Horde d'or

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Horde dorée)
Aller à : navigation, rechercher

Horde d'or
Алтан Орд (mn)

Алтын Орда (kk)
Алтын Урда (tt)

12431502

Drapeau

Devise : Selçukid

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Le territoire de la Horde d'or vers 1300

Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Saraï
Langue Mongol & langues turques
Superficie
Superficie 1310 6 000 000 km2
Histoire et événements
1243 Création
1379 Union de la Horde Bleue et de la Horde Blanche
1430 Début de morcellement avec le khanat de Crimée
1502 Prise de Saraï par les Russes et les Criméens

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La Horde d'or (en turc : Altın Ordu) est un empire turco-mongol[1] gouverné par une dynastie issue de Djötchi, fils aîné de Gengis Khan, qui contrôle les steppes russes aux XIIIe et XIVe siècles.

Les Djötchides eux-mêmes s'appellent Horde ou Grande Horde. Horde d'or est une expression utilisée par les Russes depuis le XVIe siècle. Les Arabes et les Persans parlent du Royaume des Tatars ou du Khanat de Kiptchak.

Histoire[modifier | modifier le code]

La dévastation de la ville de Souzdal par les troupes mongoles (des annales médiévales russes).

L'invasion de la Russie[modifier | modifier le code]

La soumission des principautés russes a lieu sous le règne du Grand Khan Ögödei entre 1237 et 1242, par une armée mongole dirigée par Batu, fils de Djötchi. Les Mongols poussent leurs incursions jusqu'à la Pologne. Toutes les villes russes, sauf Novgorod, sont ruinées par cette invasion (Kiev, Vladimir, Souzdal, Riazan, Kolomna) et la moitié de la population russe a péri. Les survivants ont fui vers le nord-est, dans les régions boisées entre la Volga nordique et l'Oka.

La construction de bâtiments en pierre cesse dans la région pendant deux cents ans. Les princes russes restent tributaires de leurs khans jusqu'à la fin du XVe siècle.

L'apogée de la Horde[modifier | modifier le code]

Le règne de Batu (1243-1255)[modifier | modifier le code]

Son oulous est divisé en trois parties, dirigées par Batu (partie désignée par l'expression « Horde bleue ») et par ses frères Orda et Cheyban. En 1243, Batu établit sa capitale à Saraï sur la basse Volga, dans la région qui lui sert de résidence d'hiver. En été, il s'établit sur le territoire central, dans la région du confluent de la Volga et de la Kama, près de l’ancienne Bolgar. Le frère de Batu, Orda reçoit en apanage la région est de l’Aral jusqu’aux villes de Sugnak et d’Otrar et au nord jusqu’aux montagnes Oulogtag. Cheyban reçoit les territoires du sud et du sud-est de l’Oural méridional.

Au moment de la mort de Batu à Saraï en 1255, Sartak, son fils et successeur désigné, séjourne chez le grand khan Möngke à Karakorum en qualité d'ambassadeur. Möngke le nomme à la tête de la Horde, mais il meurt brusquement et c’est son fils, Ulakchi, qui est désigné comme khan sous la régence de Boraktchik, veuve de Batu[2].

Le règne de Berké (1257-1267)[modifier | modifier le code]

À sa mort en 1257, Berké, frère de Batu, devient khan de la Horde Bleue jusqu'en 1267. Il doit lutter contre plusieurs révoltes russes contre l’occupation mongole, visant en particulier les fonctionnaires percevant les tributs (basmaks). Sa conversion à l'islam marque la première étape de la conversion des souverains de la Horde d'or[3].

En 1261, Saraï devient le siège d'un diocèse orthodoxe. La ville est aussi (jusqu’à sa destruction en 1395) un important pôle commercial reliant les routes entre l’Orient et l’Occident. Des commerçants vénitiens et génois viennent y acheter des fourrures du Nord ainsi que des esclaves kiptchak qu’ils revendent aux mamelouks d'Égypte.

En 1262, Berké s’allie avec le sultan mamelouk Baybars contre l’empire des Houlagides de Perse. En 1265, Nogaï, le général de la Horde, lance des raids en Thrace contre l'empire byzantin. La même année, Berké perd le Khârezm, Otrar et les territoires à l’est de l’Aral au profit du khanat de Djaghataï. Il meurt dans le Caucase au cours d'une nouvelle campagne contre la Perse.

