Histoire de l'agriculture

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L’agriculture est née avec la mise en terre de premières semences et de la domestication des animaux par l’homme, lors de la Révolution néolithique, il y a plus de dix mille ans. On peut supposer que cela a débuté par une agriculture de subsistance. Puis, peu à peu, s'est créée une agriculture de production et de négoce. Aujourd’hui, l'organisation des marchés, la démographie, les techniques, le savoir-faire et l’application de hautes technologies sont à la disposition de l'agriculteur pour obtenir des niveaux de production jamais atteints dans l'histoire de l'Homme.

Naissance de l'agriculture[modifier | modifier le code]

Les foyers de l'agriculture

Pendant des dizaines de milliers d'années, l'homme assure sa subsistance avec la chasse, la pêche et la cueillette. Puis se produit le passage de la simple cueillette à l'organisation structurée de l'agriculture. On recense trois centres primaires pour les plantes cultivées :

  • Le Proche-Orient avec le fameux Croissant fertile est probablement la première région où l'agriculture apparaît il y a plus de 10 000 ans[1] dans sa partie ouest qui comporte la vallée du Jourdain et le sud-est de la Turquie. Il s'agissait de plantes céréales dont on récolte les graines annuellement : le blé (engrain, amidonnier), l'orge et des légumes secs comme les pois chiches, les pois et les lentilles.
  • Le deuxième centre primaire est la Méso-Amérique (sud du Mexique et nord du Guatémala). Les premières plantes domestiquées sont sans doute les piments et les courges. Le millet (disparu depuis) y a précédé le maïs, apparu vers −5000.
  • Le troisième centre primaire est la Chine, notamment dans le nord où poussent encore le millet et le soja. Le riz apparaît plus tard, vers −6000 ou −5000, lorsque la civilisation des Hans se répand vers le sud. (On note cependant que du riz cultivé daté de plus de 15 000 ans aurait été découvert en Corée[2])

L'agriculture apparait également de manière indépendante dans le Sahel, en Amérique du Sud et en Nouvelle-Guinée[3].

Ces nouveautés sont portées par les facteurs favorables que sont la sédentarisation, l'interaction entre l'accroissement des populations et les variations climatiques, les modes de préparation et de cuisson des aliments (fours, poteriesetc.).

Elles se sont généralisées lentement en raisons d'une autre série de facteurs :

  • Temps nécessaire pour que les plantes se transforment génétiquement et donnent de plus gros grains et davantage de grains par épi.
  • Changements idéologiques, car labourer la terre représente à l'époque une violation de la terre mère, et requiert davantage de travail que la récolte des céréales « sauvages ».

Cette nouvelle alimentation améliore la nutrition humaine[4].

  • d'un point de vue quantitatif, puisque les graines sont sèches, elles peuvent être conservées et stockées plus longtemps, et ce, afin de constituer en cas de surplus des réserves
  • d'un point de vue qualitatif, dans les trois centres primaires pré-cités, se produit une association avec les graminées qui apportent des glucides, des légumes secs qui apportent des protéines, et des plantes à huile qui apportent les lipides.

Domestication végétale et animale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : domestication.

La domestication a consisté à sélectionner et à mettre en culture les espèces présentant le plus d'intérêts. Par exemple, la figue serait le plus ancien fruit sucré domestiqué connu, après la découverte en 2006, dans la vallée du Jourdain (Israël actuelle) de neuf figues parthénocarpiques, c'est-à-dire ne produisant pas de graines et pour lesquelles l'intervention de l'homme était nécessaire, car cela nécessite une culture recourant à des boutures. Ces figues seraient vieilles de 11 400 ans[5]. Pour l'orge, le blé et le seigle, la domestication a commencé entre 9500 et 9000 av. J.-C. autour de la vallée du Jourdain, de l'oasis de Damas et du moyen Euphrate.

Vers 10 000 av. J.-C., débute l'élevage avec les chèvres, puis les moutons, les bovins… Mais le premier animal domestiqué est le chien.

Agriculture[modifier | modifier le code]

La transition d'une économie vivrière (c'est-à-dire fondée sur la chasse, la pêche et la cueillette), à une économie agricole et d'élevage, où l'Homme intervient dans les cycles naturels de la biomasse (par exemple la reproduction et la sélection des espèces), est communément appelé la révolution néolithique.

