La Guerre du Péloponnèse

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Manuscrit de La Guerre du Péloponnèse du Xe siècle

La Guerre du Péloponnèse, ou Histoire de la guerre du Péloponnèse (en grec ancien : Ἱστορία τοῦ Πελοποννησιακοῦ Πολέμου) est un ouvrage écrit à la fin du Ve siècle av. J.-C. par l'historien athénien Thucydide et qui raconte la guerre du Péloponnèse opposant la ligue du Péloponnèse, dirigée par Sparte, à la ligue de Délos, menée par Athènes ; il est généralement considéré comme la première œuvre constituant un récit historique fidèle et rigoureux.

L’œuvre relate en huit livres les vingt premières années de la guerre du Péloponnèse (431-411) et reste inachevée, probablement à cause de la mort de l'auteur vers 399[1]. Trois continuations sont composées au IVe siècle av. J.-C. pour poursuivre le récit de cette guerre jusqu'à la défaite d'Athènes en 404 : celles de Théopompe et de Cratippe ne nous sont pas parvenues, à l'inverse des deux premiers livres des Helléniques de Xénophon.

Thucydide est un général athénien qui a servi durant le conflit ; n'ayant pu empêcher la prise d'Amphipolis (424), il doit se résoudre à l'exil. Le texte a ainsi sans doute été écrit en majeure partie durant son exil même s'il semble en avoir eu le projet dès 431. Son projet est de transmettre aux générations suivantes un témoignage de ce qu'il pressent être un conflit majeur. Cette œuvre est très largement considérée comme un classique, « un chef d'œuvre de compréhension historique [2]».

Organisation et sujet des livres[modifier | modifier le code]

L'une des meilleures spécialistes françaises de Thucydide était certainement Jacqueline de Romilly, morte en 2010, dont la traduction aux éditions des Belles-Lettres est une référence. Nous retrouvons dans son introduction de l' Histoire de La guerre du Peloponnèse [3], ainsi que dans Le Monde Grec Antique[4], un bref résumé des huit livres. Ceux-ci sont organisés de la manière suivante :

Les alliances à la veille de la guerre du Pélopponèse (431)

Livre I : les causes de la guerre[modifier | modifier le code]

L'une des grandes nouveautés de l'analyse historique de Thucydide, c'est qu'il recherche la cause des événements. Son premier livre essaye d'exposer les causes directes et les causes profondes à l'origine du conflit.

Après une introduction présentant l'objet de l'ouvrage, s'ouvre une partie traditionnellement appelée l'« Archéologie » (§ 2-21) qui résume l'histoire grecque depuis les origines jusqu'au début des guerres médiques (490). Après quelques considérations méthodologiques puis générales (§22-23), Thucydide détaille les deux causes directes qui ont déclenché la guerre : l'affaire de Corcyre (435 - 433, § 24-55), qui voit cette cité indépendante passer dans le camp athénien suite à la guerre civile d'Épidamne ; et l'affaire de Potidée (432 - 429, § 56-66), colonie corinthienne membre de la Ligue de Délos, qui décide de faire défection et est assiégée par Athènes. S'ensuit le débat à l'issue duquel les Spartiates décident la guerre (§ 67-88). Thucydide ouvre alors une longue parenthèse, appelée « Pentékontaétie » (§89-118), sur la période de cinquante ans qui, depuis la fin des guerres médiques, a permis à Athènes de se constituer un empire. Il s'agit ici pour l'historien de « la cause la plus vraie [et] aussi la moins avouée [de la guerre] : c'est à mon sens que les Athéniens, en s'accroissant, donnèrent de l'appréhension aux Lacédémoniens, les contraignant ainsi à la guerre[5]. » Pour Thucydide, c'est l'impérialisme athénien qui est la cause profonde de cette guerre. Les alliés des Spartiates votent à leur tour la guerre, et les revendications des uns et des autres conduisent à la rupture des négociations (§ 119-139). Le livre se finit sur le discours de Périclès qui convainc les Athéniens d'entrer en guerre (§ 140-146).

