Homoncule (alchimie)

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L'homoncule de Faust
Gravure du XIXe siècle.

Un homoncule (variantes : homunculus, homuncule, du latin homonculus, « petit homme ») est une version miniature, souvent caricaturale, d'un être humain que certains alchimistes cherchaient, prétendument, à créer.

Zosime de Panopolis[modifier | modifier le code]

Le premier alchimiste occidental, Zosime de Panopolis aborde déjà ce personnage.

« Je tombai endormi. Et je vois dans mon sommeil un homoncule muni d'un rasoir, vêtu d'une robe rouge et d'un habit royal, se tenant en dehors des châtiments. Il me dit : 'Que faites-vous, Monsieur ?'. Je lui répondis : 'Je me trouve ici parce que, m'étant écarté de tout chemin, je suis en train d'errer.' (...) Voilà qu'il fut précipité dans le châtiment, et que tout son corps fut consumé par le feu (...). Je tirai l'affaire au clair en interprétant aussi que cet homme au rasoir, c'est l'homme-cuivre (...). Je vois un vieillard chenu, complètement blanc, à tel point que, du fait de sa grande blancheur, mes yeux furent aveuglés (...) Il me dit : 'Je suis l'homme de plomb, et j'endure une violence intolérable'. (...) Je me dis : 'J'ai bien compris : c'est ainsi qu'il faut projeter le plomb.' »[1]

Paracelse[modifier | modifier le code]

Le médecin suisse Paracelse fut le premier à écrire sur ce sujet, vers 1530. Pagel résume sa recette : « On laisse se putréfier de la semence humaine en un vaisseau scellé qu'on soumet quarante jours durant à la température biologique - jusqu'à ce qu'un mouvement soit perceptible. la substance aura revêtu à ce moment une forme vaguement humaine mais sera transparente et dépourvue de corps. À ce stade, il faut l'alimenter pendant quarante semaines avec l'Arcanum [propriété permanente provenant du dernier stade d'une substance] du sang humain. Après quoi, elle se développera pour donner un véritable enfant possédant tous ses membres, plus petit simplement qu'un enfant normal. » [2]

Le comte Jean-Ferdinand Kueffstein[modifier | modifier le code]

Selon le récit de son serviteur (Joseph Kammerer, Livre des comptes, 1890), le comte Jean-Ferdinand Kueffstein réussit, en 1773, en Calabre, à créer dix homoncules ! Le comte était chambellan de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, et se faisait aider par l'abbé Géloni. Le comte et l'abbé appartenaient à la franc-maçonnerie et à la rose-croix, deux organisations secrètes. Les homoncules étaient, au dire de Kammerer, un roi, une reine, un architecte, un moine, un mineur, une nomme, un séraphin, un chevalier, un esprit bleu, un esprit rouge.

Les préformistes[modifier | modifier le code]

Le concept est repris au XVIIIe siècle par des biologistes adeptes de la théorie de la préformation. En 1694 dans Essai de dioptrique, Nicolas Hartsoeker imagine comment un fœtus entier pouvait se loger dans le spermatozoïde. Il affirme qu'un « homoncule » est logé dans la tête du spermatozoïde, réplique microscopique de l'être en gestation.

Carl Gustav Jung[modifier | modifier le code]

Egon Schiele, Femme avec un homoncule, 1910

Carl Gustav Jung, dans Psychologie et alchimie (1944) rappelle qu'une des planches du Mutus liber (ouvrage sans texte, 1677) montre un vase contenant un homunculus et que Petrus Bonus, dans sa Pretiosa margarita (1546) décrit un roi et « six planètes ou homuncules métalliques ». L'homonculus symbolise l'homme intégral.

« L'œuf est un germe de vie, investi d'une haute signification symbolique : c'est un symbole non seulement cosmogonique, mais aussi « philosophique » ; d'une part, l'œuf orphique, le commencement du monde, et d'autre part l'ovum philosophicum de la philosophie médiévale de la nature, c'est-à-dire le vase duquel, au terme de l'opus alchymicum, sort l'homunculus, autrement dit l'Anthropos, l'homme spirituel, intérieur et complet, le chên-yen (littéralement : l'homme complet) de l'alchimie chinoise ».[3]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Zosime de Panopolis, Mémoires authentiques, deuxième leçon, trad. Michèle Martens : Les alchimistes grecs, t. IV.1 : Zosime de Panopolis. Mémoires authentiques, Les Belles Lettres, 1995, p. 43-45.
  2. W. Pagel, Paracelse, Arthaud, 1963, p. 118.
  3. C.G. Jung,L'Ame et le Soi, Albin Michel, 1990, p.67.