Histoire de la caféiculture

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Fleur de caféier robusta

Le caféier est probablement originaire d'Éthiopie, de la province de Kaffa. La légende la plus répandue veut qu'un berger d'Abyssinie ait remarqué l'effet tonifiant de cet arbuste sur les chèvres qui en avaient consommé. Sa culture se répand dans l'Arabie voisine, où sa popularité a profité de la prohibition de l'alcool par l'islam. Il est alors appelé K'hawah, qui signifie revigorant.

La rareté du café l'a rendu cher en Europe jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, quand sa culture s'est développée dans les possessions hollandaises puis françaises, auxquelles ont succédé l'avènement des grands producteurs cubain et brésilien au XIXe siècle. La culture du café fut la cause de l'importation massive d'esclaves dans les quatre zones qui ont successivement dominé le marché mondial, La Réunion de 1725 à 1760, Saint-Domingue de 1760 à 1795, Cuba de 1800 à 1830 et le Brésil depuis.

Un essor dans tout le monde arabe, puis en Europe[modifier | modifier le code]

L'usage du café était très ancien en Abyssinie. Shehabeddin Ben[1] dit qu'on l'employait depuis un temps immémorial. L'usage ne s'est pas propagé lors des croisades, car les croisés n'en eurent pas connaissance. Le célèbre médecin Ebn Baithar, qui parcourut le nord de l'Afrique et la Syrie au début de l'ère chrétienne, n'en dit pas un mot[2].

Les musulmans introduisent le café en Perse, Égypte, Afrique du Nord et en Turquie, où le premier café, Kiva Han, ouvre en 1475 à Istanbul. La consommation prit son essor dans tout le monde arabe. On dénombre un millier de cafés au Caire en 1630.

Le café arrive en Europe aux alentours de 1600, via les marchands vénitiens. On conseille à Clément VIII de l'interdire car il représente une menace d'infidèles. Après l'avoir goûtée, le pape baptise au contraire la nouvelle boisson, déclarant que la laisser aux seuls infidèles serait dommage[3]. Son usage ne pénétra l'Europe occidentale qu'au dernier quart du XVIIe siècle. Jugées chères, les fèves d'Arabie reçurent le nom de café de Moka, port de la mer Rouge qui les exportait, via Suez et Alexandrie. Des navires de Venise, Gênes ou Marseille les distribuaient dans toute l'Europe.

Dans les années 1650, des « cafés » ouvrent à Oxford et à Londres. Les philosophes et lettrés s'y retrouvent, autour de pamphlets et libelles. Les idées libérales s'y épanouissent. En 1676, ils sont brièvement interdits pour cause de crime de lèse-majesté contre le roi Charles II. Les réactions sont vives, l'édit de fermeture doit être révoqué. On compte plus de deux mille cafés en 1700 au Royaume-Uni, en pleine Révolution financière britannique. La célèbre compagnie d'assurances Lloyd's of London[4] est à l'origine un café fondé en 1688 : le Lloyd's Coffee House. La Bourse de Londres, dans sa version moderne, naît aussi dans un café, le célèbre Jonathan's Coffee-House, où se retrouvent les courtiers hollandais. Le huguenot John Castaing y publie la première liste d'actions de l'histoire des bourses de valeurs.

Les hollandais diffusent le moka dans les plantations d'Asie[modifier | modifier le code]

Jean de Thévenot introduit le breuvage à Paris, au café Procope en 1686. On y invente une nouvelle manière de le préparer : en faisant percoler de l'eau chaude dans le café retenu par un filtre. Un monopole est consenti par le roi en 1692 à maître François Damame, bourgeois de Paris. Le café reste cher, même si la culture du moka est étendue par les Hollandais à Ceylan en 1658 et à Java en 1696[5].

Nicolas Witsen[6], directeur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales et fondateur du jardin botanique d'Amsterdam[7], a acclimaté le café d'Éthiopie en Indonésie, à Batavia en 1690[8], démarche qui sera entreprise aussi en 1718 au Suriname.

Marseille a le monopole de ce négoce en France, qui donne les plus beaux bénéfices. Mais au siècle suivant survint la concurrence redoutable d'une Compagnie de commerce de Saint-Malo partie chercher directement les cafés d'Arabie en mer Rouge, en doublant le cap de Bonne-Espérance[9].

