Histoire du Panama

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Cet article décrit l'histoire du Panama, de l'Antiquité jusqu'à nos jours.

Les civilisations précolombiennes[modifier | modifier le code]

Les plus anciennes traces de cultures précolombiennes au Panama datent de 12 000 ans environ. À cette époque, les peuples autochtones vivaient de la cueillette et de la chasse. Puis, vers 3 000 avant notre ère, les hommes se tournèrent progressivement vers l'agriculture. Les chasseurs et cueilleurs se sédentarisèrent vers 1 500 ans avant notre ère, grâce à la culture du maïs.

À l'arrivée des Espagnols, entre six cent mille et un million de personnes vivaient peut-être dans la région. Différentes tribus coexistaient, elles étaient hiérarchisées (« clergé », élite de l'armée, noblesse).

L'époque coloniale[modifier | modifier le code]

La conquête[modifier | modifier le code]

Article général Pour des articles plus généraux, voir Colonisation espagnole de la terre ferme d'Amérique et Tierra Firme.
Rodrigo de Bastidas, premier espagnol à aborder le Panama.

Le premier des colonisateurs espagnols à parcourir des terres panaméenne est Rodrigo de Bastidas. Accompagné du pilote basque Juan de la Cosa qui a participé aux trois premiers voyages de Christophe Colomb ainsi qu'à celui d'Alonso de Ojeda qui a reconnu les côtes de ce qui est actuellement le Venezuela et la Colombie, il quitte le port de Cadix en octobre 1501 avec deux navires[1], le "San Antón" et la "Santa María de Gracia"[réf. nécessaire], et débarque en mai 1502[réf. nécessaire]. Parti à la recherche des îles antillaises, il parvient ainsi à parcourir les côtes qui vont du Cap Gracias a Dios (Grâce à Dieu) (Honduras) jusqu'à Cariari (Puerto Limón au Costa Rica)[réf. nécessaire].

Quatrième voyage de Colomb : 3 mai 1502 – 7 novembre 1504.

Christophe Colomb touche les côtes panaméennes pendant son quatrième voyage, au cours duquel il longe les côtes du Honduras jusqu'à l'isthme de Panama[2]. Son expédition est composée de quatre caravelles pour cent quarante membres d'équipage dont une importante proportion de mousses : la Capitana, navire amiral, le Santiago, commandé par son frère Bartolomé, la Gallega et la Vizcaina[3]. Le fils de Colomb, Fernando fait également partie du voyage[2].

Le 24 février 1503[réf. nécessaire], Colomb fonde l'un des premiers établissements espagnols en territoire continental, Santa María de Belen, laissant la charge de cette dernière à son frère Bartolomé[2] tandis qu'il repart pour l'Espagne demander du renfort pour poursuivre la colonisation[2]. Les envahisseurs espagnols entrent par la suite en conflit avec les indiens, Bartolomé ayant ordonné l'arrestation du cacique Quibián et de toute sa famille[2]. Après plusieurs attaques victorieuses des indiens, Santa María de Belen est abandonnée par ses habitants qui s'embarquent pour l'Espagne[2].

L'expédition de Vasco Núñez de Balboa vers l'océan Pacifique en 1513 (aller en rouge, retour en bleu).

En 1510, sur la côte occidentale du golfe d'Urabá, Vasco Núñez de Balboa fonde Santa María la Antigua del Darién, première véritable ville du continent, avec une administration, une église et un couvent[4], qui durera une quinzaine d'années (jusqu'à ce qu'elle soit éclipsée par Panama, fondée en 1519). Parvenant à coexister plus ou moins pacifiquement avec les indiens locaux, Vasco Núñez de Balboa apprend l'existence d'une autre mer au sud de la région où ils se trouvent. Le 25 septembre 1513, après trois ans d'exploration pénible, Balboa découvre l'océan Pacifique, longtemps appelé « Mer du Sud »[4].

Pedro Arias Dávila, fondateur de Panama en 1519.

La fondation de la ville, toutefois, est illégale, Balboa n'ayant pas d'autorisation de la Couronne. Aussi celle-ci envoie une puissante flotte de deux mille hommes commandés par Pedro Arias Dávila. Balboa est arrêté et est exécuté pour rébellion en 1519[4]. La même année, Dávila fonde une nouvelle ville sur la côte Pacifique, Panama, à l'endroit où l'isthme est le plus étroit, ce qui entraîne l'abandon progressif de Santa María, acté en 1524. Rapidement, la ville de Panama devient un passage obligé pour les conquistadors souhaitant explorer les côtes de l'océan Pacifique.

