Histoire de l'Algérie dans l'Antiquité

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L'histoire de l'Algérie dans l'Antiquité est marquée par l'émergence des royaumes de l'âge de fer qui s'étalent sur une période d'environ 1500 ans. Ces royaumes sont d'abord les Gétules au sud du pays, et la fondation des comptoirs Phéniciens au Nord, ensuite les Garamantes et finalement les Numides.

L'Algérie des Gétules : (-1250 à 250)[modifier | modifier le code]

Le peuple Gétules, descendant direct de la branche de la civilisation capsienne ayant émigré au Sahara vers 3000 av. J.-C. est certainement le peuple qui a dominé de la façon la plus certaine l'Algérie durant les 1500 ans de son Antiquité. Ils étaient selon l'historien grec Strabon le peuple le plus nombreux d'Afrique du Nord, mais également le moins connu.

Parmi les plus anciennes références aux Gétules sont vraisemblablement celles des Carthaginois qui indiquent que le prince des Gétules proposa d'épouser Élyssa (ou Didon pour les Romains), la reine fondatrice de Carthage (actuelle Tunisie) vers l'an 815 avant J.-C..

Toutefois, des références en Égypte ancienne de certaines tribus Gétules remontent jusqu'à 1350 av. J.-C. environ sous le règne d'Akhénaton de la XVIIIe dynastie qui parlent de commerce de bétail avec ce peuple. Les Gétules sont probablement à l'origine également du calendrier berbère qui commence vers 943-949 avant J.-C. Le début de ce calendrier ferait suite à la victoire d'une coalition de Gétules sur les Égyptiens. Cette coalition, formée par les tribus Gétules du Maghreb est partie du sud ouest algérien, renforçant ses effectifs en cours de route partout où elle passait au Maghreb. La coalition dirigée par Sheshonq (nom berbère: Sheshnaq) a vaincu le pharaon Psousennès II. Suite à cette victoire Sheshnaq épouse la fille du pharaon, s'installe sur le trône d'Égypte sous le nom de Sheshonq en 952 avant J.-C., et fonde ainsi la XXIIe dynastie. Il installe sa résidence à Busbatis, et détache tout de suite des régiments à Fayoum, une ville où plusieurs unités guerrières égyptiennes sont basées. Ces dernières se rallient finalement à lui le confirmant ainsi sur le trône. Sheshnaq aurait poursuivi ensuite sa percée vers le Moyen-Orient après avoir renforcé de cette façon sa coalition en Égypte, il se mit à conquérir plusieurs territoires en Syrie, Palestine, Phénicie (actuel Liban) et dans le Royaume d'Israël où il s'empare de Ghaza et pillera Jérusalem. Cet événement biblique est mentionné dans l'Ancien Testament[1] qui parle du pillage de ce chef Gétule de la tribu des Machaouach.

Les Gétules étaient de remarquables cavaliers et des nomades à l'origine qui se concentraient dans les oasis du Sahara central algérien. Il est probable que les Gétules ont découvert le cheval par le biais des Égyptiens, qui l'avaient eux-mêmes découvert par le biais des peuples d'Asie centrale. Il est également probable que les Gétules furent poussés à suivre un lent flux migratoire vers le Nord, inversement à leurs ancêtres Capsiens, par la désertification progressive du Sahara et leur nombre croissant. En tout état de cause au fil des siècles les Gétules développèrent une cavalerie efficace, et devinrent un peuple nomade migrant du Sahara vers le Nord de l'Afrique en suivant deux routes principales. L'une est celle des Gétules orientaux qui les mène vers Chella, l'actuelle Salé au Maroc, et l'autre est la route qui les mène du désert vers Madaure (actuelle Mdaourouch dans la wilaya de Souk Ahras). Les Gétules concentrés autour de ce qui est aujourd'hui les territoires des Nememchas dans l'actuel Souk Ahras et Tébessa sont ainsi le premier peuple nomade en Algérie à remonter du désert vers le Nord pour exercer une pression sur les occupants des terres là-bas. En effet plus d'un millénaire après eux, les Berbères Sanhadja et Zénètes imiteront le même mouvement. Les Gétules pasteurs nomades et guerriers se sont longtemps contentés de mener des razzias occasionnelles contre les populations sédentarisées du Nord du pays tout en étant perpétuellement en mouvement. Toutefois entre le Ve et le IIIe siècle, leur puissante cavalerie, leur nombre impressionnant ainsi que leur naïveté politique fait qu'ils commencent à devenir l'objet de convoitise stratégique de la part des acteurs politiques de la région.

Lorsque la première guerre punique éclate en 264 av. J.-C. le général carthaginois Hannibal Gisco les engage comme mercenaires. La principale raison était que la marine carthaginoise était dans un état si lamentable que Hannibal avait décidé de prendre la route jusqu'aux colonnes d'Hercule (actuelle Gibraltar), il engagea la cavalerie Gétule pour l'accompagner. Celle-ci se révèle non seulement apte à traverser le Maghreb rapidement et sans problème, mais elle se révèle également d'une efficacité redoutable dans les campagnes de Hannibal de l'autre côté de la Méditerranée, à commencer par ses campagnes en Ibérie.

Deux siècles plus tard, les Gétules avaient acquis une grande expérience dans la guerre, mais surtout une forte expérience dans l'art de négocier leur force mercenaire. C'est alors qu'en 107 av. J.-C. le roi Jugurtha des Numides, combattant l'armée romaine fait à son tour appel aux services des Gétules. Les Gétules avant d'accepter, proposent à Rome de faire mieux, le consul Marius offre à ces derniers la promesse de leur livrer des terres numides ainsi que la citoyenneté romaine en échange de leur soutien. Les Gétules combattent ainsi aux côtés des Romains. En 103 av. J.-C., Jugurtha est vaincu. Les Gétules obtiennent alors la citoyenneté romaine en grand nombre et de grandes propriétés terriennes, confisquées à l'État numide défait, aux côtés des soldats Romains qui obtiennent chacun 252 hectares de terre. Rome cherchant à profiter au maximum de cette opération offre des terres numides en bordure avec la Maurétanie aux Gétules de sorte à consolider la frontière de leur nouvelle conquête.

La sédentarisation soudaine des Gétules sur les terres confisquées n'est pas facilement acceptée par les populations numides défaites. Les Gétules continuent de soutenir les Romains pendant près d'un siècle pour écraser les révoltes populaires, allant jusqu'à participer en 19 av. J.-C. à la répression d'une révolte aux côtés de Lucius Cornelius Balbus Minor. Cette révolte déclenchée à une échelle impressionnante avait enflammé toute l'Afrique du Nord de la Maurétanie à la Cyrénaïque (actuelle Libye) en passant par les territoires Garamantes au Sahara et Numides dans le Nord, mais Balbus et ses alliés Gétules réussirent à l'écraser.

Après un siècle de sédentarisation, la pratique de la cavalerie gétule finit par disparaître, et le peuple gétule avec. La distribution des terres éparpilla le peuple gétule, et sa sédentarisation contribua à la disparition de sa cavalerie. Le peuple gétule se fondit ainsi dans les populations du nord de l'Algérie. Rome avait de cette manière réussi un coup de maître en amadouant les Gétules et en les poussant à la disparition par la sédentarisation, car il ne fait aucun doute que les Gétules auraient constitué une menace sérieuse pour la colonisation romaine en Algérie, et ce particulièrement aux frontières Sud de l'actuel état. À partir de l'an 250 après J.-C. environ, plus aucune référence n'existe au sujet de la culture et du peuple gétule.

Les comptoirs Phéniciens en Algérie (-1250 à -146)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Phéniciens , Carthage et Histoire de la Tunisie.


Extension du territoire carthaginois avant la Première Guerre punique vers 264 av. J.-C.

Les Phéniciens dans leurs efforts d'étendre leur réseau commercial dans tout le bassin méditerranéen commencèrent à essayer d'établir des contacts avec les populations du Nord de l'Algérie dès 1250 av. J.-C.. Après la fuite de la princesse Elyssa au Maghreb oriental (actuelle Tunisie) qui y fonde Carthage en 814, les Carthaginois essayent de pousser leurs navires jusqu'en Ibérie (actuelle Espagne).

