Histoire du rock

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L'histoire du rock est relativement courte par rapport à celle d'autres genres musicaux. En effet, le rock nait vers 1950 aux États-Unis. Apparu sous la forme du rock'n'roll, il ressemble alors à un mélange de jazz, de blues, de country, mais aussi de bluegrass avec certaines influences folk ou européennes qui ne sont pas à négliger. Depuis, le rock a évolué et est devenu un style de musique très varié.

Le rock connaît un grand succès dès 1955 aux États-Unis. Plusieurs artistes américains suivent Bill Haley, notamment Elvis Presley, Buddy Holly, Jerry Lee Lewis, Eddie Cochran, Chuck Berry, Bo Diddley, Little Richard et bien d'autres. Les précurseurs sont dans leur immense majorité des musiciens noirs, à tendance jazzy : Louis Jordan, Big Joe Turner, Louis Armstrong, Duke Ellington, Sidney Bechet et tant d'autres, oubliés ou négligés.

À la fin des années 1950, le rock'n'roll perd de sa popularité et de sa vitalité. Certains grands noms de l'époque disparaissent. En 1958, Elvis Presley part au service militaire en Allemagne et délaisse la scène pour participer à une trentaine de films à Hollywood. Il ne revient qu'en 1968 et Pat Boone prend sa place dans les charts.

Alors qu'il marque le pas aux États-Unis, le rock conquiert l'Europe, permettant l'expression de la révolte des jeunes, en particulier des allemands, français et britanniques. En Angleterre, il connait un important renouveau dans les années 1960, avec l'avènement des Beatles et des Rolling Stones.

Les origines du rock[modifier | modifier le code]

Elvis dans Jailhouse Rock
Article détaillé : Rock'n'roll.

Origines musicales[modifier | modifier le code]

Les origines du rock sont à chercher dans de nombreuses musiques populaires du début du XXe siècle aux États-Unis. Toutes étaient jusqu'alors marquées par l'importante ségrégation raciale : le jazz, le boogie-woogie, le rhythm and blues, le blues étaient joués par des artistes noirs pour un public noir tandis que la country et la folk étaient joués par des artistes blancs pour un public blanc. Le rock'n'roll réalise la fusion de ces genres et contribuera à faire tomber les barrières raciales.

Le rock emprunte les instruments du jazz (guitare, contrebasse, batterie, saxophone…), les douze mesures et la suite d'accords « I-IV-V » du blues, le rythme binaire avec un tempo rapide de la country et, enfin, certaines ballades traditionnelles de la folk, jouées au tempo d'origine ou accélérées.

Le rock apporte également des innovations d'enregistrement telles que le slap de basse, le « slapback » et la puissance du chant :

  • l'utilisation agressive de la contrebasse, jouée en frappant les cordes, permet d'ajouter des effets de percussion dans la section rythmique. Cet effet est présent dans That's all right mama d'Elvis Presley : on croit y entendre des sons de percussions, que l'on pourrait attribuer à une batterie. On sait aujourd'hui que Bill Black « donnait des claques » aux cordes de sa contrebasse.
  • à cette époque, un écho court est utilisé sur les voix et les guitares. Le principe consistait à mixer, avec un magnétophone à bande, le son direct avec son retour monitor. De plus, le décalage de quelques centimètres entre la tête d'enregistrement et celle de lecture induisait quelques dixièmes de secondes de retard. L'écho à bande était né. Sam Philips des studios Sun en était un des précurseurs. Des pédales d'effets électroniques pour guitare reproduisent aujourd'hui cet écho court qui permet d'obtenir un son rockabilly.
  • Les chanteurs ont un chant puissant, en dehors de toute technique classique de chant, loin des chanteurs de jazz. Little Richard en est un exemple.

Origines géographiques et sociales[modifier | modifier le code]

Le disc-jockey Alan Freed est le premier à utiliser l'expression « rock'n'roll » pour désigner la nouvelle musique qui se développe.

Le rock'n'roll est une musique venue essentiellement du sud des États-Unis, même si au nord, la contribution de la maison de disques Chess de Chicago est notable. Le nombre de musiques et la place qu'elles occupent dans le quotidien des américains des États du Sud expliquent certainement cette origine géographique.

Le sud des États-Unis n'est pas une région riche à l'époque. Nombre de descendants d'esclaves y chantent encore le blues dans la misère. La plupart des musiciens qui se feront connaître sont d'ascendance modeste. Elvis Presley est par exemple chauffeur de camion.

Contrairement aux pratiques musicales de l'époque, les musiciens de rock seront indifféremment blancs ou noirs. Jusqu'à ce qu'Alan Freed fasse connaître aux blancs la musique noire nommée R'n'B, chacun écoutait le style de musique attaché à son appartenance ethnique. Le rock fera tomber ces barrières, avec des musiciens blancs (Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Bill Haley ou noirs (Fats Domino, Chuck Berry, Bo Diddley, Little Richard, Ike Turner).

Le rock doit également sa puissance aux aspirations des adolescents de l'après-guerre à plus de liberté. Les jeunes des États-Unis ne sont toutefois pas révoltés à cette époque. La Deuxième Guerre mondiale n'a pas ravagé leur pays et seul Pearl Harbor, situé au milieu du Pacifique, a connu des bombardements. Bill Haley a déjà 30 ans lorsqu’il sort Crazy Man Crazy avec ses Comets en 1953. Elvis Presley est chauffeur de camion lorsqu'il enregistre pour sa mère son premier disque. Jerry Lee Lewis est déjà marié à 20 ans. Les paroles des premières chansons ne prônent rien d'autre que l'amusement[1], la joie de vivre, la dépense insouciante de sa paie hebdomadaire[2] ou les aventures avec les filles[3].

Le rock devient cependant l'expression d'une rupture avec la génération précédente d'un point de vue musical, tout comme le be bop au cours des années 1940 avait bousculé les conventions musicales de l'époque. La comparaison s'arrête là car le be-bop était surtout un fait de musiciens de jazz (les progressions harmoniques deviennent complexes et l'improvisation du soliste dans ce cadre de multiplications d'accords altérés, une règle absolue), noirs pour la plupart, alors que le rock est plutôt né d'un besoin d'expression de jeunes blancs du Sud.

