Histoire locale

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L'histoire locale concerne les recherches et publications historiques centrées sur un territoire particulier, en général volontairement limité à une localité ou à une zone géographique très restreinte.

Objectifs[modifier | modifier le code]

Elle peut être initiée par des événements locaux : ouverture inattendue de fouilles archéologiques, menaces sur un monument en ruine ou un site remarquable, voire un redécoupage administratif. Les commémorations d'évènement et période mémorable telle en France la Révolution entraînent également l'étude de leur expression locale.

Quel que soit l'élément déclencheur ou la motivation, son objet spécifique fait que l'histoire locale est à l'origine de nombreuses monographies, permettant des comparaisons régionales, nourrissent des synthèses plus vastes ou sont encore à la base d'ouvrages de vulgarisation ou localement d'informations touristiques.

L'histoire locale peut être une composante ou un point de vue délibéré de travaux historiques de portée plus générale ou être l'œuvre d'historiens amateurs et d'érudits. Dans ce cas, il y a souvent création d'une association avec recherche de collaborateurs et appel au soutien des municipalités et pouvoirs publics en général.

La période embrassée par une histoire locale est très variable, cela peut aller de la naissance d'une commune à la période contemporaine, ou bien ne concerner qu'une période précise de l'Histoire, qui peut par la suite servir de point de départ à une étude de l'Histoire locale plus vaste dans le temps. Une période particulièrement pertinente au moins comme étape initiale est celle qui sollicite les témoignages des anciens. Elle sert immédiatement la connaissance historique tout en assurant pour les historiens futurs la transmission d'informations sans cela irrémédiablement perdues.

Son cadre géographique étant fixé, l'histoire locale est encline à suivre la chronologie des événements. Cependant si cela est pertinent par méthode et pour la clarté surtout au niveau des recherches, le résultat risque de rester superficiel et demander au lecteur - une fois une première curiosité satisfaite - un travail de synthèse et de prise de distance hors de sa portée. Selon la richesse et quantité des données accumulées, l'historien doit faire des choix et trouver des compromis entre l'exposition des faits et des synthèses thématiques.

Historiographie[modifier | modifier le code]

L'intérêt pour l'histoire locale est sans doute aussi ancien que le loisir qui permettait à certains privilégiés de s'intéresser à l'histoire tout court. Les hiéroglyphes égyptiens, à certains moments, renvoient déjà à cette préoccupation.

En Europe, c'est en Italie que les précurseurs peuvent être identifiés : Paul Émile, Du Haillan… En France, la Renaissance terminée, ce n'est pas avant le XVIIe que des curieux se penchent sur les antiquités régionales et en dressent un tableau, ainsi paraît en 1609 « Antiquités et recherches des villes de France » par André Duchesne, couvrant le territoire national selon le ressort des huit parlements.

Le clergé catholique va avoir un rôle central dans la production historique durant les siècles suivants. D'abord, les moines, bénédictins en particulier, vont assurer précocement une transmission et conservation de documents sans équivalents par ailleurs et surtout à forte implication locale (droits, justifications des revenus…).

Ensuite, le clergé sentant sa prééminence toujours un peu plus exposée à des développements concurrents voire des mouvements hostiles, se préoccupe de la consolider autant qu'il est possible. Ainsi pour que soient davantage respectées leurs prérogatives en matière de justice, l'assemblée du clergé de 1615 invite les évêques à soutenir leurs droits et donc à valoriser preuves et ancienneté.

L'histoire locale reste durant le siècle une démarche de collecte des documents disponibles et leur publication ne s'occupe que très marginalement de la critique des textes. Les évêchés et les évêques, les monastères, sont le sujet de plusieurs ouvrages essentiellement structurés par la chronologie.

Dom Guillaume Morin, grand prieur de l'abbaye Saint-Pierre de Ferrières, élargit le champ d'investigations et donne une place aux paroisses dans son Histoire du Gastinais.