Les côtes du Maghreb parsemées de hauts-fonds et de récifs étant difficiles à naviguer pour les navires primitifs des Carthaginois, ces derniers fondèrent avec l'accord des populations locales avec lesquelles ils entretenaient des liens commerciaux des comptoirs tous les 30 à 40 kilomètres le long de la côte algérienne, une distance équivalente à une journée de navigation par la mer. C'est ainsi que les comptoirs phéniciens de Annaba, Skikda, Collo, Jijel, Béjaïa, Dellys, Alger, Tipaza, Cherchell, Tenes, Bethioua et Ghazaouet sont établis. Ces comptoirs jouent un rôle aussi crucial dans le commerce en Méditerranée, que dans l'évolution des cultures locales par le biais des échanges d'idées et de communications. Ces comptoirs servent quelques siècles plus tard aux Numides qui vont les occuper puis aux Romains qui les colonisent et les utilisent pour la conquête de l'Algérie. Les Carthaginois réussissent si bien dans leur commerce qu'ils établissent des comptoirs même à l'intérieur des terres au Nord de l'Algérie au sein de localités existantes telles que les comptoirs de Sarim Batim, que les Numides appellent Cirta (actuelle Constantine) ou Tiddis a 17 kilomètres de Cirta.

De cette pénétration des Carthaginois au milieu des populations africaines devait résulter une sorte de fusion qui aboutit à une large communauté ethnique et culturelle. La civilisation de Carthage avait pu s'imposer peu à peu mais à leur tour certaines coutumes indigènes marquèrent celles des Carthaginois. Par cette « africanisation », qui l'enrichit encore, la civilisation punique appartient authentiquement au patrimoine culturel nord-africain[2].

Selon Jérôme Carcopino, « Il est hors de doute que ces colonies ont, à la longue, formé autant de foyers d'une civilisation mixte qui, de proche en proche, s'est propagée du littoral vers le continent et a fait prévaloir sur toute l'Afrique du Nord, et pour des millénaires, l'esprit de Carthage. »

Le Sahara Garamantes (-500 à l'an 500)[modifier | modifier le code]

Les Garamantes étaient un peuple qui a dominé le Sahara durant un millénaire pendant l'Antiquité d'environ -500 av. J.-C. à 500 après J.-C.. La question de leur origine exacte reste toujours posée et il existe deux hypothèses à l'heure actuelle. La première voudrait que les Garamantes soient les cousins des Gétules et des descendants directs des Capsiens, mais qui contrairement aux Gétules n'auraient pas émigré vers les côtes méditerranéennes et qui seraient restés sur place dans le désert pour occuper l'endroit après la migration des Gétules vers le nord. L'autre hypothèse voudrait que les Garamantes soient un peuple venu d'une autre région que le Sahara (Afrique sub-saharienne ou Asie). L'utilisation toutefois des caractères tifinagh par les Garamantes, ainsi que la similitude entre l'art garamante et l'art capsien, et finalement la similitude entre les cavaleries Garamante et Gétules indiquent probablement que les Garamantes seraient des descendants de Capsiens et cousins des Gétules qui se seraient à leur tour sédentarisés au Sahara plutôt qu'au Nord.

Cela étant dit, le terme Garamante viendrait du nom de leur capitale Tagharma, qui signifierait en berbère ancien (proche du capsien) « citadelle fortifiée ». Tagharma, ou Garama en version gréco-latine serait la Djerma moderne. Les Garamantes seraient originaires de la région du Fezzan (en Libye actuelle) et auraient fondé un royaume s'étendant sur plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés dans le Sahara couvrant des parties de l'actuelle Algérie, Libye, Mali, Tchad et Niger. La géographie de leur royaume, l'habileté de leurs guerriers et cavaliers, l'utilisation du Tifinagh, ainsi que la domestication du dromadaire n'est pas sans rappeler l'actuelle confédération des Touaregs, et il est probable que les Garamantes fussent leurs ancêtres directs, bien que cela n'est pas confirmé.

Le royaume des Garamantes vivait du contrôle des routes sahariennes et avait établi des routes commerciales entre l'Afrique sub-saharienne et la Méditerranée. Les Garamantes ont combattu constamment du Ve siècle av. J.-C. au IVe siècle av. J.-C. les peuples noirs de l'Afrique sub-saharienne pour affirmer leur contrôle de ces routes de commerce. Ils développèrent également l'agriculture aux alentours de leurs oasis fortifiées et devinrent ainsi un peuple très puissant et leur souveraineté s'étendait du Tchad au Fezzan, et du Tassili à Gao au bord du fleuve Niger. L'historien grec Hérodote (IV.183) écrivit environ 50 ans après le début de leur règne ce qui suit[3] à propos de ce peuple saharien :

« À dix jours de voyage d'Augila, il y a également une colline de sel et une source d'eau, les palmiers y poussent abondamment comme ils le font près des autres collines de sel. Cette région est habitée par un peuple appelé Garamantes, un peuple très puissant qui recouvre le sel avec de la boue pour y semer ensuite ses cultures. C'est là que la route est la plus courte vers le pays des Lotophages, un voyage de trente jours. Dans le pays des Garamantes, on trouve des taureaux qui lorsqu'ils paissent marchent à reculons. Ils agissent ainsi parce que leurs cornes s'avancent tant vers l'avant de leur tête que, s'ils avançaient en paissant, leurs cornes se planteraient dans le sol. Ce n'est qu'en cela qu'ils diffèrent des autres taureaux, ainsi que par l'épaisseur et la dureté de leur cuir. Les Garamantes ont des chariots attelés a quatre chevaux, sur lesquels ils pourchassent les Éthiopiens Troglodytes qui, de tous les peuples dont l'écho ait pu parvenir à vos oreilles, est celui dont les pieds sont, de loin, les plus rapides. Les Troglodytes se nourrissent de serpents, de lézards et d'autres reptiles du même genre. Leur langage, contrairement à celui des autres peuples, ressemble à des couinements de chauve-souris… »

Le peuple éthiopien Troglodyte auquel Hérodote fait allusion est installé aujourd'hui dans le massif du Tibesti, et forme maintenant l'ethnie des Toubous. La cavalerie Garamante se distinguait au Maghreb par le fait qu'elle utilisait massivement le char tiré par un quatuor de chevaux. Les Garamantes menèrent quelques fois des attaques contre leurs voisins du nord également, notamment les Gétules, les Carthaginois et les Numides. Toutefois leur plus grande défaite leur est infligée par l'Empire romain, qui soutenu par les Gétules et sous la direction de Balbus, consul d'Afrique de Rome envahit leur royaume et occupera leur capitale Tagharma (Garama). Les Garamantes maintiennent une certaine autonomie malgré l'occupation, grâce notamment à l'étendue du Sahara et à leur retour à des traditions nomades. Les Garamantes se révoltent et soutiennent même la révolte de Tacfarinas dans le nord du pays au début du premier siècle, mais Rome finit tout de même par vaincre et son influence et sa tutelle devient considérable sur ce peuple Saharien au point que lorsque l'Empire adopte la religion chrétienne les Garamantes font de même vers l'an 400. Les Garamantes disparaissent progressivement des références historiques à partir de cette date, pour plusieurs raisons. D'une part à la mort de l'empereur Théodose Ier de Rome, l'Empire romain sombre dans une période de troubles internes et les Garamantes retrouvent leur indépendance, et d'autre part leur royaume ayant été brisé, ces derniers ne mènent aucune action concertée politique ou stratégique jusqu'à l'avènement de l'Islam trois siècles plus tard, époque à laquelle ils ne s'appellent déjà plus les Garamantes.

L'État de Numidie : (–250 à -25)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerres puniques.
Maurétanie Tingitane (à l'ouest) [orange], Maurétanie Césarienne (au centre-ouest) [orange], Numidie (au centre-est) [rose], et Africa (à l'est) [rose]
Medracen la sépulture des rois Numide à Batna dans les Aurès[4] et patriarche des Zénètes et des Sanhadja,etc selon Ibn Khaldoun[5]

Le mausolée de Medghassen dans les Aurès date de 300 ans av. J.-C. Il s'agit d'un monument numide et du plus ancien mausolée de l'Algérie [6].

La période numide commence vers 250 av. J.-C. avec l'émergence de deux tribus au nord de l'Algérie issues des Capsiens sédentarisés depuis le Néolithique : la tribu des Massyles à l'est et la tribu des Massaesyles à l'ouest. Ces tribus contrôlant les plaines entre la chaîne de l'Atlas et la côte méditerranéenne au Nord de l'Algérie arrivent rapidement à la confrontation.

