Histoire de l'Ukraine

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Cet article présente l’histoire de l’Ukraine, non seulement en tant qu'état indépendant (1918-1920 et depuis 1991) mais aussi en tant que territoire.

Préhistoire et Antiquité[modifier | modifier le code]

Après les populations préhistoriques que les Grecs désignaient comme « Pélasges », les principaux groupements venus peupler ce qui est aujourd’hui l’Ukraine, durant le IIe millénaire av. J.-C., furent des indo-européens de langue iranienne septentrionale : les Cimmériens, les Scythes et les Sarmates, qui furent rejoints et influencés par les Grecs en Crimée. Un royaume Scythe hellénisé, la Bosphoranie, se forma au IIIe siècle avant notre ère, autour du « lac Méotide » ; sa brillante capitale était Panticapée (Kertch). Au Ier siècle de notre ère, celui-ci devient un état-client des Romains, devenus par la suite les « Byzantins ».

À partir du IIIe siècle de notre ère les Goths et d’autres peuples nomades se succédèrent durant le Ier millénaire av. J.-C. : la culture matérielle de ces peuples (artisanat, rites funéraires, etc.) se retrouve dans les sites archéologiques de la culture de Tcherniakov. Parmi ces peuples, les Antes sont d’un intérêt particulier pour les Ukrainiens, car on pense que les Antes sont une civilisation proto-slave. Beaucoup d’objets trypiliens datent de cette époque. Du IIe siècle au XIIIe siècle, des peuples turcophones ou finno-ougriens se succèdent d’est en ouest le long de la mer Noire : Huns, Avars, Bulgares, Khazars, Magyars, Pétchénègues, Polovtses, Tatars et Mongols. Pendant ce temps, des tribus slaves occupent pacifiquement l’Ukraine occidentale, centrale et septentrionale à partir du VIe siècle : elles ont joué un rôle important dans la fondation de Kiev par les Scandinaves.

État de Kiev[modifier | modifier le code]

Au VIIIe siècle le commerce varègue (des Vikings orientaux) de la Baltique à la mer Noire fédère les tribus slaves, et au IXe siècle, Kiev est prise aux Khazars par le varègue Oleh le Sage, fondateur d’un "État des rameurs" ou Rodslagen, en proto-slave Rous’ : c’est l’âge d’or de sa capitale, Kiev. Le territoire de la Rous’ couvrait le Nord de l’actuelle Ukraine ainsi que la Biélorussie et l’Ouest de la Russie. De Rous’ viennent la dénomination des "Russes", mais aussi celle des "Ruthènes" ou "Russins" désignant les Ukrainiens occidentaux. Le nom d’"Ukraine", qui signifie "pays frontalier" en russe, est venu avec l’expansion de la Moscovie, bien plus tard.

Au XIe siècle, la Rous' de Kiev était géographiquement le plus vaste État d’Europe. En 988, sous le règne de Volodymyr le Grand, un missionnaire grec, Cyrille, convertit l’aristocratie kiévienne (surtout varègue) et la majorité de la population au christianisme. Sous le règne de Iaroslav le Sage, le prestige de l’État kiévien atteint son apogée : il s’étend de la Baltique à la mer Noire et du confluent de l’Oka avec la Volga jusqu’aux Carpates septentrionales. Yaroslav fut un grand bâtisseur, c’est lui qui fit construire la célèbre cathédrale Sainte-Sophie à Kiev, et un grand législateur. Le droit, l’éducation, l’architecture et l’art kiévien connaissent un apogée sous son règne.

La succession au trône de Kiev n’est pas héréditaire en ligne directe : le pouvoir va au membre le plus âgé de la famille princière. Le territoire est divisé en apanages dévolus par le prince aux familles de boyards, hiérarchisés selon leur étendue, et qui vont au membre le plus âgé de chaque dynastie. Le décès de cet aîné entraîne de nombreux conflits et, à terme, favorise la fragmentation de l’État. Kiev fut saccagée par le prince de Vladimir (1169). Les convoitises extérieures en profitent : Kiev est pillée par les Coumans, puis par les Tatars et Mongols en 1240. Par conséquent, les principautés russes et ruthènes durent reconnaître la souveraineté des Mongols. L’autorité mongole et tatare était très cruelle, notamment en matière pénale, et, durant ces siècles de soumission, le peuple a souvent fui vers d’autres pays comme la Pologne, la Hongrie, la Moldavie ou la Crimée gréco-arménienne.