Les expéditions de Moka et l'implantation réussie à la Réunion[modifier | modifier le code]

Les corsaires malouins organisent, entre 1708 et 1715, trois « expéditions de Moka », en contournant l'Afrique. La première leur permit de ramener 1 500 tonnes de café à Saint-Malo. En 1712, la France et la Hollande préparent la paix qui sera signée lors des Traités d'Utrecht (1713). Le bourgmestre d'Amsterdam De Brancas, successeur de Nicolas Witsen, offre à Louis XIV un pied de café, qui meurt rapidement[10]. Les Hollandais lui en envoient un second en 1714. Le roi de France le fait soigner dans son jardin de Marly-le-Roi. Il demande à Guillaume Dufresne d'Arsel de participer à la deuxième des expéditions de Moka, pour lui en ramener d'autres[11]. Antoine de Jussieu[2], professeur aux serres du "Jardin du Roi", futur Jardin des plantes de Paris, publie en 1713 une description intéressante de la plante dans les Mémoires de l'Académie des sciences. Avant de mourir, Louis XIV multiplie les pieds de caféier dans ses serres.

La Cour de Paris ayant apprécié le goût du café, la Compagnie des Indes orientales charge Guillaume Dufresne d'Arsel d’implanter à La Réunion des plants de moka, via la troisième des expéditions de Moka. Il reçoit l'ordre royal par le navire L'Auguste de M. de la Boissière, le 27 juin 1715[12],[13]. Dès septembre 1715, six plants de Moka, offerts cette fois par le sultan du Yémen, sont ensemencés à Saint-Paul de la Réunion, sous l'autorité du gouverneur de la Réunion Antoine Desforges-Boucher. La Compagnie des Indes orientales organise la production, l'achat de graines, construit des greniers et des routes. Elle offre des concessions gratuites à tout colon de 15 à 60 acceptant d'entretenir 100 plants de café.

L'île de la Réunion manque en effet de la main-d'œuvre suffisante. En 1704, elle ne compte que 734 habitants et il faut attendre 1754 pour atteindre 17 000, après le recours à la traite négrière. Le café n'est cultivé en quantités importante qu'à partir de 1726. Dans une lettre au ministre de la Marine du 27 avril 1728, le gouverneur de la Réunion Pierre-Benoît Dumas s'enthousiasme : « On ne peut rien voir de plus beau que les plantations de café qui se multiplient à l'infini. Cette île sera dans peu capable d'en fournir au-delà de la consommation du royaume ».

En 1735, l'exportation de café Bourbon atteint 100 000 livres annuelles, puis passe à 2,5 millions de livres en 1744. En plus d'inonder l'Europe, il offre désormais sa « variété Bourbon », ou Bourbon pointu, jugée la meilleure au monde. L'île « accueille » parallèlement 1 500 esclaves par an.

Surinam en 1718, Martinique en 1723 et Guyane en 1725, trois échecs[modifier | modifier le code]

Les premiers caféiers d'Amérique furent introduits au Suriname par les Hollandais, en 1718. En 1720, le capitaine d'infanterie Gabriel de Clieu est autorisé à revenir dans son île de la Martinique avec deux des quatre plants d'Amsterdam[14]. Après un voyage épouvantable, un seul plant arrive à destination. Dix-huit mois plus tard, un kilogramme de cerises est récolté, puis replanté à la Guadeloupe et à Saint-Domingue. Cependant, l'île n'en compte toujours que 200 pieds en 1726, selon les écrits du père Labat[15]. Le 7 novembre 1727, une terrible tempête détruit les cacaoyers, ce qui donne des terres disponibles pour les caféiers, qui n'auront cependant pas la même expansion que sur l'île de la Réunion.

Le succès n'est pas non plus au rendez-vous en Guyane. François de La Motte-Aigron, lieutenant du roi et gouverneur de Cayenne par intérim entre 1720 et 1722 se rend pourtant au Suriname en 1725, où il obtient des pieds de café en cachette[2], puis en plante mille à douze cents pieds dans ses habitations[15]. La culture du café s'étend ainsi à la Guyane, puis à la Guadeloupe et à Saint-Domingue. Elle gagne les colonies espagnoles, dont Cuba le Mexique et l'Amérique centrale, entre 1748 et 1790, période au cours de laquelle la révolution du café de Saint-Domingue laisse cependant peu de place aux autres pays sur le marché mondial.