Seconde guerre punique[modifier | modifier le code]

Carte représentant la Numidie Occidentale (en vert) et la Numidie Orientale (en jaune) gouvernées respectivement par Syphax et Gaïa en -220 avant notre ère

La rivalité débute avec l'arrivée au pouvoir de Syphax en 215 av. J.-C., roi des Massaesyles. Ce dernier veut faire de son royaume une puissance commerciale et militaire, et s'allie à Carthage dans sa lutte contre Rome. Syphax est toutefois gêné dans ses projets par la présence de la principauté des Massyles à l'Est commandé par le roi Zelalsen. Les Massyles occupent les terres entre le royaume de Syphax et Carthage, c'est ainsi que Syphax décide de se débarrasser d'eux. Il déclenche les hostilités avec l'aide de Carthage, il provoque des troubles internes chez les Massyles pour les affaiblir avant de les écraser. Zelalsen meurt rapidement et est remplacé par Gaia. Les Massyles se rapprochent de Rome mais rechignent à sceller une alliance durable. Syphax commet toutefois sa première erreur en cassant son alliance avec Carthage subitement et en s'alliant à Rome qui lui envoie trois centuries de soldats. Carthage se met alors à soutenir les Massyles, mais le roi Gaia meurt subitement. Son fils Massinissa qui à 17 ans remporte une victoire sur Syphax puis traverse la Méditerranée et s'en va remporter des victoires supplémentaires sur les Romains en Ibérie. Son corps de cavalerie composé de Massyles et de Gétules s'avère d'une excellente efficacité sous son commandement. Lorsqu'il apprend que son père meurt il revient d'Ibérie vers l'est algérien pour assumer le pouvoir et y trouve son royaume en proie à des luttes intestines. Pendant son absence, trois rois se sont déjà

Bataille de Zama, coalition numido-romaine contre Carthage

succédé sur son trône en quelques mois de l'an 206 av. J.-C.. (Ozalces, Capussa et Lacumazes). Massinissa constate que pendant qu'il remportait des victoires pour les Carthaginois, ces derniers abandonnaient son royaume. Il se saisit du pouvoir, et casse son alliance avec Carthage, changeant de camp et s'allie à Rome. Il participe alors au côté des Romains à la bataille de Matka en territoire Carthaginois. Les troupes Carthaginoises commandées par général Hannibal réussissent à éloigner la cavalerie de Massinissa du champ de bataille en la poussant à un engagement un peu plus loin. L'infanterie Romaine commandée par Scipion l'Africain se retrouve alors coincée face à Hannibal et n'arrive pas à faire pencher la balance de son côté. Cependant, le brillant stratège que fut Massinissa réussit à remporter une victoire rapide sur les troupes carthaginoises et lance sa cavalerie ensuite sur le terrain de bataille principale. Son arrivée permet aux Romains de vaincre l'armée carthaginoise et c'est ainsi que le général Hannibal fut capturé en grande partie grâce à la malice de Massinissa. Carthage a ainsi perdu la deuxième guerre punique, et Massinissa contrôle à présent tout l'est algérien.

Massinissa s'engage dans un ambitieux plan qui détermine les frontières du nord de l'Algérie moderne. Il fait creuser avec l'aide des légions Romaines une fosse longue de plusieurs kilomètres avec l'actuelle Tabarka à l'Est et ses territoires annexés aux Carthaginois à l'Ouest. Il prend le contrôle ainsi de Cirta (Constantine), et en fait sa capitale. Massinissa s'attelle ensuite à réformer son royaume, à introduire l'agriculture céréalière, à reformer l'impôt fiscal, et à consolider son alliance avec Rome en même temps que son armée. Par la suite il décide de conquérir les territoires de Syphax, ce qui fut fait quelque temps après. Syphax et Massinissa développent une rivalité entre eux, et qui est centrée non seulement sur la politique mais aussi sur une femme. Sophonisbe la fille du général carthaginois Hasdrubal dont Massinissa était amoureux aurait été livrée par son père défait par les troupes de Massinissa à Syphax son rival. Massinissa fait acheminer un poison à Sophonisbe qu'elle prend pour se suicider avant de consommer son mariage avec Syphax pour sauver l'honneur de son amant[réf. nécessaire].

Unification[modifier | modifier le code]

Portrait du roi Massinissa. Son nom berbère est écrit dessous en tifinagh et en latin

Massinissa ensuite se livre à la conquête et au démantèlement du royaume de Syphax, ce qu'il réussit progressivement, unifiant la Numidie et établissant la frontière Ouest de son royaume au niveau de la rivière Moulouya, proche de l'actuelle frontière algéro-marocaine. Vers 150 avant J.-C., Massinissa dirige un royaume unifié et puissant, militairement et économiquement qui s'étend sur tout le Nord de l'Algérie. Il a réussi à ramener sous sa coupe les tribus Gétules, à vaincre son rival Syphax, et à sceller une alliance solide avec Carthage. Âgé de près de 90 ans, Massinissa décide de provoquer à présent la chute de Carthage elle-même. Il cherche à pousser Carthage à la guerre, et attaque plus de 70 villages carthaginois sans prévenir. Carthage se voit obligé de répliquer pour se défendre, même si cela signifie la violation du traité de paix avec Rome, qui s'empresse de lui déclarer la guerre. Massinissa a provoqué ainsi la troisième guerre punique juste avant de mourir, commandant lui-même ses troupes sur le terrain à plus de 90 ans. Carthage s'effondre deux ans plus tard en 148 av. J.-C..

Le règne puis la disparition de Massinissa fut le prélude à l'occupation romaine de la Numidie. En effet, l'occupation romaine de la Numidie fut précédée d'un long travail politique qui s'étala sur environ un siècle de -125 à -25. La Numidie effectua son premier rapprochement historique avec Rome avant même son unification, lorsque Syphax roi de la Numidie Occidentale scella une alliance avec Rome contre Carthage et la Numidie orientale. Toutefois lorsque Syphax, pour des raisons qui ne sont pas encore claires, décide de casser son alliance avec Rome la donne politique change définitivement.

Les Berbères numides utilisaient le mot Taferka qui signifiait “Terre” dans le sens de “propriété terrienne”, et le mot Aferkiw pour désigner celui qui vit sur la terre dans le sens de propriétaire terrien. La célèbre maxime numide traduite en latin par la suite a donné le mot Africa pour désigner les terres de la côte sud de la Méditerranée autour de la Numidie et de Carthage (plus tard et après l'Empire romain les Européens utilisèrent le mot ‘Afrique' pour désigner tout le continent africain).

Syphax reçoit Scipion l'Africain. Fresque d'Alessandro Allori

L'École d'histoire française, l'une des premières à réaliser un travail soutenu et largement documenté sur l'histoire numide[réf. nécessaire], a attribué la fameuse maxime « l'Afrique aux Africains ! » à Massinissa. Toutefois, l'École d'histoire algérienne fondée à partir de 1962 semble pencher pour une autre interprétation. En effet selon celle-ci, il serait plus probable que la maxime « l'Afrique aux Africains ! » fut prononcée par Syphax et non Massinissa, lorsque Syphax décida de briser son alliance avec Rome soudainement, et de s'allier à Carthage l'Africaine. La raison pour laquelle Syphax décida de se séparer de Rome qui pourtant semblait avoir la main haute sur le conflit avec Carthage n'est toujours pas claire. Peut-être que Syphax, en stratège prévoyant avait-il compris que Rome finirait par vaincre Carthage avec le temps et qu'ensuite la menace romaine se tournerait vers la Numidie ? Cela est possible, mais en tout état de cause, l'école algérienne semble penser qu'il est plus probable que ce soit Syphax qui ait prononcé la maxime « l'Afrique aux Africains! » et non Massinissa. Massinissa, l'unificateur de la Numidie qui a défait Syphax par la suite, s'était allié aux Romains, lui qui leur avait infligé de sévères défaites pourtant en Ibérie. La raison pour l'alliance de Massinissa aux Romains est double : d'une part les Carthaginois semblaient jouer un double jeu avec son royaume, en lui demandant de combattre les Romains contre de l'argent, tout en encourageant les troubles politiques dans son royaume. D'autre part la défection de Syphax finit par convaincre Massinissa de s'allier à son ennemi d'hier Rome.