Galicie-Volhynie[modifier | modifier le code]

La principauté de Galicie succéda à l’État de la Ruthénie sur le territoire de l’Ukraine occidentale d’aujourd’hui. Elle fut la plus puissante des principautés ruthènes, englobant bientôt la Volhynie (ou Vladimirie) et la future Moldavie. Durant cette période (XIIIe-XIVe siècle), chaque principauté ruthène mena sa propre politique; celles du Nord-Est (Tchernihiv, Pereïaslavl) se rapprochèrent des principautés russes telles Novgorod ou Moscou, tandis que celles du centre (Kiev et Tourov) cherchèrent l’alliance lituanienne.

C'est en 1253 que le pape accorda au prince Daniel de Galicie (Danylo Halytskyï) la couronne royale qu’il détint jusqu’à sa mort en 1264. Mais le royaume de Galicie-Volhynie devint finalement lui aussi un vassal de l’Empire mongol, tout en continuant à rechercher l’appui des autres européens (Polonais, Lituaniens).

Domination lituano-polonaise[modifier | modifier le code]

Les contours du royaume polono-lituanien avec ses vassaux en 1619 superposé aux frontières actuelles. Rose: Pologne. Rose pâle: Borussie ou Prusse orientale. Vert: Lituanie. Jaune: Livonie. Jaune pâle: Courlande.


Durant le XIVe siècle, les Polonais et les Lituaniens combattirent les Mongols et finalement toute l’Ukraine septentrionale passa sous l’autorité de la Pologne et de la Lituanie, qui annexe Kiev en 1362. Les Tatars se maintiennent sur le littoral de la mer Noire et en Crimée; toutefois, de 1382 à 1484, le Grand Duché de Lituanie atteignit la mer Noire du côté d’Otchakiv (vers l’actuelle Odessa)[1]. La Lituanie prit le contrôle de la Volhynie au nord-ouest de l’Ukraine (y compris les régions autour de Kiev). Quant à la Pologne, elle prit le contrôle de la Galicie. À la suite de l’union entre la Pologne et la Lituanie, conclue en 1385, une intense politique de repeuplement a lieu : des Polonais, des Moldaves, des Allemands, des Arméniens, des Juifs et des Russes immigrèrent dans le pays. Nombre de villes et villages furent fondés. La noblesse d’Ukraine occidentale fut souvent « polonisée ». La législation polonaise est introduite en Ukraine occidentale en 1434. Si la Pologne mène une politique relativement tolérante vis-à-vis de l’orthodoxie, le catholicisme progresse dans les territoires sous sa domination.

L’influence polonaise pénètre plus lentement dans les territoires relevant du grand-duché de Lituanie. L’orthodoxie y garde sa prédominance. Pourtant, les rapports de force au sein de l’État polono-lituanien tournent à l’avantage des Polonais. L’Union de Lublin (janvier 1569) consacre le triomphe de la Pologne. La Lituanie perd la plus grande partie de ses possessions ukrainiennes (Podlachie, Volhynie, Podolie, région de Bratslav et de Kiev). La noblesse de ces régions se polonise et se convertit au catholicisme. Le haut-clergé orthodoxe est tenté par le rapprochement avec Rome. Le métropolite de Kiev et une partie du haut-clergé, en réaction contre les interventions réformatrices du patriarche de Constantinople, se rallie à Rome lors du concile de Brešč (Brest-Litovsk) en 1596. L'Union de l'Église de la Rus' de Kiev avec Rome forma l'Église grecque-catholique ukrainienne faisant partie des uniates.

C’est durant cette domination lituano-polonaise, à partir du XVe siècle, que se formèrent les Cosaques, des paysans ruthènes orthodoxes qui refusaient la servitude et l’assimilation aux Polonais catholiques. Le royaume de Pologne les tolère et les utilise contre les Tatars, puis, à partir du XVIe siècle, contre les Turcs ottomans, devenus suzerains des Tatars de Crimée.