Progrès technologiques[modifier | modifier le code]

Progrès des médias[modifier | modifier le code]

Une radio Crosley Musical Chef de 1952

L'apparition de labels indépendants comme Atlantic, en 1948, ou Chess, en 1949, puis celle du microsillon 45 tours ou single, en 1949, et le succès rencontré, en 1951, par le disc-jockey Alan Freed, avec son émission radio Moondog's Rock'n'roll Party, ont facilité l'éclosion du rock'n'roll et sa diffusion de masse. De plus, le développement des récepteurs radio à transistors a permis aux adolescents blancs d'écouter dans leur chambre - en cachette de leurs parents, à cause de la ségrégation raciale) - les programmes de radio diffusant de la musique jouée par des artistes noirs.

Progrès des instruments électriques[modifier | modifier le code]

Tête de la Fender Precision de 1951

L'explosion du rock'n'roll a aussi été facilitée par l'apparition des guitares électriques solid body, c'est-à-dire que le corps de l'instrument est un bloc de bois plein d'un seul tenant, sans caisse de résonance. Une cavité creusée dans le bloc permet de loger un où plusieurs micros magnétiques placés sous les cordes et captant les impulsions électro-magnétiques avec des potentiomètres de réglages, volume et tonalité. L'instrument est relié par un câble à un amplificateur qui assure l'amplification des notes et accords du musicien.

Après de nombreux prototypes et essais depuis 1943[4], Leo Fender commercialise la première guitare solid body construite en série, la Broadcaster, fin 1950, puis la Telecaster et la Stratocaster en 1954, trois modèles qui rencontrent immédiatement un énorme succès auprès des musiciens. Des guitares électriques légères et peu chères sont alors fabriquées en grandes séries, alors qu'elles étaient jusque là plutôt haut de gamme. Les guitares « demi-caisse », telles les Gibson ESxx, Gretsch 61xx, Epiphone étaient utilisées par les musiciens de jazz, mais aussi par quelques rockers et musiciens formés à l'ancienne école (Scotty Moore, Eddie Cochran, Cliff Gallup, Chuck Berry).

Parallèlement, la contrebasse va être remplacée progressivement par la basse électrique, également créée par Leo Fender, en 1951. La « Precision Bass » deviendra la basse la plus utilisée dans l'histoire de la musique. Quelques années plus tard viendra la « Jazz Bass », utilisée par des artistes aussi divers que John Paul Jones de Led Zeppelin ou Jaco Pastorius. La contrebasse reviendra à la mode dans les années 1980, lors du revival rock'n'roll appelé Rockabilly, emmené par les Stray Cats de Brian Setzer.

Son inventivité ne se limitant pas aux guitares solid body, Leo Fender crée et commercialise dès 1946 de petits amplificateurs très efficaces, surnommés woodies. Ils sont suivis de nombreux autres modèles qui rencontreront le même succès que ses guitares.

1951 : les premiers enregistrements et la naissance du rock'n'roll[modifier | modifier le code]

Bill Haley et les Comets durant un show TV en 1955.

Le disque Rocket 88 de Jackie Brenston avec Ike Turner au piano, sorti en avril 1951, est parfois considéré comme la première œuvre de rock'n'roll de l'histoire. Rocket 88 a été enregistré dans les studios Sun, célèbres pour avoir enregistré au début de l'été 1954 That's All Right Mama, le premier tube d'Elvis Presley.

Dans son livre Héros oubliés du rock'n'roll, le journaliste américain Nick Tosches situe la naissance du rock plus tôt encore, avec des artistes méconnus comme Cecil Gant ou The Treniers.

Crazy Man Crazy de Bill Haley est toutefois la première chanson rock qui ait bénéficié d'un classement musical (12e place des charts « pop » en 1953)[5]. Plusieurs autres chansons annonçant le rock étaient sorties auparavant, sans que les artistes aient conscience de créer quelque chose de nouveau. Ils n'avaient d'ailleurs pas obtenu de reconnaissance commerciale, peut-être parce que leurs chansons étaient cantonnées dans le ghetto musical noir du blues et du rhythm & blues. Ce fut le cas de The Fat Man de Fats Domino, sortie chez Imperial Records en 1949 (numéro 2 dans le Billboard R&B Charts (en)).

Pour désigner la nouvelle musique en train de se développer, Alan Freed est le premier à utiliser l'expression « rock'n'roll ». Ce disc-jockey a été un acteur important de la diffusion des musiques destinées aux Noirs dans la culture des Blancs. Sur la radio WJW, en 1951, il anime un programme de soirée qu'il intitule Moondog's Rock'n'Roll Party. En argot noir, « to rock and roll » signifiait « faire l'amour » mais Alan Freed s'est toujours défendu d'avoir voulu faire un lien entre la musique et ce sens argotique.

1954 : l'explosion médiatique[modifier | modifier le code]

À la fin de l'année 1954, le rock'n'roll devient un phénomène national aux États-Unis. La télévision, la radio et le cinéma s'emparent du genre pour le diffuser en masse. Certains artistes connaissent une ascension fulgurante et construisent les fondations du rock, dans le style musical mais aussi dans son image.

Les grandes figures de l'époque comprennent :

  • Elvis Presley, dit the pelvis (« le bassin » en anglais), avec son célèbre rictus et son déhanchement provocateur qui choque une grande partie de l'Amérique lors d'un show télévisé durant lequel il interprète Hound dog, un titre de blues de Big Mama Thornton ;
  • Bill Haley ;
  • Chuck Berry et son fameux Duck walk, repris plus tard par Angus Young d'AC/DC ;
  • Jerry Lee Lewis, dit le killer, rendu célèbre pour sa capacité à détruire des pianos, parfois par le feu. Il mit le feu à son piano lors d'un concert en première partie de Chuck Berry en lui disant « à ton tour de faire mieux » ; peut être inspira-t-il Jimi Hendrix qui brula sa guitare lors du Monterey Pop Festival alors qu'il passait avant les Who… ;
  • Eddie Cochran et son Summertime blues ;
  • Little Richard et son Womp-bomp-a-loom-op-a-womp-bam-boom ! ;
  • Buddy Holly avec son look de « premier de la classe », premier utilisateur de la guitare Fender stratocaster ;
  • Gene Vincent avec son cuir noir.

