Histoire de la Catalogne

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La Catalogne, région du nord-est de l’Espagne (avec une partie en France, l'actuel département des Pyrénées-Orientales), s’individualise à partir du Xe siècle.

La cité de Tarragone, de fondation plus ancienne que Barcelone, fut la capitale de la province romaine de Tarraconaise. Aujourd'hui, les habitants de son centre-ville vivent parmi les vestiges de leurs édifices.
Carte des royaumes ibériques en 1210

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Le premier peuplement du territoire actuel de la Catalogne date au moins du début du Paléolithique moyen. Les plus anciens restes humains découverts correspondent à la mandibule d'un prénéandertalien mise au jour à Banyoles, vieille d'environ 250 000 ans.

Parmi les gisements les plus importants de cette période, il convient de citer celui des grottes de Mollet (Serinyà, Pla de l'Estany), du Cau del Duc, dans le massif du Montgrí, le gisement de Forn d’en Sugranyes (Reus) et les abris Romaní et Agut (Capellades). Pour le Paléolithique supérieur, les sites les plus importants sont ceux du Reclau Viver, la grotte de l'Arbreda et la Bora Gran d’en Carreres, à Serinyà, ou le Cau de les Goges, à Sant Julià de Ramis.

Pour l'Épipaléolithique et le Mésolithique, d'importants gisements se sont conservés, la plupart datés entre 8 000 et 5 000 ans av. J.-C., comme Sant Gregori (Falset) et el Filador (Margalef de Montsant).

Le Néolithique débute en terres catalanes environ 4 500 ans av. J.-C., même si le degré de sédentarisation était nettement inférieur à celui d'autres régions ; en effet, l'abondance de zones boisées permit de maintenir un rôle majeur à la chasse et à la cueillette au sein des activités de subsistance. Les principaux gisements néolithiques de Catalogne sont la grotte de Fontmajor (l'Espluga de Francolí), la grotte de Toll (Morà), les grottes Gran et Freda (Montserrat) et les abris de Cogul et Ulldecona.

Le Chalcolithique (ou Énéolithique) de Catalogne est daté entre 2 500 et 1 800 av. J.-C., et correspond à la production des premiers objets en cuivre.

L'âge du bronze est daté dans la région de 1 800 à 700 av. J.-C. et a livré peu de restes, à l'exception de la zone du Baix Segre. Cette période correspond à l'arrivée des peuples indo-européens, par flux migratoires successifs à partir de 1 200 av. J.-C., et responsables des premiers habitats de structure proto-urbaine.

À partir du milieu du VIIe siècle av. J.-C., le territoire catalan entre dans l'âge du fer.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Le littoral catalan reçoit de nombreuses colonies grecques, parmi lesquelles on peut citer Ampurias (<Emporion, marché) ou Rosas (<Rhodos, l'île de Rhodes).

Période pré-romaine[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Celtes historiques et Celtibères.

Romanisation[modifier | modifier le code]

Vers 210 av. J.-C., la Catalogne fut conquise par les Romains, intégrée aux provinces romaines de l'Hispania et latinisée.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Période wisigothique[modifier | modifier le code]

  • Étymologie de la Catalogne
    • Au Ve siècle, les Wisigoths s'emparèrent de cette région, ce qui, selon certains historiens, expliquerait l'origine du mot Catalunya comme venant de Gothalonia (ce qui signifie « pays - ou Land en allemand - des Goths »).
    • Une autre hypothèse qui semble aujourd'hui plus crédible, qui fait découler Catalunya du pays des castlans, des habitants des châteaux, comme semble le prouver l'usage dans le Languedoc du XIIe siècle du même mot latin cathalani pour parler des Catalans et des castlans. Ainsi le nom de Catalogne viendrait de son dense réseau castral édifié face aux maires d'Al-Andalus, de la même manière que la Castille.

Période musulmane[modifier | modifier le code]

La région fut ensuite conquise par les Arabes en 712. Un gouverneur régional est nommé pour administrer la province.

En 777, Sulayman ben Yaqzan ibn al-Arabi est wali de Gérone et Barcelone lorsqu'il fait face à l'armée de Charlemagne.

Article détaillé : Al-Andalus.