L'alliance de Rome avec Massinissa provoqua des changements profonds dans la région. Massinissa alla de victoires en victoires, écrasant Syphax, unifiant la Numidie, affaiblissant Carthage avec l'aide de Rome, et finalement provoquant sa destruction ultime par Rome à la fin de son règne qui dura plus d'un demi-siècle. Le premier ancêtre de l'état algérien moderne, celui de la Numidie unifiée de Massinissa, fut un tel succès sous son règne qu'à sa mort, Rome ne pouvait voir, et ne voyait plus qu'une seule menace sur les côtes africaines : cette même Numidie de Massinissa.

Règne de Jugurtha[modifier | modifier le code]

Jugurtha emprisonné par les Romains

Ainsi après la mort du grand roi Massinissa, une crise de succession, vue d'un bon œil par Rome se produisit et qui plaça la Numidie dans des troubles politiques. Micipsa, fils de Massinissa assuma le pouvoir brièvement, et fit envoyer le très populaire Jugurtha, petit-fils de Massinissa, comme représentant en Ibérie pour l'éloigner du pouvoir. Micipsa nomme Gulussa vice-roi et ministre de la guerre et Mastanabal vice-roi et ministre de la Justice. Après le bref règne de Micipsa, ses deux fils Adherbal et Hiempsal finissent par détruire tout le travail d'unification

Pièce de monnaie à l'effigie de Jugurtha

de Massinissa en divisant la Numidie de nouveau en Numidie Orientale et Occidentale. La crise politique encore larvée à ce stade entre Rome et la Numidie, finit par devenir publique lorsque Jugurtha, le très populaire petit-fils de Massinissa revient en Numidie et se saisit du pouvoir par la force en 118 av. J.-C., en s'attaquant aux petits-fils de Massinissa (tuant Hiempsal et expulsant Adherbal qui s'enfuit à Rome) pour réunifier la Numidie et la remettre sur le chemin de la stabilité et du développement.

Représentation d'un cavalier numide

Rome qui ne voit pas d'un bon œil cette réunification, se met alors à chercher des problèmes politiques à Jugurtha, en lui demandant de s'expliquer sur sa prise de pouvoir violente et l'expulsion d'Adherbal qui s'est réfugié chez eux. Jugurtha aurait répliqué dans son entourage qu'il est une chose qu'il avait apprise des Romains lors de son séjour en Ibérie : « Roma est urbs venalia » (trad. « Rome est une ville à acheter »), faisant ainsi référence à l'étendue de la corruption chez les officiels romains. C'est ainsi que Jugurtha se résout à acheter un répit en offrant de l'argent à des membres de la classe politique romaine pour les corrompre. Rome accepte alors de le laisser régner, mais seulement à condition que la Numidie reste divisée. Elle lui offre la reconnaissance diplomatique sur la Numidie occidentale, à condition de remettre Adherbal sur le trône en Numidie Orientale. Jugurtha accepta dans un premier temps l'offre de Rome. Cependant, ses intentions de restaurer la Numidie unifiée et forte à l'instar de celle que son grand-père avait construite reste les mêmes. C'est ainsi qu'en 112 av. J.-C., il décide d'envahir la Numidie Orientale, réunifiant ainsi la Numidie. Au passage il fait exécuter plusieurs hommes d'affaires romains qu'il trouve sur place en Numidie Orientale. Le gouvernement Romain furieux d'un tel développement est sur le point de lui déclarer la guerre, lorsque Jugurtha réussit de nouveau a corrompre les responsables en place à Rome. Cela a pour conséquence de calmer l'animosité envers lui a Rome, et même de lui procurer un traité de paix avantageux. Toutefois, quelque temps plus tard, et suite à quelques changements dans la balance du pouvoir à Rome, Jugurtha est convoqué à Rome pour s'expliquer sur la manière dont il aurait obtenu un traité de paix si suspect. Excédé, Jugurtha fait exécuter Adherbal en réponse, et la classe politique romaine se déchaîne alors et finit par demander l'invasion de la Numidie. Rome envoie le consul Metellus en Numidie à la tête de plusieurs légions pour punir Jugurtha et le déposer. Jugurtha réussit grâce à son intelligence et à son courage attestés à résister durant des années, en combinant des manœuvres militaires face aux Romains et politiques avec son voisin de l'ouest, le roi Bocchus Ier de Maurétanie. L'adjoint du consul Metellus, Gaius Marius entrevoyant une opportunité retourne à Rome pour se plaindre de l'inefficacité suspecte de son chef et demande à être élu consul à sa place, ce qu'il obtint. C'est alors que Gaius Marius envoie son questeur, Lucius Cornelius Sulla en mission en Maurétanie pour négocier l'aide de Bocchus Ier. Bocchus accepte alors de trahir Jugurtha, et aide les Romains à le faire tomber dans un guet-apens où il est capturé. Jugurtha est alors envoyé à la fameuse prison de Tullianum, et exécuté tout de suite après la tradition du triomphe romain en 104 avant J.-C. à la prison de Tullianum.

Colonisation et découpage du territoire[modifier | modifier le code]

Buste de Juba Ier

Après l'exécution de Jugurtha, la Numidie occidentale est offerte à Bocchus pour être rajoutée à son royaume de Maurétanie, tandis que la Numidie orientale est gouvernée encore quelque temps par des princes Numides soumis à Rome. Le roi Gauda, demi-frère de Jugurtha, fut placé sur le trône pour succèder en premier à Jugurtha et régna de 106 a 88 av. J.-C. Puis son fils, le roi Hiempsal II fut placé sur le trône et régna de 88 à 60 av. J.-C.. Juba Ier arriva au pouvoir à l'âge de 25 ans après avoir reçu une éducation dans le style romain. L'arrivée de Juba Ier au pouvoir signifia un retour à la ligne royale légitime de Massinissa car il était l'arrière-petit-fils de Massinissa et fils du roi Hiempsal, lui-même fils légitime de Massinissa et assassiné par Jugurtha. Juba Ier, descendant direct de Massinissa fut ainsi placé sur le trône en 60 av. J.-C. pour succèder à Hiempsal II. Lors d'une visite à Rome, en 64 av. J.-C., Jules César qui ne portait pas de barbe, l'insulta publiquement tout en tirant sur la sienne[7]. L'engagement des rois numides dans la vie politique romaine en fit des acteurs important lors des guerres civiles en même temps que leur territoire était l'objet de convoitise. En 50 av. J.-C. Curion le jeune, alors tribun de la plèbe avait proposé, sans succès, d'annexer l'état de Juba Ier, dynaste qui était proche de Pompée. Orateur réputé, Curion était issu d'une famille noble et riche dont le père et le grand-père furent des personnages importants. Curion se ruina pour honorer leur mémoire, et fit construire le premier amphithéâtre de Rome en l'honneur de son père, et il y célébra plusieurs jeux. À cette époque Curion fut un soutien actif de César qui le récompensa en effaçant ses dettes. Une fois la guerre civile déclenchée contre Pompée, et Curion avait été un des derniers à tenter une conciliation, Curion fut envoyé contre les troupes de Pompée en Sicile puis dans la province d'Afrique. Après des opérations réussies en Sicile, Curion passe en Afrique et remporte des victoires contre les Pompéiens, mais il doit lever le siège d'Utique quand Juba Ier vint aider les Pompéiens de Varus qui y était enfermés. Les troupes de Juba menée par son général Saburra surent utiliser un stratagème face aux Romains en laissant croire qu'une partie d'entre elles devaient lutter ailleurs pour défendre leur royaume contre une autre attaque. Surpris et débordés les soldats de Curion sont écrasés et Curion est tué au combat[8].

Pièce de monnaie à l'effigie de Juba II

Juba Ier fut récompensée symboliquement par Pompée en recevant la reconnaissance de son titre de roi. Après la mort de Pompée 46 av. J.-C., Juba Ier continue sa participation militaire au côté des pompéiens dans la lutte contre les légions de César. À la bataille de Thapsus en 46 av. J.-C., Jules César émerge en vainqueur, ses adversaires et Juba I sont poussés à la retraite. Juba Ier de retour en Numidie, se suicide avec l'aide de son esclave quelques jours plus tard, et la Numidie devient la province romaine de l' Africa Nova pendant 16 ans.