Hollywood commence à s'intéresser au mouvement. Quelques films feront date, dont Graine de violence (Blackboard Jungle) de Richard Brooks en 1955, Don't knock the rock », The big beat et Jailhouse Rock avec Elvis Presley en 1957. Graine de violence popularise la chanson « Rock around the clock » de Bill Haley, qui servira elle-même de base au film du même nom en 1956. Cette même année sort The Girl can't help it, véritable anthologie du rock du moment.

Par ailleurs, trois grands films des années 1950 extérieurs au mouvement rock'n'roll participent à l'émergence de la « rock'n'roll attitude ». Il s'agit de :

1958 : le rock devient une industrie mondiale[modifier | modifier le code]

La récupération commerciale[modifier | modifier le code]

Elvis Presley fut véritablement le déclencheur de l'industrie du rock-and-roll, d'abord à travers le merchandising dès 1956, puis dans la publicité et enfin au cinéma. Il deviendra le premier vrai produit commercial du rock-and-roll, jusque dans les années 1960 lorsque son image de rocker sera adoucie. Ce n'est qu'avec les Beatles au début des années 1960 que l'industrie du rock-and-roll se consacrera à d'autres stars et à des groupes comme les Rolling Stones, les Doors ou les Beach Boys.

Vers la fin des années 1950, les grands pionniers américains mettent un terme à leur carrière musicale, de leur plein gré ou non. L'establishment américain commence à s'inquiéter de la fièvre qui contamine la jeunesse. Frank Sinatra qualifie le rock d'« aphrodisiaque dégoûtant. »[réf. souhaitée] Le président du comité des citoyens blancs de l'Alabama déclare : « On ne peut pas continuer à tolérer que notre jeunesse soit contaminée par la musique des nègres, qui les ramènent à l'état d'animal. »[réf. souhaitée] Le sénateur McCarty prétend que « les DJ des stations de radio passant cette musique touchent des pots-de-vin des Communistes. »[réf. souhaitée]

Little Richard abandonne le rock'n'roll fin 1957 et devient pasteur en 1959, ce qui compromet durablement sa carrière. Fin mars 1958, Elvis Presley part pour deux ans faire son service militaire en Allemagne. Alan Freed et Dick Clark, victimes de la chasse aux sorcières, sont obligés de cesser leurs émissions. Alan Freed est sommé de diffuser de la « bonne musique », des chansons de Frank Sinatra, pendant 66 heures. Jerry Lee Lewis se marie, pour la troisième fois, avec sa cousine de 13 ans, ce qui provoque un scandale au Royaume-Uni en 1958 et met un frein à sa carrière pour de nombreuses années. Chuck Berry se retrouve en prison, fin octobre 1961, pour détournement de mineure. Eddie Cochran, en avril 1960, Buddy Holly et Ritchie Valens, tous les deux le même jour en février 1959, décèdent dans des accidents de transport. Carl Perkins, en 1956, et Gene Vincent, en avril 1960, se blessent gravement dans des accidents de voiture : Perkins restera trop longtemps hospitalisé pour tirer profit de son succès Blue Suede Shoes[6] et la hanche cassée de Vincent se cumulera au handicap de sa jambe gauche. À 34 ans en 1959, Bill Haley voit son succès s'effondrer. Des chanteurs édulcorés, comme Pat Boone et Paul Anka, sont imposés par les bien-pensants pour casser l'image scandaleuse du rock[réf. souhaitée].

En 1956, le colonel Parker rachète le poulain de Sun Records et devient le nouveau manager d'Elvis Presley. Il l'aseptise alors et lui donne un nouveau visage acceptable par l'américain de base. Il lui fait arrêter la scène[7] au retour de son service militaire en Allemagne et lui faire signer un contrat de dix ans avec le cinéma d'Hollywood, pour une trentaine de films. Pour John Lennon, « Elvis est mort en 1958, le jour où il a commencé son service militaire »[réf. souhaitée].

Au cinéma, la fin des années 1950 est marquée par la sortie de Mister Rock And Roll (1957) et Go, Johnny, Go ! (1958).

Ed Sullivan, le présentateur de télévision respectable des années 1950-1960 dont les émissions sont vues par plus de 50 millions d'américains, invente le cadrage « above the waist », au-dessus de la ceinture[8].

La récupération sociale[modifier | modifier le code]

Alors que les pionniers connaissent des difficultés personnelles, le mouvement rock est récupéré par les médias et devient présentable à la télévision. Les artistes sont contraints de porter des costumes et des cravates. Ils doivent adopter une attitude acceptable par l'américain moyen. Elvis doit ainsi chanter Hound dog en costume avec un chien dans les bras lors de son second passage chez Ed Sullivan.

Mais le rock est aussi récupéré par tous les révoltés de l'époque, qui institutionnalisent progressivement les codes vestimentaires des rockers : perfecto, cheveux gominés, blue-jeans, santiags, etc.

Elvis Presley est la première rock star à rouler en Rolls Royce et à vivre bourgeoisement.

Les artistes noirs sont définitivement oubliés, même s'ils ont encore un certain public et une certaine aura. Chuck Berry sera ainsi une source d'inspiration pour les rockers britanniques de la décennie suivante, en particulier pour Keith Richards. Certains se tournent vers le rhythm'n'blues.

La propagation du rock en Europe[modifier | modifier le code]

La naissance du rock britannique[modifier | modifier le code]

Le rock n'est pas contestataire dès le début. Il n'est pas utilisé dans ce sens par les artistes. La véritable contestation vient des jeunes britanniques, qui ne veulent jouer que de la musique noire américaine (pour le beat, et non pour leurs propres revendications sociales, ne sachant d'ailleurs pas la couleur de peau de la totalité des artistes qui les inspirent ; comme le dira Keith Richards, « On ne savait pas si Chuck Berry était noir ou blanc avant de voir la pochette des disques. »[réf. souhaitée]).

L'attitude des jeunes rockers britanniques sera ancrée dans le refus de leur société vieillissante et dans l'expression de leurs réelles difficultés économiques dues aux ravages des bombardements nazis et des efforts de guerre considérables[9].