L'affaiblissement[modifier | modifier le code]

De Mengü Temür (1267-1280) à Toqtaï (1290-1312)[modifier | modifier le code]

Son successeur est un petit-neveu, Mengü Temür. Il poursuit la politique de ses prédécesseurs et affirme son indépendance vis-à-vis de l'Empire mongol alors dirigé par Kubilai Khan, installé à Khanbalik (actuelle Pékin). Il accorde des immunités au clergé orthodoxe en 1279[4].

À sa mort en 1280, la Horde commence à se disloquer. Les rapports entre les différentes tribus, éloignées les unes des autres, se distendent, favorisant les séparatismes. Les khans dépendent de plus en plus de l’aristocratie militaire et n’ont plus qu’une fonction nominale. Sous les règnes de Tuda Mangu et de Tula Buka, le pouvoir est aux mains de Nogaï, qui campe entre le Don et le Donets et fait et défait les khans. Vers 1280, il s'allie avec l'Empire byzantin et exerce un véritable protectorat sur la Bulgarie.

En 1290, Toqtaï, fils de Mengü Temür, est porté au pouvoir par Nogaï, mais il se débarrasse de sa tutelle en le vainquant sur les rives du Dniepr en 1299 avec l'appui de troupes auxiliaires russes. Nogaï est tué dans la bataille. Les femmes et les enfants de sa tribu sont vendus comme esclaves.

En 1307 Toqtaï fait arrêter des commerçants européens qui séjournent à Saraï. Il envoie une armée à Caffa contre les Génois de Crimée responsable du rapt d’enfants tatars vendus dans les pays à domination musulmane et les chasse de la ville en 1308.

Le règne d'Özbeg et de ses successeurs (1312-1360)[modifier | modifier le code]

À sa mort en août 1312, son neveu Özbeg lui succède et règne jusqu'en 1341. Peu avant sa mort, il autorise les commerçants génois et vénitiens à reconstruire Caffa ( en Crimée ). Son règne marque la conversion définitive des souverains de la Horde d'or à l'islam. Il en résulte un divorce majeur entre la population conquise, russe et chrétienne, et la minorité régnante[3].

C'est pourquoi lorsque son fils Djanibeg lui succède, suite aux désordres survenus entre chrétiens et musulmans dans les comptoirs de l’embouchure du Don, il chasse de nouveau les commerçants européens. Il assiège Caffa à deux reprises (1343 et 1355). En 1355, Djanibeg conquiert l’Azerbaïdjan qu’il rattache provisoirement à la Horde d'or. Il est assassiné en 1357.

Sous le règne de son fils Berdibeg (1357-1359) et ses successeurs, l’empire se disloque à nouveau.

La rébellion des Russes ; Koulikovo (1378)[modifier | modifier le code]

Mamaï et la défaite de Koulikovo (1378)

La Horde change 14 fois de khan de 1360 à 1380. Un seigneur féodal, Mamaï, détient le pouvoir effectif.

À partir de 1371, les princes russes refusent de payer le tribut. Mamaï lance alors contre eux une expédition qui est repoussée par le grand duc Dimitri Donskoï à la Voja (11 août 1378), puis dispersée à Koulikovo, au confluent du Don et de la Népriavda le 8 septembre 1380.

Tokhtamych devant Moscou en 1382

La Horde du XIVe au XVIe siècle[modifier | modifier le code]

Le redressement : le règne de Tokhtamych (fin du XIVe siècle)[modifier | modifier le code]

Tokhtamych, khan de la Horde Blanche, qui règne sur les steppes du Syr-Daria, général de Tamerlan, vainc Mamaï sur la Khalkha et se proclame khan de la Horde d'or. Mamaï est par la suite exécuté par des commerçants génois en Crimée.

Tokhtamych rétablit pour un temps l’unité de la Horde d'or. Il exige de nouveau que les princes russes se rendent à Saraï avec des tributs, mais ceux-ci refusent. Tokhtamych entreprend alors une campagne contre les principautés russes : il incendie Souzdal, Vladimir, puis pille et brûle Moscou le 26 août 1382 .

L'intervention de Tamerlan (1392-1395)[modifier | modifier le code]

En 1392 et 1395, Tamerlan mène des expéditions contre la Horde d'or. Saraï et Astrakhan sont détruites. Après avoir vaincu Tokhtamych sur le Terek le 15 avril 1395, il menace Moscou et ravage Riazan. Vassili Ier, prince de Moscou, le repousse le 26 août. Tamerlan pille la Crimée à l'automne. Il met La Tana (Azov) à sac et réduit en captivité tous les résidents chrétiens. Le riche comptoir génois de Caffa est désorganisé.