État cosaque, embryon de la nation ukrainienne[modifier | modifier le code]

Au XVIe siècle, plusieurs soulèvements cosaques eurent lieu contre la noblesse polonaise dont le plus célèbre fut mené par le Hetman cosaque Severyn Nalyvaïko en 1594. L’hetman Petro Sahaïdatchnyi contribua à la création d’un centre culturel à Kiev et chercha à unifier l’armée cosaque avec la noblesse et le clergé ruthènes. En 1648, l’hetman Bohdan Khmelnytskyi se soulève à son tour contre la Pologne. Le 16 mai, allié aux Tatares de Crimée et aux Russes de Moscou, il bat les Polonais à Jovti Vody et le 26 mai à Korsoun. Ce fut le début de la guerre de libération qui ébranla les fondations et la stabilité de l’union lituano-polonaise. Ce soulèvement a finalement abouti à la naissance d’un territoire Cosaque autonome appelé « Ukraine » (« Marches ») dans le bassin du Dniepr, entre la Pologne et la Russie. L’Ukraine de la Rive Gauche a été intégrée à la Russie en tant qu’Hetmanat cosaque par le traité de Pereïaslav en 1654 et la guerre russo-polonaise qui s’en est suivie. Les Cosaques ont combattu la Pologne, plus tard la Russie pour leur indépendance. Au tournant du XVIIIe siècle, l’Hetmanat était parmi les pays les mieux alphabétisés de toute l’Europe. Il y avait des écoles dans la plupart des villages, les Cosaques ukrainiens étaient connus pour être des personnes très bien éduquées. Les hetmans Bohdan Khmelnytskyï, Petro Sahaïdatchnyï et Ivan Mazeppa savaient parler plusieurs langues[2].

Cosaques, domination russe et autrichienne[modifier | modifier le code]

En 1708, l’hetman Ivan Mazeppa fait reconnaître l’indépendance par Charles XII de Suède mais dès 1709, le tsar Pierre Ier bat Ivan Mazeppa et les Suédois à Poltava. Les Cosaques deviennent vassaux de la Russie, qui les utilise dans son expansion contre l’Empire Ottoman et la Pologne. Quant au sud de l’Ukraine, il était sous le contrôle du Khanat de Crimée (tatar) et de l’Empire ottoman. En 1772, lors du 1er partage de la Pologne, la Galicie (Ukraine de l’ouest) devint autrichienne. En 1793, lors du 2e partage, Catherine la Grande, impératrice de Russie, supprime l’autonomie des Cosaques, et étend l’Empire russe jusqu’à la mer Noire. Les trois quarts de l’actuelle Ukraine sont dès lors russes. Bucovine et Bessarabie sont encore moldaves, tandis que le comté du Máramaros, l’actuelle Ruthénie transcarpatique est encore hongrois.

Les intellectuels et écrivains ukrainiens (notamment Tarass Chevtchenko) s’inspirèrent de l’éveil des nations qui diffusait à travers les autres peuples d’Europe soumis à divers Empires, et décidèrent de ranimer la langue ukrainienne, et les traditions culturelles ruthènes afin de constituer un État-Nation. Or l'Empire russe menait une politique générale de russification, allant jusqu’à interdire l’utilisation et l’étude de la langue ukrainienne. Le sort des Ukrainiens était plus positif sous les Autrichiens ou les Moldaves. Au milieu du XIXe siècle, dans le contexte abolitionniste du servage[3] se développa dans la vie intellectuelle russe, aussi bien à Saint-Pétersbourg qu'à Kiev, une ukrainophilie (en) qui allait de pair avec l'amour des paysans (fascination notamment des propriétaires polonais, appelés les chlopomanes (en) : « passionnés du paysan », de son folklore et de la vie quotidienne). En 1892, Kiev compte près d’un demi-million d’habitants, mais c’est une ville russifiée, alors qu’à Lviv (Lemberg) et Tchernivtsi (Czernowitz) des associations culturelles ukrainiennes prospèrent.

L’actuelle Ukraine resta partagée entre les Empires autrichien et russe jusqu’à la Révolution de février 1917.

Indépendance (1917-1920)[modifier | modifier le code]

Cartes de l'Ukraine entre 1914 et 1920
L'Ukraine de 1793 à 1914
L'Ukraine en 1918
Les revendications territoriales de la République populaire ukrainienne
L'Ukraine en mars 1919
L'Ukraine en novembre 1919
L'Ukraine en mars 1920
L'Ukraine en juin 1920
L'Ukraine en août 1920
Revendications de la délégation ukrainienne à la Conférence de Paix de Paris (1919).
Les territoires revendiqués fin 1918 par les républiques ukrainiennes de Lemko, de Ruthénie subcarpathique et d'Ukraine occidentale.
La République populaire ukrainienne, sur le terrain.
Chars français à Odessa pendant l'intervention alliée de 1918-1919.