Livre II : 431 - 429, peste d'Athènes[modifier | modifier le code]

Le récit des trois premières années de guerre commence avec l'affaire de Platées (431), alliée d'Athènes attaquée par les Thébains (§ 1-6). Après quelques remarques sur les préparatifs de la guerre (§ 7-9), Thucydide raconte la première invasion de l'Attique par les Spartiates, qui se fera désormais chaque année, puis divers événements mineurs (§ 10-33). Face à cela, la stratégie de Périclès, dite des Longs Murs (abandonnant la campagne au pillage, les habitants se réfugient à l'intérieur de la ville), est difficilement acceptée par les Athéniens, ce qui n'empêche pas sa réélection comme stratège. Il prononce ensuite une oraison funèbre en l'honneur des premiers morts de la guerre, dans laquelle il rappelle les valeurs athéniennes (§ 34-46).

La deuxième année de la guerre (430) voit une nouvelle invasion lacédémonienne de l'Attique ; la population athénienne, entassée dans la ville et derrière les Longs Murs, connaît alors une épidémie dévastatrice appelée peste d'Athènes (peut-être le typhus), qui tue Périclès et contamine Thucydide, qui en réchappe (§ 47-70). Diverses opérations occupent l'année suivante (429) à Platées, en Thrace, en Acarnanie et en Macédoine, jusqu'aux deux victoires navales athéniennes à Patras et Naupacte qui montrent la supériorité intacte d'Athènes sur mer (§ 71-103).

Livre III : 428 - 426, sac de Mytilène[modifier | modifier le code]

La domination athénienne est mal supportée par des alliés aux ordres. En 428, Mytilène et toutes les cités de Lesbos à l'exception de Méthymne quittent la ligue de Délos et demandent de l'aide à Sparte (§ 1-19), mais les Athèniens assiègent et reprennent la ville l'année suivante, et y installent des clérouques (§ 25-50). Après trois années de siège et malgré une résistance héroïque (§ 20-24), Platées est conquise par les Péloponnésiens en 427 (§ 51-68). Les désordres dans différentes villes (guerre civile à Corcyre, intégration de la Sicile dans la guerre, mouvements en Étolie et en Locride) montrent une direction de plus en plus affirmée de guerre totale, fratricide et idéologique (§ 69-116).

Livre IV : 425 - 422, bataille de Sphactérie[modifier | modifier le code]

L'installation des Athéniens à Pylos et leur victoire sur les Spartiates lors de la bataille de Sphactérie auraient pu conclure cette guerre par une paix des braves, mais la volonté d'Athènes fait échouer tout traité (§ 1-23 et 26-41). On voit poindre ses ambitions sur la Sicile (§24-25). La guerre se poursuit sur différents théâtres : en Corinthie (§ 42-45) ; à Corcyre, où les atrocités continuent (§ 46-49) ; en Sicile, où une trève est conclue, après le discours d'Hermocrate contre le développement de l'empire athénien (§ 50-65) ; à Mégare, en Asie mineure et en Béotie (§ 66-77 et 133-135) ; et à Délion, où les Athéniens sont battus par les Béotiens (§ 89-101). Thucydide s'attarde plus longuement sur la Thrace (§ 78-88 ; 102-116 et 120-132) où se battent deux partisans de la guerre, Cléon pour Athènes et Brasidas pour Sparte ; Thucydide lui-même est vaincu à Amphipolis et exilé. Les modérés de Sparte, qui veulent récupérer leurs otages de Sphactérie, et d'Athènes, qui craignent de nouvelles défaites en Thrace, entrent en négociations et signent un armistice d'un an (§ 117-119).

Livre V : 422 - 416, paix de Nicias[modifier | modifier le code]

Un an plus tard, en 422, alors que Cléon et Brasidas meurent en Thrace (§ 1-12), Athéniens et Spartiates négocient un traité de paix (§ 13-24). Mais Thucydide insiste sur la continuité qui lie les dix années de guerre qui s'achèvent aux huit années qui attendent encore les deux cités entre 412 et 404 : la paix de Nicias n'est qu'une pause dans le conflit (§ 25-26). Pour contrer le pouvoir de Sparte dans le Péloponnèse, Argos tente de fédérer une alliance, que les Athéniens acceptent de rejoindre, mais de manière uniquement défensive (§ 27-52). Mais après avoir envahi le territoire d'Épidaure, Argos est à son tour envahie par Sparte ; les deux armées s'affrontent à la bataille de Mantinée, la plus importante de la guerre ; Argos est vaincue, se dote d'une oligarchie et signe une alliance avec Sparte (§ 53-81). En 416, Athènes veut soumettre Mélos, cité neutre mais d'origine spartiate, qui se conclut par une victoire athénienne ; mais avant l'affrontement, Thucydide met en scène le seul dialogue du texte, dit dialogue mélien, où la loi du plus fort des Athéniens s'oppose à l'appel à la justice des Méliens (§ 82-116).

