsche. À Paris, où il loge rue Claude-Bernard, Adolphe Retté l'introduit dans les bureaux de la revue L'Ermitage d'Henri Mazel, où il se lie avec Louis Le Cardonnel, Alphonse Germain et René Boylesve. Ce dernier sera son ami et son disciple.

En 1892, il loue un appartement au palais Veniere à Venise et commence à écrire les poèmes de son premier livre important, Les Chants de la pluie et du soleil, ainsi que son roman La Nichina. Il poursuit en 1893 à Naples et termine à Munich. De retour à Paris, il s'installe boulevard des Batignolles où, détestant le gaz et l'électricité, il se chauffe au bois de hêtre et s'éclaire à la bougie. Les Chants de la pluie et du soleil sont publiés en 1894 et exaltent un paganisme nietzschéen annonciateur de Gide mais aussi, par certains côtés, du fascisme.

En 1894, à Naples, les parents d'une mineure qu'il a séduite commencent à le faire chanter. Le chantage se poursuivra en France et Rebell y engloutira une bonne part de sa fortune. Cette affaire fut en outre la cause probable de l'avortement en 1895 de son projet de mariage avec Claire Rops (la fille du graveur Félicien Rops), qui épousa finalement Eugène Demolder, écrivain également[1]. La Nichina, achevé à Mantoue, est publié en 1896 et remporte un gros succès de librairie. Ce roman, situé dans l'Italie de la Renaissance chère à l'auteur, serait un livre à clefs, dans lequel la Nichina serait la demi-mondaine Valtesse de La Bigne, maîtresse d'Édouard Detaille, d'Henri Gervex et de plusieurs banquiers, et Fra Arrivabene le sous-secrétaire d'État à l'intérieur Louis-Numa Baragnon.

En 1896, Hugues Rebell rencontre Juliette qui sera Juliette Fournier, l'héroïne de La Câlineuse (1899), roman autobiographique dans lequel le personnage de Pierre Chaperon évoque l'écrivain Jean Lorrain. En 1898, il publie La femme qui a connu l'Empereur, roman d'histoire contemporaine et, en 1902, son dernier livre et le plus célèbre, Les Nuits chaudes du Cap français.

En 1900, il a fait un dernier voyage en Espagne. Mais, harcelé par ses créanciers, miné par l'arthrite, il est désormais pauvre et presque mourant. Il engage des collaborateurs : Gustave Le Rouge, avec qui il projette une histoire romancée la flibuste ; Jean de Mitty, qui travaille au Journal d'un valet de chambre, sur-titré Au service de l'empereur ; Marius Boisson tient la plume pour deux recueils de nouvelles publiés chez Carrington, Femmes châtiées et Cinq histoires vécues, et un roman signé "Jean de Villiot", Gringalette. Pour fuir les huissiers, il quitte son appartement du boulevard des Batignolles pour un immeuble sordide du 10 rue des Francs-Bourgeois. Il ne sort plus guère que la nuit. Il y meurt d'une péritonite en 1905, ruiné mais au milieu de ses livres précieux dont il refusait de se séparer. En 1900, il avait répondu à l'Enquête sur la monarchie de Charles Maurras et s'était montré en faveur du nationalisme intégral et de la restauration monarchique.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Les Méprisants, roman (1886)
  • Les Jeudis saints, poésie (1886)
  • Tymandra, poésie (1887)
  • Les Etourdissements, poésie (1888)
  • Athlètes et psychologues (1890)
  • Baisers d'ennemis (1892)
  • Union des trois aristocraties, essai (1894)
  • Les chants de la pluie et du soleil, poèmes (1894)
  • Le Magasin d'auréoles (1896)
  • La Nichina, roman (1896)
  • La femme qui a connu l'Empereur, roman (1898)
  • Lettre à un catholique (1898)
  • L'espionne impériale, roman (1899)
  • La Câlineuse, roman (1899)
  • La Saison à Baïa, roman (1900)
  • La Camorra (1900)
  • Entre peau et cuirasse (1901)
  • Les nuits chaudes du Cap français (1902)
  • Les Inspiratrices de Balzac, Stendhal, Mérimée (1902)
  • Le fouet à Londres (1905) sous le pseudonyme de Jean de Villiot
  • Journal d’une enfant vicieuse [sous le pseudonyme de Madame de Morency] (1903)
  • Le Diable est à table (1905)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marius Boisson, Hugues Rebell, intime, Paris, Seheur, 1930.
  • Hubert Juin, Écrivains de l’avant-siècle, Paris, Seghers, 1972.
  • Thierry Rodange, Le diable quitte la table ou La vie passionnée d'Hugues Rebell, Paris, Mercure de France, 1994.


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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'on trouve trace de ce non-évènement dans la correspondance de Rops : « Rebell a-t-il répondu ? Je vous ai dit que je tenais à avoir une forte explication sur tous ces incidents par trop fantaisistes et dont je n'accepte la fantaisie que jusqu'à un certain point. » (lettre de Rops à Léon Deschamps, s.1., 8 janvier 1895, Fond Jacques Doucet, MNR, β 1721) ; « Ma fille se marie le 21 décembre avec le gros Demolder, juge de paix adjoint, homme de lettres et fabriquant de tapis de Tournay à Bruxelles. Voilà. C'est un bon garçon qui la rendra certainement heureuse. C'est ce qu'il faut. Ainsi je suis débarrassé de tous les Rebell possibles et autres, de la même farine. » (lettre de Rops à Armand Rassenfosse, Demi-Lune, 10 décembre 1895, conservée aux Archives de l'Art Contemporain à Limal, dans l'ensemble réuni en 1942 par Maurice Kunel et Gustave Lefebvre, tome IV, p. 260).

Liens externes[modifier | modifier le code]