Sur la côte Pacifique, l'exploration est lente. Elle se fait d'abord vers l'ouest et les terres déjà connues du Mexique et de l'Amérique centrale. En 1522, le basque Pascual de Andagoya entend parler pour la première fois d'une riche contrée appelée « Birú » (Pérou), au sud. Blessé, Andagoya laisse l'exploration de la région à Diego de Almagro et Francisco Pizarro. Entre 1528 et 1532, ce dernier monte trois expéditions qui aboutiront à la découverte et à la conquête de l'Empire Inca.

En 1526, Pedro Arias Dávila est remplacé à la tête de la province par Pedro de los Ríos et devient gouverneur de la nouvelle province du Nicaragua, sans que soit définie la frontière entre les deux entités, ce qui provoque des disputes entre les deux hommes. Comme un peu partout dans le nouvel empire colonial espagnol, la situation politique est confuse et la Couronne peine à imposer pleinement son autorité. La plupart des problèmes sont liés à l'éloignement de cette autorité. Le seul relai entre les territoires américains et le Conseil des Indes, à Madrid, est la Real Audiencia de Saint-Domingue, créée en 1511, aux pouvoirs flous et au domaine de compétence beaucoup trop vaste (la totalité des Indes occidentales espagnoles).

Le 26 février 1538 est donc créée une nouvelle audiencia, la Real audiencia de Panama, avec une juridiction qui s'étend à toute la terre ferme d'Amérique, mais qui ne dure que jusqu'à la fondation de la Real audiencia de los Confines (Guatemala), en 1543[5]. Elle est recréée le 8 septembre 1563, lorsque la real audiencia du Guatemala est intégrée à celle de Mexico[6].

Le 19 juillet 1614, une real cedula du roi Philippe III place l’audiencia de Panama sous l'autorité du vice-roi du Pérou.

Le régime colonial[modifier | modifier le code]

Panama a fait partie de l'empire espagnol entre 1538 et 1821. Dans les colonies hispaniques on appliquait en général deux types de lois : les péninsulaires (appliquées à l'Espagne, îles adjacentes et l'Afrique) et les lois d'outre-mer ou coloniales. On appliqua premièrement les lois de Castille et de Léon, qui ont été les premiers États protecteurs des voyages de découverte.

Il n'existait alors pas encore d'unité péninsulaire. Les Lois coloniales (aussi appelées Lois des Indes, selon Laurentino Díaz López, dans son ouvrage le Droit en Amérique durant la période hispanique) consistaient en « L'ensemble des normes juridiques ou dispositions légales qui apparaissent par volonté des monarques espagnols ou par les autorités légitimement constituées en Amérique, comme délégation des rois, et qui ont eu pour but de fixer et de régler les relations politiques, administratives, pénales, civiles, économiques et sociales entre les habitants des Indes Occidentales ».

On appliqua d'abord les lois appelées Lois de Burgos, approuvées le 27 décembre 1512. Ces lois avaient pour origine la préoccupation de la Couronne suscitée par les rapports des pères dominicains sur le mauvais traitement des indiens. Ferdinand d'Aragon le Catholique ordonna la création d'une assemblée de théologiens et juristes, afin de trouver une solution au problème. Bien que les membres de l'assemblée plaidassent pour la liberté et le traitement humain des Indiens, ils jugèrent aussi que ceux-ci devaient être soumis au règlement espagnol, afin d'accélérer le processus d'évangélisation. Après la controverse lancée par Bartolomé de Las Casas, de nouvelles lois furent promulguées à Barcelone le 20 novembre 1542, à la demande de l'Empereur Carlos V.

L’audience royale de Panama[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Real audiencia de Panama.

