Hommage lige

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La banalisation du serment d'allégeance, source d'ambiguïté.

L’hommage lige (ou homme-lige) est une forme d'hommage particulière. L'hommage lige oblige le vassal qui le prête plus étroitement vis-à-vis du suzerain que l'hommage ordinaire (dit par opposition « simple » ou « plan »), notamment au regard du service d’ost[1].

En langue d'oc, on disait hommage solidus[2].

Étymologie[modifier | modifier le code]

Lige vient de l’allemand all ledig (libre [de tout autre lien])[2].

Présentation du cadre : la société féodale[modifier | modifier le code]

Il est difficile de définir ce qu'est la "féodalité", telle que nous la dénommons en français. Mais l'historien belge flamand François-Louis Ganshof en donne la définition suivante : « un ensemble d’institutions créant et régissant les obligations d’obéissance et de service de la part d’un homme libre appelé « vassal » envers un autre homme libre qu’on appelle « seigneur » et des obligations de protection et d’entretien (par le fief) du seigneur envers son vassal ».

Le mieux, pour comprendre le phénomène à l'échelon de toute une société, est de le ramener, en première analyse, à la situation individuelle d'une personne qui, sans emploi et sans ressources, s'adresse à une personne plus haut située dans l'échelle sociale : elle lui offre ses services, dans le cadre de ses compétences - ou des tâches qui lui sont assignées ; en échange, on lui donne une rémunération (un salaire, dans la terminologie française actuelle), ou des avantages en nature : l'habitation, les repas, etc. Les relations entre le « patron » et le salarié (ou l'employé) sont des relations personnelles. Sur le plan juridique, elles sont qualifiées de contrat, c'est-à-dire d'un engagement des deux parties, engagement qui comporte, pour chacune d'elle, des avantages réciproques : on dit que le contrat est synallagmatique.

La société féodale, si l'on veut être simple, est ce même phénomène, mais à l'échelon de tout un groupe social, voire d'une société : dans la mesure où il n'existe pas d’État central capable de faire des lois applicables à tous, de les faire respecter, de faire régner l'ordre, etc, un autre « système » d'existence et de coexistence des individus et des groupes humains se met en place. Le plus humble se met au service d'un plus puissant dans les termes ci-dessus, en contrepartie des avantages qu'on lui accorde ; il se met au service d'un plus puissant que lui, et ainsi de suite. L'ensemble – a-t-on dit, mais ce n'est qu'une image, au demeurant assez explicite – crée une sorte d'édifice pyramidal : au sommet le plus puissant (avec des titres ou des appellations diverses, selon les lieux, les pays...) ; au bas de l'échelle, le moins puissant (paysan, serf, esclave...) ; entre les deux, toute une série de personnages intermédiaires, figurant une « hiérarchie » sociale, de plus en plus puissante au fur et mesure que l'on approche du sommet de la pyramide. En France, cette hiérarchie – si l'on ne considère que l'ordre de la noblesse, qui n'est que l'un des trois ordres de la société –, la hiérarchie descendante, est la suivante : le roi ; les princes ; les ducs ; les marquis ; les comtes ; les vicomtes ; les barons ; les chevaliers.

La société féodale fonctionne sur le mode évoqué plus haut. Le suzerain concède un fief à son vassal, en échange de services ou prestations définies lors de l'opération. Juridiquement, il s'agit de relations contractuelles, dans les termes ci-dessus.

Les dysfonctionnements de la société féodale[modifier | modifier le code]

  • La société féodale est une société contentieuse. Tout est matière à conflit dans cette société.
  • La société féodale est une société d'arbitraire. À la fin du Xe siècle, les vassaux prêtaient de plus en plus souvent hommage à différents seigneurs essentiellement pour accumuler les fiefs. Le problème était le suivant : en cas de conflit entre deux seigneurs, lequel soutenir ?

Fulbert de Chartres (960-1028) rédige un écrit sur la vassalité : en cas de plurivassalité, il faut intégrer une réserve de fidélité à l'hommage vassalique qui primera sur les autres.

L'hommage lige était oral, et le même problème apparut à travers la multiplication des hommages lige à plusieurs seigneurs. On faisait alors prévaloir l'antériorité et hiérarchie des obligations (la guerre étant par exemple plus importante que la dot). Le roi Philippe Auguste a eu la volonté de hiérarchiser les liens féodo-vassaliques avec au sommet de la pyramide le roi ; les vassaux de ses vassaux sont aussi devenus ses vassaux. Il n'avait donc pas besoin de multiplier les hommages qu'il ne faisait prêter qu'aux grands seigneurs. Mais en cas de conflit cela posait problème, sans compter que même les hommages liges se multipliaient. C'est pourquoi tous les vassaux du roi de France devaient une réserve de fidélité au roi, une sorte d'hommage lige prioritaire.

À Montpellier, on parlait de « meilleur homme », et en Catalogne « d'homme solide ».

Évolution de l’hommage lige[modifier | modifier le code]

Dans la tradition franque, on ne pouvait, en principe, servir deux maîtres. Aussi un homme ne pouvait s'engager ni se mettre sous la dépendance d'un autre que son seigneur.

Toutefois, suivant les alliances et enjeux, certains vassaux puissants ont prêté hommage lige puis simple successivement à plusieurs suzerains. C'est le cas de Jean IV de Bretagne qui chercha dans un premier temps le soutien de l'Angleterre en faisant l'hommage lige au roi d'Angleterre, du fait de ses terres en Angleterre, en dépit de l'hommage lige de ses prédécesseurs (depuis le début du XIIIe) au roi de France pour le duché de Bretagne ou pour ses terres en Royaume de France[3].