Buste de Juba II

Le fils de Juba Ier, prénommé Juba II est pris à Rome où il reçoit une éducation très poussée qui lui permit de maîtriser parfaitement plusieurs langues à la fois. Il épouse par la suite Cléopâtre Selênê elle aussi retenue à Rome. Cléopâtre Selênê était la fille de Cléopâtre VII d'Égypte et de Marc Antoine, général et ami de Jules César. En 30 av. J.-C., Auguste dissout la province d'Africa Nova et place le fils de Juba Ier sur le trône sous le nom de souverain de Juba II, en espérant obtenir une nouvelle coopération entre la Numidie et Rome. Juba II gouverne avec sa femme Cléopâtre Selênê la Numidie orientale ainsi durant 5 ans. Toutefois étant trop Romain pour les Numides, Juba II abdique face à des troubles politiques grandissant, et quitte la Numidie avec sa femme, mettant fin ainsi a la dynastie numide après plus de deux siècles de règne. La Numidie orientale revient alors à son statut de province romaine sous le nom de Africa Nova. Juba II est alors placé sur le trône de la Maurétanie, qui conserve les territoires de la Numidie occidentale et il y règne jusqu'en l'an 23.

Buste de Ptolémée

Son fils Ptolémée de Maurétanie lui succède au trône jusqu'en l'an 40, suite à quoi l'empereur Caligula le fait assassiner après avoir décidé de faire de la Maurétanie une province romaine.

Caligula sépare alors la Numidie occidentale de la Maurétanie, et fait de la Numidie occidentale la province de Maurétanie Césarienne qui s'étend de la Kabylie aux environs de l'actuelle frontière marocaine (rivière Moulouya), tandis que la Maurétanie devient la province de la Maurétanie Tingitane.

Vers le début du premier siècle. Les Maghraouas auraient été très nombreux dans les environs d'Icosium (Alger)et Ptolémée de Maurétanie devait les contenir.Ptolémée de Maurétanie, fera transférer une partie des Maghraoua vers le chlef[9].

Période romaine: (-25 à 430)[modifier | modifier le code]

Localisation des cités de l'Afrique romaine

L'interprétation historique de la conquête romaine en Afrique, et plus particulièrement sur le territoire de l'actuelle Algérie, est un sujet historique qui fut très controversé. Les premières fouilles archéologiques modernes en Algérie furent en effet menées par des fonctionnaires et militaires français après 1830 : en prétendant se placer en héritière des Romains, la puissance coloniale française cherchait à légitimer sa conquête. Aussi pendant très longtemps l'histoire de la conquête romaine fut écrite sur le modèle de la colonisation française. La décolonisation et l'indépendance en 1962 permirent un tournant historiographique important, marqué par la publication en 1976 du livre de Marcel Bénabou sur la Résistance Africaine à la romanisation. Dans l'important débat historiographique suivant cette publication des prises de position importantes eurent lieu. Si pour Marcel Bénabou les Africains avaient bien opposé une résistance à la romanisation, Yvon Thébert insista sur la différence qui existait entre la colonisation romaine et la colonisation contemporaine : Rome s'appuie sur l'intégration des aristocraties locales, les Numides ne doivent pas être vus uniquement comme des vaincus, mais aussi comme les membres actifs d'une intégration à ce qui représentait alors le modèle politique dominant, et qui leur était familier puisque dès avant l'arrivée des Romains, les aristocrates numides connaissaient bien la culture hellénique. D'autre part dès la conquête avait commencé un profond brassage humain entre les immigrants venus d'Italie, les vétérans des légions qui avaient combattu au moment des guerres civiles notamment et la population indigène qui donne à l'Afrique romaine sa physionomie si riche et si particulière[10]. La conquête romaine ne doit donc pas tant être vue comme l'affrontement de deux peuples que comme la résultante des tensions politiques internes des peuples intégrés à l'empire.

Selon l'historien algérien M. Kaddache L'Algérie dans l'Antiquité, l'exploitation romaine a eu pour effet de disloquer la société berbère et de faire régresser son niveau de vie. Il faut toutefois fortement nuancer ses propos, car l'Afrique romaine n'eut rien à voir avec une colonie au sens moderne du terme. Les expéditions militaires furent sans rapport avec la sanglante conquête de l'Algérie entreprise deux mille ans plus tard et les quelques milliers de colons italiens, dont de nombreux vétérans se sont assimilés aux autochtones en une ou deux générations via le mariage ce qui était impensable dans l'Algérie française, devenant des Romano-Africains. Le clivage entre riches et pauvres était une barrière bien plus importante que celle entre immigrants d'origine et autochtones. Le contraste était en effet souvent fort entre la munificence des villes, opulentes et romanisées, et le pays profond, dont les communautés tribales vivaient à distance de la romanisation[11].

Les Gétules qui formaient la majorité de la population algérienne à l'arrivée des Romains en l'an –25 étaient de tradition nomade depuis des millénaires. Devenus des guerriers mercenaires depuis le IIe siècle av. J.-C., ces derniers après avoir offert leurs services aux Carthaginois, à leurs cousins numides et finalement aux Romains furent poussés à se sédentariser par ces derniers, tandis que les sédentaires Numides furent détachés de leurs terres[réf. nécessaire] et réduits à l'exode[réf. nécessaire]. Le stratagème[réf. nécessaire] utilisé par Rome fut en effet ingénieux pour reformer le pays et peut être résumé en trois étapes.

Sous Auguste (–25 à 25)[modifier | modifier le code]

Statue équestre (fragmentaire) d'Octavien Auguste

Durant le premier demi-siècle de l'occupation romaine en Algérie, l'effort romain consista à briser l'organisation sociale[réf. nécessaire] dans le pays. En effet les Gétules qui avaient été jusque là des nomades et ce depuis des millénaires avaient accepté près d'un siècle auparavant déjà, de combattre aux côtés des Romains contre le roi numide Jugurtha, dès 118 av. J.-C. En échange de leur participation importante dans la victoire obtenue par les légions romaines contre Jugurtha, ils se sont vu attribuer des dizaines d'hectares de terre[réf. nécessaire], prises aux Numides, ainsi que la citoyenneté romaine. La propriété terrienne chez les Numides était un point nodal du fonctionnement de leur société, et la célèbre maxime « l'Afrique aux Africains » prononcée par le roi numide Massinissa (par le roi Syphax selon certains historiens) plus de deux siècles auparavant signifiait avant tout que « la propriété terrienne maghrébine doit appartenir aux Maghrébins »… particulièrement dans son royaume numide. Taferka (l'Afrique) signifiait la propriété de la terre chez les Berbères Numides et Aferkiw (les Africains) signifiait le propriétaire terrien. Ainsi en divisant pour régner, et en échangeant[réf. nécessaire] les rôles des sédentaires et des nomades dans le pays, Rome brisa le tissu social berbère en Numidie pour mieux soumettre les habitants. Durant la même période, les villes numides, comme Cirta (Constantine), la capitale, furent investies par des colons romains, ainsi à Cirta et dans les villes voisines beaucoup des anciens mercenaires de Sittius s'installèrent.

La réforme sociale[réf. nécessaire] du pays par l'occupation romaine eut diverses conséquences. Durant ce premier demi-siècle, entre l'an –25 et 25, les populations numides expropriées[réf. nécessaire] ne se résolurent pas à leur sort facilement, n'ayant pas beaucoup d'alternatives. C'est alors que plusieurs révoltes éclatèrent. Les Romains dont le nombre de troupes était inférieur a 20 000 exigent alors des Gétules de former le gros des forces, pour écraser, sous commandement romain, ces révoltes. Les Gétules acceptèrent de lutter pour les Romains à partir de cette période donc sans contrepartie, c'est-à-dire en abandonnant leur pratique du mercenariat, car ils avaient leurs propriétés terriennes à défendre à présent, et donc leur statut social. C'est ainsi que dès 19 av. J.-C. Balbus appuyé par une armée de Gétules écrase une révolte, avant que Dolabella ne fasse de même avec l'appui Gétule encore une fois, lorsqu'une révolte dirigée par Tacfarinas éclate en l'an 17. Tacfarinas, un descendant de propriétaire terrien numide exproprié[réf. nécessaire], avait au début de sa vie active tenté de survivre avec des petits emplois obtenus aux alentours des nouvelles villes romaines[réf. nécessaire]. Il finit par s'engager comme auxiliaire dans l'armée romaine, avant de devenir vraisemblablement excédé par la maigre solde et le traitement discriminatoire subi par les Numides[réf. nécessaire]. Il déserta alors l'armée, et se transforma en chef de bande et pillard, se révoltant ainsi contre l'ordre colonial. Au bout de quelques années, son exemple et ses méthodes furent une telle réussite qu'il parvint à fédérer des tribus numides Musulames, des tribus Maures ainsi que les cinithiens et déclencha une révolte générale contre les Romains. Les Gétules encore une fois furent appelés à écraser celle-ci, mais à cette époque Rome avait déjà annexé ou transformé en État vassal, toute la côte du Maghreb jusqu'à Syrte (en Libye). Ainsi la révolte de Tacfarinas se propagea dans tout le Maghreb, et il fallut 8 années aux Romains et à leurs alliés Gétules pour l'écraser.