Elle incluait la province de Tierra Firme, c'est-à-dire l'actuel isthme de Panama.
Son installation a eu lieu au début de 1539, dans la ville de Panama, à l'arrivée des auditeurs Francisco Pérez de Robles, Lorenzo Pérez de la Serna, Pedro de Villalobos et du licencié Alonso de Montenegro. Son président fut Francisco Pérez de Robles, qui remplaça le gouverneur Pedro Vásquez d'Acuña. Il l'a administrée jusqu'en 1543, quand on a créé l'Audiencia des Confins (Guatemala) et ordonné la dissolution de l'Audiencia de Panama. Pendant son existence, diverses expéditions furent menées, à des fins exploratoires et de découverte de nouveaux territoires. Toutefois, l'administration de Pérez de Robles fut caractérisée par sa corruption, ce qui provoqua des situations désastreuses qui entraînèrent son jugement et sa destitution.

Pedro Ramirez de Quiñones, qui fut juge résident dans le procès de Pérez de Robles, prit sa succession. Il reçut le titre de corregidor de Panama et de Nombre de Dios, sous l'autorité de l'Audience des Confins. En 1563, la Couronne d'Espagne ordonne le transfert de l'Audiencia à Panama, fermant celle du Guatemala. Les tâches de transfert ont été à la charge de Lope García de Castro. L'Audiencia a été réinstallée le 15 mai 1565. Manuel Barrios de San Millán fut nommé président provisoire, jusqu'à l'arrivée du titulaire, Alonso Aryennes de Maldonado. La juridiction de l'Audiencia de Panama s'étendait du port de Buenaventura (Colombie) jusqu'au golfe de Fonseca (Nicaragua). Elle sera de nouveau dissoute en 1718, à cause de la mauvaise conduite de ses membres.

L'isthme resta sous l'autorité de la vice-royauté du Pérou, ce qui provoqua des problèmes internes et une situation d'anarchie, puis conduit à une nouvelle Cédule Royale (21 juillet 1722), qui rétablit l'Audiencia. Finalement, par Cédule Royale du 20 juin 1751, étant donné les problèmes économiques de la province de Tierra Firme. La dissolution définitive de l'Audience Royale de Panama est ordonnée. On crée un gouvernement militaire dépendant de la vice-royauté de Nouvelle-Grenade (Colombie) et de l'Audiencia de Santa Fé de Bogota. À cet effet, on crée à Panama le Commandement Général de Tierra Firme.

L’encomienda[modifier | modifier le code]

Pour récompenser les services rendus par les colons, la Couronne a établi le système des repartimientos et de l'encomienda, dont le nom représente à lui seul un système global. Il s'agissait de l'octroi par la Couronne des indiens vivants sur les terres conquises au colon qui les avait « libérées ». En fait, c'était une réactivation du système du fief et du servage qui avait disparu en Europe.

Cette distribution était viagère et transmissible sur une génération ; l'encomendero avait l'obligation de veiller sur les indigènes, de les évangéliser et de veiller à leur bien-être. De même, il devait défendre le territoire qu'on lui confiait. C'est Vasco Núñez de Balboa qui introduisit le système de l'encomienda au Panama. Le Gouverneur Pedrarias Dávila a distribué à lui seul 27 chèferies parmi ses proches. Au Panama, le bilan de l'encomienda est de 9.964 indigènes répartis en 83 octrois.

L'Empereur Charles Quint ordonna l'abolition de ce système en raison des abus et vexations auxquelles ils exposaient les indigènes grâce à l'intervention de Bartolomé de Las Casas. Le Gouverneur de Panama, Sancho de Clavijo, émit une provision dans laquelle il réitérait les dispositions prises dans une Cédule royale de 1549, où on ordonnait mettre en pratique les Lois nouvelles, supprimant ainsi le système de l'encomienda au Panama. Cette abolition engendra par la suite de graves problèmes dans les colonies, principalement au Pérou.

À l'arrivée du vice-roi Blasco Núñez, qui devait établir l'Audience de Lima et exécuter la Cédule royale d'abolition, Gonzalo Pizarro, le frère de Francisco, dirigea le soulèvement des encomenderos contre la Couronne. Il s'agissait visiblement de soustraire le territoire du Pérou à l'autorité royale. Capturé par les rebelles, le vice roi parvint à s'échapper et à se réfugier dans l'isthme, d'où il organisa la répression. Dans la guerre qui s'ensuivit, le contrôle de l'isthme fut le principal enjeu stratégique dans la mesure où il représentait la base logistique des royalistes, d'où ils recevaient leurs renforts.

Les esclaves africains[modifier | modifier le code]

Les premiers esclaves noirs sont arrivés à l'Isthme de Panama dans l'expédition du Gouverneur Diego de Nicuesa, ceux qui ont travaillé en lever Nom de Dieu.

