Hugues Lagrange

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Hugues Lagrange, né en 1951 à Bourg-sur-Gironde, est un sociologue français, Directeur de recherche au CNRS[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Il est le petit-fils de Léo Lagrange (Sous-Secrétaire d'État aux Sports et à l'Organisation des Loisirs dans les gouvernements du Front populaire de 1936 à 1938).

Après des études en économétrie à l'Université Paris X Nanterre, il poursuit ses études à Sciences Po Paris (1975-1977). En 1981, il soutient sa thèse de doctorat en sciences politiques intitulée Etiologie du mouvement des grèves en France: 1890-1975[2] qu'il a rédigé sous la direction de Frédéric Bon (1943-1987) le fondateur du département "Analyses quantitatives" au CERAT de l'IEP de Grenoble.

Il a passé sept ans au Centre de Recherche sur le Politique, l'Administration et le Territoire (CERAT) et à l’IEP de Grenoble, où il enseignait. Il est rattaché depuis 1989 à l’Observatoire sociologique du changement (OSC) à Paris (Centre national de la recherche scientifique-FNSP), comme spécialiste de la délinquance des jeunes et des politiques pénales.

Il collabore à la revue de Sciences Humaines, Esprit, think-tank d'une nouvelle gauche, au rôle de « carrefour intellectuel ». Il est un des auteurs de la « République des Idées », collection du Seuil dirigée par Pierre Rosanvallon et Thierry Pech.

Le Déni des cultures[modifier | modifier le code]

L'ouvrage paru en septembre 2010 connaît un certain écho médiatique[3].

Hugues Lagrange part du constat statistique qu'il y a, parmi les « mis en cause » dans les procès-verbaux de police judiciaire (antérieurement à toute décision judiciaire donc, sachant qu'une personne suspectée est présumée innocente), une surreprésentation de jeunes personnes issues du Sahel africain, pour ensuite chercher les causes de ce phénomène. En plus de l'influence de l'origine sociale, il estime que des différences culturelles (mais pas ethniques) expliquent cette situation. Selon lui, les familles de ces jeunes « mis en cause » sont en difficulté financière, sans formation et avec une appréhension très limitée de la culture du pays d'accueil, ce qui affecte les jeunes à travers leur socialisation familiale. Pour pallier ce problème, Lagrange préconise un accroissement des politiques d'intégration, notamment en favorisant l'éducation (il insiste particulièrement, dans ces cas-là, sur le rôle des mères avec lesquelles il faudrait, selon lui, « travailler en amont ») et en stoppant la ségrégation urbaine, ou ghettoïsation, ce phénomène ne permettant pas de gommer les différences culturelles. Il souhaite également la reconnaissance en tant que telles des minorités.

Selon le magazine Marianne, « ses conclusions vont à l'encontre de la grande majorité des travaux sur la banlieue, qui expliquent son délitement par des facteurs sociaux ». Pour cette raison, parmi ses collègues, « l'hostilité est majoritaire »[4].

Les travaux de Lagrange sont contestés, notamment par le chercheur Laurent Mucchielli, qui réfute tout biais culturel à l'origine des problèmes d'intégration et estime par ailleurs que Lagrange fait fi des autres facteurs (économiques, sociaux, problèmes familiaux) de délinquance. Il souligne également que les données policières dépendent tout d'abord de la proactivité policière, et donc de la manière dont cette institution sélectionne ses cibles, dont le caractère discriminatoire a été récemment prouvé[réf. nécessaire][5]. Toutefois, par une évolution méthodologique, Lagrange inclut dans les facteurs culturels, un certain nombre de problèmes ordinairement considérés comme sociaux, comme par exemple les familles monoparentales, (parce que le sort des femmes maliennes dans une situation monoparentale serait meilleur que dans un couple uni), le chômage du père, etc[6].

Odile Journet-Diallo ethnologue du Centre d'études des mondes africains réfute la notion de modèle sahélien qui ne « tient pas » car il n'implique aucune culture commune et unifiée, elle reproche aussi le seul usage de l'outil statistique[7].