La révolte fut si populaire que même les Garamantes du Sahara vinrent soutenir Tacfarinas et plusieurs Gétules firent défection et rejoignirent les forces de ce dernier. La raison pour la défection de ces Gétules étant qu'à chaque fois que ces derniers étaient appelés à la guerre ils laissaient derrière eux leurs fermes, qui ne produisaient plus autant, et ils se retrouvaient alors privés de revenus pour payer leurs impôts. Certains finirent par crouler sous les dettes et durent vendre une partie ou toute leur exploitation, et c'est cette pratique constante de la guerre et son coût qui mena certains Gétules à rejoindre le camp de Tacfarinas. Toutefois la majorité des Gétules purent maintenir leur affaires profitables grâce notamment à des relaxes d'imposition de la part de l'administration romaine qui comprit rapidement la nécessité d'une telle mesure, ce qui fit pencher la balance du côté de Rome qui écrasa la révolte de Tacfarinas avec l'aide des Gétules en l'an 24.

De l'an 25 à l'an 100[modifier | modifier le code]

Arche romaine de Trajan à Timgad

Les multiples révoltes[réf. nécessaire] qui suivirent ainsi la dislocation de la société locale[réf. nécessaire] par les Romains poussa ces derniers à enclencher une deuxième étape pour affermir leur présence en Numidie et stabiliser leur nouvelle colonie. Cette deuxième étape du stratagème romain qui s'étendit sur 75 ans, consista à procurer une alternative à la servitude et à la famine qui se profilait à l'horizon pour les dizaines de milliers de citoyens numides expropriés de leur terres et disposés à la révolte. C'est ainsi que Rome encouragea les vétérans de ses légions sur place à occuper les anciens emplacements des villes numides détruites telles qu'Icosium (Alger) ou Cirta (Constantine), et de les reconstruire dans le style romain, tout en fondant de nouveaux postes militaires qui devaient devenir des villes, comme Sitifus (Sétif) ou Timgad (dont il ne subsiste aujourd'hui que de magnifiques ruines). Les gouverneurs romains n'avaient pas l'intention de se limiter à construire des casernes pour l'armée après avoir rasé[réf. nécessaire] les villes Numides, mais comptaient bien ériger des villes complètes, équipées de temples, d'amphithéâtres, etc. C'est alors que, entre l'an 40 et l'an 90, plusieurs nouvelles villes romaines furent construites telles que Thamugadi (Timgad), Sitifus (Sétif), ou même reconstruites sur l'emplacement des anciennes villes numides telles que Tipaza (l'ancienne Tafza Numide), Icosium (Alger), Caesarea, Cirta (qui deviendra Constantine), Hippo Regius (Annaba), etc. Les ruines romaines à travers l'Algérie qui survivent jusqu'à aujourd'hui en témoignent encore, comme c'est le cas à Tipaza où presque toute la ville est conservée et où l'amphithéâtre semble demeurer intact. Pour construire ces villes, les peupler, et romaniser la population locale, les Romains accueillirent volontairement sur leurs chantiers, puis au sein de leurs villes, les vagues de citoyens numides descendants pour la plupart de leurs parents qui furent expropriés[réf. nécessaire] et qui étaient voués au nomadisme depuis… chose nouvelle pour eux et qui les avait propulsé soudainement dans la pauvreté extrême, la famine ou sinon le pillage et la révolte. C'est ainsi que l'Algérie vécut son premier exode rural[réf. nécessaire], et que ces villes devinrent rapidement des centres de commerce et de culture. Les terres intérieures alors sous contrôle Gétule allaient se retrouver alors rattachées aux villes peuplées de Numides par le commerce, et par extension au marché des diverses provinces de l'Empire romain. Pour solidifier et protéger cette nouvelle configuration du pays, les Romains engagèrent alors la construction d'une frontière fortifiée en établissant plusieurs postes au sud de la Numidie, contournant les Aurès et le pays des Nemamchas, avec les forts de Vescera (Biskra), Ad Majores (Hensir Beseriani), Castellum Dimidi (Messaad). Le but de ces forts était de prémunir la province contre d'éventuelles attaques des Garamantes, pour protéger la stabilité et la prospérité retrouvée des territoires numides au moment où les Garamantes subissaient les assauts coloniaux de Rome.

De l'an 100 à l'an 235[modifier | modifier le code]

Avec une nouvelle configuration sociale solidement ancrée, et un nouveau dispositif commercial ouvrant à la Numidie les marchés de l'Empire romain, la troisième étape du stratagème de colonisation romaine vint toute seule. Ce fut celle du développement économique et de l'industrialisation durant 135 années. En effet, face à la demande toujours croissante en produits agricoles de tous genres de la part des villes romaines en Numidie, les propriétaires terriens gétules et romains disposaient d'une main-d'œuvre expropriée[réf. nécessaire] et réduite à la servitude[réf. nécessaire] militairement[réf. nécessaire], ainsi que de propriétés terriennes de grande taille et fertiles. Bien qu'une grande partie de la population numide choisit de se diriger vers les villes, plusieurs dizaines de milliers d'autres Numides choisirent de rester sur les fermes qui avaient appartenu à leurs parents, comme serviteurs des nouveaux propriétaires Gétules et Romains. Ainsi, sur des terres d'une fertilité remarquable, les nouveaux propriétaires terriens pouvaient se permettre de proposer des prix extrêmement compétitifs sur le marché de l'Empire romain grâce à cette fertilité mais aussi à une main d'œuvre réduite à la servitude[réf. nécessaire] et pas chère. Une fois les nouvelles villes romaines construites, les vétérans romains et les nouveaux citadins numides qui s'y établirent se chargèrent à leur tour de consommer les produits de l'intérieur du pays, et d'importer des produits manufacturés tels que des outils agricoles pour les campagnes algériennes. Mais le décollage économique proviendra surtout de l'exportation de l'excès de production agricole, qui était proposé à bas prix, vers l'étranger. C'est ainsi qu'au bout d'un siècle d'occupation romaine, la plupart des villes romaines furent érigées et qu'au bout de deux siècles, l'Algérie de l'époque finit par obtenir le titre de « grenier de Rome » tant ses exportations de blé devinrent impressionnantes en quantité (jusqu'à dix millions de quintaux de blé par an) et en prix. La production se diversifia progressivement et se mit à inclure le cuir, les olives, les figues, et un début d'industrie se mit en place vers la deuxième moitié du deuxième siècle avec une production d'huile d'olive, de vin, etc, toujours croissante. En l'an 175, la Numidie, après deux siècles d'occupation romaine qui avait fait couler beaucoup de sang, était néanmoins devenue une province prospère, relativement urbanisée, et où la population berbère s'était en grande partie intégrée. Les Gétules furent intégrés très tôt dans l'Empire, et une grande partie des Numides devinrent citadins et s'intégrèrent également tout aussi bien. Cela se fit bien sur au détriment des cultures berbères des Gétules et des Numides, car le pays connu une romanisation profonde de la population.

Statue équestre (fragmentaire) d'Octavien Auguste

Mais en contrepartie cela permit aux Berbères de s'unifier, aux différences Numides-Gétules de s'estomper et aux Berbères romanisés d'accéder aux plus hautes fonctions de l'État romain. C'est ainsi que par exemple l'un d'entre eux, provenant d'une riche famille berbère citadine de Ceasarea (Cherchell), de la classe sociale des Équestres (Chevaliers) accéda aux plus hautes fonctions de l'Empire. En effet, Amokrane, un Berbère romanisée devint Empereur romain en l'an 217 sous le nom de Marcus Opellius Macrinus.