De même, quand Pedrarias Dávila a fondé la Ville de Panama le 15 août de 1519, il a utilisé des esclaves noirs pour édifier les premiers bâtiments de cette dernière. Quand la Couronne a sanctionné comme illégal le traitement des indigènes comme esclaves, on a autorisé le commerce d'esclaves noirs pour les remplacer dans les travaux, dans les propriétés et les mines. Panama devint un centre de distribution de la Traite.

Toutefois, par les caractéristiques commerciales de l'Isthme, les esclaves noirs ont été utilisés principalement pour le transport des marchandises qui passaient par le Camino Real ou le Chemin de Croisements.

Il est difficile d'indiquer et d'identifier les lieux d'origine des esclaves noirs à Panama pendant l'époque coloniale. Certains historiens pensent qu’ils venaient de Guinée, d'autres du nord de l'Angola et du sud du Sénégal. À cause de la cruauté avec laquelle ils étaient traités, les esclaves s’enfuyaient et se cachaient dans les forêts, ils recevaient le nom de Cimarrons. Ces derniers menèrent plusieurs attaques contre les autorités coloniales. Ils attaquaient les routes du Panama, ce qui mit en grave danger le transport et la communication entre les deux océans. En 1548, se produit une fuite massive d'esclaves noirs qui s’organisent en royaume avec, à leur tête, Bayano Ier.

Un autre royaume fut créé en 1549, lequel était dirigé par Felipillo Ier, dans le Golfe de San Miguel. Les autorités coloniales engagent alors le Capitaine Francisco Carreño, pour combattre les cimarrones.

On a chargé le Capitaine Gil Sánchez du commandement d'un contingent visant le village de Chepo, où on trouvait Bayano. Les cimarrones ont activement collaboré comme guides des pirates et corsaires qui sont arrivés à Panama pendant l'époque coloniale.

Au Panama, on a officiellement maintenu l'esclavage des noirs jusqu'à la période dite Départementale, c'est-à-dire, pendant l'époque où Panama a été uni à la Grande Colombie. Le Général José Hilario López Valdés, Président de la République de la Nouvelle-Grenade (Colombie) a fait voter, le 21 mars 1851, la loi qui a aboli l'esclavage.

Les guerres d'indépendance[modifier | modifier le code]

Au début du XIXe siècle, les guerres napoléoniennes font rage en Europe. En 1805, l'Espagne, alliée de l'Empire français, subit la rude défaite de Trafalgar et, privée de flotte, perd tout contact avec ses colonies. En 1807, le Portugal refusant d'appliquer le blocus continental, Napoléon décide d'envoyer ses troupes dans la péninsule, officiellement pour envahir le Portugal qui représente une faille notable dans son dispositif destiné à asphyxier l'Angleterre. L'invasion française déstabilise la Couronne espagnole, provoquant une guerre de succession entre Charles IV et son fils Ferdinand en 1808. L'empereur français en profite pour nommer son frère Joseph Bonaparte sur le trône. Ces manœuvres politiques et la guerre qui s'ensuit font vaciller l'autorité de la puissance coloniale, ce qui laisse la possibilité aux colonies d'Amérique de s'émanciper.

L'isthme de Panama est alors constitué de deux provinces, celle de Panama et celle de Veragua. Bien qu'invitées à participer aux juntes de Quito, Santa Fe ou Carthagène afin d'adhérer au mouvement indépendantiste qui se forme à partir de 1810, elles refusent et restent loyales à l'Espagne[7].

Acte d'indépendance du Panama, 28 novembre 1821.

Le 15 février 1819 a lieu le Congrès d'Angostura, à Angostura (aujourd'hui Ciudad Bolívar, dans l'est du Venezuela), inauguré par Simón Bolívar. Vingt-six délégués sont présents représentant le Venezuela et la Nouvelle-Grenade (aujourd'hui la Colombie). Selon le souhait de Bolívar exprimé dans sa Lettre de Jamaïque, ceux-ci sont amenés à se regrouper au sein d'un vaste État, la République de Colombie, dont les frontières reposeraient sur le principe de l'Uti possidetis juris[8].