Le cas des grands féodaux[modifier | modifier le code]

La période de la guerre de Cent Ans va être marquée par un affaiblissement important du pouvoir du roi et la montée en puissance des grands du royaume (ducs de Bourgogne, ducs de Bretagne, etc.).

Ceci se traduit par des alliances fluctuantes entre les grands du royaume et les rois de France et d'Angleterre. L'hommage lige n'était plus la garantie d'une exécution stricte des devoirs du vassal. Pour illustrer cela avec le cas particulier de la Bretagne, c'est lors de l'arrivée au pouvoir des Montfort que le problème d'hommage fut le plus sensible. Leurs prédécesseurs étaient vassaux des ducs de Normandie par hommage lige, ducs de Normandie eux-mêmes vassaux par hommage lige du Roi de France. Lorsque Philippe Auguste confisqua le duché de Normandie et le rattacha directement à la couronne, les ducs de Bretagne prêtèrent directement hommage lige au Roi. Bien que certaines tentatives de s'en affranchir eurent lieu lors de la période d'instabilité liée à la lutte contre les Plantagenêts entre 1159 et 1299, l'hommage lige fut prêté jusqu'au milieu du XIVe siècle.

Avec les Montfort aux commandes, soutenus par les Anglais lors de la guerre de Succession de Bretagne, la situation changea radicalement. Le nouveau duc Jean IV prêta alors hommage lige au roi d'Angleterre pour le comté de Richemont avec des conséquences importantes sur le duché de Bretagne. Ainsi, par son titre de comte de Richemont, le duc de Bretagne put s'affranchir d'un hommage lige auprès du roi de France. Par la suite, bien qu'ils ne firent plus l'hommage lige au roi d'Angleterre, ses successeurs firent tout pour ne pas rendre l'hommage lige dans les formes au roi de France, voire rendre seulement un hommage simple. Celui-ci, bien que ne reconnaissant pas une autre forme d'hommage, ne pouvait pas punir le duc de Bretagne car son pouvoir était trop affaibli par la lutte avec l'Angleterre. À l'issue de la guerre de Cent Ans le roi de France a pu mettre au pas les grands féodaux dans une lutte qui prit fin avec la Guerre Folle.

Le cas des ducs de Bretagne est significatif de cette période et se retrouve, à différents degrés, dans tous les grands fiefs. Les principales raisons de cette situation furent :

  • 1)- d'éviter de trop s'impliquer avec l'un ou l'autre des partis dans une lutte où le camp victorieux n'était pas identifiable,
  • 2)- de profiter de la situation pour étendre son pouvoir et son fief,
  • 3)- de gagner en autonomie pour assurer des entrées fiscales de plus en plus importantes.

Citations et analyses des différents auteurs[modifier | modifier le code]

L'hommage lige vu par un texte écrit au Moyen Âge : « Un homme peut prêter plusieurs hommages à différents seigneurs pour les différents fiefs tenus de ces seigneurs ; mais il doit y avoir un hommage principal et cet hommage doit être prêté au seigneur de qui l'on tient son principal fief. La foi au seigneur roi et à ses héritiers doit toujours être mise à part. »[4]

Fr. Olivier-Martin (réf. ci-dessous) définit ainsi l'hommage lige :

« Dès le IXe siècle, certains vassaux reçoivent des bénéfices de deux seigneurs, et leur prêtent également hommage. L'incompatibilité apparaît seulement quand les deux seigneurs d'un même vassal se font la guerre. On essaie d'y échapper en distinguant deux sortes d'hommages: l'hommage lige, sans restriction aucune, qui oblige le vassal à servir son seigneur envers et contre tous, et l'hommage simple (dit « plan », ou planus),qui est prêté sous la réserve des hommages antérieurement prêtés à d'autres seigneurs. La distinction apparaît en France dès le XIe siècle, mais bientôt, certains vassaux, grands amateurs de fiefs, prêtent un second hommage lige, qu'ils espèrent pouvoir concilier avec le premier. »

Achille Luchaire le définit de la sorte : « L'hommage lige implique un renforcement de l'hommage ordinaire; l'homme lige est tenu à tous les devoirs, positifs et négatifs, qu'entraine l'hommage ordinaire; mais la ligéité implique un lien encore plus étroit. Le vassal lige est tenu de servir à ses dépens le suzerain, tant que dure la guerre que celui-ci soutient contre ses ennemis [...] La ligence est une véritable ligue offensive et défensive entre le suzerain et son vassal. »[5].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Fr. Olivier-Martin. Histoire du droit français. CNRS éditions, Paris, 1992, 1995, 2005, page 261.

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Nouveau Larousse universel
  2. a et b Romain Telliez, Les institutions de la France médiévale : IXe-XVe siècle, Paris : A. Colin, 2009. Collection « Collection Cursus. Histoire », (ISBN 978-2-200-35429-9), p. 15.
  3. Joël Cornette, Histoire de la Bretagne et des Bretons. Tome I, septembre 2005, Éditions Seuil.
  4. Traité des lois et des coutumes du royaume d'Angleterre, attribué à Glanvill, fin XIIe siècle, publié par Hachette, Manuel de la classe de 5e, 1997 : doc. 4, p. 85.
  5. Achille LUCHAIRE. Manuel des Institutions françaises, période des capétiens directs. Paris, 1892, Librairie Hachette et Cie. Réed. Genève 1979.