Alors que la Première Guerre mondiale et la Révolution russe détruisaient les Empires russe et autrichien, les Ukrainiens déclarèrent leur indépendance. Ils créèrent dès le 17 mars 1917 la Verkhovna Rada dont Mykhaïlo Hrouchevsky devint président le 27 mars et le restera jusqu’au 29 avril 1918. Le 20 novembre, la Rada centrale proclame la République populaire ukrainienne, reconnue par la France et la Grande-Bretagne en janvier 1918, et déclare son indépendance le 22 janvier 1918. Cependant, l’offensive des Bolchéviks contraint le gouvernement à quitter Kiev en février 1918.

En mars 1918, par l’armistice de Brest-Litovsk, Lénine livre l’Ukraine aux occupants allemands, qui permettent le retour du gouvernement à Kiev. Mais une période de terribles troubles s’ensuit : corps francs allemands, troupes russes débandées, anarchistes de Nestor Makhno, différentes factions ukrainiennes (pro-alliées, pro-allemandes ou pro-bolchéviques) s’affrontent, pillant villes et villages. Le 29 avril, Mikhaïlo Hrouchevsky est réélu président, mais un coup d’État conservateur proclame Pavlo Skoropadsky hetman de l’État d'Ukraine. Cette période d’Hetmanat sera brève puisqu’elle durera jusqu’en novembre 1918, date à laquelle une insurrection du Directoire bat l'hetman le 18 novembre près de Motovylivka. Volodymyr Vynnytchenko puis Simon Petlioura seront alors les présidents du Directoire de la République populaire ukrainienne jusqu’en octobre 1920. De plus durant l’année 1919 l’Ukraine fut secouée par de multiples pogroms contre les Juifs.

En même temps et à la suite de la chute de l’Empire austro-hongrois, un comité ukrainien prit le pouvoir en Galicie le 1er novembre 1918 et proclama une République populaire d'Ukraine occidentale (ZUNR) 9 novembre à Lviv. Il en alla de même le 6 novembre 1918 dans le nord-ouest de la Bukovine et le 19 novembre 1918 en Transcarpathie, ainsi qu’autour de Lemko en Galicie occidentale. Mais les polonais de Galicie et les roumains de Bucovine proclamèrent simultanément leurs ralliements respectivement à la Pologne renaissante et au royaume de Roumanie, de sorte que le gouvernement de la ZUNR dut s’établir à Ternopil ; les comités ukrainiens de Lemko, de Bukovine et Trancarpathie ne parvînrent pas à contrôler leurs territoires, et l’année suivante, Polonais et Roumains furent admis à faire valoir leurs revendications à la Conférence de paix de Paris, alors que ce droit fut refusé aux Ukrainiens. Pourtant, en dépit de la guerre polono-ukrainienne de Galicie, et de sa non-reconnaissance par les puissances occidentales, le gouvernement de la ZUNR réussit à maintenir son autorité autour de Ternopil, une région de Galicie où il n’y avait que très peu de Polonais et pas de Bolchéviks.

Le 1er décembre 1918, le secrétariat d’État de la République populaire d’Ukraine occidentale conclut un accord préliminaire avec le Directoire de la République populaire ukrainienne, portant sur l'union des deux états ukrainiens. L'accord fut approuvé par la Rada de la ZUNR le 3 janvier 1919 et par le Directoire le 22 janvier 1919, date à laquelle l'union fut officiellement proclamée. Dès lors, la ZUNR prit le nom de province de l'ouest de la République populaire ukrainienne. Mais l’union ne fut pas pleinement établie : les organismes gouvernementaux de la ZUNR continuèrent de fonctionner séparément à Ternopil.

Le 22 janvier 1919, UNR et ZUNR s’unissent, mais en même temps, les Allemands se retirent, et dans le vide ainsi créé se déclenche une confuse guerre de harcèlement de type "chacun contre tous les autres" entre troupes russes tsaristes, dites Blanches (dirigées par le général Dénikine et soutenues par les armées Alliées franco-britanniques), l’armée communiste des Bolchéviks dite Rouge, l’armée nationaliste ukrainienne de Simon Petlioura et les troupes anarchistes dites Noires. À part les deux dernières, principalement composées d’Ukrainiens, toutes ces troupes vivaient sur le pays et affamèrent les villageois ukrainiens à coups de réquisitions répétées. Au cours de cet affrontement généralisé, les Français et les Britanniques occupent Odessa, Sébastopol et d’autres ports, mais l’intervention tourne court à cause du manque de moyens engagés, des mutineries de la mer Noire et de l’hostilité de la population exaspérée par les réquisitions (mars-avril 1919).

