Hohneck

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Hohneck
Le Hohneck
Le Hohneck
Géographie
Altitude 1 363 m[1]
Massif Vosges
Coordonnées 48° 02′ 15″ N 7° 00′ 59″ E / 48.0375, 7.01639 ()48° 02′ 15″ Nord 7° 00′ 59″ Est / 48.0375, 7.01639 ()  [1]
Administration
Pays Drapeau de la France France
Régions Alsace
Lorraine
Départements Haut-Rhin
Vosges
Géologie
Roches Granites

Géolocalisation sur la carte : Haut-Rhin

(Voir situation sur carte : Haut-Rhin)
Hohneck

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Hohneck

Le Hohneck, troisième sommet du massif des Vosges avec 1 363 mètres d'altitude[1], domine la ligne de crêtes qui sépare l'Alsace de la Lorraine. Il constitue le point culminant de cette dernière région[2]. En contrebas du sommet est aménagée la station de ski de La Bresse Hohneck. Un ballon voisin, situé à 1,5 kilomètre à l'est et culminant à 1 289 mètres, est dénommé Petit Hohneck.

Géographie[modifier | modifier le code]

Situation[modifier | modifier le code]

Combe du Wormspel
Vue partielle sur le Falimont

Son territoire est partagé entre les communes de La Bresse dans les Vosges, de Metzeral et de Stosswihr dans le Haut-Rhin. Les pentes les plus douces accueillent en été les troupeaux de vaches vosgiennes. Le massif du Hohneck abrite également quelques troupeaux de chamois.

On peut y accéder à partir de la route des Crêtes par une route carrossable sans issue. La circulation des véhicules et des piétons y est réglementée, dans un souci de préservation du site. Le sentier reliant le Hohneck au Petit Hohneck surplombe le lac du Schiessrothried.

Le versant ouest (lorrain) du sommet est en pente relativement douce et correspond à l'ancienne pénéplaine hercynienne surhaussée par le soulèvement des Alpes à l'ère tertiaire. Il est très arrosé, recevant toutes les eaux des vents océaniques. Toutes les rivières se jettent dans le bassin de la Moselle.

Le versant est (alsacien), très abrupt, présente un caractère subalpin. L'alpinisme s'y pratique et on y recense de nombreuses chutes, dont beaucoup ont été mortelles. Il correspond à la ligne du fossé d'effondrement rhénan, dû au même soulèvement des Alpes. De plus, des cirques d'origine glaciaire ont été creusés à l'ère quaternaire, offrant un emplacement propice aux lacs et aux tourbières. Les rivières se jettent dans l'Ill.

Flore[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Flore du massif des Vosges.

Le Hohneck, avec son altitude supérieure à 1 200 mètres, se situe à l'étage subalpin. Cet étage, qui suit l'étage montagnard est facilement remarquable par des versants rocheux et abrupts, une absence de végétation due aux vents violents et aux températures basses, où le sapin et les hêtraies ne se développent plus et laissent place aux espèces de plantes alpines et aux chaumes, vastes étendues herbeuses, équivalentes aux alpages dans les Alpes, bien que l'étage subalpin vosgien soit unique en son genre.

La partie sommitale du Hohneck est ainsi dominée par une lande composée de callune (Calluna vulgaris)[3], de myrtille (Vaccinium myrtillus)[3], d'airelle rouge (Vaccinium vitis-idaea)[3] et de nard raide (Nardus stricta)[4] qui constitue la chaume proprement dite. Dès le mois d'avril, on peut y voir fleurir la jonquille (Narcissus pseudonarcissus)[5], puis la pulsatile blanche (Pulsatilla alpina ssp. austriaca)[6] et la pensée des Vosges (Viola lutea) qui peut prendre des teintes jaunes ou violettes[5]. Durant l'été, les fleurs de la gentiane jaune (Gentiana lutea)[7] apparaissent, de même que l'arnica des montagnes (Arnica montana)[8] et la centaurée des montagnes (Centaurea montana)[9]. Plus rarement, on pourra apercevoir le lis martagon (Lilium martagon)[9], l'œillet superbe (Dianthus superbus)[9] au parfum délicat ou encore deux orchidées discrètes, l'orchis miel (Pseudorchis albida)[7] et l'orchis grenouille (Dactylorhiza viridis)[7]. En revanche, il n'est pas rare de rencontrer le long des sentiers le gnaphale de Norvège (Gnaphalium norvegicum)[7] et les fleurs bleues de la jasione vivace (Jasione laevis)[7].

Ail des cerfs à proximité du Hohneck.