En 1819, la Nouvelle-Grenade est libérée par l'armée du Libertador Simón Bolívar. À partir du 30 août 1821 et jusqu'au 3 octobre de la même année se réunit le Congrès de Cúcuta, assemblée constituante destinée à donner vie à ce projet[9]. Initié par Antonio Nariño[10], le Congrès de Cúcuta voit la participation de Simón Bolívar, de Francisco de Paula Santander et d'autres personnages importants de l'indépendance. C'est dans le temple historique de Cúcuta qu'est adoptée la constitution de Cúcuta, acte de naissance de la Grande Colombie (alors simplement appelée « République de Colombie ») constituée de la Nouvelle-Grenade et du Venezuela[11]. Bolívar en est désigné président et Santander vice-président.

Le 10 novembre 1821, la ville de La Villa de Los Santos se déclare indépendante de l'Espagne (es). Cette première déclaration d'indépendance précipite l'indépendance de la totalité de l'isthme. Le 28 novembre 1821 la province de Panama proclame son indépendance vis-à-vis de l'Espagne[12] et décide de rejoindre la Grande Colombie. Elle est imitée le 1er décembre de la même année par la province de Veragua[13], qui correspond alors à la moitié occidentale de l'actuel Panama. L'isthme est alors intégré au département de Cundinamarca, la partie centrale de la Grande Colombie.

La période colombienne[modifier | modifier le code]

La Grande Colombie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grande Colombie.

De 1821, lors de son incorporation à la Grande Colombie, jusqu'en 1824, lors du redécoupage politico-administratif de celle-ci, l'isthme de Panama reste divisé en deux provinces, Panama à l'est et Veragua à l'ouest. Elles font alors partie du département de Cundinamarca regroupant tout le territoire des actuels pays de Colombie et Panama.

Carte de la Grande Colombie (1824-1830).

La Ley de División Territorial de la República de Colombia du 25 juin 1824 modifie en profondeur l'organisation du pays. À cette occasion les deux provinces de l'isthme sont regroupées au sein du département de l'Isthme, lui-même faisant partie du District de Nouvelle-Grenade, ou "du Centre".

Le pays est de facto dirigé par le vice-président Francisco de Paula Santander. En effet, Bolívar continue la lutte contre l'Espagne au Pérou et en Bolivie[14] au côté de l'autre héros de l'indépendance de l'Amérique du Sud espagnole, l'Argentin José de San Martín qui a proclamé l'indépendance du Pérou le 28 juillet 1821[15]. L'armée royaliste résiste jusqu'à sa défaite lors de la bataille d'Ayacucho, la 9 décembre 1824[16], après quoi Bolívar préside le nouvel État péruvien[14].

Durant l'absence de Bolívar, des tensions apparaissent au sein de la Grande Colombie, immense territoire regroupant des régions fort disparates. Mises de côté lors de la lutte contre les royalistes, les divergences d'ordre idéologique qui étaient apparues lors des premières indépendances colombiennes renaissent. Les partisans de Santander plaident pour un État plus fédéral et laïc tandis que les partisans de Bolívar soutiennent l'idée initiale de Bolívar d'un état centralisé et catholique. En plus de ces désaccords, des velléités d'indépendance se font sentir, notamment au Venezuela où la révolution séparatiste, appelée La Cosiata et dirigée par le général José Antonio Páez, pousse les municipalités de Caracas et Valencia à ignorer l'autorité du gouvernement central et demande une réforme de la constitution de 1821[17].

Le 4 septembre 1826, Bolívar quitte le Pérou (où il ne reviendra plus) pour la Colombie et y trouve donc une situation explosive. Un premier congrès est organisé en 1827 afin de réfléchir au futur de la constitution. Considérant qu'elle est la cause des maux de la République, celui-ci décide de convoquer une convention de tous les représentants de toutes les provinces du pays pour le 2 mars 1828 dans la ville d'Ocaña[18]. Mais la convention d'Ocaña est un échec, n'aboutissant à aucun accord. Aussi, le 27 août 1828, Simón Bolívar adopte le décret organique qu'il a appelé « loi fondamentale » et par lequel il abolit la Constitution de Cúcuta et assume la dictature[18].

Face à l'impasse institutionnelle où se trouve la Grande Colombie, cette décision est plutôt bien accueillie au début, mais le gouvernement de Bolívar depuis son retour s'avère n'être qu'une suite d'improvisations qui aboutissent à rendre le Libertador encore plus impopulaire que Santander[M 1]. Le 25 septembre 1828, une tentative de coup d'État manquée aboutit à l'exécution de l'amiral Padilla et l'exil de Santander qui part pour l'Europe.

