Histoire de la Grèce aux XIXe et XXe siècles

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L'expansion territoriale de la Grèce (1832-1947).

Cet article traite de l’histoire de la Grèce contemporaine, aux XIXe et XXe siècles.

L'accession à l'Indépendance[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre d'indépendance grecque.
La Bataille de Navarin

Le Congrès de Vienne avait instauré un statu quo géopolitique en Europe. Cependant, il n'avait pas tenu compte des aspirations nationales. Diverses nationalités, incluses dans des États multiethniques et conscientes de leur différence avec la nationalité dominante, cherchaient à obtenir leur indépendance. Ce fut le cas des Grecs, inclus dans l’Empire ottoman depuis le début du XVe siècle.

Au moment où une première vague de protestation traversait l'Europe, au tournant des années 1820, la Grèce se souleva contre les Turcs. Le 25 mars (fête nationale grecque de nos jours) 1821, l'archevêque de Patras, Germanos leva l'étendard de la liberté. Ce fut le début de la Guerre d'indépendance grecque.

Après une série de premières victoires, une première Assemblée nationale se réunit à Épidaure et proclama l'indépendance le 12 janvier 1822. Cette Assemblée vote une Constitution démocratique qui crée le premier gouvernement général de la Grèce, mais sans supprimer les gouvernements locaux. Elle justifie la Révolution, qu’elle qualifie de « Révolution nationale ». La contre-attaque ottomane fut sans pitié : massacre de Chios et destruction de Psara. Surtout, le sultan fit appel à son vassal égyptien, Mehmet Ali qui dépêcha son fils Ibrahim Pacha. Ce dernier reprit aux Grecs insurgés la quasi-totalité du pays.

En 1827, la Grèce indépendante se réduisait à Hydra et Nauplie. Cependant, les Russes, non sans arrière-pensées politiques et géostratégiques, ne voulaient pas abandonner leurs frères orthodoxes grecs. Dans les pays occidentaux, le sort des Grecs, exposé par les écrits de François Pouqueville dès 1805, avait ému les philhellènes, tels que Lord Byron ou Chateaubriand. France, Royaume-Uni et Russie intervinrent en faveur des Grecs : bataille navale de Navarin (20 octobre 1827). Elle est le prélude d’une guerre russo-turque qui éclate quelques mois plus tard. La Turquie est vaincue et obligée par le Traité d’Andrinople (14 septembre 1829) de reconnaître l’autonomie de la Grèce. Il y a une conférence de Londres (1830), qui décide d’un État grec indépendant. La Grèce fut déclarée indépendante. L'Empire ottoman ne reconnut cet état de fait qu'en 1832, alors que les frontières du nouvel État ne sont pas encore tracées.

La monarchie bavaroise[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaume de Grèce.
La Grèce en 1834

Les puissances qui avaient apporté leur aide à la Grèce dans la lutte pour son indépendance, France, Royaume-Uni et Russie tenaient à retirer des bénéfices de leur intervention. La vie politique et économique du pays passa très vite sous le contrôle des États qui s'autoproclamèrent « Puissances protectrices ».

Une de leurs premières décisions fut de refuser aux Grecs le libre choix de leur régime et de leur chef d'État. Alors que la Troisième Assemblée Nationale réunie à Trézène avait opté pour une République, dirigée par Ioánnis Kapodístrias, les Puissances Protectrices imposèrent la monarchie et le second fils du roi de Bavière Louis Ier, Othon, comme souverain.

Celui-ci arriva en Grèce à bord d'un navire de guerre britannique. Il était accompagné de 4 000 soldats bavarois, d'un Conseil de Régence (il était mineur) bavarois et d'architectes bavarois qui entreprirent de redessiner Athènes, choisie comme nouvelle capitale. Commença alors la période de la xénocratie. Le chef du gouvernement, Ludwig von Armansperg, un Bavarois, est plus particulièrement détesté.

Othon gouverna d'abord de façon autoritaire, instaurant une monarchie absolue de droit divin, et refusant d'accorder la constitution promise. Le pays fut malgré tout modernisé : réorganisation (voire organisation tout court) de l'administration, de la justice, d'une armée régulière, de l'Église et de l'enseignement (création de la première université de Grèce (1837)). Cette politique était facilitée par les prêts nombreux et importants que les Puissances Protectrices accordaient à la Grèce. Ces prêts, ainsi que l'intervention directe des Ambassades dans la vie politique (création de partis politiques dits parti français, parti anglais ou parti russe), faisaient que la Grèce était surtout gouvernée depuis Londres, Paris ou Saint-Pétersbourg. Mais, si les Puissances Protectrices avaient su se mettre d'accord pour aider à l'indépendance de la Grèce, elles divergeaient quant à la direction à lui faire prendre ensuite. Surtout, la Russie cherchait à utiliser la Grèce dans sa tentative de démantèlement de l'Empire ottoman (visant à garantir à la Russie un accès aux mers chaudes), alors que le Royaume-Uni voulait maintenir l'intégrité de celui-ci (au moins jusqu'au moment où il serait prêt à le remplacer).