Eric Fassin a contesté les chiffres de cet ouvrage en parlant « d'approximation » et « d’une volonté de grossir le problème » [8].

Lagrange répond à ceux-ci qu'« il y a un moment, si l'on refuse de voir cette réalité des différences culturelles, où l'on confond le pays réel et le pays tel qu'on voudrait qu'il soit. »[9]

Dans cette polémique qui l'oppose à Eric Fassin, Hugues Lagrange a reçu le soutien de Sébastien Fath qui oppose à « la tentative de lynchage médiatique » de Fassin, la « réflexion nuancée, étayée, éclairante, pragmatique, dépourvue de toute idéologie péremptoire »[10] de Lagrange.

Résumé de ses principaux ouvrages[modifier | modifier le code]

  • L’Épreuve des inégalités, Paris, PUF, coll. « Le lien social », (dir.), 2006, 376 p. ISBN 2130558143 :

Dans les pays développés, l'expérience des dernières décennies montre à l'évidence un tournant qui se caractérise par une reprise de l'accroissement des inégalités. Les éléments qui appuient ce constat renvoient, tout d'abord, à un déficit d'égalité des chances et à une crise de l'espérance méritocratique ; ensuite, à un renforcement de la ségrégation résidentielle aux deux extrémités du spectre social (développement d'un entre-soi des nantis et d'une relégation des pauvres) ; enfin, à l'affaiblissement des protections sociales et de l'action redistributrice de l'État-providence, auquel ne suppléent pas les solidarités familiales. Dans un contexte marqué à la fois par une ethnicisation des inégalités (dont témoignent amplement les discriminations), par le creusement des écarts intergénérationnels et l'âpreté des luttes autour des enjeux scolaires, apparaissent donc des menaces nouvelles sur la cohésion organique des sociétés modernes, lesquelles ne peuvent plus se penser à partir de catégories strictement nationales. Présentant ici les analyses issues de leurs travaux les plus récents, les chercheurs de l'Observatoire sociologique du changement brossent un large tableau de l'évolution de la société française et la compare à celles que connaissent les autres pays développés.

  • Émeutes urbaines et protestations : Une singularité française, avec Marco Oberti (dir.), Paris, Presses de Sciences Po, 2006, 224 p. ISBN 2724609921 :

À quelques mois d'intervalle, les émeutes de novembre et les mouvements étudiants ont imposé les questions de ségrégation, de précarité, de déclassement mais aussi d'inégalités intergénérationnelles au cœur du débat social. Les lieux et les acteurs révèlent les dynamiques en jeu. Derrière les tensions croissantes entre les jeunes des quartiers populaires et la police, l'ampleur des mouvements questionne le « modèle français d'intégration » et la manière de gouverner. Peut-on saisir la portée de ces événements sans prendre en compte la relégation dans les quartiers les plus pauvres et l'auto-ségrégation dans les plus riches ? Comment ignorer les discriminations ethniques et le déficit de représentation politique des fractions issues de l'immigration ? Comment ne pas voir que les différences de contextes scolaires — programmes, options, valeurs des diplômes, etc. — contribuent à renforcer un sentiment d'injustice ? Au-delà du constat, les auteurs proposent des orientations en faveur de nouvelles solidarités et défendent une conception de la ville comme espace d'intégration et de mixité sociale.

  • Demandes de sécurité : France, Europe, États-Unis, Paris, Seuil, République des idées. 2003, 96 p. ISBN 2020580357 :

Y a-t-il un « moment atlantique » de l’insécurité ? À l’heure où beaucoup soulignent l’éloignement des modèles démocratiques entre l’Europe et les États-Unis, l’évolution de la délinquance et des réponses qui lui sont opposées semblent les rapprocher. Se situer dans ce paysage international de la criminalité aide aussi à comprendre les ressorts et les enjeux d’un problème que l’on enferme trop souvent dans le registre des affaires intérieures et des questions domestiques. L’essai d’Hugues Lagrange contribue à désenclaver ce débat. Ce faisant, il montre que ce « moment atlantique » est aussi un « moment critique » : les États modernes peuvent-ils durablement durcir leur traitement de la délinquance sans renouveler leurs politiques sociales ? Le détour par l’international renouvelle radicalement l’appréciation portée depuis quelques mois en France sur la délinquance violente, et lui ouvre de nouveaux horizons.