Pour une approche méthodique, Luc Achery présente dans sa circulaire de 1647 un tableau des thèmes essentiels de l'histoire d'un monastère (fondation, vie monastique, pouvoir de l'abbé, rôle local, les biens et l'abbaye...). Un demi-siècle plus tard, Dom J. Mabillon s'adresse au public lui-même dans son ouvrage intitulé Avis pour ceux qui travaillent aux histoires de monastères, achevé en octobre 1677, mais seulement publié en 1724. Il participe au mouvement d'affranchissement à l'égard des documents, des faits et de leur chronologie vers une véritable historiographie.

L'étape suivante est marquée par l'abbé Lebœuf (1687-1760) et le succès rencontré par son « Histoire du diocèse de Paris ». Sorte de premier modèle d'historien local, il va lui-même chercher les informations dans les nombreuses et lointaines paroisses, les structure par un questionnaire de base (critère de « valeur charpentière » dirait V. Carrière), les critique en fonction des structures foncières telles que la dimension urbaine ou rurale. Conscient des moyens limités d'un seul face à l'ampleur de la tâche, il s'efforça de susciter l'émulation au sein des académies de province. Le mouvement était durablement initié même s'il fut fortement contrarié par la Révolution.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

La Révolution bouleversa les cadres matériels —en l'occurrence par destruction, saisie des archives ecclésiastiques, création de l'état civil— et contesta au clergé la place centrale qu'il occupait depuis des siècles. C'est donc quelques années plus tard selon une certaine parenté avec les premiers efforts de consolidation de ses droits aux XVe-XVIe siècle, que le clergé et particulièrement le haut-clergé soutint l'étude du passé de l'Église à l'échelle locale, passé encore proche mais déjà si lointain.

En 1828, ce n'est certes pas par intérêt historique abstrait, mais préoccupé plutôt de la qualité des bons offices de ses curés, que dès le début de son épiscopat, Claude-Louis de Lesquen, évêque de Rennes, publie une ordonnance d'environ 260 pages consacrées à la rédaction d'un registre de paroisse, véritable journal de la paroisse que chaque curé devra transmettre à son successeur pour la continuité et la qualité du service de la paroisse. Le volume donne le détail de toutes les questions à considérer en commençant par tout ce qui touche aux origines anciennes de l'église et de la paroisse en général : chaque curé, bien ou mal disposé, doit se faire historien local et traquer les évènements constitutifs de sa paroisse. Cette initiative ne resta pas sans lendemain et fut soutenue par les évêques suivants en particulier à travers la circulaire épiscopale du 24 septembre 1860. Une vaste opération de collecte et de numérisation de ces cahiers de paroisse entreprise autour de 2000 par un directeur honoraire des Archives départementales d'Ille-et-Vilaine a assuré la préservation de plus de 400 registres, concernant 280 paroisses.

La deuxième moitié du siècle commence avec la multiplication de ces initiatives et encouragements diocésains tels qu'il résulte par exemple des conférences ecclésiastiques du diocèse de Poitiers en 1847.

Entre-temps, la recherche historique s'est développée en dehors du champ du religieux, même si là aussi les troubles successifs ont à la fois détourné puis ultérieurement soutenu le regard rétrospectif. Des sociétés savantes ont commencé à se développer dans les régions et après les « Comités des Chartes » fondés par Moreau, Guizot établit en 1833 les comités qui deviendront les « Comités des travaux historiques et scientifiques ». Les archives départementales sortent insensiblement de l'ombre et s'émancipent du désordre dont on les a chargées.

En 1864, l'abbé Auber participe à la 31e session du « Congrès archéologique de France » par son exposé « De la rédaction des chroniques paroissiales. »

En 1874, un quart des 258 volumes de la « Collection des documents inédits relatifs à l'histoire de France » concerne directement l'histoire locale.

Ce sont les érudits locaux du XIXe siècle qui vont largement contribuer à inventer la "France des pays", qui sera mise en valeur par la géographie de l'école de Vidal de la Blache dans les années 1900. Ils vont mettre en place une mémoire et une identité locales, qui sont largement fondées sur la reconnaissance et l'étude du patrimoine, comme le montre l'exemple du Vendômois à partir des années 1840.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Durant la fin du siècle et jusqu'à la guerre 1914-18, les sociétés savantes continuent à se développer et donc les travaux d'histoire locale. Complémentaires ou concurrentes, les initiatives paroissiales participent toujours à l'émulation et même à la production d'articles, en particulier publiés dans les bulletins paroissiaux.