Certains artistes utiliseront leur notoriété grandissante à des fins politiques, pour faire passer des messages : arrêt de la guerre du Viêt Nam, refus du capitalisme, changement de société…

Le rock va se propager en Europe à la fois pour des raisons sociales, historiques et musicales :

  • durant la Seconde Guerre mondiale, l'Europe a été mise à feu et à sang. Londres est en partie détruite, la quasi-totalité des grandes villes allemandes également ainsi que tout le nord et l'est de la France. Malgré les efforts de reconstruction, la misère est là. Les stigmates sont importants, l'envie d'effacer toute cette horreur l'est encore plus et fera des enfants du baby boom de 1945 une jeunesse de révoltés.
  • à la suite de la guerre, les militaires alliés et en particulier américains s'installent en masse en Allemagne pour de nombreuses années. Ils viennent avec leur mode de vie et leur musique. Dans les années 1950, il s'agit du rock'n'roll.
  • les liens privilégiés du Royaume-Uni avec les États-Unis ont également joué un rôle important. La langue, les racines familiales, la coopération durant la Seconde Guerre mondiale font que le Royaume-Uni connaîtra très tôt le rock'n'roll. Les jeunes qui le peuvent commandent des disques aux États-Unis et les artistes américains entreprennent des tournées : le rock'n'roll se répand très rapidement.
  • le skiffle, un style musical qui pourrait être qualifié de « rock mou » est populaire à la fin des années 1950 mais ne contente plus les jeunes au début des années 1960. Le jazz occupe une bonne place dans la musique de l'époque ; le milieu musical est toutefois très conservateur et les musiciens de jazz sont méprisants à l'égard des jeunes.

L'arrivée du rock en France[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Rock français et Chronologie du rock en France.
Johnny Hallyday en concert en 1965.

Si vers le milieu des années cinquante, le rock connaît quelques pionniers tels que, en 1958, Danyel Gérard et Claude Piron, c'est Johnny Hallyday qui le premier popularise ce genre musical en France. Son premier super 45 tours sort en mars 1960 et passe de 30 000 exemplaires vendus à 100 000 en quelques jours, après son premier passage à la télévision un mois plus tard. La presse est dans sa quasi totalité hostile au rock et à cette jeune vedette dont le jeu de scène fait sensation autant que scandale.

Les Chaussettes Noires, premier groupe de rock français, avec Eddy Mitchell au chant, débute en janvier 1961. Quelques semaines plus tard, en février, le groupe partage l'affiche du premier festival international de rock au Palais des sports de Paris. Johnny Hallyday s'y produit en vedette. Cet événement lance véritablement le rock dans l'Hexagone.

L'année 1961 est également marquée par la formation de Dick Rivers et Les Chats sauvages puis de Dany Logan et Les Pirates. De nombreux autres suivront, dont Vic Laurens et Les Vautours, Long Chris, Mike Shannon, etc.

Les évolutions techniques[modifier | modifier le code]

La fin des années 1950 est marquée par une évolution du matériel, avec notamment les amplificateurs Vox AC30 et Marshall JTM45, puis JCM800, et Fender Bassman, Twin Reverb. De nouvelles guitares et basses font aussi leur apparition :

Ces marques d'instruments et d'amplis seront la base de tout le reste du matériel, à quelques exceptions près.

Par ailleurs, la cassette audio fait son apparition en 1963. La cassette de Philips favorise la diffusion en masse de la musique et du rock en particulier. Plus d'une décennie après sa naissance, en permettant la miniaturisation des enregistreurs 4 pistes portables, elle favorise l'émergence d'artistes tels que Bruce Springsteen qui enregistre les bases de son album Nebraska seul sur un Tascam PortaStudio.

Les années 1960[modifier | modifier le code]

1961-1965 : le renouveau du rock aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Les Beach Boys interprétant « I Get Around » au Ed Sullivan Show.

Le rock'n'roll américain connaît une renouveau avec quelques artistes dont les Beach Boys ou Bob Dylan.

Les Beach Boys forment un groupe dont l'image est fondée sur la légèreté et des origines californiennes. Ils sont doté d'une grande richesse en harmonies vocales, qualité qu'ils sauront développer et rendre de plus en plus complexe et adulte à la faveur de l'épanouissement artistique de leur leader, Brian Wilson, jusqu'au sommet inachevé de smile, jumeau concurrent mort-né du Sergent Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles en 1967.

En 1963, Bob Dylan publie « Blowin' in the Wind » sur son 2e album The Freewheelin' Bob Dylan et invente le protest song moderne. En 1965, sur son album Highway 61 Revisited paraît « Like A Rolling Stone », un hit de plus de six minutes que Jimi Hendrix reprendra quelques mois plus tard.

1966-68 : un tournant[modifier | modifier le code]

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

les Beatles

Le Blues boom de 1963 donne naissance à un power blues, plus musclé, s'éloignant des racines afro-américaines pour se forger une identité propre. Les futurs maîtres du genre reprennent les classiques du blues pour créer ce style nouveau. Du vieux noir américain solitaire, on passe à un groupe de très jeunes Britanniques, tout aussi déterminés à hurler leur mal de vivre. Parmi les fondateurs, on peut citer Jeff Beck et Rod Stewart avec You Shook Me, Led Zeppelin avec I Can't Quit You Babe et How Many More Times, Jimi Hendrix[10] avec Red House, Hear My Train Coming et Voodoo Chile, Cream avec Crossroad et Spoonful ou Alvin Lee avec son Ten Years After qui chante I Woke Up This Morning.

Le rock au sens strict est marqué par les Rolling Stones avec Jumping Jack Flash, les Faces, Free avec All Right Now, les Who avec My Generation. Le Times choque le Royaume-Uni conservateur avec un éditorial demandant la relaxe de Mick Jagger et Keith Richards, accusés d'avoir possédé quelques pilules d'amphétamines pourtant légales et d'avoir permis la consommation de marijuana chez eux.

Le rock progressif connaît un essor considérable durant la guerre du Viêt Nam avec des groupes et des artistes tels que Yes, Genesis ou King Crimson. Au lieu de concentrer les efforts dans l'écriture de textes contestataires, un attention particulière est accordée au jeu instrumental. Les morceaux rocks purement instrumentaux se popularisent durant cette période et les compositeurs commencent à mettre les strictes structures de l'écriture musicale de côté pour se laisser aller à des dérives instrumentales surprenantes. Le son du rock progressif est largement influencé par le jazz, avec par exemple l'utilisation du saxophone. Le mouvement s'est par la suite beaucoup développé et a vu naître un style parallèle qualifié de psychédélique. Le courant psychédélique se manifeste à travers les Beatles (Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band), Pink Floyd (The Piper at the Gates of Dawn) ou les Rolling Stones (Their Satanic Majesties Request).