Sous les successeurs de Tokhtamych, le pouvoir appartient au chef de la horde nogaï ou mengit, l’Edigu ou Idi Qu (1400-1412). En 1408, il exige le tribut des Russes, incendie Nijni Novgorod et Gorodets, marche vers Moscou puis se retire sous de vagues promesses d’obédience.

La fin de la Horde (1430-1516)[modifier | modifier le code]

Le territoire de la Horde d'or commence à se morceler en 1430, avec la création du Khanat de Crimée par Hadjdjii Girey Ier (1430-1466), descendant de Tuga Timur, fils de Djötchi, entre l’embouchure du Dniestr et du Dniepr, celle du khanat de Kazan en 1438 puis du khanat d'Astrakhan entre la Volga, le Don, le Kouban et le Terek en 1466.

En 1480, Ivan III, prince de Moscou, s’allie au khan de Crimée Mengli Giray et à Uzun Hasan, sultan des Ak Koyunlu, et refuse de payer le tribut à la Horde d'or. Ahmad Khan marche contre lui et le rencontre sur les rives opposées de l’Ougra. Mais la Horde doit reculer faute de recevoir des renforts du roi de Pologne le 11 novembre. Ivan III le Grand libère Moscou du joug mongol et commence l'unification de la Russie.

En 1475, le khanat de Crimée entre dans l'orbite ottomane. La Horde perd son accès à la mer Noire et ses débouchés commerciaux vers l'Europe. A l'Est, elle est menacée par la puissance naissante des Chaybanides et perd la Transoxiane conquise par Muhammad Shaybânî en 1500. À la fin du XVe siècle, le territoire est réduit à la plaine de la Volga (Kazan, Saraï, Astrakhan).

En 1502, le khan de Crimée Mengli Giray, allié des Russes, prend et détruit Saraï. C'est la fin de la Horde, dont le dernier souverain Sheykh Ahmed disparait en 1516.

Les héritiers : les Tatars (XVIe-XVIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Les Tatars, héritiers de la Horde d'or.

Les Mongols de la Horde d'or se turquisent et se mélangent avec les kiptchaks, formant la nouvelle éthnie tatare[3]. Les débris des territoires de la Horde d'or constituent les khanats de Kazan, d’Astrakhan, de Sibir (ouest de la Sibérie) et de Crimée.

Sous le règne d'Ivan le Terrible, les Russes prennent Kazan en 1552, Astrakhan en 1556. La horde Nogai continue de nomadiser entre l'Irtych et la Volga, dans le khanat de Sibir[réf. nécessaire].

Aux XVIe et XVIIe siècles, la frontière entre la Moscovie et le monde nomade passe non loin de Moscou, au sud de Riazan sur la rivière Oka, et d'Elets sur la rivière Sosna, affluent du Don. Les hordes tatares maîtrisent à la perfection la tactique des incursions, en choisissant la voie selon les lignes de partage des eaux[réf. nécessaire].

En 1571, le khan de Crimée Devlet Ier Giray à la tête d'une armée de 120 000 cavaliers ravage Moscou et réduit en esclavage une grande partie de la population (sous Ivan le Terrible) . Les incursions des Tatars de Crimée et des hordes transvolgiennes se prolongent jusqu'au XVIIIe siècle. Chaque année, les Cosaques et les jeunes nobles partent pour le service de guet et de patrouille, protégeant les territoires russes frontaliers contre les incursions tatares.

La route principale des attaques vers Moscou était Mouravski Chljakh, de la Crimée à Toula, entre les rivières Dniepr et Severski Donets. Après s'être enfoncés en Russie sur 100 à 200 kilomètres, les nomades reviennent en arrière en déployant à partir du détachement principal, de larges ailes de soldats, en pillant et en faisant des prisonniers. Ceux-ci sont vendus comme esclaves à la Turquie, voire à certains pays européens. Caffa, en Crimée, est un des principaux marchés de la traite des esclaves.

Le khanat de Crimée est rattaché à la Russie seulement en 1783 (sous Catherine II de Russie).

Organisation[modifier | modifier le code]

La Horde d'or ou Khanat de Kiptchak du nom des anciens occupants de la région les Kiptchak ou Coumans se compose de la Horde Bleue à l'ouest, dirigée par les descendants de Batu et de la Horde Blanche à l'est, vers le Kazakhstan, contrôlée par les descendants d'Orda.