Dans les parties supérieures des cirques du Frankenthal et du Wormspel, situés respectivement au nord et au sud du Hohneck, on peut apercevoir les fleurs jaunes de la digitale à grandes fleurs (Digitalis grandiflora)[10] et de l'aconit tue-loup (Aconitum lycoctonum)[11], l'aconit napel (Aconitum napellus)[12], plus rarement la phalangère à fleurs de Lis (Anthericum liliago)[8], l'orchis globuleux (Traunsteinera globosa)[13], l'ail des cerfs (Allium victorialis)[13] et l'anémone à fleurs de narcisse (Anemone narcissiflora) particulièrement menacée[14].

Dans les altitudes plus basses, les mégaphorbiaies formées dans les couloirs à avalanche abritent l'adénostyle à feuilles d'alliaire (Adenostyles alliariae)[15], la laitue des Alpes (Cicerbita alpina)[15] et la mulgédie de Plumier (Cicerbita plumieri)[12] ainsi que plusieurs espèces d'épilobes dont l'épilobe en épi (Epilobium angustifolium) et l'épilobe des Alpes (Epilobium alpestre)[15]. On rencontre également la sanguisorbe officinale (Sanguisorba officinalis)[14], la pédiculaire feuillée (Pedicularis foliosa), la bartsie des Alpes (Bartsia alpina) et le trolle d'Europe (Trollius europaeous)[16].

La diversité des milieux présents au Hohneck et aux proches alentours font de la flore du Hohneck une des plus riches des Vosges[17]. Elle a été longuement étudiée dès le XIXe siècle, notamment par Jean-Baptiste Mougeot (1776-1858), médecin originaire de Bruyères qui fit sa première ascension du sommet en 1795 à l'âge de dix-neuf ans et qui continua à explorer tous les escarpements de ce qu'il appelait « sa chère montagne » pendant plus de soixante ans, répertoriant ainsi avec soin la liste des espèces présentes[18].

Histoire[modifier | modifier le code]

Alpinisme en face Nord

En 1288, les archives des Dominicains de Colmar livrent avec laconisme un singulier épisode climatique au milieu d'années généralement chaudes, parfois torrides ou pluvieuses. Le jour de la Purification de la Vierge, soit le 2 février, un vent terrible dévaste la vaste forêt sous le Hohenack[19]. Puis la neige recouvre tout avant la fin du mois. Le premier de mars s'installe un froid intense : le Rhin prend en glaces, note le chroniqueur, alors qu'en Alsace, d'habitude si douce et tempérée, le vin des églises gèle partout dans les burettes et les calices. Le froid perdure suffisamment pour causer des dégâts dans les vignes des collines en avril et mai.

L'intérêt du rédacteur dominicain pour les hautes chaumes pourrait s'expliquer par des attaches familiales ou des investissements financiers munstériens, ce qui signifie une participation indirecte aux préoccupations des pâtres ou marcaires qui occupent le Grand Paturage. En fait, la dévastation forestière les concerne en partie car ils doivent entretenir à l'abord de leurs chaumes leurs réserves forestières propres dans lesquelles ils puisent chaque début d'estive du bois de chauffe et d'œuvre, mis au sec préalablement un an. Les marcaires ne peuvent laisser d'abri de bétail sur une place donnée plus d'une année, seul le foyer en pierre du maître fromager n'est déplacé que tous les trois ans. Aussi les équipes de marcaires, alertés, grimpent sur les hauts endommagés vérifier d'abord leur tas de bois. Ils participent ensuite au traitement des châblis avec les hommes du ducs de Lorraine car l'hiver est la saison des travaux forestiers. Les conditions de travail sont alors détestables, les châblis doivent être déblayés sous la neige épaisse, puis un froid sans doute meurtrier paralyse le chantier. Le grand chantier forestier ne reprend véritablement qu'après les fortes froidures de mars, la neige bien tassée et gelée permettant sans doute assez longtemps de débarder par schlittage rapidement les tronces préservées des châblis de la réserve multidécennale alsacienne. Ce type de désastre forestier, presque inaperçu en plaine, peut considérablement accroître les espaces de parcours pastoraux et peut-être aussi les chaumes après décision administrative.

Le sommet du Hohneck et ses abords aux pentes douces font partie des chaumes dites du Grand Pâturage, disparues en 1630 par suite de l'admodiation de chaque chaume ou cens délimité à éteinte de chandelle.

Ce passage fut jusqu'au XIXe siècle la principale voie de communication entre Gérardmer et Munster, avant que des travaux n'aménagent le col de la Schlucht. Pour cette raison, on découvre des ruines de constructions militaires datant de la guerre de Trente Ans et réutilisées lors des campagnes napoléoniennes[20].

Une rame du tramway de Gérardmer à la station terminale du Hohneck.