Dans la scène underground de Londres, le groupe Pink Floyd gagne ses lettres de noblesse de 1965 à 1967 avec Syd Barrett. À l'instar de la Factory d'Andy Warhol à New York, une véritable micro-société avant-gardiste se met en place. Des concerts mélangeant sons et lumières s'y organisent et les drogues hallucinogènes y circulent librement.

Le 25 juin 1967, les Beatles chantent All You Need Is Love à la télévision en direct dans 26 pays. Il s'agit de la première émission télévisée en mondovision. La BBC a demandé au groupe anglais d'écrire un titre pour cette première diffusion. John Lennon signe ainsi une de ses premières manifestations politico-sociales.

Le hard rock en est alors à ses prémices, avec Led Zeppelin(Communication Breakdown et Whole Lotta Love), Deep Purple (Speed King) ou Black SabbathParanoid)…

États-Unis[modifier | modifier le code]

La fin des années 1960 est marquée aux États-Unis par l'apparition de nouveaux groupes et artistes très variés. En Californie, Grateful Dead, Jefferson Airplane, Janis Joplin, The Doors ou Creedence Clearwater Revival s'inscrivent dans la mouvance hippie, du flower power et de la beat generation (Allen Ginsberg, Jack Kerouac, William Burroughs). Ils évoquent ou revendiquent souvent l'utilisation de substances psychotropes (LSD, PCP, marijuana). Le guitariste et compositeur inclassable Frank Zappa sort son premier album avec les Mothers of Invention en 1966.

À New-York, le Velvet Underground sort le 1er janvier 1967 son premier album (The Velvet Underground and Nico) avec la chanteuse Nico. Le disque est placé sous la houlette de Andy Warhol, qui dessine la banane devenue célèbre de la pochette. Pour le Velvet Underground, Lou Reed et John Cale produisent un rock urbain, éloigné de ceux du Royaume-Uni et de la Californie. Ike and Tina Turner connaissent leurs premiers succès mondiaux.

La fin de la décennie est également marquée par le phénomène de « l'invasion britannique » : les groupes tels que The Beatles, The Rolling Stones, The Small Faces, The Animals, The Who, The Kinks rencontrent un grand succès aux États-Unis et permettent à l'Amérique de redécouvrir une musique née chez elle.

Le groupe Status Quo est à lui seul le leader d'un style musical, le boogie. Il s'agit d'un blues-rock très syncopé et énergique, en shuffle (très appuyé) sur 12 mesures. Les titres marquants incluent « Caroline », « Roll over lay down », « Down Down ». Inspirés de John Lee Hooker et de son « Boogie Chillen », des groupes comme Canned Heat en avaient fait leur spécialité dans les années 1960 (« On the road again »), bien avant Status Quo.

En 1968, le contrat d'exclusivité d'Elvis Presley avec le cinéma d'Hollywood prend fin et il peut à nouveau faire de la scène. Le 3 décembre, il fait son grand retour, vêtu de cuir noir sur une petite scène intimiste entouré de spectateurs, lors d'une émission télévisée : le 68 come back special. Scotty Moore, son premier guitariste, est présent. Même si Elvis reste enfermé dans son style et qu'il ne sort pas des États-Unis, il compte de nombreux fans et donne plus de 600 concerts à Las Vegas.

France[modifier | modifier le code]

Alors que les étudiants et les ouvriers se lient en Mai 68 pour crier leur révolte contre la société conservatrice, quelques artistes français connaissent le succès au Royaume-Uni : c'est le cas de Michel Polnareff, Serge Gainsbourg, Johnny Hallyday

Quelques Britanniques sont également populaires en France, comme Vince Taylor ou Mick Jones.

1969-70 : la fin d'une époque[modifier | modifier le code]

La fin des années 1960 est marquée par des changements importants correspondant à la fin d'une époque. Le rock prend notamment une dimension plus politique. Certains événements tels que la Guerre du Viêt Nam, les famines au Bangladesh, au Sahel et au Biafra incitent les artistes à se mobiliser pour dénoncer les injustices. George Harrison organise notamment le Concert for Bangladesh. Le succès du festival de Woodstock, du 15 au 18 août 1969, est contrebalancé par le déchainement de violence des Hells Angels et l'assassinat d'un spectateur lors d'un concert des Rolling Stones à Altamont en Californie aux États-Unis le 6 décembre 1969. Le film Gimme Shelter retrace ce drame qui marque la fin du mouvement hippies et qui est emblématique des limites du flower power et du rêve américain californien.

Le changement de décennie est également marquée par la mort de certaines idoles telles que Brian Jones (1969), Jimi Hendrix (1970), Janis Joplin (1970) et Jim Morrison (1971). Il voit aussi la séparation des Beatles. Le groupe, majeur tant par son succès commercial que par son apport artistique, se sépare en 1970. Les désaccords artistiques et financiers ont raison de son unité. Cette séparation est un traumatisme qui vient s'ajouter aux autres chocs de l'année.

Parallèlement, le matériel poursuit son évolution, avec notamment l'apparition des retours de scènes, la systématisation des sonos et la domination des amplis Marshall 3 Corps.

Les années 1970[modifier | modifier le code]

La fin d'Elvis[modifier | modifier le code]

En 1973, Elvis Presley apparaît dans un costume blanc étincelant à col napoléonien lors d'un concert historique à Hawaï, Aloha from Hawaii retransmis en direct par satellite dans le monde entier. Il n'a plus rien à voir avec une star du rock'n'roll et il est devenu un artiste aux chansons universelles. Il est une star américaine, un produit vendu dans le monde entier. Même s'il chante encore quelques anciens titres rock'n'roll comme « That's all right Mama », « Hound Dog » ou « Jailhouse rock », Elvis excelle dans des chansons symphoniques (« An American Trylogie », « Bridge over troubled water », « America the Beautiful », « Kentucky Rain », « My Way », « I'll Remember You », « It's now Or Never » et « Unchained Melody »). Il va peu à peu délaisser le rock'n'roll sur scène au profit de chansons plus internationales. Prisonnier de sa légende, presque devenu fou dans son royaume de Graceland, il meurt en août 1977 d'une arythmie cardiaque causée par un abus de médicaments sur une longue période à 42 ans seulement.