La Grèce s'engagea dans la guerre turco-égyptienne, aux côtés de Mehmet Ali, le Pacha d'Égypte, qui voulait se séparer définitivement d'Istanbul. Les dépenses militaires ruinèrent littéralement le pays. Les Puissances Protectrices imposèrent des conditions plus qu'humiliantes au règlement de la dette extérieure.

Article connexe : Othon Ier de Grèce.

De la première à la deuxième Constitution (1843-1862)[modifier | modifier le code]

La Grèce en 1843

Les défaites militaires dans la guerre turco-égyptienne, les conditions imposées par les puissances protectrices ainsi que le mécontentement des vétérans de la guerre d'indépendance écartés du pouvoir par la xénocratie amenèrent au coup d'État du 3 septembre 1843.

Cette insurrection, pacifique, se résuma pratiquement à la demande respectueuse adressée au souverain Othon d'avoir la magnanimité d'accorder une Constitution. Le général Dimitrios Kallergis, commandant de la garnison d'Athènes, accompagné d'une foule compacte se rendit au palais royal déposer la demande de la constitution promise par Othon lorsqu'il était monté sur son trône. Le roi céda.

Si la Grèce était dotée d'une constitution (dite de 1844), elle ne fonctionna cependant pas de façon parlementaire. Le roi, soutenu par Ioannis Kolettis, son Premier Ministre, gouverna la plupart du temps contre la majorité élue à la chambre.

De plus, le jeu des Puissances Protectrices ne s'était pas arrêté. Leurs divisions allèrent même en s'accentuant (Guerre de Crimée 1854-1855). Par ailleurs, le problème de la dette extérieure n'était toujours pas réglé et servait de prétexte aux interventions étrangères. En 1850, le Royaume-Uni entama un blocus maritime de la Grèce. Ce blocus fut accentué pendant la Guerre de Crimée. De même, France et Royaume-Uni occupèrent le Pirée pendant ce conflit. L'occupation dura jusque 1859, c'est-à-dire jusqu'à la mise en place d'une commission de contrôle des finances du Royaume.

En février 1861, un étudiant Aristidis Dosios tenta d'assassiner la reine Amalia. Il fut condamné à mort mais sa peine fut commuée en détention perpétuelle sur intervention de la souveraine. Si Dosios devint dans certains milieux un héros national, sa tentative d'assassinat fit renaître une certaine sympathie pour la reine et le couple royal.

L'année suivante, un coup d'État eut lieu à Athènes alors que les souverains étaient en visite royale dans le Péloponnèse. Othon et Amalia, sur les conseils des ambassadeurs des Puissances Protectrices, durent fuir la Grèce à bord d'un navire de guerre britannique.

Un référendum, non officiel, eut lieu. Il demandait aux Grecs quel nouveau souverain ils désiraient se donner. Ils choisirent le second fils de la reine Victoria du Royaume-Uni, le prince Alfred, qui reçut 230 016 voix sur 244 202 suffrages exprimés. Guillaume de Schleswig-Holstein-Sonderburg-Glücksbourg, second fils du futur Christian IX de Danemark, ne recueillit quant à lui que 6 voix. Le prince Alfred fut cependant écarté par les puissances protectrices : il faisait en effet partie de la famille régnante de l'une d'elles. Elles choisirent donc, après maintes tergiversations (le nom de Philippe de Belgique, comte de Flandre, second fils du roi Léopold Ier a également été évoqué dans les chancelleries[1]), le prince danois qui fut finalement élu par l'Assemblée nationale grecque sous le nom de Georges Ier.

En compensation, le Royaume-Uni rétrocéda la République des îles Ioniennes à la Grèce.

Une modernisation ?[modifier | modifier le code]

La Grèce en 1888

Le coup d'État de 1862 et l'élection de Georges Ier s'accompagnèrent de la mise en place d'une nouvelle constitution en 1864. Elle étendait les libertés accordées en 1844, mais le roi conservait un immense pouvoir, en partie parce que la constitution restait très vague à ce sujet, principalement en politique étrangère. La vie politique sous Georges Ier resta pratiquement la même que durant le règne d'Othon.