Saint-Domingue contrôle la moitié de l'offre mondiale en 1789[modifier | modifier le code]

L'empire colonial français vécut une « révolution du café de Saint-Domingue » entre 1755 et 1789, trois décennies qui virent sa production multipliée par onze, passant de 7 à 77 millions de livres[16],[16]. Au cours de la seule année 1789, la production augmente de 15 %[17], pour atteindre la moitié de l'offre mondiale de café. L'explosion de la production s'effectue entièrement grâce défrichements successifs de nouvelles terres, car au cours de la même période, de 1763 à 1789, la production sucrière de Saint-Domingue a doublé, pour atteindre 40 % de l'offre mondiale[16]. Dans la partie plus centrale de Saint-Domingue, proche de la frontière de l'empire espagnol, les colons français vendent leurs plantations de sucre aux Espagnols après la guerre de Sept Ans. L'argent est recyclé pour acheter de nouvelles terres, moins chères car plus escarpées[18]. Ils défrichent le sommet des montagnes pour planter massivement des caféiers, ce qui appauvrit progressivement les sols et favorise le ruissellement[19].

L'engouement pour le café fait exploser les chiffres de la traite négrière, dont une partie est masquée pour des raisons fiscales. Saint-Domingue importe 28 000 esclaves par an, au cours des cinq années précédant la Révolution française, deux fois plus que pendant la période 1766-1771[20]. L'exportation de coton de Saint-Domingue augmente également d'un tiers[18]. Pour faire à la demande, Saint-Domingue importe de nombreux esclaves prisonniers de guerre du Congo, même s'ils sont réputés plus durs à maîtriser.

En 1789, sur 39 000 tonnes de café importé en France, les 5/6, soit 34 000 viennent de Saint-Domingue, dont la production caféière rapporte presque autant que celle du sucre[16]. Calculée en quintaux, la production caféière de Saint-Domingue atteint 950 000, soit 95 000 tonnes. Elle est majoritairement réexportée, en Europe mais aussi en Orient. À Marseille, 90 % du café réexporté part en Turquie[20].

La Jamaïque et Ceylan, les deux échecs britanniques[modifier | modifier le code]

En 1789, les Antilles françaises sont à leur apogée. Elles rapportent 8 millions de sterling par an à la France, soit la moitié de ses exportations totales et 25 % de plus que ce que les Antilles anglaises exporteront dix ans plus tard, en comblant une partie du vide causé par la Révolution haïtienne. La plupart des planteurs de Saint-Domingue fuient les massacres et expropriations pour s'installer en Louisiane, à Cuba et à la Jamaïque. Cette dernière connaît le café depuis 1728, l'année où son gouverneur anglais Nicholas Lawes (1652-1731) l'a acclimaté dans l'île. Le gouvernement anglais cherchait alors à activer la production de café, à l'aide d'avantages fiscaux, tout en taxant la culture du sucre, via le Sugar and Molasses Act, car cette dernière a tendance à donner trop de pouvoir aux distilleurs de la capricieuse Nouvelle-Angleterre.

Dopée par l'arrivée de planteurs français, la Jamaïque voit sa production de café passer d'un million de livres en 1789 à 34 millions en 1814, avant de revenir à 17 millions en 1834, en raison de la concurrence cubaine et brésilienne et des dégâts causés par la déforestation massive des zones montagneuses[21].

L'expansion caféière de la Jamaïque est aussi freinée, à partir de 1806, par l'interdiction de la traite négrière sur les territoires anglais. Le prix des esclave flambe, d'autant que beaucoup sont revendus aux planteurs de coton américain, alors en pleine expansion après l'émigration au Brésil de la famille royale portugaise, qui déclenche l'envolée des cours du coton. Le café de Jamaïque se raréfie progressivement. Il restera cependant une appellation recherchée. Situées sur les flancs du Mont-bleu à 2 000 mètres d'altitude, les plantations donnent des cafés d'une qualité exquise, le célèbre Blue Mountain.

Pour faire face aux difficultés de la Jamaïque après 1806, la culture du café fut encouragée dans d'autres colonies anglaises, en particulier à Ceylan. Les caféiers de Ceylan et ceux des Nilgherries[22] appartiennent à ces excellentes variété montagnardes, tout comme ceux de la majeure partie de ceux du Yémen qui, dans leurs vallons élevés, essuient parfois des nuits très froides. Mais ils ne perceront jamais sur le marché mondial. Les caféiers de Ceylan sont en effet ravagés par une maladie et remplacés par des plantations de thé.

Cuba et l'épopée des réfugiés français[modifier | modifier le code]

Cuba vit à son tour aussi une « révolution caféière » : les exportations de café y sont passées de zéro en 1789 à 10 000 tonnes en 1810, puis 20 000 dans les années 1820, le Brésil ne lui prenant sa place de leader mondial qu'en profitant de la très forte croissance économique mondiale des années 1830[23].