Livre VI : 415 - 413, début de l'expédition de Sicile[modifier | modifier le code]

Ce livre décrit l'état de la Sicile, et expose les opinions divergentes de Nicias et d'Alcibiade sur la nécessité d'une intervention dans cette île lointaine. L'assemblée vote l'intervention d'une flotte importante, avec Alcibiade, Nicias et Lachamos comme stratèges. L'affaire de la mutilation des statues d'Hermès met en cause Alcibiade qui vogue vers la Sicile. Une atmosphère de délation et de divergences entre stratèges a pour conséquence la fuite d'Alcibiade à Sparte. Ses conseils aux Spartiates de ravager l'Attique à partir de la Décélie et d'envoyer le général lacédémonien Gylippe en Sicile eurent des conséquences dévastatrices pour Athènes.

Livre VII : 413, fin de l'expédition[modifier | modifier le code]

Le siège de Syracuse par les Athéniens est un échec et les Syracusains obtiennent la victoire maritime à Plemyrion. Malgré les renforts Athéniens apportés par Démosthénés, la bataille des Epipoles est perdue, la flotte est décimée, les troupes d'Athènes sont harcelées, les deux stratèges Nicias et Démosthénés y perdent la vie.

Livre VIII : 412 - 411, retour d'Alcibiade[modifier | modifier le code]

Les combattants d'Athènes essayent de reconstituer une flotte à Samos. Mais le coup d'état des Quatre-cents à Athènes affaiblit les démocrates de Samos. Ces derniers refont appel à Alcibiade, qui les aide à recouvrer la démocratie en libérant la route de l'Hellespont avec la nouvelle flotte.

Analyse[modifier | modifier le code]

Les analystes de l’œuvre se séparent généralement en deux camps. D'un côté, on trouve ceux qui considèrent cette œuvre comme objective et scientifique du point de vue historique. Cette opinion traditionnelle se retrouve par exemple chez J. B. Bury qui considère que l'ouvrage est « sévère dans son détachement, écrit à partir d'un point de vue purement intellectuel, débarrassé des platitudes et des jugements moraux, froid et critique »[6].

Une autre interprétation s'est développée plus récemment. Elle défend l'idée selon laquelle La Guerre du Péloponnèse est mieux comprise si on voit en elle une œuvre littéraire plutôt qu'une retranscription objective du passé. Cette hypothèse est mise en avant par W. R. Connor, qui décrit Thucydide comme « un auteur qui entre en réaction avec son matériau, le sélectionne et l'arrange habilement, qui développe son potentiel symbolique et émotionnel. »[7] Mais ces deux analyses peuvent facilement se rejoindre et permettent de mieux saisir les tensions internes d'un ouvrage qui, comme le remarque Pierre Vidal-Naquet, par son attachement à la raison, met aussi en lumière la force de la déraison dans l'histoire[8].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Romilly 1990, p. 147
  2. Denis Roussel in Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, Folio, Classique, Paris, 2000, p. VIII.
  3. Thucydide, Histoire de la Guerre du Péloponnèse, Bouquins, Robert Laffont, Paris, 1990, p. 141.
  4. Le Monde grec antique » M-C. Amouretti F.Ruzé, Hachette Supérieur, 2008, p. 189.
  5. La Guerre du Péloponnèse, I, 23, 6
  6. (en) J.B. Bury : "[The book is] severe in its detachment, written from a purely intellectual point of view, unencumbered with platitudes and moral judgements, cold and critical." J.B. Bury, History of Greece, 4th ed., (New York 1975), p. 252.
  7. (en) « [A]n artist who responds to, selects and skillfully arranges his material, and develops its symbolic and emotional potential. » in W.R. Connor, Thucydides, (Princeton 1984), pp. 231-232.
  8. Pierre Vidal-Naquet, "Raison et déraison dans l'histoire", in Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, Folio, Classique, Paris, 2000, pp. 5-30.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Thucydide, Jacqueline de Romilly (introduction, traduction des livres I, II et IV à VII), Raymond Weil (traduction des livres III et VIII) et Louis Bodin (traduction des livres VI et VII), Histoire de la guerre du Péoloponnèse, Paris, Robert Laffont,‎ 1990

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Ressources en ligne[modifier | modifier le code]