Les comtés catalans pendant l'Empire carolingien[modifier | modifier le code]

Comtés catalans du XIIIe au XIIe siècle

Divisée en de nombreux comtés (Ausone, Barcelone, comté de Besalú, Cerdagne, Empúries, Gérone, Pallars, Roussillon, Urgell) elle fut progressivement unifiée sous la houlette des comtes de Barcelone, à l'exception du Pallars qui resta indépendant jusqu'au XVe siècle.

Articles détaillés : Marquisat de Gothie et Comtés catalans.

Après la prise de Barcelone par Charlemagne en 801, la frontière entre son territoire et les terres arabes est intégré à la marche hispanique de l'empire carolingien. La marche n'est qu'un ensemble de comtés avec majeures droits et libertés car ils devaient répondre rapidement aux éventuels attaques des arabes. Ces comtés sont souvent modelés sur des évêchés chrétiens, mais ce n'est pas toujours le cas. Au début, la plupart des comtes nommés par les empereurs carolingiens sont des grands aristocrates francs qui portent souvent le titre de "marquis" qui indique justement ce majeur pouvoir qu'un comte du nord de la marche. Les comtés des territoires où il y a la Catalogne actuelle sont ceux de Barcelone, Urgell, Cerdagne, Empúries, Pallars, Ausone, Roussillon et Gérone. Un certain nombre de pagus sont mentionnés sans que l’on ait la certitude que ce soient véritablement des comtés, comme le Conflent, le Berguedà et Peralada.

En 878, à l'assemblée de Troyes, le comte goth Wifred (Guifré) le Velu, fils du marquis Suniefred, à la tête des comtés d'Urgell, Cerdagne et Conflent depuis au moins les années 870, est investi par Louis le Bègue des comtés de Barcelone et de Gérone. Il prend par la suite le titre de marquis, peut-être sans reconnaissance royale ; il n'en reste pas moins de facto le maître des comtés de la Marche Hispanique. Ses frères Miro et Radulf reçoivent les comtés de Roussillon et Besalú, ce dernier issu d'un démembrement du comté de Gérone. Wifred et ses frères sont les derniers comtes à recevoir de l’empereur ou du roi leur investiture. La succession à la tête du comté de Barcelone devient purement héréditaire. Wifred fait construire des forteresses comme celle de Cardona et organise le peuplement de la région du Vallès proche de Barcelone. Il encourage les fondations monastiques et obtient en 886 la restauration, à Vic, de l'évêché d'Ausone, disparu après la révolte sans lendemain de 827.

À partir de 878, ces comtés sont virtuellement indépendants, les rois francs se contentant désormais d'entériner simplement les successions comtales, les différents pouvoirs locaux étant devenus de fait héréditaires. Wifred meurt en 897.

La marche catalane s'émancipa progressivement de la tutelle franque à partir de 985. Ni les derniers Carolingiens, ni Hugues Capet ne répondent aux demandes de secours de Borrell II (947-992), comte de Barcelone, assiégé en 987 par Mohammed ibn-Abi Amir dit el-Mansour. Les historiens[Qui ?] catalans voient dans ce renoncement l'acte fondateur de l'indépendance catalane, qui amène la population à se défendre par soi-même sans influence du lige.

Principauté de Catalogne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Principauté de Catalogne.
Principauté de Catalogne en 1608
Bouclier avec la senyera reial, les quatre bandes en rouge sur fond or qui, selon la légende, étaient peintes avec la sang d'une blessure faite au cours d'un combat. Elle inspire de nombreux drapeaux de pays catalans.

La Principauté de Catalogne (en catalan : Principat de Catalunya), est l'État[1], sous l'autorité des cours catalanes, le Parlement), créé en 1162 par l'union de tous les comtés catalans dont le souverain (en latin : princeps) est Alphonse I de Catalogne-Aragon. Ce n'est pas un royaume mais une union de comtés indépendants unis par des lois uniformisées par les Corts. Sa configuration finale ne s'est achevée qu'en 1491. Elle est organisée en vigueries. Sa langue est le catalan. Sa capitale est Barcelone, la Ciutat Vella avec ses propres droits fors et une représentation directe au Parlement), les autres villes importantes étant Perpignan, Girone, Lleida, Manresa, Vic, Tarragona et Tortosa. Le souverain de l'ensemble de ces comtés unis avait la dignité de Comte de Barcelone.