Juan Bautista Vaillant Berthier régisseur espagnol de Santiago de Cuba à la fin du XVIIIe siècle organise l'arrivée des réfugiés français de Saint-Domingue à Cuba dans la partie orientale de l'île, alors peu habitée. La culture du café est fortement développée. Prudencio Casamayor fonde en 1800 la plus importante maison de négoce de café de la ville à Santiago de Cuba, qui devient un grand port d'exportation caféière, ainsi qu'une capitale de la piraterie des années 1800 dans la Caraïbe. Le recensement de 1800 dénombre 250 noms français de marins portant un prénom espagnol, dont un « Pedro Lafitta », alias Pierre Lafitte, frère du pirate français Jean Laffite[24].

Les réfugiés français contribuent à une révolution du café à Cuba, sur les hauteurs de Santiago de Cuba, dans la Sierra Maestra. Une estimation de 1807, fait état de 192 exploitations caféières, qui emploient 1676 esclaves pour 4,3 millions de pieds de café[25]. Les plantations de café françaises essaiment aussi vers la côte ouest, entre 1808 et 1810[26]. Beaucoup d'immigrés français viennent alors du Sud-Ouest de la France, en particulier de Bordeaux. Ils s'implantent alors dans le secteur baptisé "Vuelta Abajo", dans la partie occidentale de Cuba, selon l'historien Bernard Lavallé[27]. Ce succès est tellement éclatant qu'il déclenche les émeutes anti-françaises de mars 1809 à Cuba.

Quinquennats 1804-1805 1806-1810 1811-1815 1816-1820 1821-1825 1826-1830 1831-1835 1836-1840 1841-1845 1846-1850 1851-1855 1856-1859
Millions de livres 1,5 4,8 11,5 16 21,7 40 50,1 47 42,2 19,2 13,7 5,1

L'avènement du géant brésilien[modifier | modifier le code]

Le premier caféier du Brésil grandit non loin de Rio de Janeiro, dans un couvent franciscain, qui le présenta en 1774 au vice-roi portugais Marquês do Lavradio, D. Luís de Almeida Portugal Soares de Alarcão d'Eça e Melo Silva Mascarenhas. Les petites plantations caféières se multiplient après 1813 et l'abolition du blocus continental organisé par Napoléon en Europe. En 1817 la première fazenda de café est fondée dans la vallée du Paraíba, où le café enrichit rapidement l'oligarchie rurale et les cités comme Guaratinguetá, Bananal et Pindamonhangaba. La production est écoulée par des convois de mulets vers Rio de Janeiro.

Les arrivées d'esclaves noirs au Brésil culminent à 43 000 par an dans les années 1820. La culture du café en est la principale raison, selon l'étude détaillée de l'historien Herbert S. Klein[28]. De larges exploitations de 300 à 400 esclaves pouvant compter 400 000 à 500 000 pieds de café, avec des coûts de production très bas, qui font baisser les cours mondiaux. Dès 1831, le pays devient le premier producteur mondial de café, fruit qu'il exporte pour la première fois en plus grande quantité que le sucre[28].

La très forte croissance économique mondiale des années 1830 accélère la spéculation foncière. Les défrichages se multiplient. Les années 1840 voient arriver encore 400 000 esclaves au Brésil[29]. Si la vallée du Paraíba est partie la première, 100 000 esclaves y travaillant dans le café en 1860, chiffre qui culmine à 129 000 dans la décennie suivante, la région de Sao Paulo se joint à cette expansion dès les années 1840, lorsqu'elle emploie déjà 25 000 esclaves noirs[28].