Ajoutant encore un peu plus d'instabilité, du 3 juin 1828 au 28 février 1829, la Grande Colombie est en guerre avec le Pérou, celui-ci revendiquant des territoires au sud. L'affrontement se termine sur un status quo ante bellum.

Le 27 décembre 1829, le district du Venezuela fait officiellement sécession. Le 20 janvier 1830, Bolívar convoque le Congrès Admirable afin de trouver une solution à la crise institutionnelle, mais celui-ci ne peut éviter la sécession du Venezuela. La santé de Bolívar, qui souffre de tuberculose, se détériore rapidement et le 8 mai 1830 il donne sa démission. Domingo Caicedo devient président par intérim. Le 13 mai 1830, le district de Quito déclare à son tour son indépendance et devient l'Équateur, avec à sa tête le général vénézuélien Juan José Flores.

Au Panama, le général José Domingo Espinar déclare l'indépendance du département en septembre 1830, ce qui reçoit la désapprobation de Bolívar, qui s'éteint le 17 décembre 1830 dans la quinta de San Pedro Alejandrino, à Santa Marta. Le 28 avril 1831 a lieu la convention d'Apulo qui place ce qui reste de la Grande Colombie sous la vice-présidence provisoire de Domingo Caicedo. Espinar est vaincu en juillet 1831 par le général Juan Eligio Alzuru, qui entame à son tour une carrière de dictateur. Le contrôle de l'isthme est finalement retrouvé par les autorités de Bogotá en août 1831, lorsqu'Alzuru est vaincu par les troupes du général Tomás Herrera.

Le 20 octobre 1831, le pays devient une république appelée République de Nouvelle-Grenade (espagnol : República de la Nueva Granada), dont les provinces de Panama et Veragua font partie.

La République de Nouvelle-Grenade[modifier | modifier le code]

Article détaillé : République de Nouvelle-Grenade.

Le 27 février 1855, l'État fédéral de Panama est créé[7], fédéré à la Nouvelle Grenade. Les autres provinces néo-grenadines sont également regroupées en États fédéraux, donnant naissance à une toute nouvelle forme d'organisation à tendance fédérale. Celle-ci est actée lors de l'adoption d'un changement constitutionnel en 1858 qui crée la Confédération grenadine[19].

Le Panama durant la période fédéraliste[modifier | modifier le code]

Article détaillé : État souverain de Panama.

Le département de Panama[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Département de Panama.

La Guerre des Mille Jours et l'indépendance du Panama[modifier | modifier le code]

Le 1er janvier 1880, le Français Ferdinand de Lesseps, commence les travaux du Canal de Panama, mais abandonne à la suite de pertes humaines dues à de très nombreuses fièvres tropicales et à des pertes financières gigantesques. Les travaux seront repris par les États-Unis.

Cette construction donna lieu, en France, à un scandale politico-financier, le Scandale de Panama.

La République de Panama[modifier | modifier le code]

Après plus de 3 ans de guerre, Panama est séparé de la Colombie en 1903, cédant à perpétuité la zone où sera construit le canal aux États-Unis contre 10 millions de dollars et une location annuelle de 250 000 dollars à partir de 1912, à la suite d'une rébellion par le groupe indépendantiste Amador Guerrero appuyé par des navires de guerre des États-Unis.


Le traité Victoria-Vélez signé le 20 août 1924 délimite la frontière terrestre entre la Colombie et le Panama.
Le traité Liévano-Boyd 20 novembre 1976 délimite la frontière maritime entre la Colombie et le Panama.

Omar Torrijos[modifier | modifier le code]

Le général Omar Torrijos est très controversé, vu comme un dictateur ou le responsable d'importants progrès sociaux. Il été le chef d'État, mais pas le président de la République. Il arrive au pouvoir par un coup d'État(11 octobre 1968) originellement orchestre par le colonel Boris Martinez, il en prend la tête quelques jours plus tard et évince Martinez.

En 1977, il signe le traité Torrijos-Carter, avec le président américain Jimmy Carter, permettant à Panama de retrouver la souveraineté sur le canal de Panama.

Omar Torrijos meurt en 1981 dans un accident d'avion. Certains y verront un attentat orchestré par la CIA.