L'éclatement des genres[modifier | modifier le code]

Les Rolling Stones, les Faces, les Who ou encore Let It Be, ultime album des Beatles représentant le pop rock anglophone, connaissent un important succès au niveau mondial. L'année 1973 voit la naissance du groupe Queen. De grands courants se dégagent clairement au sein de la famille du rock, dont le hard rock, le rock progressif et le rock fusion.

Malgré une nette prédominance britannique, d'autres faits marquants sont à signaler en Irlande et aux États-Unis. En 1976, le groupe irlandais U2 est créé. En 1975, l'album Born To Run de Bruce Springsteen connaît un succès important. Frank Zappa est à l'apogée de sa carrière. S'inspirant du hard rock naissant, des groupes à succès se forment dont Alice Cooper, Aerosmith ou Kiss. La fin des années 1970 voit l'essor des musiques électroniques mais aussi le renouveau du rock américain, jusqu'alors dominé par le rock britannique, laminé à son tour par la vague punk qui met fin aux grands groupes britanniques (Led Zeppelin, Deep Purple). Dès 1977, date de sortie de son 1er album, voire dès 1974 comme le montrent les bootlegs, le jeune Eddie Van Halen donne naissance à une nouvelle école comme avait su le faire Jimi Hendrix une décennie plus tôt. Le rock américain renaît (Foreigner, Van Halen, Toto).

Le hard rock[modifier | modifier le code]

Les années 1970 voient en effet l'arrivée d'un nouveau sous-genre du rock, le hard rock. Il est l'évolution logique du rock de la décennie précédente et est bien accueilli par le public grâce à un nouveau son, plus dur, lourd et agressif, sans toutefois réfuter ses influences du blues. Ses représentants comprennent Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath et Status Quo. Led Zeppelin II (octobre 1969), album contenant le tube « Whole Lotta Love », est l'un des précurseurs du hard rock.

Le glam rock[modifier | modifier le code]

Le glam rock est un genre caractérisé par les effets de scène (paillettes, chaussures à semelles compensées énormes, maquillages). Les groupes de glam rock affichent ouvertement une apparence androgyne, voire des références à la culture homosexuelle. Le glam rock connaît son heure de gloire dans les années 1970 avant d'être presque oublié vers 1977 à cause de l'explosion punk. Les chansons sont mélodramatiques (batterie dominante, accords simples répétés). David Bowie, T-Rex ou Gary Glitter s'inscrivent dans ce genre. David Bowie ira toutefois beaucoup plus loin dans la sophistication musicale et théâtrale.

Le rock progressif[modifier | modifier le code]

Apparu avec Pink Floyd voire pour les puristes avec King Crimson et l'album In the Court of the Crimson King en 1969, le rock progressif se caractérise surtout par ses prétentions artistiques (démonstrations, expérimentations, recherches, poésie et textes aboutis). Dans un monde où l'on considère souvent le rock comme un simple divertissement avec des chansons simples d'amourette durant trois minutes, le rock progressif cherche quelque chose de plus grand (rock non provocateur mais surtout intelligent). Beaucoup d'artistes progressistes comme Emerson, Lake and Palmer empruntent des éléments à la musique classique. Il produit très souvent des morceaux de dix ou quinze minutes et ne se limite pas à des mélodies faciles à danser. Outre Pink Floyd, Genesis ou Yes (le morceau « Roundabout » est un parfait exemple du rock progressif) sont des pionniers de ce genre.

Le jazz-rock fusion[modifier | modifier le code]

Durant la décennie 1970, même les grands jazzmen tels Miles Davis s'essaient au rock. Ce dernier, en sortant l'album In a Silent Way, invente le jazz-rock fusion. Davis, admirateur du guitariste rock Jimi Hendrix, s'est en grande partie inspiré de son travail pour sa période rock.

Le punk rock[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1970, l'économie britannique est au plus mal. Le Royaume-Uni demande l'aide du FMI en 1976 et le chômage, surtout chez les jeunes, y est élevé. Dans les milieux populaires, on peste contre le parti conservateur, indifférent à leurs problèmes. Margaret Thatcher, le premier ministre britannique de l'époque, est surnommée la « dame de fer ». La jeunesse désabusée se révolte violemment, se perçant les joues avec des épingles à nourrice, s'opposant fortement aux teddies encore virulents et aux hippies aux cheveux longs.

Le hard rock et le rock progressif ne réussissent pas à séduire tous les jeunes de l'époque : avec des morceaux pouvant durer jusqu'à 20 min[11], une jeunesse impatiente ne tient pas et finit par inventer le punk rock, un nouveau style de rock rapide, puissant, au son souvent gras. Les chansons sont simples et courtes et la musique est irrévérencieuse, spontanée et violente. Les paroles témoignent d'un profond désespoir teinté d'ironie et d'un très fort contenu politico-social. Les groupes majeurs du punk britannique naissant sont les Sex Pistols et les Clash.

La new wave[modifier | modifier le code]

La new wave est surtout un fait européen, représentée par des groupes tels que Alphaville, New Order, Kraftwerk, Depeche Mode, Erasure, Gary Numan,Eurythmics, Orchestral Manoeuvres in the Dark ou Tears for Fears. Il existe quelques pionniers américains dans ce style comme Devo ou Talking Heads. Certains groupes français tels qu'Indochine, Gold, Niagara ou Les Avions relèvent également de la new wave.

Après avoir sorti un 7e album, Presence, les membres de Led Zeppelin subissent de graves crises personnelles : le chanteur Robert Plant perd son fils, le guitariste Jimmy Page tombe dans l'enfer de la drogue dure et le batteur John Bonham a des problèmes liés à l'alcool. Le groupe marque une pause puis revient avec l'album In Through the Out Door.

Le rock à la fin des années 1970 en France[modifier | modifier le code]

La fin des années 1970 est marquée par la naissance du groupe Téléphone. Celui-ci est emblématique des années 1977 à 1985 par ses riffs dynamiques et sa rythmique énergique, avec des titres tels que « Un autre monde », « La Bombe humaine » ou « Ça (c'est vraiment toi) ». Les paroles évoquent surtout le mal-être adolescent (« Cendrillon ») et une certaine révolte contre la génération précédente. La musique est un rock assez classique, inspirée des Stones. Le riff d'introduction d'« Hygiaphone » est digne d'un Keith Richards s'inspirant de Chuck Berry.