À partir de 1860, une répression plus sévère de la Traite négrière et l'appauvrissement des sols affectent la caféiculture, qui se déplace vers les régions d'Itu et Campinas, près de Jundiaí, jusque-là consacrées à la canne à sucre[30]. La production du Brésil fait alors des mouvements d'accordéon : 1,5 million de sacs (le sac de café de 60 kg est l'unité de référence) en 1846[31], puis 2,25 millions en 1854, avant un retour à 1,48 million de sacs en 1864. Puis c'est l'envolée en 1867, l'année de l'ouverture du chemin de fer de la São Paulo Railway, avec 2,65 millions de sacs rien que pour l'exportation, dont 1,43 million en Europe et 1,2 million aux États-Unis. Construit avec des capitaux anglais, ce chemin de fer permit d'écouler le café vers le port de Santos, via Jundiai, São Paulo, et la ville de Paranapiacaba, bâtie pour l'occasion en pleine montagne, avec une reproduction de Big Ben importée d'Angleterre. Un peu avant 1870, la caféiculture atteint les terres rouges et fertiles du Nord-est de São Paulo, près de Ribeirão Preto, où apparaîtront les plus grandes et plus productives fermes de café du monde. Pour y travailler, le gouvernement encourage l'immigration d'italiens, portugais, espagnols et arabes. La production de cette nouvelle région caféière dépasse celle de Rio de Janeiro dès la fin des années 1870[32] Elle bénéficie ensuite de la « politique du café au lait ». Les années 1890 voient sa la population doubler. On y construit la seconde gare de la Luz et les grands édifices de l'avenue Paulista en 1891.

Le café, qui ne représentait que 40 % des exportations du Brésil dans les années 1830 passe à 61,6 % dans les années 1880 puis 64 % dans les années 1890, avant de revenir à 51,3 % dans les années 1900, marquées par une chute des cours. Le caoutchouc devient plus attractif. Il passe de 15 % des exportations brésiliennes dans les années 1890 à 28 % dans les années 1900[33].

L'expansion du XXe siècle : Afrique, Colombie, Indonésie et Viêt Nam[modifier | modifier le code]

La surproduction caféière du Brésil devient manifeste dès 1896, le pays ayant dépassé le seuil de 22 millions de sacs[34]. En 1903, l'État de Sao Paulo fixe des taxes prohibitives sur les nouvelles exploitations caféières[29]. En février 1906, l'accord de Taubaté prévoit un effort de stockage, la promotion commerciale dans le monde et la lutte contre les ersatz. Réalisé sous l'égide de l'État de Sao Paulo, il est financé par une taxe de 3 francs par sac de café et un emprunt de 15 millions de sterling auprès de banques françaises et allemandes, en raison des réticences de la Banque Rothschild, principal créancier du Brésil depuis l'indépendance brésilienne. Le négociant allemand Théodore Wille le soutient, en échange d'un droit de regard sur l'état des stocks. Dans les quatre années qui suivent, 8 millions de sacs de café sont retirés du marché. Deux autres « plans de rétention » sont lancés, en 1917 puis en 1921, financés cette fois par la planche billet. Dans les trois cas, les cours du café se reprennent, à la grande surprise des économistes, comme le constate Georges Clemenceau, en visite au Brésil[29]. L'expansion caféière brésilienne culmine à 26 millions de sacs produits en 1937, soit les deux-tiers de l'offre mondiale. Le pays revient à 14 millions de sacs dès 1951, car de nouveaux pays producteurs émergent, tandis que la consommation mondiale diminue[35].

La rétention du café brésilien a profité au rival colombien, dont le café représente 50 % des exportations dès 1875. L’Orénoque illustré, du jésuite espagnol José Gumilla, missionnaire en Colombie, raconte comment furent semées les premières graines dans la mission de Santa Teresa puis à Popayan en 1736. Le café s’est ensuite étendu aux versants colombiens des cordillères des Andes, entre 2 000 et 3 000 mètres d'altitude, dans les départements d’Antioquia, Caldas, Risaralda, Quindío, Tolima et Valle del Cauca. De 9,3 % de la surface cultivée en 1915, il passe à 21,9 % en 1937, employant un million de planteurs sur 150 000 exploitations colombiennes, dont la moitié dans l’Antioquia. La Colombie relève ses tarifs douaniers de 70 % en 1907[36] et passe de 1 480 km de voies ferrées en 1922 à 3 362 km en 1934. Dès 1920, la Colombie pèse 11,3 % de l'offre mondiale, au deuxième rang après le Brésil.

De nombreux producteurs africains profitent de l'envolée des cours mondiaux de 1976-77, provoquée par la grande gelée qui a décimé la récolte de café au Brésil en juillet 1975, pour se développer dans le café : Kenya, Burundi, Ouganda, Caméroun et Côte d'Ivoire, où le chemin de fer arrivant du Burkina Faso permet le stockage et le transport des précieuses cerises. Dès l'indépendance de 1960, le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny a privilégié le secteur primaire en créant la Caisse de stabilisation et de soutien des prix des productions agricoles (Caistab), garantissant chaque année un prix d’achat minimum aux planteurs. Entre 1960 et 1970, la production ivoirienne de cacao triple, atteignant 312 000 tonnes. Celle de café double, passant de 185 500 à 275 000 tonnes.

