La Guerre du Péloponnèse

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Manuscrit de La Guerre du Péloponnèse de Thucydide du Xéme siècle.

La Guerre du Péloponnèse de Thucydide est généralement considérée comme la première œuvre constituant un récit historique fidèle et rigoureux.

L’œuvre relate en huit livres les vingt premières années de la guerre du Péloponnèse (431-411) et reste inachevée. C'est Xénophon, dans les deux premiers livres de ses Helléniques, qui poursuivra le récit de cette guerre jusqu'à la défaite d'Athènes en -404. Cette guerre opposa la ligue du Péloponnèse (dirigée par Sparte) à la ligue de Délos, menée par Athènes.

Thucydide est un général athénien qui a servi durant le conflit, et n'ayant pu empêcher la prise d'Amphipolis (-424), il dut se résoudre à l'exil. Le texte a ainsi sans doute été écrit en majeure partie durant son exil même s'il semble en avoir eu le projet dès -431. La mort de Thucydide, quelques années après son retour d'exil en -404, explique l'aspect inachevé de l'œuvre. Son projet est de transmettre aux générations suivantes un témoignage de ce qu'il pressent être un conflit majeur. Cette œuvre est très largement considérée comme un classique, « un chef d'œuvre de compréhension historique »[1].

Les analystes de l’œuvre se séparent généralement en deux camps. D'un côté, on trouve ceux qui considèrent cette œuvre comme objective et scientifique du point de vue historique. Cette opinion traditionnelle se retrouve par exemple chez J. B. Bury qui considère que l'ouvrage est « sévère dans son détachement, écrit à partir d'un point de vue purement intellectuel, débarrassé des platitudes et des jugements moraux, froid et critique »[2].

Une autre interprétation s'est développée plus récemment. Elle défend l'idée selon laquelle La Guerre du Péloponnèse est mieux comprise si on voit en elle une œuvre littéraire plutôt qu'une retranscription objective du passé. Cette hypothèse est mise en avant par W. R. Connor, qui décrit Thucydide comme « un auteur qui entre en réaction avec son matériau, le sélectionne et l'arrange habilement, qui développe son potentiel symbolique et émotionnel. »[3] Mais ces deux analyses peuvent facilement se rejoindre et permettent de mieux saisir les tensions internes d'un ouvrage qui, comme le remarque Pierre Vidal-Naquet, par son attachement à la raison, met aussi en lumière la force de la déraison dans l'histoire[4].

Organisation et sujet des livres[modifier | modifier le code]

L'une des meilleures spécialistes françaises de Thucydide était certainement Jacqueline de Romilly, morte en 2010, dont la traduction aux éditions des Belles-Lettres est une référence. Nous retrouvons dans son introduction de l' Histoire de La guerre du Peloponnèse [5], ainsi que dans Le Monde Grec Antique[6], un bref résumé des huit livres. Ceux-ci sont organisés de la manière suivante :

Livre I : Introduction[modifier | modifier le code]

L'une des grandes nouveautés de l'analyse historique de Thucydide, c'est qu'il recherche la cause des événements. Son premier livre essaye d'exposer les éléments déclencheurs de cette guerre. Les Anciens l'ont souvent dit, les ambitions de Périclès seraient la cause principale de la guerre. Mais malgré le discours de celui-ci à la fin du livre I, qui est un véritable appel à la guerre, Thucydide rapporte les incidents de Corcyre et de Potidée qui font partie des multiples causes de l'embrasement. Mais notre inventeur de l'histoire remonte beaucoup plus loin à « la cause la plus vraie et aussi la moins avouée : c'est à mon sens que les Athéniens, en s'accroissant, donnèrent de l'appréhension aux Lacédémoniens, les contraignant ainsi à la guerre. » [7]. Et pour Thucydide il ne fait aucun doute que c'est l'impérialisme Athénien la véritable explication de cette guerre.

Livre II : -431/-429, Peste d'Athènes[modifier | modifier le code]

Le récit des trois premières années de guerre commence avec l'affaire de Platées, cité qui rompt définitivement le pacte de paix de trente ans entre Sparte et Athènes. Le saccage de l'Attique par les Spartiates va désormais se faire chaque année. Face à cela, la stratégie de Périclès, dite des Longs Murs (abandon des terres à l'exception des villes et dominations de toute la mer), va avoir du mal à être acceptée par les Athéniens. Il sera tout de même réélu. A mi-livre, se trouve son célèbre discours, dit de l'oraison funèbre, dans laquelle il explique sa vision de l'empire et l'éloge de la vie athénienne. En revanche, l'entassement de la population derrière les longs murs sera sans doute la cause de la peste qui va ravager Athènes, tuer leur chef prestigieux Périclès et rendre malade mais épargner notre auteur (Thucydide). Ce dernier porte d'ailleurs une réelle admiration à la politique menée par Périclès, politique qui ne fut pas poursuivie, ce qui,selon lui, fut cause de la défaite. Après quelques descriptions des escarmouches dans le Nord (Platées, Arcanie, etc.), l'explication de la supériorité athénienne sur mer nous est démontrée par les batailles de Patrai et Naucpacte. Les Péloponnésiens ont compris la stratégie athénienne et essayent d'attaquer le Pirée sans succès.