On distingue plusieurs grands foyers de domestication. Ainsi en Amérique centrale se sont développées des cultures telles que le maïs, le haricot, la courge, la tomate, la pomme de terre, le tabac, et de nombreuses autres cultures végétales. L'Afrique fut le foyer de domestication du mil, sorgho, millet, et l'Asie de l'Est du riz. En Nouvelle-Guinée, les peuples papous cultivent la canne à sucre et certains légumes-racine depuis environ neuf mille ans[6]. L'agriculture se diffuse en Europe il y a environ 8 500 ans (d'abord en Europe du Sud puis en Europe centrale vers 7 000 ans et en Europe du Nord vers 6 000 ans) selon deux modes possibles : adoption progressive de proche en proche par un nombre de plus en plus élevé de populations de chasseurs-cueilleurs après des premiers contacts avec des agriculteurs du Moyen-Orient ; arrivée en Europe d'agriculteurs migrants du Moyen-Orient qui y apportent leurs techniques, ce dernier mode étant actuellement privilégié par les chercheurs en paléogénomique[7],[8].

Le premier stade du développement[réf. souhaitée] fut souvent celui de l'agriculture sur brûlis, consistant à défricher une parcelle par le feu (permettant un enrichissement du sol), puis de la cultiver un ou deux ans, avant de laisser la nature reprendre ses droits. Ce processus est réitéré, ailleurs, l'année suivante.

Évolution de l'agriculture à l’époque antique[modifier | modifier le code]

L'utilisation courante de l'incendie volontaire comme méthode de défrichement, dans des milieux méditerranéens secs, a conduit à une dégradation du milieu et a rendu impossible l'utilisation de cette méthode. Ainsi, sous l'antiquité, furent élaborés d'autres techniques agricoles reposant soit sur l'arairage (labourage superficiel à l'aide d'une araire, charrue primitive) ou sur l'irrigation. Certaines civilisations classiques, en Mésopotamie, en Chine, en Égypte ou dans les Andes, particulièrement brillantes, ont ainsi mis au point des systèmes d'irrigation particulièrement ingénieux, en utilisant le plus souvent la crue des grands fleuves.

En Occident : révolution agricole de l'an 1000[modifier | modifier le code]

Paysan se servant d'une faux.

Autour de l'an mille, la crise du système précédent a entraîné une nouvelle révolution agricole et l'essor d'un nouveau système. Il repose en particulier sur l'usage de la charrue, qui permet de retourner des sols plus lourds que l'araire. C'est également à cette époque qu'apparaissent des systèmes complexe d'assolement comme la rotation triennale : toutes les parcelles d'un village sont divisées en trois soles, mis en culture simultanément, et qui tournent chaque année.

Ces innovations permettent en particulier la mise en valeur des forêts de la partie tempérée de l'Europe : les défrichements, essarts, brûlis se multiplient à partir du Xe siècle.

Europe : révolution agricole au XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

À partir de 1650, en Europe, l'agriculture commence une révolution dans son mode de production comme dans les techniques employées aux Pays-Bas et en Angleterre[9]. On parle parfois de la « culture attelée lourde » comme première révolution agronomique, favorisée par des observations codifiées dans des travaux pionniers comme ceux d'Olivier de Serres (1539-1619): un cycle vertueux s'enclenche, la meilleure alimentation animale permettant des chevaux et des bœufs plus puissants, pouvant tirer des machines plus imposantes, et améliorant ainsi la productivité des terres, tandis qu'on utilise leurs déchets organiques pour faire du fumier. Les instruments agraires sont rapidement modifiés. En France, un tel modèle perdurera jusqu'au XXe siècle, voire jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, tandis que les États-Unis avaient amorcé dès les années 1930 la révolution agronomique moderne.

Agriculture et modernité[modifier | modifier le code]

Au sens étymologique du terme, agriculture signifie « culture des champs ». Jusqu'au début du XIXe siècle, elle était autonome, et fournissait à l'homme l'essentiel de son alimentation ainsi que de son énergie. Cette agriculture était renouvelable, tant qu'il n'y avait pas surexploitation. La chaîne de conversion énergétique végétaux → animaux → énergie était de très faible rendement, mais elle générait aussi des sous-produits utiles comme le fumier.

À partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, ce système millénaire va fondamentalement évoluer, avec l'utilisation des énergies fossiles (charbon, pétrole), les progrès de la chimie inorganique et l'introduction des engrais minéraux.

L'utilisation croissante de techniques modernes, les progrès en matière de machinisme, les améliorations génétiques des productions animales et végétales, les progrès en matière d'intrants (engrais et produits phytosanitaires), ont permis d'augmenter très fortement les rendements au cours du XXe siècle.

Dès 1946, l'agriculture devient dans de nombreux pays une industrie, qui non seulement assure les besoins de l'exploitant, mais fournit un surplus destiné à couvrir les besoins de la population non agricole ainsi que l'exportation. On parle d'agribusiness. Subventionnée par la PAC, l'agriculture européenne est même victime de crises de surproduction, tandis que la filière agroalimentaire détermine en partie l'avenir du secteur.

L'intensification de l'agriculture datant des années 1960 à 1980 est aussi connue sous le terme de révolution verte.

Le ministère français de l'Agriculture et de la Pêche, installé dans l'hôtel de Villeroy à Paris, en 2005.

En raison des gains de productivité, la population agricole s'est fortement réduite dans les pays économiquement développés.

Les pays en voie de développement n'ont souvent pas pu bénéficier des avantages de l'agriculture moderne en raison en particulier d'un climat défavorable et d'un manque de capital financier.

L’agriculture d’aujourd’hui repose sur des concepts fondamentaux, basés sur la fiabilité et la rapidité d'action. Les problèmes combinés tel que la chute inattendue du rendement ou l'augmentation brusque de la température ne se résolvent qu'avec une bonne maîtrise rationnelle de tous les éléments constitutifs du système de production.

Dès le début XXe siècle, est apparue l'agriculture dite biologique poussée par des consommateurs et des agriculteurs recherchant une meilleure protection de l'environnement, par des agriculteurs voulant se protéger des excès de l'agriculture intensive ou bien qui voulaient pérenniser certaines méthodes traditionnelles dans des pays émergents tout en assurant un bon revenu économique. On peut désigner l'origine de l'agriculture biologique au travers des travaux de Steiner.

Agriculture et environnement[modifier | modifier le code]

Il faut noter que si l'agriculture fut et est toujours une activité économique essentielle à l'essor des grandes civilisations, certains peuples de la terre ont continué à vivre jusqu'à nos jours sans modifier leur environnement (forêt, marais, toundra, banquise) en s'adonnant à la chasse, à la pêche, à la cueillette ou en pratiquant de petits élevages. Ces peuples sont en voie de disparition à mesure que leur environnement naturel disparaît au profit de nouveaux élevages et de nouvelles terres cultivables, ainsi que de l'acculturation tel que décrit par l’anthropologue Claude Lévi-Strauss.

Un des défis majeurs de l'agriculture moderne est aujourd'hui de concilier performance, protection de l'environnement et pérennité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Histoire des Agricultures du Monde. Du néolithique à la crise contemporaine, M. Mazoyer et L. Roudart, Points histoire, éd. du Seuil, 2002

- Une Histoire des agricultures, C. Ferault et D. Le Chatelier, illustrations de G. Nocq, éd. Campagne et Compagnie, 184 p., juin 2012 (seconde édition).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Chauvet, ethnobotaniste in Quotidien La Croix, 16 juillet 2012 p.18
  2. Sciences et Avenir, décembre 2003
  3. La Recherche Les racines de l'agriculture en Nouvelle-Guinée
  4. Michel Chauvet, art.cit.
  5. Sciences et Avenir no 713, p. 21, juillet 2006
  6. Encyclopædia Britannica, "Melanesian cultures"
  7. (en) Michael Balter, « Archaeology. Ancient migrants brought farming way of life to Europe », Science, vol. 336, no 6080,‎ 27 avril 2012, p. 400-401 (DOI 10.1126/science.336.6080.400)
  8. (en) Pontus Koglund, Helena Malmström, Maanasa Raghavan et coll, « Origins and Genetic Legacy of Neolithic Farmers and Hunter-Gatherers in Europe », Science, vol. 336, no 6080,‎ 27 avril 2012, p. 466-469 (DOI 10.1126/science.1216304)
  9. http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2002-2-page-41.htm#

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]