Vers la fin de 1919 et la première moitié de 1920, les Bolcheviks finissent par l’emporter sur les autres belligérants, et la partie ex-russe de l’Ukraine, avec Kiev pour capitale, est intégrée à l’URSS créée en 1922, tandis que la partie ex-autrichienne, avec Lviv pour ville principale, est intégrée à la Pologne en 1921. La petite Ukraine transcarpatique, jadis hongroise et brièvement indépendante en novembre 1918, vota son rattachement à la Tchécoslovaquie et quant à la Bucovine, sa minorité ukrainienne se résigna à son rattachement à la Roumanie : ces deux régions évitèrent ainsi la « soviétisation », des réquisitions, la collectivisation et les famines qui suivirent, dont la Holodomor. La ZUNR continua d’exister en exil (à Berlin) jusqu’en 1923.

Période soviétique[modifier | modifier le code]

Le 30 décembre 1922, l’URSS naissait du traité qui réunissait la RSFSR, la Biélorussie, l’Ukraine et la Transcaucasie[4]. Dans le conflit qui opposa les communistes du centre (Moscou) et les partis communistes nationaux, c’est le centre qui l’emporta et imposa une fédération. Quand Joseph Staline lança le premier plan quinquennal en 1928, l’Ukraine devint l’une des sources indispensables de son financement. Les années d’industrialisation furent marquées par la construction de la plus grande centrale hydraulique de l’Europe sur le Dniepr (le DnieproGuES), ce qui contribua à l’électrification de la République, ainsi qu’une importante mise en valeur du grand bassin minier et métallurgique, le Donbass.

Le drapeau soviétique de la RSS d’Ukraine.

Malgré une brève période d’ukrainisation à la fin des années 1920, se traduisant par le retour à la langue d’origine dans les publications, la réouverture des écoles et des universités avec un enseignement en ukrainien et la promotion des cadres nationaux, Staline ne ménagea pas pour autant ses efforts pour réprimer le moindre signe d’un réveil national ukrainien, interprété comme un rejet du pouvoir stalinien et une menace à l’intégrité territoriale de l’Union soviétique.

Les famines en Ukraine, selon le Bulletin n° 26 du Comité Nansen (1922), l'édition citée dans la carte du Holodomor et la cartographie consultable sur [1].
Victimes de l’Holodomor à Kharkiv en 1933.
La formation territoriale de l'Ukraine moderne.

La catastrophe démographique des Ukrainiens commença en 1922 avec une première famine à la suite de la guerre civile russe puis la tristement célèbre famine de 1933 que les Ukrainiens appellent Holodomor. Provoquée par la collectivisation des terres, elle fit jusqu’à huit millions de morts en Ukraine et dans d'autres régions de l’URSS. Ce fut l’avant-dernière grande famine d’Europe avant la troisième et dernière, celle de 1947 également en Ukraine soviétique. Le régime stalinien a aussi procédé à d’innombrables déportations vers le Goulag et assassinats, surtout d’intellectuels ukrainiens. Ce fut notamment le cas pendant les Grandes Purges de 1937-1938 qui coûtent la vie à des milliers d’Ukrainiens. Après l’invasion de la Pologne en septembre 1939 par les troupes allemandes puis soviétiques, l'Union soviétique annexa les régions polonaises à majorité ukrainienne ; les régions à minorités ukrainiennes de Roumanie suivirent en juin 1940. Tous ces gains territoriaux furent incorporés à la République socialiste soviétique d'Ukraine en août 1940, à l'exception du centre de la Bessarabie qui fut constitué en République socialiste soviétique moldave.

L’Ukraine agrandit ainsi son territoire, mais le régime stalinien était si répressif, que lorsque l’Allemagne nazie envahit l’URSS en 1941, certains Ukrainiens accueillirent la Wehrmacht en libératrice. Un certain nombre d’Ukrainiens s’engagèrent notamment dans les forces de police, l’Armée de libération de l'Ukraine, les Hiwis, et la 14e division de la Waffen SS. Plusieurs milliers d’Ukrainiens rejoignirent, eux, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA), réseau de Résistance nationaliste. Le 22 juin 1941, l’organisation des nationalistes ukrainiens proclama l’indépendance de l’Ukraine à Lviv. L’armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) continuera son combat contre l’armée rouge, jusqu’à son anéantissement en 1954. En 1944, l’Armée rouge "libère" l’Ukraine. Les Ukrainiens qui avaient servi les Allemands, et également les membres de l’UPA, furent en 1945, pour la plupart internés au Goulag comme traîtres. À la fin de la guerre, les pertes ukrainiennes s’élèvent à 8 millions de personnes[5] dont 1,377 million de militaires soviétiques de nationalité ukrainienne (15,9 % des pertes totales de l’armée rouge)[6]. En 1945, à la demande de Staline, pour souligner son rôle dans la défaite des nazis, l’ONU fait de l’Ukraine, en même temps que de l’URSS et de la Biélorussie, l’un des membres fondateurs de cette organisation. L’URSS y disposera ainsi de 3 voix au lieu d’une. En outre, 4 villes ukrainiennes : Odessa, Kertch, Sébastopol et Kiev portent le titre honorifique de ville héros (accordé aux villes d'Union soviétique dont les habitants ont héroïquement combattu la Wehrmacht au cours de la Seconde Guerre mondiale).