Déjà, en 1064, aux usages de Barcelone, on parle de Ramon-Berenger Ier et d'Almòdis de la Marcha comme des principes du principatu; le principatu étant l'ensemble des comtés de Barcelone, Girone, et Osone[2].

Dans les cours catalanes, en 1283, on utilise l'expression Université de Catalogne (en catalan, Universitat de Catalunya) pour se référer à l'ensemble des personnes qui habitent la Principauté de Catalogne. Les îles Baléares, les comtés de la Cerdagne et du Roussillon sont considérés comme faisant partie de la Principauté de Catalogne[3],[4],[5].

À la fin de la Guerre de Succession d'Espagne, en 1716, le Décret de Nova Planta du Roi Philippe de France de la maison de Bourbon marqua le début de la monarchie absolue et abolit le Parlement catalan. Les Catalans du sud perdirent leurs libertés nationales (voir Monarchie absolue des Bourbons en Espagne). Pourtant, dans ce décret, la Principauté de Catalogne désignait encore l'ensemble des territoires cités ci-dessus, à l'exception des comtés de la Catalogne Nord, offerts par Philippe IV d'Espagne à la France en 1659.

Actuellement on parle du Principat (principauté) comme synonyme de Catalogne.

Comtés unis[modifier | modifier le code]

Comtés de Barcelone, Girone,Osone, Manresa, Cerdagne, Conflent, Berga, Besalù et Ripoll, marquisats de Tortosa et de Lérida, comtés du Roussillon, de Pallars Jussà et d'Urgell (incluant Andorre).

La couronne d'Aragon[modifier | modifier le code]

La couronne d'Aragon (s. XV).
Territoires de la langue catalane.
Le château et la collégiale de Cardona

L’union définitive entre le royaume d'Aragon et les comtés de Catalogne eu lieu lorsque Ramire II, roi d'Aragon en 1134 (1094-1157) maria le 11 août 1137 sa fille Pétronille d'Aragon à Raymond Bérenger IV (1119-1162), comte de Barcelone et de Provence en 1131, ce dernier étant beaucoup plus puissant que le roi d'Aragon. Il abdiqua deux ans plus tard en faveur de son gendre. Cette union facilita la reconquête de Fraga en 1147. Le statut bicéphale de la couronne d'Aragon fait qu'elle a parfois été désignée dans l'historiographie sous le nom de confédération catalano-aragonaise et son souverain comte-roi de Barcelone, puisqu'en fait les rois d'Aragon étaient issus, jusqu'en 1410, d'une maison catalane.

Le roi d'Aragon est à ce moment à la tête d'un large territoire allant de part et d'autre des Pyrénées, allant de Pau à Millau et Marseille. C'est pourquoi celui-ci se rangea au côté du comte de Toulouse lors de la Croisade des Albigeois. Quoique trois fois plus nombreuse que leur adversaire, la coalition catalano-occitane subit une lourde défaite le 12 septembre 1213 à Muret (proche de Toulouse). Lors de cette bataille, le roi d'Aragon, Pierre Ier de Catalogne (Pere II) fut tué. L'héritier du trône, Jacques (Jaime, Jaume), le futur Jacques Ier le Conquérant, orphelin de père et mère, fut pris en otage à Carcassonne. Il fut remis aux Catalans et fut placé sous la protection et l’éducation des Templiers au château de Montso en Aragon.

Cette défaite fut scellée par le traité de Corbeil. Le roi de France Louis IX renonce à ses prétentions sur la Catalogne, en faveur du roi d'Aragon mais ce traité est avant tout une grande victoire pour la France et une défaite pour la Catalogne. Celle-ci perd toutes ses possessions en Languedoc et se coupe ainsi de territoires avec lesquels elle avait entretenu de forts liens politiques et culturels. L'occitan est d'ailleurs très proche du catalan.

Constitutions catalanes (1283)[modifier | modifier le code]

Compilation de 1413

Les premières constitutions catalanes sont celles des corts de Barcelone de 1283. Les dernières ont été promulguées par les corts de 1702. Les compilations des constitutions et autres droits de la Catalogne ont suivi la tradition romaine du Codex. La première compilation a été ordonnée par Ferdinand Ier d'Aragon, sur la suggestion des corts de Barcelone de 1413.