Le temps des troubles (de l'an 235 à l'an 395)[modifier | modifier le code]

Saint Augustin et sainte Monique

Les troubles politiques qui éclatèrent au plus haut niveau politique de l'Empire romain vers l'an 235 mirent un frein à la croissance économique[réf. nécessaire] de Rome, ce qui frappa l'économie de la Numidie de plein fouet[réf. nécessaire]. Les villes s'arrêtèrent alors de croître et les campagnes n'arrivaient plus à écouler leur production, et bientôt le pays se retrouva dans un déclin tout comme Rome elle-même[réf. nécessaire]. En l'an 238 les propriétaires Gétules se plaignirent de l'imposition fiscale élevée dans cette atmosphère de régression économique, mais leur plainte ne reçut pas de réponses favorables. Alors que rien ne fut fait pour remédier aux troubles politiques et à la crise économique qui s'installe dans le temps, plusieurs petites rébellions se déclenchent entre 253 et 288 tant en Numidie qu'en Maurétanie voisine. Pendant cette période, une nouvelle religion arrive de Rome. Le christianisme fait son entrée en l'an 256, et durant le siècle suivant, dans une atmosphère de déclin grandissant, les populations des villes côtières algériennes, ainsi qu'une minorité de la population dans les campagnes se convertissent à la nouvelle religion. En 313, avec les crises politiques et économiques romaines qui s'éternisent, la nouvelle religion devient une arme qui servira d'alibi religieux à une nouvelle révolte qui sera encore une fois maghrébine. Mais cette fois la révolte est religieuse et politique. En effet, le culte donatiste se développa en Algérie et en Tunisie comme une défiance politique à Rome. Les donatistes refusant d'accepter l'autorité religieuse de l'Empereur, et exigeant la séparation de l'État et de la religion, finiront par déclarer l'empereur comme étant le diable en personne, à l'opposé de Jésus qu'ils considèrent être Dieu et ils rejettent le rite catholique à partir de là. L'empereur envoie alors ses troupes pour les réduire au silence, dans ce qui est la première persécution de chrétiens contre des chrétiens. La répression ne fit qu'accroître le soutien populaire des donatistes chez le peuple et en 321 les légions romaines venues réprimer les donatistes se retirèrent. Toutefois vers l'an 340, l'idéologie donatiste donne naissance à une secte populaire, celles des circumcellions, littéralement ceux qui encerclent les fermes. Comme le culte donatiste célébrait les vertus du martyre, les Circumcellions devinrent des extrémistes qui ne considéraient que le martyre comme étant la véritable vertu chrétienne et laissèrent de côté toutes les autres valeurs de leur religion telles que l'humilité, la charité, etc. Les circumcellions se mirent alors à se munir de matraques de bois, refusant de porter des armes en fer, car Jésus avait dit à Pierre de poser son épée selon la tradition chrétienne. Ainsi, munis de leur matraques, ils se mirent à attaquer les voyageurs sur les routes du pays, puis à se diriger sur les fermes des propriétaires terriens, à les encercler et les attaquer. Le but des circumcellions était de mourir au combat en martyr, et ils espéraient que leurs attaques violentes munis de matraques de bois seulement pousseraient leurs ennemis à riposter avec des armes plus sophistiquées et à les envoyer ainsi au paradis. Ces extrémistes tuèrent, violèrent, volèrent plusieurs propriétaires terriens et leurs familles, ainsi que les voyageurs, et lorsqu'ils n'arrivaient pas à se faire tuer, ils finissaient par se suicider en essayant de sauter du haut d'une falaise, ce qui les précipitait à leur mort. La secte des circumcellions violemment réprimée disparut vers le IVe siècle. Ce dérapage du culte donatiste eut pour conséquence de noircir encore plus leur réputation à Rome.

De l'an 395 à l'an 430[modifier | modifier le code]

Saint Augustin
Portrait du philosophe et théologien saint Augustin

Alors qu'en l'an 395 l'empire se divise en deux et que l'Afrique du Nord est abandonnée à son sort[réf. nécessaire] les donatistes reprennent leur tentative de dominer la scène politique et religieuse de plus. Finalement excédé, l'empereur de Rome les déclare en l'an 409, hérétiques et leur réclame de restituer toutes les églises en leur possession en Afrique du Nord. Il envoie plusieurs légions qui sont d'une férocité terrible envers les responsables religieux du culte, et parfois même envers les membres parmi le peuple. Saint Augustin, qui était alors l'évêque catholique d'Annaba essaya de calmer la colère de l'administration romaine, en plaidant pour un traitement plus humain des donatistes. Cela ne servit pas à grand chose, et les donatistes disparurent presque complètement, seule une minuscule communauté survivant dans la clandestinité jusqu'au VIe siècle. Quelques années plus tard en 430, c'est tout l'Empire romain qui se retire de l'Algérie sous la pression des Vandales qui envahissent le pays. Le 28 août 430, saint Augustin l'un des derniers symboles de l'intégration de la population au sein de l'Empire romain trouve la mort durant le siège d'Annaba par les Vandales qui ont envahi le pays.

Mais le bilan de la présence romaine, que ne restaurent que très partiellement les Byzantins lorsqu'ils conquièrent l'Afrique à partir de 533, est très largement positif : Rome y a bien donné naissance à une civilisation originale[10].

Domination Vandale (430 à 533)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Vandales.

L'histoire des Vandales est celle d'une coalition de tribus scandinaves constamment assaillie, repoussée et forcée à quitter ses terres, et qui finit par se résoudre au combat, obtenant ainsi leur premier État qu'ils fondent en Algérie après avoir établi leur capitale à Bejaia, dans la petite Kabylie. Lorsque leur État disparaît après un siècle d'existence, le peuple vandale s'intègre alors à la population algérienne.

Vandales : de l'origine à l'an 430[modifier | modifier le code]

Étendue approximative du royaume vandale vers 455
Carte du Völkerwanderung

Vers 200 avant J.-C., une vague de tribus scandinaves s'était mise à traverser la mer Baltique, pour débarquer sur les territoires de l'actuelle Pologne. Ainsi, vers la même période durant laquelle l'État de Numidie s'affirmait en Algérie, soit entre l'an –200 et l'an -120, les Vandales arrivèrent de Norvège (Hallingdal), de Suède (Vendel) et du Danemark (Vendsyssel) pour s'installer dans la région de Silésie, qui correspond aujourd'hui à la région frontalière entre la Pologne et la République tchèque. Les Vandales, divisés en deux grands groupes tribaux, les Silings et les Hasdings, se séparèrent à partir de là. Les Silings restèrent dans la région de Magna Germania qui est celle de Silésie, tandis que les Hasdings continuèrent leur migration et se déplacèrent vers l'Ouest pour s'installer dans la région historique de la Germanie Orientale (entre la rivière Oder et la rivière Vistule). Gaius Cornelius Tacitus, l'un des plus connus historiens romains note en effet leur présence en Germanie orientale en l'an 98. Entre l'an 100 et l'an 200 environ, les Vandales Hastings se retrouvèrent sous la pression des Goths qui arrivaient et s'installaient en Germanie Orientale, et celle de l'Empire romain. Les Vandales furent alors poussés à quitter la Germanie Orientale sous la pression des Goths qui s'implantaient dans la région et descendirent vers le Danube où ils attaquèrent l'Empire romain. Les Romains alors, signent un traite de paix avec eux, et les autorisent à vivre et s'établir en Europe Centrale, en Dacie (actuelle Roumanie) et en Hongrie romaine.

Deux cents ans plus tard toutefois, et sous la pression des Huns, les Vandales, qui entretemps étaient devenus des cavaliers, ainsi que leurs alliés Sarmates Alains et leurs alliés germaniques Suèves, furent obligés de se déplacer vers l'Ouest pour fuir. Quelques-uns uns des Vandales Silings qui s'étaient installés en Silésie depuis quelques siècles vinrent les rejoindre, et toutes ces tribus se placèrent sous la direction du roi Vandale Godégisel. La fédération des tribus dites vandales devint ainsi très large, et durant cette période adopta le christianisme comme religion. Le christianisme que les Vandales adoptèrent toutefois était l'arianisme qui était en opposition avec la doctrine de la Trinité prônée par Rome. Les Vandales se déplacèrent ainsi à l'Ouest en suivant le Danube sans trop de difficulté et pénétrèrent en Gaule où les fédérés francs de l'Empire leur refusèrent le passage. Les Francs tuèrent 20000 Vandales durant ces combats y compris le roi Godegisel. Toutefois, grâce à l'aide des Alains, les Vandales finirent par vaincre les forces de l'Empire, et traversèrent le Rhin gelé le 31 décembre 406. Sous la direction du roi Gundoric, fils de Godisel, les Vandales traversèrent alors la Gaule du nord au sud en pillant les territoires de l'Aquitaine.