En 1945, Staline enlève à la Tchécoslovaquie la Ruthénie transcarpatique jadis hongroise (jusqu’en 1918) et la rattache à la République socialiste soviétique d'Ukraine. En 1948, il enlève à la Roumanie, pourtant devenue communiste, plusieurs îles dont l’île des Serpents en mer Noire, qui sont données à l’Ukraine. Mais pendant tout ce temps, les arrestations et déportations d’Ukrainiens continuent sous les prétextes les plus divers ; toutefois la majorité des survivants sont amnistiés et libérés par Nikita Khrouchtchev après la mort de Staline. Enfin, en 1954, pour marquer le 300e anniversaire du traité de Pereïaslav, Khrouchtchev transféra la Crimée à la RSS d’Ukraine, dont la croissance territoriale est alors achevée.

À partir de 1955, avec la relative période de libéralisation commencée sous Khrouchtchev, les communistes ukrainiens commencèrent à prendre en compte des objectifs nationaux. À cette époque du dégel, dans les années 1960, il y eut un mouvement dissident en Ukraine, mené par des personnalités telles que Viatcheslav Tchornovil, Vassyl Stous, Levko Lukyanenko. Comme dans les autres républiques membres de l’URSS, les mouvements ont été rapidement réprimés, leurs membres condamnés à des peines de Goulag et d’exil. Et c’est pendant la perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev que ces objectifs ont pu être concrétisés.

En 1986, dans la ville de Tchernobyl, une catastrophe nucléaire eut lieu dans la centrale de cette ville, qui contamina non seulement l’Ukraine, la Biélorusse et la Russie, mais aussi les autres pays d’Europe. Ce fut la plus grave catastrophe nucléaire du XXe siècle.

Ce n’est qu’en 1989 que la libéralisation du régime soviétique et la libération de tous les détenus politiques permit aux Ukrainiens de s’organiser pour défendre leurs droits. Le Mouvement populaire d'Ukraine « Roukh », le premier parti politique indépendant ukrainien depuis 1919, fut ainsi fondé en 1989. Lors des élections de mars 1990, les partis ukrainiens du bloc démocratique ont alors obtenu environ 25 % des sièges au Parlement. Sous l’influence des députés démocrates, le Parlement adopta, le 16 juillet 1990, la Déclaration sur la souveraineté politique de l’Ukraine. Ce fut le premier pas vers l’indépendance complète de l’Ukraine. Celle-ci fut proclamée le 24 août 1991 et confirmée par le référendum organisé le 1er décembre 1991 : 90,5 % d’électeurs votèrent pour l’indépendance. La semaine suivante, l’URSS cessa d’exister suite à la dissolution décidée lors de la réunion à Minsk des dirigeants russe, ukrainien et biélorusse.

Indépendance (depuis 1991)[modifier | modifier le code]

La transition (1991-1996)[modifier | modifier le code]

Le 12 décembre, Leonid Kravtchouk est élu président de la République. Des conflits d’intérêt opposent alors l’Ukraine à la Russie notamment sur le statut de la Crimée et sur le contrôle de la flotte de la mer Noire. En 1994, Leonid Koutchma, ancien Premier ministre, est élu à la présidence de la République et sera réélu en 1999. À partir de ce deuxième mandat, Koutchma sera de plus en plus contesté pour des affaires de corruption, d’enlèvements de journalistes et autres pressions électorales et envers la presse. Son mandat aurait dû s’achever en novembre 2004 avec l’élection présidentielle — mais la Révolution orange et l’annulation du second tour, ont prolongé celui-ci jusqu’au 23 janvier 2005.