Le territoire de la Horde d'or en 1389.

Le territoire de la Horde s'étend de la partie méridionale de l'actuelle Russie : la Crimée, les steppes kiptchak, la vallée de la Volga, jusqu'à la Transoxiane. Cet espace est composé de grands déserts et steppes propices au nomadisme et au pastoralisme, ainsi que de régions urbanisés (Crimée, Volga, Transoxiane) qui pratiquent un commerce actif. Le nomadisme se maintient tout au long de la période et les khans eux-mêmes le pratiquent, passant la moitié de l'année dans leurs campements d'été et l'autre moitié dans leurs quartiers d'hiver. Ils favorisent néanmoins l'urbanisation, dans le but de développer le commerce et l'artisanat (métallurgie, céramique, cuir…) et maintiennent les routes commerciales, notamment le long de la Volga et l'axe mer d'Aral-mer Caspienne-mer Noire ( la route de la soie ).

Les peuples qui vivent sur ces terres sont en majorité turcophones (kiptchak, ouïghour…), mais on y parle également le persan, les langues slaves, l'arménien et les langues caucasiennes.

Le khan s'appuie sur une administration efficace et strictement hiérarchisée héritée de l'empire mongol. L'administration est fondée sur la distinction entre les villes et les el[réf. nécessaire][5], unités de base des clans nomades. Les grandes villes doivent payer diverses taxes aux khans (sur le commerce, la propriété foncière, les magasins à grain, les semailles, les vignes et l'irrigation). Les el sont redevables d'impôts sur le cheptel. Villes et el doivent un service militaire à l'armée (orda) en cas de besoin. Il existe un service postal officiel, le yam, dont les fonctionnaires ont droit de réquisition pour pouvoir circuler rapidement. Le khan peut exempter par décret (yarlyk) certaines cités ou el de certaines taxes ou réquisitions.

La démographie de la Horde souffre d'une hémorragie chronique due au trafic d'esclaves qu'opèrent certaines tribus kiptchak en razziant les jeunes garçons turcs pour les vendre dans les comptoirs italiens de Crimée, qui les envoient principalement vers l'Égypte des mamelouks, eux-mêmes descendants d'esclaves turcs et traditionnellement alliés du khanat de Kiptchak. Le gouvernement de la Horde tente de mettre un terme à ce trafic, mais ne peut agir fortement contre les Génois et les Vénitiens dont les comptoirs sont un important débouché pour ses produits agricoles et un terminus de la route de la soie[6].

L'islam sunnite, la religion du khan depuis Özbeg, est la plus représentée mais côtoie le christianisme sous différentes formes (orthodoxe, nestorienne, catholique) et la religion juive. Le chamanisme, hérité des mongols de la conquête, persiste dans les esprits jusqu'au XVIe siècle[7]. La tolérance religieuse des Mongols, qui respectent et craignent tout ce qui est sacré, permet aux Russes de préserver leur Église. Popes et métropolites sont exemptés d'impôts, de réquisitions, de corvées[6].

Points particuliers[modifier | modifier le code]

Chronologie des incursions mongoles en Russie[modifier | modifier le code]

Liste des khans de la Horde d'or[modifier | modifier le code]

Horde bleue, puis Horde d'or
Familles rivales
  • 1361-1380 : période de chaos où le pouvoir réel appartient au général Mamaï issu du Khan Nogaï
Horde Blanche

Pendant la période de 1395 à 1419 la Horde Blanche (Kiptachk oriental) fut entièrement contrôlée par Edigu, khan des Nogaïs, qui joua jusqu'à sa mort exactement le même rôle que son parent Mamaï dans le Kiptachk occidental pendant la période de 1361 à 1378.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bosworth, Historic Cities, p. 280
  2. Boyle, sans indication de page.
  3. a, b et c Dictionnaire de l'Islam, religion et civilisation, Encyclopedia Universalis, p. 360
  4. Pospielovsky, sans indication de page.
  5. S'agissant d'un mot manifestement non français, la mise au pluriel ne peut pas se faire en ajoutant un « s ».
  6. a et b Jean-Paul Roux, La Horde d'or et la Russie, Clio, Voyage Culturel
  7. George Jehel (dir.), Histoire du monde, Edition du Temps, p.  266

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]