Histoire des représentations

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'histoire des représentations peut être décrite comme une version moderne, quelque peu « désabusée », moins naïve et plus modeste, de l'histoire des mentalités. On y étudie toujours les mentalités, les sensibilités et l'imaginaire collectif des hommes et des femmes du passé, mais on est plus prudent et plus sceptique quant à la possibilité d'attribuer des états mentaux à des classes ou des catégories sociales entières, d'appliquer des méthodes quantitatives à l'étude de ces états mentaux, et de découvrir des relations claires et univoques entre les conditions et les positions sociales, d'un côté, et les phénomènes mentaux, de l'autre.

Présentation[modifier | modifier le code]

Les représentations ne sont pas considérées comme un simple reflet « mental » (sorte de superstructure au sens marxiste) de la réalité socio-politique, avec ses luttes et ses conflits d'intérêts et de pouvoir, mais plutôt comme l'espace, le « champ de bataille », où agissent et s'affrontent les acteurs et les partis opposés. Aucune ligne de démarcation claire et nette ne sépare donc la réalité socio-politique (le monde matériel, l'univers des pratiques et de l'action politique) de la perception et de la représentation symbolique ou culturelle (langage, formes artistiques…) de cette réalité. Dans cette optique, l'histoire des représentations a pu être caractérisée comme une histoire culturelle du social (Prost 1997, Chartier 1998).

Il faut signaler l'ambiguïté sémantique concernant l'usage de l'expression représentation / representation en français et en anglais. Certains chercheurs-théoriciens incluent l'étude de l'expression symbolique (textes, artefacts…) des contenus mentaux ou affectifs dans l'histoire des représentations (Ginzburg 1991, Chartier 1998). Gérard Noiriel a observé que les deux signifiés sont lexicalisés différemment en allemand, Vorstellung désignant le contenu mental, Darstellung, son expression symbolique, et que la polysémie du mot français peut prêter à une certaine confusion (Noiriel 1998, p. 146). Il faut également signaler l'ambivalence sémantique de cette étiquette entre le domaine mental et le visuel, ce qui permet, et partiellement provoque, un glissement de la définition théorique, qui se réfère aux représentations ou « imagines » mentales, à ses applications dans les pratiques de recherches de plus en plus penchées sur les images matérielles. Ce glissement est caractéristique, par exemple, du domaine des études médiévales où, au cours des dernières décennies, on a assisté à la rencontre fructueuse entre « histoire des représentations » et « anthropologie des images ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain Boureau, « La compétence inductive. Un modèle d'analyse des représentations rares », dans Bernard Lepetit (dir.), Les formes de l'expérience. Une autre histoire sociale, Albin Michel, Paris, 1995, pp. 23-38.
  • Elisa Brilli, « L'essor des images et l'eclipse du littéraire. Notes sur l'histoire et sur les pratiques de l'histoire des représentations», dans Faire l'anthropologie historique du Moyen Age, éd. par E. Brilli, B. Dufal, P.-O- Dittmar, num. mon. de l'"Atelier du Centre des Recherches Historiques", 7/2010. En ligne: http://acrh.revues.org/index2028.html.
  • Roger Chartier, « Le monde comme représentation », dans Roger Chartier, Au bord de la falaise. L'histoire entre certitudes et inquiétude, Albin Michel, Paris, 1998, pp. 67-86.
  • Alain Corbin, « Le vertige des foisonnements, esquisse panoramique d'une histoire sans nom », dans Revue d'histoire moderne et contemporaine, 39/1 (1992), pp. 103-126.
  • Ute Daniel, Kompendium Kulturgeschichte, Suhrkamp, Frankfurt a. M., 2002.
  • Jean-François Dortier, « L'univers des représentations ou l'imaginaire de la grenouille », dans Sciences humaines, 128 (2002), pp. 24-31 et 39 (bibliographie).
  • Carlo Ginzburg, « Représentation: le mot, l'idée, la chose », dans Annales. Economies Sociétés Civilisations, 46/6 (1991), pp. 1219-1234.
  • Gérard Noiriel, Qu'est-ce que l'histoire contemporaine, Hachette, Paris, 1998.
  • Philippe Poirrier, Les enjeux de l'histoire culturelle, Paris, Seuil, 2004.
  • Antoine Prost, « Sociale et culturelle indissociablement », dans Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli (dir.), Pour une histoire culturelle, Seuil, Paris, 1997, pp. 131-146.
  • Paul Ricoeur, La mémoire, l'histoire, l'oubli, Seuil, Paris, 2000, pp. 238-253.
  • Michel Vovelle, « Histoire et représentations », dans Jean-Claude Ruano-Borbalan (dir.), L'histoire aujourd'hui. Nouveaux objets de recherche. Courants et débats. Le métier d'historien, Sciences humaines Editions, Auxerre, 1999, pp. 45-49.

Liens externes[modifier | modifier le code]