Le 23 janvier 2005, Viktor Iouchtchenko prête serment devant le Parlement, devenant ainsi officiellement le troisième président de l’Ukraine post-soviétique. Dès le 24 janvier, Ioulia Tymochenko est nommée Premier ministre par intérim. Le 4 janvier, le gouvernement ukrainien trouve un arrangement avec la Russie sur le prix du gaz naturel. Dorénavant, l’Ukraine paiera environ deux fois plus cher son gaz (95 dollars les 1 000 m3, contre 50 auparavant). Cet accord irrite fortement le Parlement, une coalition se forme pour voter une motion de censure contre le gouvernement. Le 10 janvier, la motion est votée par 250 voix pour et 50 contre, sur les 450 membres du parlementaire, la majorité requise est de 226 voix. Le gouvernement restera en place jusqu’à l’investiture d’un nouveau Premier ministre. Chose qui pourrait n’arriver qu’après les élections législatives, prévu le 26 mars.

Après de longs mois de tractations et de négociations pour former une majorité au parlement et un gouvernement, Viktor Iouchtchenko décide de nommer Viktor Ianoukovytch Premier ministre le 3 août 2006 (plusieurs heures après la date limite constitutionnelle pour en désigner un), validé par le Parlement le 4. Après des mois de conflits entre Iouchtchenko et Ianoukovytch et de nombreux députés passant de l’opposition à la coalition majoritaire (de façon inconstitutionnelle, selon le président), Iouchtchenko décrète la dissolution du parlement le 2 avril 2007. La Rada suprême a qualifié cette décision d’anticonstitutionnelle. En 2010, Ianoukovytch, chef de l'opposition, remporte l'élection présidentielle. Il prend ses fonctions de président de la République d'Ukraine le 25 février 2010. L'emprisonnement et les conditions de l'emprisonnement de son opposante Ioulia Tymochenko suscitent de vives critiques en Europe occidentale.

Changement de pouvoir de 2013-2014[modifier | modifier le code]

Fin 2013, alors qu'un accord d'association doit être signé entre l'UE et l'Ukraine, la Russie essaie de faire pression sur Kiev pour le faire changer d'avis, notamment en restreignant certains produits, en revoyant les prix du gaz et en envisageant d’imposer aux citoyens ukrainiens un passeport étranger. Moscou craint en effet que cette union se fasse à son désintérêt, alors que Vladimir Poutine ambitionne en même temps un rapprochement avec les pays anciennement soviétiques. De l'avis de l'analyste politique Vladimir Fessenko : « en mettant ainsi la pression, la Russie ne fait que pousser l'Ukraine dans les bras de l'Europe »[7].

Article détaillé : Euromaïdan.

En novembre 2013, l'Ukraine décide finalement, en raison de pressions russes[8], de refuser l'accord avec l'Union européenne et de « relance[r] un dialogue actif avec Moscou »[9]. Ce revirement entraîne d'importantes manifestations pro-européennes à Kiev rassemblant au moins 100 000 personnes, l'occupation de la place Maïdan et de la mairie, avec comme mot d'ordre la démission du président Viktor Ianoukovytch[10].

Dans la semaine du 17 février 2014, les manifestations sont durement réprimées causant la mort d'environ 80 personnes. Le 22 février, le Parlement vote la destitution du président Ianoukovitch, apparemment en fuite à l'est du pays. L'opposante Ioulia Timochenko est libérée et fait sa première apparition publique le soir sur la place de l'indépendance, en fauteuil roulant, après deux années de détention.

Crise de Crimée[modifier | modifier le code]

S'ensuit une crise diplomatique concernant la Crimée, où des troupes pro-russes prennent le contrôle de cette région ukrainienne ; un référendum d'auto-détermination est organisé en mars et la Crimée est rattachée à la Russie, même si la légitimité internationale de cette action n'est pas reconnue. Le gouvernement ukrainien d’Oleksandr Tourtchynov accuse la Russie « d'invasion » et d'« occupation armée » tandis que la Russie nie la présence de soldats russes en Crimée et affirme que ces soldats sont des « forces locales d'auto-défense »[11], tout en évoquant la possibilité d'envoi de troupes en Ukraine[11]. Le 11 mars, le parlement de Crimée déclare l'indépendance de la République de Crimée (réunissant la République autonome de Crimée et Sébastopol).

Le 18 mars 2014, à la suite d’un référendum tenu le 16 mars, le gouvernement russe annonce que la République de Crimée (correspondant à l’ancienne République autonome de Crimée) et la ville de Sébastopol, anciennement ukrainiennes, deviennent deux nouveaux sujets fédéraux de la Fédération de Russie et le gouvernement ukrainien commence alors à retirer ses troupes de Crimée.