L'expansion catalane[modifier | modifier le code]

L'ensemble des comtés catalans conserva une certaine autonomie au sein de la Couronne d'Aragon, où le roi d'Aragon était aussi comte de Barcelone, grâce aux réunions des Corts, sorte de parlement qui votait l'impôt au roi. Les Catalans se lancèrent dans une politique d'expansion en Méditerranée, faisant successivement passer sous leur autorité les îles Baléares (1229-1230), le royaume de Valence (1238), la Sicile (1282), puis la Sardaigne (1321) où ils firent de la ville d'Alghero leur capitale régionale. Au cours de cette période s'étendant du XIIIe au XIVe siècles, l'Aragon s'affirma comme la première puissance de l'ouest de la Méditerranée.

L'union dynastique avec la Castille : les rois catholiques[modifier | modifier le code]

À l'extinction de la dynastie catalane d'Aragon en 1410, l'élection du Castillan Ferdinand Ier le Juste en 1412 est suivie par les règnes de ses fils Alphonse V et Jean II. Sous le règne du fils de Jean II, Ferdinand II d'Aragon dit le Catholique, eut lieu l'union dynastique avec la Castille en 1472 mais chaque royaume gardait ses coutumes, droits, langue et culture à soi.

L'intégration à l'empire des Habsbourgs[modifier | modifier le code]

Partition de la Catalogne (1659).

Désormais intégrée à l'empire des Habsbourgs espagnols, la Catalogne resta en retrait de l'aventure coloniale en Amérique. La Catalogne essaya de conserver son autonomie, et de rester à l'écart des préoccupations du reste du royaume d'Espagne.

Cette situation se heurta à la politique centraliste espagnole. Lorsque l'Espagne et la France furent en guerre au début du XVIIe siècle, la Catalogne se révolta contre les excès de l'armée impériale. Éclata alors la guerre des Faucheurs (des segadors). Les Catalans développèrent des sympathies pro-françaises. La France profita de la situation pour conquérir la partie nord de la Catalogne et conclut le traité des Pyrénées en 1659, qui scella définitivement la séparation du Roussillon et d'une partie de la Cerdagne de l'Espagne. La Catalogne continua à être soumise à la politique centralisatrice espagnole. Lors de la guerre de Succession d'Espagne, les Catalans choisirent les Habsbourgs moins centralistes que les Bourbons. La Catalogne paya cher de s'être alliée aux vaincus. Les Bourbons lui ôtèrent ses prérogatives en 1714 après une sanglante guerre qui finit avec la capitulation de Barcelone après un très long siège. Le jour de la capitulation de Barcelone le 11 septembre est devenu jour de "fête nationale" en Catalogne.

Renaissance de la Catalogne[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Renaissance catalane et Catalanisme.

Le XIXe siècle est la période de la renaissance (renaixença) de la Catalogne. Annexée à l'Empire Français par Napoléon Ier du 26 janvier 1812 au 10 mars 1814 et divisée en quatre départements, la Catalogne entre ensuite dans l'ère industrielle avec beaucoup plus de dynamisme que la plupart des autres régions espagnoles. Son essor économique attire de nombreux immigrants du reste du pays, en particulier andalous, qui se "catalanisent". le développement économique entraîne le renouveau culturel de la Catalogne et un retour des revendications lingüistiques et nationalistes qui perdurent encore de nos jours. Le 25 mars 1892, une assemblée de 240 délégués de l’Unió Catalanista se réunit à Manresa et rédige un document appelé Bases par la constitución regional catalana, mieux connu sous le nom de Bases de Manresa, qui dresse les fondements d'une Catalogne autonome.

La Mancommunauté de Catalogne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mancommunauté de Catalogne.

En 1906, Enric Prat de la Riba écrit La nacionalitat catalan, ouvrage-manifeste du catalanisme politique. Son projet de réunir les quatre provinces catalanes en une seule entité se concrétise en 1914 avec la création de la Mancommunauté de Catalogne (Mancomunitat de Catalunya).

De 1914 à 1925, l'institution de la Mancommunauté de Catalogne préfigure la future Generalitat. L'accession au pouvoir en 1923 du Miguel Primo de Rivera, qui supprime la Mancommunauté en 1925, se concrétise par un recul de l'autonomie de la Catalogne pendant sa dictature.