Cette même période est également marquée par la naissance du groupe de hard rock Trust. Le guitariste Norbert Krief dit « Nono » revendique l'héritage des grands maîtres anglo-saxons, comme le montre un duo avec Bon Scott sur une reprise de « Ride on » d'AC/DC. Les paroles tranchantes de Bernie Bonvoisin marquent également cette période, avec des citations de Jacques Mesrine, des appels au désordre social et une dénonciation de la petite-bourgeoise. Le groupe connaît un réel succès populaire et est considéré comme un précurseur du hard rock en France.

La fin des années 1970 voit l'émergence de nombreux autres groupes ou artistes de rock français tels que Starshooter de Kent, Bijou, Strychnine, Hubert-Félix Thiéfaine, Jacques Higelin, Stinky Toys, Dogs, Little Bob Story, Marquis de Sade, Métal Urbain, OTH, Shakin' Street, Les Thugs, Les Wampas, Les Sheriff, Raoul Petite.

Les années 1980[modifier | modifier le code]

L'évolution du matériel dans les années 1980 est marquée par la vulgarisation des synthétiseurs modernes (DX7…), des boîtes à rythmes et du vibrato Floyd Rose ainsi que par l'utilisation plus poussée des effets (chorus, flanger, phaser, reverbs). Le CD audio apparaît sur le marché en 1982.

Les Rolling Stones, jusque-là connus pour former « le plus grand groupe de rock'n'roll du monde », sortent « Miss You » et « Emotional Rescue », de vrais tubes disco. « Mick fréquentait trop le Club 54, on ne pouvait pas éviter ça » raconte Keith Richards[réf. souhaitée]. Kiss, les cracheurs de sang et de feu, connaissent un grand succès dans les clubs avec « I Was Made For Lovin You ».

L'expression « rock FM » est forgée pour désigner une nouvelle tendance musicale apparue au début des années 1980 avec des groupes tels que Toto ou Van Halen avec l'album 1984. Le son très particulier est marqué par des guitares généralement peu saturées et des synthétiseurs. La vague des power-ballades est intimement liée à ce genre musical.

Sammy Hagar, dans son album Standing Hampton sorti en 1981, chante « Heavy Metal ». L'expression est populaire et donne son nom à un courant musical. Le heavy metal est surtout américain, par opposition au hard rock qui le précède, essentiellement britannique avec des influences issues du blues. Sammy Hagar avait chanté auparavant dans le groupe Montrose, qui avait établi les bases du metal dès 1973 avec l'album Rock The Nation. Le style est surtout développé par Van Halen, ouvrant la voie à toute une génération de guitaristes virtuose, adepte du vibrato, du jeu à très haute vitesse et du tapping qui consiste à frapper les cordes avec les doigts de la main droite, accélérant ainsi notablement le jeu et créant également un son nouveau et très reconnaissable.

Les années 1980 sont aussi marquées par le retour du blues avec Stevie Ray Vaughan et le retour du rock'n'roll avec le courant rockabilly porté notamment par les Stray Cats et Robert Gordon. Elles voient également émerger le gothique avec Ozzy Osbourne et différentes tendances néo-metal telles que le rock hardcore, le speed ou thrash metal, popularisé par Metallica avec l'album Kill'Em All en 1983, le straight edge initié par Minor Threat, l'indus, surtout connu par Nine Inch Nails et Rammstein, et le funk rock des Red Hot Chili Peppers et Faith No More.

Le 8 décembre 1980, John Lennon est abattu de cinq balles de revolver par Mark David Chapman, venu spécialement d'Hawaï pour abattre son idole. Après une longue retraite à New York, Lennon revenait sur le devant de la scène avec l'album Double Fantasy. La mort de Lennon enterre tout les espoirs de reformation des Beatles. Paul McCartney déclarera plus tard : « Je n’aime pas que l’on me considère comme le plus pondéré des Beatles, j’aimerais être plus direct comme John. Lui, d’une activité débordante, le plus fort partout, il pouvait aussi être un animal en action, ce dont personne ne se doutait. Après sa mort on en a fait un Martin Luther Lennon, mais il n’était pas du tout cela, il n’était pas du tout un petit saint. John était un putain de paranoïaque, dépressif et paumé, qui a tiré profit de chansons qu’il n’avait même pas écrites… »[réf. souhaitée].

Bob Geldof organise le Live Aid pour envoyer de la nourriture en Éthiopie.

Guns N' Roses vient combler un manque lié aux prestations médiocres d'AC/DC, à la dérive commerciale de Kiss et à la fin de la carrière de Led Zeppelin et de Queen qui a effectué son dernier concert à Wembley en 1986. Les membres du groupe, vivant dans une débauche constante et « survivant avec l'argent qu'ils volaient aux groupies qui voulaient bien coucher avec eux »[réf. nécessaire] enregistrent Appetite for Destruction. Dès sa sortie, l'album est un succès, notamment grâce à des morceaux comme « Sweet Child O' Mine » ou « Welcome To The Jungle ». Le plaisir durera jusqu'en 1994, l'année de la séparation du groupe original. Seul le chanteur Axl Rose restera et engagera continuellement de nouveaux musiciens.

Les années 1990 : retour aux sources[modifier | modifier le code]

Pendant que le metal poursuit son évolution, qu'apparaît le nu metal avec KoЯn, Sepultura et Slipknot, le rock pur et dur renaît de ses cendres.

Le grunge[modifier | modifier le code]

Nirvana vers 1992

À la fin des années 1980, dans la région de Seattle (État de Washington, au nord-ouest des États-Unis), se forme le courant grunge mêlant les influences du heavy metal et du punk. Les groupes les plus connus sont Mudhoney, Soundgarden, Alice in Chains, Pearl Jam et surtout Nirvana. Inspiré par les Pixies, Nirvana lance involontairement la mode grunge avec l'album Nevermind en 1991. Le groupe ne crée pas le mouvement mais le popularise rapidement à l'échelle internationale.