En France, à l'initiative d'André Malraux et d'André Chastel, le service de l'Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France est créé en 1962[1], dépendant du ministère de la culture, avec pour mission de "recenser et décrire l'ensemble des constructions présentant un intérêt culturel ou artistique ainsi que l'ensemble des œuvres et objets d'art créés ou conservés en France depuis les origines".

Ce service, qui possède une direction centrale et des directions régionales, élabore une information de nature scientifique selon des normes nationales. Cette information (bases de données, textes, photographies, relevés graphiques, cartographie, bibliographie, ...) fournit aux chercheurs, aux historiens de l'art, aux architectes des bâtiments de France, aux conservateurs, aux élus locaux, des séries de données homogènes sur les édifices et les objets d'art de la France.

Cette enquête donne lieu à la publication par l'Imprimerie nationale d'une collection de monographies portant sur le patrimoine d'un canton. Le service de l'Inventaire a aussi créé les bases Mérimée, Palissy, Archidoc. En trente-cinq ans, 35 % du territoire a été recensé[2].

La dernière partie du XXe siècle est marquée sur ce plan par de nouvelles facilités de reproduction et de publication (photocopie, informatique, photographie numérique) et bien sûr de communication (internet…).

Des colloques et des « rencontres d'histoire locale » sont organisés dans les régions comme à Nantes. Le grand public s'intéresse à son histoire et l'histoire locale permet à plus d'un amateur d'en faire une exploration active. Concrètement, la modernisation progressive des services d'archives assure de bonnes conditions de travail aux chercheurs. Il ne manque plus le plus souvent que quelque commémoration ou évènement particulier réunisse les énergies autour d'un projet relativement ambitieux s'il veut être sérieux.

En 1986, Michel-Georges Micberth lance la collection Monographies des villes et villages de France, encouragée par le ministère du Tourisme ; elle comptait en 2012 plus de 3200 titres à son catalogue (livres locaux et dictionnaires). Cette collection (la plus complète en France) permet aux habitants de près de 36 000 communes de renouer avec leurs racines historiques, à une époque où la juste valeur du patrimoine doit être, plus que jamais, préservée. Elle donne aussi la possibilité à tous les amateurs d’histoire locale de retrouver des ouvrages rares, menacés de destruction ou d’oubli, toujours difficilement accessibles. À ses débuts, elle était administrée par une association (loi 1901), elle est aujourd’hui éditée par Le livre d’Histoire-Lorisse, société commerciale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Loi du 4 août 1962
  2. Information Direction de l'architecture, Ministère de la culture.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Victor Carrière, Introduction aux études d'histoire ecclésiastique locale, 3 tomes, 1940.
  • Jacques Levron, L'Histoire communale : esquisse d'un plan de travail, Paris, éd. Gamma, 1972
  • J. Tressot, A. Troux, La géographie et l'histoire locales. Guide pour l'étude du milieu, Paris, Bourrelier, 1949
  • Alain Croix, Guide de l'histoire locale : faisons notre histoire ! (sous la direction d'Alain Croix et Didier Guyvarc'h), éditions du Seuil, Paris, 1990, 347 p. (ISBN 2-02-012395-9)
  • Dominique Iogna-Prat, 'La paroisse : genèse d'une forme territoriale', in Médiévales n°49, Presses Universitaires de Vincennes, Saint-Denis, Automne 2005.
  • Daniel Schweitz, Histoire et patrimoine de la Touraine. Introduction aux études locales. Guide du lecteur et du chercheur en bibliothèque"", Mémoires de la Sciété archéologique de Touraine, 2011 (vente : SAT, BP 11105 37011 Tours cedex 1).
  • Daniel Schweitz, L'Identité traditionnelle du Vendômois : des travaux d’érudition locale à la reconnaissance d’un pays de la Vieille France (XVIIIe-XXe siècle), Vendôme, Editions du Cherche-Lune, 2008.
  • Daniel Schweitz, Aux origines de la France des pays. Histoire des identités de pays en Touraine (XVIe-XXe siècle), Paris, L’Harmattan, 2001 (ISBN 2-7475-1250-9)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]