Du XVIe au XXe siècle, un processus de pacification des mœurs intervient dans la vie civile de la plupart des pays d'Europe. Cette réduction des violences interpersonnelles s'opère parallèlement à ce que Norbert Elias a décrit comme une civilisation des mœurs.

Peut-on évaluer la pacification des mœurs et son involution sans s'interroger sur les conditions qui ont permis l'une et l'autre ? Peut-on éluder la question de savoir au prix de quoi la luttre contre les crimes et délits, dont l'augmentation ne paraît pas douteuse, doit être entreprise ? À quelle aune apprécier les vicissitudes de la paix civile ?

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • En terre étrangère ; vies d'immigrés du Sahel en Ile-de-France, Paris, Gallimard, 2013
  • Le déni des cultures, Paris, Éditions du Seuil, 2010
  • L’épreuve des inégalités, PUF, coll. « Le Lien social », 2006
  • avec Marco Oberti (dir.), Émeutes urbaines et protestations, Presses de Sciences Po, coll. « Nouveaux débats », 2006
  • Demandes de sécurité, Paris, Seuil-République des idées, 2003
  • De l’affrontement à l’esquive : violences, délinquances et usages de drogues, Paris, Syros, 2001
  • Les adolescents, le sexe et l’amour, Paris, Syros, 1999
  • avec B. Lhomond (dir.),L’entrée dans la sexualité La Découverte, 1997
  • La civilité à l’épreuve, PUF, 1995

Rapports de recherche[modifier | modifier le code]

  • Enquête sur les risques urbains, Rapport pour la Fondation MAIF et la ville d’Amiens, 2000, 131 p.
  • Absentéisme, conduites délictueuses et délinquance juvénile à Mantes la Ville et aux Mureaux, Rapport au GIP Droit et Justice, 2000, 101 p.
  • La déscolarisation dans le Mantois, Rapport de recherche pour la DIV, 2002, 85 p.

Articles (sélection)[modifier | modifier le code]

  • « Réponse à Didier Fassin », Revue française de sociologie, 2011
  • « Réussite scolaire et inconduites adolescentes : mixité et capital social », Sociétés contemporaines, 2010
  • « Émeutes, ségrégation urbaine et aliénation politique", Revue française de science politique », n° 58 (3), 2008, p.377-401
  • avec Nicolas Herpin, « La victimation de proximité, les précautions et la peur. Étude sur la cohésion sociale de voisinage », Revue économique, n° 56 (2), 2005, p.285-312
  • « Crime et conjoncture économique », Revue Française de Sociologie, 42-1, 2001.

Liens externes[modifier | modifier le code]


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Présentation sur le site de l'Observatoire sociologique du changement (OSC) de Sciences Po
  2. Catalogue SUDOC
  3. Le Monde daté du 14 septembre 2010, « Un chercheur lance le débat sur l'impact de l'immigration dans les quartiers ghettoïsés », par Luc Bronner
  4. Hugues Lagrange, le sociologue des banlieues par qui le scandale arrive, Vladimir de Gmeline, marianne.net, 1er Février 2013
  5. Déni des cultures ou retour du vieux culturalisme ? (dossier)
  6. Se reporter à son interview dans les Matins de France Culture du 28 septembre 2010
  7. interview dans Sciences humaines (revue) n°221
  8. Polygamie : «Le Point» et la fabrication sociologico-médiatique d’une panique morale, Eric Fassin, blogs.mediapart.fr, 4 octobre 2010
  9. Hugues Lagrange, le sociologue des banlieues par qui le scandale arrive, Vladimir de Gmeline, marianne.net, 1er Février 2013
  10. Sébastien Fath, "Le déni des cultures : un pavé dans la mare d'Hugues Lagrange", Sébastien Fath, blogdesebastienfath, 1er octobre 2010

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