Le premier statut d'autonomie[modifier | modifier le code]

Francesc Macià, premier président de la Catalogne républicaine.

En 1932, après la chute du roi Alphonse XIII, la Catalogne obtient un statut d'autonomie politique au sein de la Seconde République espagnole. Une heure avant la proclamation de la République à Madrid, Francesc Macià proclamait à Barcelone la république catalane, dont les dirigeants n'avaient pas obtenu satisfaction auprès du premier gouvernement, qu'avaient dû arriver à une transaction avec les ministres de Macià, transformant la république catalane en une Generalitat réintégrée au sein de l'État espagnol.

L'adoption du statut de la Catalogne, le 15 juin 1932, fut portée au crédit du gouvernement. Manuel Azaña n'avait pas ménagé sa peine pour faire voter par les Cortes un texte qui, tout en accordant à la Catalogne les institutions, dont la Generalitat, auxquelles elle aspirait depuis un siècle, était compatible avec la Constitution espagnole. La Generalitat étant tenue par l’Esquerra, il s'agissait d'un appoint précieux pour le gouvernement. En revanche celui-ci ne mettait aucun empressement à faire avancer les revendications des nationalistes basques, catholiques bon teint et tenus pour hostiles à la République, ce qui, jusqu'en 1936, était vrai dans une large mesure.

La Guerre civile et le régime franquiste[modifier | modifier le code]

Au cours de la guerre civile d'Espagne, la Catalogne républicaine finit par tomber aux mains des partisans du général Francisco Franco. Lluís Companys, qui fut président de la Généralité de Catalogne de 1934 à sa mort, exilé en France après la Guerre civile espagnole, a été livré au régime franquiste par la Gestapo et exécuté à Montjuïc, au cri de « Per Catalunya! » (« Pour la Catalogne ! »). Sous le régime autoritaire du dictateur Francisco Franco (1939-1975), la Catalogne perdit son statut d'autonomie et le catalan fut interdit. Des livres en catalan furent brûlés, tandis que les imprimeries furent sujettes à une censure brutale. Un grand nombre d'écrivains catalans (Mercè Rodoreda, Pere Quart, Carles Riba et beaucoup d'autres) s'exilèrent. Durant au moins une décennie, le catalan ne put s'employer qu'à l'intérieur du foyer familial, même si, par exemple, la publication d'ouvrages en catalan fut autorisée à partir de 1941[réf. nécessaire]. Les années qui suivirent se caractérisèrent par une résistance culturelle d'ordre général. Après la Seconde Guerre mondiale, le régime franquiste permit progressivement une certaine restauration des droits linguistiques des Catalans.

Le rétablissement de la Generalitat et le 2e statut d'autonomie[modifier | modifier le code]

Jordi Pujol i Soley, président de la Generalitat (19802003).

La Constitution espagnole de 1978 accorde à la Catalogne une autonomie politique et rétablit la Generalitat, et le Parlement catalan. Depuis lors, la Catalogne est devenue une Communauté autonome (CA) au sein de l'Espagne. En 1982-1983, en lien avec le coup d’Etat un an avantauparavant, une loi, la LOAPA, limitera le développement des CA « historiques ».

La politique linguistique catalane est axée sur la normalisation du catalan et sur sa promotion dans un contexte de bilinguisme imposé par l'État. La politique linguistique actuelle s'applique aussi sur une petite minorité, les Aranais du Val d'Aran, au nord-ouest de la Catalogne, qui parlent l'occitan dans sa variété gasconne et dont les droits linguistiques sont reconnus et respectés.

Els Segadors est officiellement l'hymne national de la Catalogne depuis 1993.

Jordi Pujol fondateur en 1974 du parti politique Convergència Democràtica de Catalunya (C.D.C.), il en assure le Secrétariat général. Il veut promouvoir les droits nationaux des catalans et créer des structures économiques et financières suffisantes pour assurer le développement de la Communauté autonome Lors des élections générales de mars 1979, à la tête de la fédération centriste et autonomiste, CiU (« Convergència i Unió ») (Convergence et Union), il est nommé ministre (conseller) de la Généralité de Catalogne. En mai 1980, il devient le président de la Généralité de Catalogne, chef du gouvernement autonome de la région.