Manuel Antonio Noriega[modifier | modifier le code]

En 1984 Manuel Noriega, ex-agent de la CIA, devient général des Forces armées du Panama, et entre 1987 et 1989 il est considéré d'une certaine façon comme le chef d'État. Malgré une opposition massive civile, celui-ci tenait les rénes du pouvoir

Après que les élections présidentielles de 1989 furent annulées, les États-Unis envahissent le pays en décembre 1989, pour renverser Noriega, au cours de l'opération nommée Opération Just Cause, selon des chiffres officiels, 650 personnes sont mortes entre civils et militaires pendant l'opération. Guillermo Endara, son concurrent à ces élections, devient président du pays.

Le 31 décembre 1999, par le traité de Torrijos-Carter de 1977, Les États-Unis redonnèrent le contrôle du canal au Panama.

Pendant les dictatures de Torrijos et de Noriega les Desaparecidos étaient transférés à la prison de Coiba.

Martín Torrijos[modifier | modifier le code]

Le 2 mai 2004, le nouveau président Martín Torrijos (coalition centriste « Parti nouvelle »), fils de l'ex-chef d'État Omar Torrijos est élu avec près de 20 points d'avance sur l'ex-président (1989-1994) Guillermo Endara (Parti Solidarité, droite), avec 80 % de participation aux élections.

Références[modifier | modifier le code]

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • (fr) Jean-Pierre Minaudier, Histoire de la Colombie de la conquête à nos jours, Paris, L'Harmattan, coll. « Horizons Amériques latines »,‎ 1997 (ISBN 2-7384-4334-6, lire en ligne)
  1. Minaudier 1997, p. 121

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. (es) Juan Bautista Sosa, Compendio de historia de Panamá — Época del descubrimiento y la conquista : Capitulo I, Bibliothèque Luis Ángel Arango,‎ 1911 (lire en ligne)
  2. a, b, c, d, e et f (es) Juan Bautista Sosa, Compendio de historia de Panamá — Época del descubrimiento y la conquista : Capitulo II, Bibliothèque Luis Ángel Arango,‎ 1911 (lire en ligne)
  3. (fr) Samuel Eliot Morison, Christophe Colomb, Amiral de la Mer océane, Neuilly-sur-Seine, Saint-Clair,‎ 1974, 422 p., p. 358-360
  4. a, b et c (es) Soledad Acosta de Samper, Biografías de hombres ilustres ó notables, relativas á la época del descubrimiento, conquista y colonización de la parte de América denominada actualmente ee. uu. de Colombia — Vasco Núñez de Balboa
  5. (es) Juan Bautista Sosa, Compendio de historia de Panamá — Epoca de la colonia : Capitulo I, Bibliothèque Luis Ángel Arango,‎ 1911 (lire en ligne)
  6. Recopilación de las Leyes de Indias (es), Titulo Quince. De las Audiencias y Chancillerias Reales de las Indias,‎ 1680 (lire en ligne)
  7. a et b (es) « Compendio de historia de Panamá, Movimientos políticos en las colonias », Bibliothèque Luis Ángel Arango
  8. (es) Congreso de Angostura : libro de actas, Bibliothèque Luis Ángel Arango
  9. (es) Actas del congreso de Cucuta, 1821, sur www.bdigital.unal.edu.co
  10. Academia de Historia de Norte de Santander - Plaque commémorative du Congrès de Cúcuta - Novembre 1982
  11. (es) Constitution de Cúcuta, sur modern-constitutions.de
  12. (es) Acta de independencia del istmo de Panama de 1821
  13. (es) Acta de Independencia de Santiago de Veraguas 1 de diciembre de 1821
  14. a et b (es) Expedición Libertadora Del Perú, Historia Militar El Gran Capitán (enciclopedia.elgrancapitan.org)
  15. (es) Gobierno de don Jose de San Martin, www.gobiernosdelperu.com
  16. (es) Gonzalo Bulnes, Ultimas campañas de la independencia del Perú (1822-1826)
  17. (es) Estalla movimiento de « La Cosiata », www.pgr.gob.ve
  18. a et b (es) Convención de Ocaña, sur www.ufpso.edu.co
  19. (es) Constitución para la Confederación Granadina de 1858, Bibliothèque virtuelle Miguel de Cervantès

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]