Accord de libre échange avec l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Le 27 juin 2014, le nouveau président Petro Porochenko, signe un accord de libre échange avec l'Union Européenne à Bruxelles[12].

  •      Oblasts sous contrôle nominal de l'Union des républiques populaires
  •      Oblasts revendiqués par l'Union des républiques populaires
  •      Crimée, annexée de facto par la Russie.

Crise du Donbass[modifier | modifier le code]

Le soulèvement pro-russe dans l'Est du pays (Donbass), le long de la frontière russe où les russophones et les partisans de l'ancien président Viktor Ianoukovytch sont les plus nombreux, se déroule contre le nouveau pouvoir ukrainien. Il se manifeste notamment par l'apparition en avril 2014 de deux républiques sécessionnistes proclamées par la « Milice populaire du Donbass » : la République populaire de Donetsk et la République populaire de Lougansk, qui s'unissent le 22 mai 2014 en une Union des républiques populaires, reconnue par la république séparatiste géorgienne d'Ossétie du Sud, elle-même reconnue par la Russie. Des affrontements armés ont lieu avec les forces loyalistes ukrainiennes, au cours desquels un avion de ligne malaysien survolant la région est abattu en juillet 2014. Cette situation de guerre civile donne lieu à des tensions entre l'Occident et le régime de Vladimir Poutine, accusé de déstabiliser la région par le gouvernement de Kiev et par la communauté internationale. Suite au krash de l'avion malaysien, l'Ukraine interdit le survol de l'est de son territoire[13].

Cartes historiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Robert Magocsi, Ukraine, A Historical Atlas, University of Toronto Press, 1987, p. 8-9
  2. Iaroslav Lebedynsky, 2004, Les Cosaques. Une société guerrière entre libertés et pouvoir. Ukraine 1490-1790, Paris, Errance, p. 201-207
  3. Daniel Beauvois, op. cité, p. 83
  4. (ru) Texte intégral du traité de la formation de l’URSS le 29.12.1922
  5. (en) http://www.infoukes.com/history/ww2/page-17.html
  6. (ru) http://ecsocman.edu.ru/images/pubs/2006/11/21/0000295642/1999_n4_p92-101doc.pdf
  7. Pierre Avril, « La Russie tente d'empêcher les noces entre l'Ukraine et l'UE », in Le Figaro, jeudi 7 novembre 2013, page 5.
  8. Jean-Jacques Mével, « Mise en échec, l'UE laisse la porte ouverte à l'Ukraine », in Le Figaro, mardi 26 novembre 2013, page 5.
  9. Arielle Thédrel, « L'Ukraine tourne le dos à l'Union européenne », in Le Figaro, vendredi 22 novembre 2013, page 6.
  10. Au moins 100 000 manifestants à Kiev pour réclamer la démission de Ianoukovitch, Le Monde, 1er décembre 2013
  11. a et b Ukraine: Poutine nie que des forces russes encerclent les bases en Crimée, AFP, 4 mars 2014
  12. « L'Ukraine signe l'accord de libre-échange avec l'UE », L'Humanité,‎ 27 juin 2014 (consulté le 29 juin 2014)
  13. Sources : voir notes des articles en lien.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel Beauvois, La bataille de la terre en Ukraine, 1863-1914, Presses Universitaires du Septentrion,‎ 1993, 346 p. (ISBN 9782859394295)
  • Arkady Joukovsky, Histoire de l'Ukraine, Paris, Aux Editions du Dauphin,‎ 1993, 1e éd. (ISBN 978-2-7163-1057-4, LCCN 93242386)
  • Andreas Kappeler, Petite histoire de l'Ukraine, Institut d'études slaves,‎ 1997, 223 p. (ISBN 9782720403194)
  • Benoist-Méchin, L'Ukraine, des origines à Staline, Albin Michel, 1941
  • (en) Subtelny, Orest, Ukraine, A History, Toronto, University of Toronto Press,‎ 2000, 3e éd., poche (ISBN 978-0-8020-8390-6, LCCN 2001268184)
  • (en) Zenon E. Kohut, Bohdan Y. Nebesio et Myroslav Yurkevich, Historical Dictionary of Ukraine, Scarecrow Press, Lanham Md, 2005, 912 p. (ISBN 978-0-8108-5387-4)
  • (en) Magocsi, Paul Robert, Ukraine, A Historical Atlas, Toronto, University of Toronto Press,‎ 1987, 3e éd., poche (ISBN 978-0-8020-3429-8)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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