Il sera investi président par le Parlement de Catalogne à 6 reprises, d'abord à la majorité absolue des sièges en 1984, 1988 et 1992, puis lors des élections anticipées de 1995 et 1999 à la majorité simple. Après 23 ans au pouvoir, il se retire progressivement de la vie politique après les élections de 2003, qui voient l'accession du socialiste Pasqual Maragall à la présidence catalane.

Les élections de 2003 voient l'accession du socialiste Pasqual Maragall (Partit dels Socialistes de Catalunya, PSC) à la présidence catalane. Il gouverne avec Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) et Iniciativa per Catalunya Verds-Esquerra Unida i Alternativa (ICV-EUiA), coalition qui dépasse le nombre de sièges de CiU.

Le 16 septembre 2005, l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers approuva officiellement le .cat, le premier domaine pour une communauté linguistique.

En 2006, après un référendum au mois de juin, un 3e statut d'autonomie devait être adopté, mais la Cour Constitutionnelle l'annule. Ce geste inaugure une nouvelle étape, le processus d'indépendance que vit la Catalogne depuis lors et qui devrait aboutir en la consultation du 9 novembre 2014.

3e statut d’autonomie et mouvement social pour l’indépendance de la Catalogne (2006-2010)[modifier | modifier le code]

Le gouvernement de coalition composé de trois partis (« tripartit ») entame le processus d'élaboration d’un nouveau Statut d'autonomie de la CA, statut resté inchangé pendant 25 ans. Après d'âpres discussions, il est approuvé par la Parlement de Catalogne le 30 septembre 2005. La proposition du nouveau Statut est ensuite présentée au Parlement espagnol. Malgré l'engagement pris par le président du gouvernement de l’Etat espagnol, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero (PSOE), de l’accepter en l’état, le statut est substantiellement modifié. Il est approuvé par le Parlement espagnol sous cette nouvelle forme au printemps 2006 et adopté en Catalogne par referendum le 18 juin 2006. L’association Plateforme pour le droit à décider est créée fin 2005 et deux grandes manifestations sont convoquées en 2005 et 2006, avec plus de 500,000 participants. Un grand mécontentement se manifeste ainsi devant les reculs que supposent les modifications du Statut. L’impossibilité de négocier avec Madrid des améliorations, pourtant accordées au préalable par consensus, met en évidence le processus de recentralisation de l’Etat initié depuis les années 1990 par les gouvernements espagnols qu’ils soient de droite ou de gauche. Ce mouvement s’accompagne du développement de l’indépendantisme.

Des élections catalanes suivent ces événements politiques et sociaux, le 8 novembre 2006. Elles sont à nouveau remportées par CiU mais les trois partis PSC, ERC et ICV reforment une coalition. José Montilla (PSC) devient Président de la Generalitat de Catalunya.[19] Parmi les lois approuvées sous ce second « tripartit » on peut noter la loi pour l'éradication de la violence sexiste et la loi des services sociaux.

En 2009, le mouvement social indépendantiste et favorable à l’autodétermination organise un referendum non officiel à Arenys de Munt, ville du Maresme. Malgré l’opposition du gouvernement espagnol, le mouvement organise des centaines de consultations dont une à Barcelone en 2011. Au total presque un million de personnes se sont exprimées dans les urnes ; une grande majorité en faveur de l’indépendance de la Catalogne (N).

Entretemps, une grande manifestation est organisée le 10 juillet 2010 par plusieurs organisations civiques de la région. Elle fait suite à l’arrêt de la Cour constitutionnelle espagnole défavorable au modèle d’immersion linguistique en catalan. En place depuis les années 1980, ce modèle est déclaré anti-constitutionnel. Une mobilisation à Bruxelles a également lieu.

Les élections du 28 novembre 2010 voient le PSC et l’ERC perdre des députés. La coalition des trois partis devient difficile à reconduire.

Le chemin vers l’autodétermination et la présidence d'Artur Mas (depuis 2010)[modifier | modifier le code]

Investi Président de la Generalitat le 23 décembre 2010, Artur Mas revendique un nouveau modèle de financement pour la Catalogne, inspiré de celui du Pays basque et Navarre Il  évoque également l’idée d’une transition nationale de la Catalogne, unitaire et basée sur le droit à décider.