Au Viêt Nam, la culture des caféiers remonte à bien avant 1975, les Français ayant exploité des plantations de l'Indochine à Buôn Ma Thuột, capitale de la province du Đắk Lắk dans les Hauts Plateaux du Centre, mais elle prend surtout son essor dans les années 1990, en particulier quand les cours remontent brutalement, en 1994, sur fond de nouvelles gelées au Brésil. En 2004, le pays devient le deuxième producteur mondial, avec 0,83 million de tonnes, devant l'Indonésie (0,7 million tonnes) et la Colombie (0,66 million tonnes)[37].

Le café "kopi luwak" d'Indonésie implanté à l'époque de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales[38] sur l'île de Java a connu un nouvel essor dans les années 1980, malgré la baisse des cours mondiaux, via le développement de petites exploitations familiales où il est exploité sans recours aux engrais, en plus de cultures vivrières, sur le « front pionnier » ouvert dans la forêt équatoriale[39].

Références[modifier | modifier le code]

  1. auteur d'un manuscrit arabe du XVe siècle, cité dans la dissertation de John Ellis (Historical account of Cojfee, 1774)
  2. a, b et c Géographie botanique raisonnée: ou exposition des faits, Volume 2, par Alphonse de Candolle, page 970
  3. Gérard Debry, Le café et la santé, John Libbey Eurotext, 1993, p. 14.
  4. (en)Article Lloyd's of London sur Wikipedia anglophone
  5. (fr) « Le café et la santé par Gérard Debry », sur books.google.fr (consulté le 26 avril 2010)
  6. (fr) « Monographie du café: ou, Manuel de l'amateur de café : ouvrage contenant la... Par G.-E. Coubard d'Aulnay », sur books.google.fr (consulté le 26 avril 2010)
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  9. (fr) « Essai sur l'histoire du café par Henri Welter », sur books.google.fr (consulté le 26 avril 2010)
  10. Monographie du café, par G.-E. Coubard d'Aulnay, page 38
  11. Le colonel d'artillerie de Ressons a ramené aussi en 1712 un autre pied d'Amsterdam
  12. (fr) « Saint-Malo illustré par ses marins, précédé d'une notice historique sur...Par Charles Cunat », sur books.google.fr (consulté le 26 avril 2010)
  13. (fr)[PDF]« Le café par les timbres », sur www.webtimbres.com (consulté le 26 avril 2010)
  14. En 1723, il en confiera aussi un au colonel des milices Claude de la Garrigue de Survilliers.
  15. a et b Dictionnaire universel de matière médicale et de thérapeutique, volume 1, ar F.V. Mérat, A. J. de Lens, Société belge de librairie, page 476
  16. a, b, c et d (fr) « Les Nouvelles-Frances: la France en Amérique, 1500-1815, par Philip P. Boucher », sur books.google.fr (consulté le 26 avril 2010)
  17. Jean Baptiste G. Walle, Précis historique des négociations entre la France et Saint-Domingue, par page 359 [1]
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  29. a, b et c Histoire du Brésil contemporain : XIXè-XXè siècles par Armelle Enders, page 78 - 1997 [3]
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  32. Histoire du Brésil contemporain: XIXè-XXè siècles par Armelle Enders, page 43 - 1997 [5]
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  36. Histoire de la Colombie de la conquête à nos jours, par Jean-Pierre Minaudier, éditions L'Harmattan, coll. « Horizons Amériques latines », 1997, page 122 [9]
  37. Histoire et amélioration de cinquante plantes cultivées, éditions Quae, 2006, page 165 [10]
  38. La Fabuleuse Odyssée des plantes, par Lucile Allorge, [2003] [11]
  39. L’Agriculture paysanne et la question alimentaire, par Marguerite Bey, Ethel Del Pozo et Maxime Haubert, page 126 [12]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Monographie du café - manuel de l'amateur de café par G.-E. Coubard d'Aulnay, 118 p., aux éditions Durand Peyroles, 2009, (ISBN 978-2-915723-01-4)
  • Le Café et la Santé par Gérard Debry, 560 p., éditeur John Libbey Eurotext, 1993, (ISBN 978-2-7420-0025-8)
  • Les Nouvelles-Frances par Philip P. Boucher, 122 p., éditeur John Carter Brown Library, 1989, (ISBN 0916617327)

Autres articles sur l’histoire des matières premières[modifier | modifier le code]