Livre III : -428/-426, Sac de Mytilène[modifier | modifier le code]

Les trois années suivantes avec la révolte de Mytilène et sa mise au pas par une politique de clérouquie (partage des terres entre les citoyens athéniens, comme si c'était une colonie) expliquent les problèmes de la domination athénienne mal supportée par des alliés aux ordres. Les désordres des différentes villes (Platées, Corcyre) montrent une direction de plus en plus affirmée de guerre totale, fratricide et idéologique.

Livre IV : -425/-422, Bataille de Sphactérie[modifier | modifier le code]

L'installation des Athéniens à Pylos et leur victoire sur les Spartiates à Sphactérie auraient pu conclure cette guerre par une paix des braves. Mais la volonté d'Athènes fait échouer tout traité, et on voit poindre ses ambitions sur la Sicile. Le développement de l'empire athénien est ainsi dénoncé par le discours du syracusain Hermocrate, ainsi que par le béotien Pagondas. La réponse lacédémonienne de Brasidas consistant à s'attaquer aux ressources économiques d'Athènes en Thrace (Amphipolis) amène la paix et l'exil de Thucydide, en stratège vaincu.

Livre V : -422/-416, Paix de Nicias[modifier | modifier le code]

Les adversaires, épuisés, signent une trêve d'un an pour essayer de trouver un arrangement de paix. Cléon, stratège athénien, meurt en voulant reprendre Amphipolis défendue par Brasidas, qui réussit à la sauver au prix de sa vie. Enfin en -421 une paix est conclue entre les belligérants. Elle est appelée paix de Nicias, du nom du nouveau stratège athénien, qui réussit à la faire adopter par Pleistoanax roi de Sparte. Toutefois, Thèbes et Corinthe ne ratifient pas ce traité. Alcibiade est élu stratège. Différentes escarmouches ont lieu à propos d'Argos, mais Nicias partisan de la paix est réélu en -418.

Livre VI : -415/-413, Début de l'Expédition de Sicile[modifier | modifier le code]

Ce livre décrit l'état de la Sicile, et expose les opinions divergentes de Nicias et d'Alcibiade sur la nécessité d'une intervention dans cette île lointaine. L'assemblée vote l'intervention d'une flotte importante, avec Alcibiade, Nicias et Lachamos comme stratèges. L'affaire de la mutilation des statues d'Hermès met en cause Alcibiade qui vogue vers la Sicile. Une atmosphère de délation et de divergences entre stratèges a pour conséquence la fuite d'Alcibiade à Sparte. Ses conseils aux Spartiates de ravager l'Attique à partir de la Décélie et d'envoyer le général lacédémonien Gylippe en Sicile eurent des conséquences dévastatrices pour Athènes.

Livre VII : -413, Fin de l'expédition[modifier | modifier le code]

Le siège de Syracuse par les Athéniens est un échec et les Syracusains obtiennent la victoire maritime à Plemyrion. Malgré les renforts Athéniens apportés par Démosthénés, la bataille des Epipoles est perdue, la flotte est décimée, les troupes d'Athènes sont harcelées, les deux stratèges Nicias et Démosthénés y perdent la vie.

Livre VIII : -412/-411, Retour d'Alcibiade[modifier | modifier le code]

Les combattants d'Athènes essayent de reconstituer une flotte à Samos. Mais le coup d'état des Quatre-cents à Athènes affaiblit les démocrates de Samos. Ces derniers refont appel à Alcibiade, qui les aide à recouvrer la démocratie en libérant la route de l'Hellespont avec la nouvelle flotte.

Le récit s'achève ainsi en -411, au milieu d'une phrase. La fin de la guerre du Péloponnèse, de 411 à 404 av. J.-C., sera écrite par un grand admirateur de Thucydide, Xénophon, dans les Helléniques.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Ressources en ligne[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Denis Roussel in Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, Folio, Classique, Paris, 2000, p. VIII.
  2. (en) J.B. Bury : "[The book is] severe in its detachment, written from a purely intellectual point of view, unencumbered with platitudes and moral judgements, cold and critical." J.B. Bury, History of Greece, 4th ed., (New York 1975), p. 252.
  3. (en) « [A]n artist who responds to, selects and skillfully arranges his material, and develops its symbolic and emotional potential. » in W.R. Connor, Thucydides, (Princeton 1984), pp. 231-232.
  4. Pierre Vidal-Naquet, "Raison et déraison dans l'histoire", in Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, Folio, Classique, Paris, 2000, pp. 5-30.
  5. Thucydide, Histoire de la Guerre du Péloponnèse, Bouquins, Robert Laffont, Paris, 1990, p. 141.
  6. Le Monde grec antique » M-C. Amouretti F.Ruzé, Hachette Supérieur, 2008, p. 189.
  7. Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, Livre I XXIII 6