En février 2011, Mas obtient le règlement par l’Etat de sa dette envers la CA catalane de 759 millions d'euros, mais José Luis Rodríguez Zapatero exige des coupes budgétaires supérieures à 10%.[26]. Ceci débouche sur d'importantes restrictions, la création de nouvelles taxes, l’augmentation des droits d’inscription universitaires, etc.

Créée début 2012, l’association Assemblée Nationale Catalane (ANC) organise la manifestation du 11 septembre 2012. Favorable à l’indépendance de la Catalogne, elle réunit près de deux millions de participants selon les organisateurs, un million et demi selon la police (NOTE). Face au refus par le nouveau président de droite du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy (Parti Populaire), de négocier la proposition d’un « pacte fiscal » approuvé par le Parlement catalan cette même année et face au mouvement social, Artur Mas se positionne progressivement en faveur du projet d'un Etat indépendant pour la Catalogne et convoque des élections anticipées le 25 novembre 2012. Elles ont comme éléments centraux le débat sur l'autodétermination et l’indépendance. La participation est de 70% de l'électorat. Premier parti, CiU doit toutefois négocier un certain accord de gouvernement avec ERC, grande gagnante des élections, deuxième force politique pour la première fois de la histoire postfranquiste. Cette formation proposait la célébration d’un referendum d'autodétermination en 2014.

Artur Mas est investi président de la Generalitat de Catalunya pour la seconde fois fin 2012.[29] Après l’organisation par l’ANC de la Voie Catalane, une chaîne humaine d'entre 1,6 et 2 milions de personnes qui se sont donné la main tout au long de 400km du pays le 11 Septembre 2013, le président de la Generalitat Artur Mas annonce en accord avec 5 des 7 partis du Parlement de la Catalogne la double question et la date pour le référendum d’autodétermination en décembre 2013: "Souhaitez-vous que la Catalogne devienne un État? Et dans l'affirmative, souhaitez-vous que cet État soit indépendant?". La consultation est prévue pour le 9 novembre 2014. Le gouvernement espagnol refuse d’utiliser un des articles de la Constitution permettant de l'autoriser, l’opposition socialiste ne la soutient pas non plus. Le gouvernement catalan étudie actuellement d’autres possibilités juridiques dont la possibilité de faire une consultation telle que prévue dans le Statut de 2006, approuvé par le Parlement espagnol.

Origine du drapeau catalan[modifier | modifier le code]

Armes héraldiques de la Catalogne, blason de la Généralité
Article détaillé : Blason de Catalogne.

Les Barres catalanes forment l'un des plus anciens drapeau d'Europe, dont l'origine demeure légendaire et remonte au IXe siècle.

La légende veut qu'au cours d'un combat contre les Normands, l'Empereur franc Louis le Pieux demanda à son vassal le comte de Barcelone Guifred el Pelut de lui venir en aide avec son armée. Après un rude combat qui vit la victoire franque, le comte de Barcelone fut gravement blessé. L'empereur franc, pour immortaliser la bravoure du comte catalan, trempa sa main dans le sang de son vassal et marqua de ses doigts le bouclier, faisant 4 traces rouges. Une autre théorie avance que Douce de Provence, par son mariage de Raimond-Bérenger III de Barcelone, soit à l’origine de l’écu aux quatre pals. Ces armes héraldiques sont mises en bannière en fasces et non pas en pals. Ce drapeau perdure dans le temps et connaît un vrai renouveau avec le retour de la démocratie en 1975 et lors de l'établissement d'une certaine autonomie régionale (en Espagne) en 1977.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (es) José Ángel Sesma Muñoz : La Corona de Aragón. Una introducción crítica, Zaragoza, Colección Mariano de Pano y Ruata, 2000 (ISBN 84-95036-80-8[à vérifier : ISBN invalide])
  2. (es) Amalio Marichalar de Montesa, Cayetano Manrique : Historia de la legislación y recitaciones del derecho civil de España, 1863, volum 6, page 513. (Resumen des Corts catalanes 1064)
  3. (es) Fidal Fita Colomer: El Principado de Cataluña: Razón de ese nombre, Boletín de la Real Academia de la Historia, 1902
  4. Els Comtats Enciclopèdia Catalana (ca)
  5. cort general Enciclopèdia Catalana (ca)

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]