Dans le prolongement de la ligne de tramway à vapeur Gérardmer — Retournemer, une ligne de tramway électrique Retournemerla Schlucht – le Hohneck, mise en service le 25 juillet 1897, a été exploitée jusqu'au 28 août 1939, malgré un dramatique accident qui fit quatre morts le 14 juillet 1923. Elle a contribué à la renommée touristique du site.

Du côté alsacien, une ligne de tramway à crémaillère Munsterla Schlucht (la Münsterschluchtbahn) a fonctionné de 1907 à 1914. Située en territoire alors allemand, elle a été détruite par la guerre. Malgré une volonté de la reconstruire pour en faire un point de passage qui aurait pu amener les touristes en provenance de la vallée de la Fecht, sa remise en service n'a jamais eu lieu.

En décembre 1944 se déroule la bataille du Hohneck. Des éléments du 1er Régiment FFI de Franche-Comté conduits par le capitaine Patoor s'emparent par surprise de l'hôtel du Hohneck, qui constitue un point stratégique de première importance puisqu'il domine Gérardmer, le col de la Schlucht et la vallée de Munster. Les FFI sont relevées par une compagnie du 4e régiment de tirailleurs tunisiens, mais le reste de la relève prévue est bloqué par une intense tempête de neige. Sur ordre de Himmler, les Allemands encerclent l'hôtel et lancent plusieurs contre-attaques. Complètement isolés, sans renforts ni munitions, ayant à déplorer de lourdes pertes et de nombreux blessés, les tirailleurs doivent se rendre. La Wehrmacht tient le Hohneck jusqu'en février 1945. Deux monuments, aux FFI et aux tirailleurs tunisiens, commémorent ce fait d'armes au sommet de la montagne. Durant la bataille de Hohneck, le 1er Régiment FFI de Franche-Comté et le 4e RTT avaient leur état-major au manoir de La Roche du Rain à Gérardmer[21]. Après la guerre, l'hôtel est rasé puis reconstruit.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Cartes IGN disponibles sur Géoportail
  2. [PDF] Tourisme durable en Lorraine, dossier de presse 2010
  3. a, b et c Parmentelat 2010, p. 103
  4. Parmentelat 2010, p. 105
  5. a et b Parmentelat 2010, p. 118
  6. Parmentelat 2010, p. 108
  7. a, b, c, d et e Parmentelat 2010, p. 111
  8. a et b Parmentelat 2010, p. 115
  9. a, b et c Parmentelat 2010, p. 117
  10. Parmentelat 2010, p. 116
  11. Parmentelat 2010, p. 139
  12. a et b Parmentelat 2010, p. 138
  13. a et b Parmentelat 2010, p. 150
  14. a et b Parmentelat 2010, p. 151
  15. a, b et c Parmentelat 2010, p. 137
  16. Parmentelat 2010, p. 147
  17. Brunotte et Lemasson 1893, p. 7
  18. Brunotte et Lemasson 1893, p. 3
  19. La probabilité pour que les dégâts concernent la forêt de Vologne ou celles des abords de la vaste chaume lorraine du Hohneck s'approche de l'unité. Le chroniqueur, peut-être pour attester que ce ne fut pas de banales bourrasques comme en plaine, mentionne que de violentes tempêtes en Flandres ont causé des inondations à plus de trois mille de distance à l'intérieur des terres, faisant selon son estimation 50 000 victimes.
  20. Pierre-Marie David, « Note sur les traces d'anciens réseaux de communication et les traces de retranchements dans le massif du Hohneck - Vosges », Bulletin de la Société Philomatique Vosgienne, 1991
  21. Martine Dalger, 1940-1945, le choix de résister : Pierre Gegout, du Hohneck au Tyrol, Gérard Louis Editeur, 2005 (ISBN 9782914554565), et Pierre Dufour Premier régiment de Tirailleurs, Lavauzelle-graphic éditions, 1999

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Pierre Savoye, La Bresse-Le Hohneck, clins d'œils sur l'histoire, Imprimerie Sailley, Le Thillot, 1993-1995, 153 pages. En annexe : La Schlucht - Le sentier des Roches.
  • Pierre-Marie David, « Les avalanches du Hohneck », Dialogues Transvosgiens, no 16, 2001, page 63.
  • Laurent Wahl, « Névés, corniches et risque d’avalanche dans les Hautes-Vosges », Revue géographique de l'Est, Vol. 47/4, 2007.
  • Hervé Parmentelat, Merveilles des Vosges : Fleurs, arbres et milieux naturels remarquables, Place Stanislas,‎ 2010, 221 p. (ISBN 978-2-35578-052-3, lien OCLC?)
  • Camille Brunotte et Constant Lemasson, Guide du botaniste au Hohneck et aux environs de Gérardmer, Berger-Levrault et Cie,‎ 1893, 39 p. (lien OCLC?, lire en ligne)