Le grunge ne se limite toutefois pas à Nirvana : de nombreux groupes de la région de Seattle, peu connus, s'y rattachent aussi. Musicalement, des groupes comme Seether ou Déportivo se rapprochent aussi du grunge par leur son volontairement « sale ». Le grunge est aussi à rapprocher de tous les groupes dits « hard-fi », au son crasseux et saturé, qui sont apparus depuis.

Le retour des vétérans[modifier | modifier le code]

Au début des années 1990, de grands groupes classiques du hard rock sont de retour. Après un longue période de déclin discographique, AC/DC sort Razor's Edge, avec le hit « Thunderstruck ». L'année suivante, AC/DC enregistre un album live. Led Zeppelin se reforme temporairement et sort un album live et quelques compilations. En 1993, Aerosmith enregistre Get a Grip, son album le plus vendu. Kiss crée la surprise en 1992 avec Revenge et l'année suivante avec Alive III. En 1996, le groupe Kiss original se reforme avec les costumes et le maquillage emblématiques de la tournée de 1977. De gigantesques tournées suivent et influencent probablement le groupe Muse récemment formé en Angleterre. La musique de Muse peut être qualifiée de stadium-rock, en référence aux grands shows des années 1990.

Le 24 novembre 1991, le rock perd deux grandes personnalités : Freddie Mercury du groupe Queen et Eric Carr du groupe Kiss.

Un changement de direction[modifier | modifier le code]

Dès les années 1980, le rock alternatif avait commencé à se faire une place dans les charts, notamment avec le groupe R.E.M.. En 1994 sort Grace, unique album de Jeff Buckley, rapidement acclamé par la critique, le public et ses pairs. En 1997, le troisième album du groupe britannique Radiohead, Ok Computer, révolutionne la musique rock. Il aura notamment une influence sur des groupes tels que Coldplay, Placebo, Muse ou Keane.

Aux États-Unis, le style garage, caractérisé par un son sur-saturé et « sale », revient à travers le groupe White Stripes et des influences blues.

Les années 2000[modifier | modifier le code]

Une nouvelle vague de groupes fait son apparition au début des années 2000. S'inspirant d'anciens groupes comme les Kinks, les Beatles, les Who ou le Velvet Underground, une nouvelle génération voit le jour autour de The Strokes et The Libertines. Ils ouvrent la voie à de nombreux groupes qui sont aujourd'hui qualifiés d'indie, genre devenu très large et rassemblant à la fois des groupes ayant signé sur des labels indépendants (dont Domino Records) et des groupes ayant signé pour des majors. Leur style de vie est chaotique, leur musique énervée et inspirée des groupes underground des années 1970. Le succès est immédiat pour ces deux groupes et la vague indie se développe, principalement en Angleterre.

Un retour des guitares s'opère au début des années 2000, avec la parution du premier album de Franz Ferdinand. Leur « musique pour faire danser les filles » n'est pourtant qu'un sous genre d'un mouvement nouveau qui s'amorce.

Des nombreux groupes de rock surgissent en Angleterre sous l'égide du magazine NME, dont The Kooks, Kaiser Chiefs ou Coldplay. Ils jouent une musique populaire, directe et harmonieuse, ce qui rapproche leur musique de la pop, sans renouveler une certaine tradition du songwriting anglais, à l'instar de groupes comme Blur ou Oasis au cours de la décennie précédente.

Le post-punk est né en fait au cours des années 1970 mais ne connaît un réel développement qu'avec des groupes comme Bloc Party, The Rakes, Maxïmo Park ou Editors. Leur musique est rythmée, froide et minimaliste.

Marqué par le krautrock des années 1970 et l'electro (entre autres, Daft Punk et Kraftwerk), la nouvelle scène rock s'inspire des synthétiseurs pour créer l'electro-rock. Les groupes comme Klaxons, Soulwax, Metronomy, Late Of The Pier ou Cut Copy marquent le retour du rock sur le dancefloor comme avaient pu le faire Franz Ferdinand et Arctic Monkeys un peu plus tôt.

La fusion des genres à l'aube des années 2010[modifier | modifier le code]

La musique des années 2010, grâce à la popularité d'Internet et l'accès quasi illimité à toutes les sortes de musiques, ne permet plus véritablement de réfléchir en termes de genres. La vague revival a donné lieu à de nombreux styles musicaux qui ont permis une création beaucoup plus large et mélangée. Des groupes comme Arcade Fire, Foals, Vampire Weekend, Fleet Foxes, Sigur Ros ou MGMT choisissent clairement de s'engager dans cette création fusion des genres pour décloisonner le rock et le rendre toujours plus varié.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bill Haley, dans Rock around the clock : « We'll have some fun when the clock strikes one. »
  2. Little Richard, dans Rip it up : « Saturday night and I just got paid, I'm a fool about my money, don't try to save… »
  3. Jerry Lee Lewis, dans Great balls of fire : « Goodness, gracious, she's great balls of fire! »
  4. Matin Kelly, Terry Foster et Paul Kelly, L'âge d'or de Fender, 1946-1970 guitare, traduit par Nadia Fischer, Gründ, 2010, 290 p.
  5. (en) Jim Dawson, Rock around The clock : The Record That Started The Rock Revolution, Backbeat Books, 2005
  6. La reprise d'Elvis Presley aura en revanche un très grand succès.
  7. Pour des raisons personnelles liées à son ancienne nationalité cachée néerlandaise, le colonel Parker ne voulait par qu'Elvis se produise hors des États-Unis.
  8. Il censurera en 1967 les Rolling Stones en leur faisant changer le refrain de Let's spend the night together en Let's spend some time together.
  9. Andrew Loog Oldham dans son livre Stoned:« Les rationnements de guerre eurent lieu jusqu'en 1954 »
  10. Hendrix est ici classé parmi les Britanniques, car c'est au Royaume-Uni qu'il commence sa carrière et réalise ses deux premiers albums. Son groupe, The Jimi Hendrix Experience, est composé de musiciens britanniques, comme le sont son manager Chas Chandler et son producteur Eddie Kramer. Il fait sa 1re tournée en France en décembre 1966 en 1re partie de Johnny Hallyday, qui l'a personnellement invité.
  11. cf. le solo de batterie sur l'album Made in Japan de Deep Purple, « Dazed and Confused » de Led Zeppelin

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]