La situation économique et sociale particulière de la Grèce : agriculture dominante et industrialisation faible fit que la fonction publique, grâce au développement de l'État, devint le principal employeur. Le nombre de fonctionnaires par habitant était alors le plus élevé d'Europe. Comme dans la plupart des pays du monde (France ou États-Unis par exemple) au XIXe siècle, ces postes n'étaient pas accessibles par concours, mais par protection. Ils étaient souvent distribués par les élus (le Parlement grec avait aussi proportionnellement un très grand nombre de députés) en échange de voix et/ou de services politiques rendus. Les élections étaient alors très âprement disputées, puisqu'au-delà du pouvoir politique, se jouaient aussi des emplois. Un gouvernement stable ne pouvait non plus exister dans ces conditions : entre 1870 et 1875, on assista à 4 élections législatives et 9 changements de gouvernements (et donc d'administration).

Articles connexes : Georges Ier et Coup de Goudi.

« Grande Idée », « Schisme National » et « Grande Catastrophe »[modifier | modifier le code]

La « Grande Idée » (Megáli Idéa) est la volonté de réunir toutes les populations grecques dans l'État grec. Le but était la reconquête de la capitale historique et de l'orthodoxie : Constantinople.

Le « Schisme National » fait référence à la rupture politique entre le roi Constantin Ier, pro-allemand et son Premier Ministre Elefthérios Venizélos, pro-Entente lors de la Première Guerre mondiale. Il en résulta d'abord la création d'un second gouvernement installé à Thessalonique par Elefthérios Venizélos. Ensuite, il fut procédé à un changement de souverain : Constantin fut remplacé par son deuxième fils Alexandre en 1917. À la mort de ce dernier, Constantin remonta sur le trône en 1920. Il en fut chassé en 1922 par un coup d'État. Son fils aîné Georges lui succéda. Il régna un peu plus d'un an avant de prendre un congé à durée indéterminée. En 1924, la Première République grecque fut proclamée.

Tous ces changements politiques étaient en fait plus ou moins liés à la Première Guerre mondiale qui commença plus tôt et finit plus tard pour la Grèce. En effet, les guerres balkaniques commencèrent dès 1912. La Première Guerre mondiale se poursuivit jusqu'en 1923. Le traité de Sèvres était une avancée pour la Grèce sur la voie de la Grande Idée. La Grèce tenta d'imposer à l'Empire ottoman toutes les clauses concernant l'Asie Mineure. Elle se heurta alors à la Turquie de Mustafa Kemal qui venait de prendre le relais de l'Empire ottoman moribond. Atatürk profita de cette guerre pour s'imposer. Le traité de Lausanne, qui sanctionna la défaite militaire grecque en Asie Mineure entraîna la « Grande Catastrophe ».

Afin d'éviter toute reprise des hostilités et de limiter toute animosité future entre Grecs et Turcs, on décida à Lausanne de procéder à un échange de populations afin de les homogénéiser. Les Grecs présents en Turquie devaient partir pour la Grèce et les Turcs présents en Grèce devaient partir pour la Turquie. Cela causa de nombreux drames. Les personnes déplacées, issues le plus souvent des classes populaires, durent quitter leur lieu de naissance et finalement leur patrie (terre de leurs ancêtres). Il fut aussi très difficile de déterminer qui était grec et qui était turc : on décida que la religion serait la définition de la nationalité. Un Orthodoxe, même s'il ne parlait que le turc, était considéré comme grec et déplacé vers la Grèce. Un Musulman était considéré comme turc. Au total, 1 200 000 « Grecs » quittèrent la Turquie et 500 000 « Turcs » quittèrent la Grèce. Cela causa un immense afflux de population en Grèce : Le Pirée connut par exemple une énorme explosion urbaine. Rien n'ayant été prévu pour accueillir une telle quantité de réfugiés, les conditions de vie de ces derniers furent très longtemps précaires.

De la Seconde République à la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Guerre civile et dictature[modifier | modifier le code]

La démocratisation[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Damien Bilteryst, Philippe Comte de Flandre, Frère de Léopold II, Bruxelles, 2014, p. 120-123

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Voyage en Morée, à Constantinople, en Albanie, et dans plusieurs autres parties de l'Empire Ottoman (Paris, 1805, 3 vol. in-8°), traduit en anglais et en allemand ; reproduit en ligne sur Gallica
  • Voyage de la Grèce (Paris, 1820-1822, 5 vol. in-8° ; 2e édit. : 1826-1827, 6 vol. in-8°). (En ligne)
  • Histoire de la régénération de la Grèce (Paris, 1824, 4 vol. in-8°), traduit en de nombreuses langues. (Version originale en français
  • Richard Clogg, A Concise History of Greece., Cambridge UP, Cambridge, 1992. (ISBN 0521378303)
  • Georges Contogeorgis, Histoire de la Grèce., Coll. Nations d'Europe, Hatier, 1992. (ISBN 2218038412)
  • Constantin Tsoucalas, La Grèce de l'indépendance aux colonels., Maspéro, Paris, 1970. (ISBN 0140522778) (pour la version originale en anglais)

Articles connexes[modifier | modifier le code]