En octobre de l'an 409, l'alliance vandale traversa les Pyrénées. Les Romains les autorisèrent alors officiellement à s'installer en Ibérie, et offrirent aux Alains la Lusitanie (Portugal), et aux Vandales la Galice ainsi que la Basse Espagne (Hispania Baetica). Les Vandales, ravis d'avoir enfin leur territoire, et pensant y établir leur État la baptisent Wandalus (Terre des Vandales) qui devient plus tard l'«Andalusia » arabo-berbère, puis espagnole. Leur tranquillité fut de courte durée, et quelques années plus tard, les Wisigoths, l'une des deux grandes tribus Goths (l'autre étant celle des Ostrogoths), qu'ils avaient déjà fuis une fois, se mirent à envahir la péninsule Ibérique. En 426 les alliés Alains des Vandales se firent massacrer au nord de la péninsule et leur roi Addac trouva la mort durant cette attaque. C'est alors que les Alains vont se réfugier au sud chez les Vandales hasdings en Wandalus et offrent leur couronne à ces derniers. Gondéric, roi des Vandales accepte alors, se baptisant dès lors « Rex Wandalorum et Alanorum » (Roi des Vandales et des Alains).

Vandales en Afrique du Nord : de 430 à 477[modifier | modifier le code]

Afin d'organiser une nouvelle migration face à la déferlante Wisigoths, le nouveau roi Genséric, qui succéda à son demi-frère le roi Gondéric, comme roi des Vandales et des Alains, fit construire une énorme flotte pour faire traverser aux tribus le détroit de Gibraltar. C'est ainsi qu'en 429, plus de 80000 Vandales et Alains, dont 20000 hommes en armes, conduits par leur roi Genséric I, franchissent le détroit de Gibraltar et débarquent en Maurétanie. Des l'année suivante en 430, ces derniers sont déjà dans l'Ouest algérien.

Les Vandales trouvent sur place une population favorable aux thèses chrétiennes qui rejettent le dogme de la Trinité romaine et contestent la filiation divine de Jésus. En effet les Berbères des riches campagnes agricoles d'antan, qui se trouvent être à l'époque en pleine crise économique, laissent le passage libre à cette impressionnante armée vandale, qui semble à leurs yeux venger le fait que Rome vient de déclarer vingt ans auparavant (en 409) leurs croyances mutuelles comme des hérésies. En effet le donatisme qui prévaut au Maghreb, est similaire, voire plus extrême dans sa tendance du refus de l'autorité et des dogmes de l'Église catholique que l'arianisme suivi par les Vandales. L'arianisme étant à l'origine les enseignements du prêtre Arius de l'église d'Alexandrie d'Égypte (l'Église copte) qui enseignait que Jésus était un homme comme tous les autres, plutôt que le fils de Dieu. Les Vandales concentrèrent ainsi leurs attaques sur les villes côtières sous emprise romaine, et où l'Église catholique s'était saisie des églises donatistes. Ils s'offrent par la même la complicité morale, voire le soutien matériel des populations berbères du Nord de l'Algérie. Durant l'année 430 les Vandales traversent ainsi le pays d'ouest en est, attaquant les différentes citadelles romaines ou les prêtres catholiques nouvellement installés dans les églises donatistes sont présents. Le 28 août 430, les Vandales prennent Hippone (actuelle Annaba) après un bref siège de la dernière ville de l'Est de l'Algérie. En prenant cette ville, ils auraient tué l'évêque catholique berbère, saint Augustin.

Les Vandales commencèrent ainsi à établir leur autorité sur toutes les villes du nord de l'Algérie, envoyant le clergé catholique en exil à Gafsa dans le sud tunisien, tuant parfois certains membres de l'Église catholique, et dissolvant les monastères. La population citadine est sommée de s'acquitter de la dîme en échange du droit d'être laissée en paix et de pouvoir pratiquer le catholicisme. Les Vandales ne martyriseront toutefois pas les catholiques, et comparé à la façon dont certains prélats catholiques traitent à ces époques leurs ouailles récalcitrantes, leur traitement des catholiques est peu de choses. Toutefois pour les apaiser, Rome en 435 les autorise, une nouvelle fois à s'établir officiellement sur un de ses territoires, cette fois-ci, sur les restes de la Numidie. Genséric établit la capitale de son nouvel État alors à Saldae (Bejaia) qu'il a capturé aux Romains, et où il fait accoster les navires vandales qui ont servi à faire traverser Gibraltar à son peuple. Genséric fait alors fortifier sa nouvelle capitale avant de se lancer dans d'autres projets d'expansion. Fort de leur nouvelle puissance, de leur domination des villes côtières, et d'une complicité avec l'intérieur du pays les Vandales refusent cette fois ci de s'arrêter en si bon chemin, et s'attaquent à Carthage en 439, siège de l'Église catholique d'Afrique, qu'ils capturent. Débarrassé de la présence de l'Église romaine catholique au Maghreb, le roi Geiséric I des Vandales commence alors à construire le royaume des Vandales et des Alains.

Lançant ses attaques navales à partir de sa capitale Bejaia, Genséric s'engage dans la conquête des grandes îles de la Méditerranée occidentale. Il capture rapidement la Sicile, la Sardaigne, la Corse et les îles Baléares, grâce à l'immense flotte navale qu'il avait fait construire quelques années plus tôt. Rome, face à ces nouvelles pressions militaires vandales, offrit un accord de paix à Genséric en échange du retour de la Sicile dans le giron de l'Empire. Devenu plus pragmatique que religieux avec tant de nouvelles dominions, Genséric informe en l'an 442, Valentinien III, empereur romain d'Occident qu'il accepte l'offre et restitue la Sicile à Rome.

Le répit que Genséric offre aux Romains n'est toutefois que de courte durée. En 455, il se lance dans des opérations contre l'Empire romain occidental, et, le 2 juin, ses armées pénètrent à Rome. Les Vandales repartent avec de riches prises, dont des plusieurs coffres d'or, des vestiges du temple de Jérusalem, ainsi que l'impératrice Licina Eudoxia. Celle-ci refuse de retourner à Rome, et épouse Genséric pour devenir la mère du futur roi des Vandales : Hunéric. Les deux filles de l'impératrice, Eudocia et Placidia, également prises durant le sac de Rome, sont libérées en 462 contre une forte rançon payée par l'empereur byzantin Léon I.
C'est ce pillage de Rome « ville éternelle », qui est principalement reproché aux Vandales pour créer leur mauvaise réputation, bien que ce pillage ait été exécuté en bon ordre, sans aucuns sévices contre la population[réf. nécessaire]. Alors que le sac de Rome, beaucoup plus brutal par les Wisigoths en 410 ne fut pas retenu contre eux.
Dès leur installation en Algérie ces cavaliers, deviennent des marins, grâce d'abord à l'importante flotte construite par Geiséric qui leur permit de traverser le détroit de Gibraltar et de s'y installer. Les Vandales peuvent dès lors se permettre de multiplier les expéditions dans toute la Méditerranée, jusqu'en Grèce. Mais leur pillage de Rome est un modèle de spoliation méthodique, sans violence gratuite. Ils garantissent en effet le respect de la population en échange du prélèvement des richesses dans chaque quartier de la ville, privé de défense. À cet effet, ils divisent Rome en îlots, déménageant les trésors de chaque îlot en bon ordre et sans verser de sang. Mais pour les clercs catholiques médiévaux, Rome est le centre du Monde. Aussi transforment-ils pour la postérité ce pillage en sacrilège, faisant aux Vandales une réputation de barbarie. D'où le terme de vandalisme, alors que les Vandales ne sont pas plus barbares que les autres peuples de cette époque rude et guerrière. En 468, les Byzantins envoient une énorme flotte pour attaquer le royaume des Vandales, mais ces derniers réussissent à la détruire presque entièrement et remportent ainsi une nouvelle victoire.

Vandales en Algérie (477-533)[modifier | modifier le code]

À la mort de Genséric Ier, fondateur du royaume en 477 qui régna près d'un demi-siècle sur son peuple, les Vandales commencent leur déclin. Son fils Huneric qui prend la succession exerce des pressions sur les catholiques, particulièrement durant les derniers mois de son règne en 483 et 484 où il interdit carrément la pratique du catholicisme. Gunthamund qui lui succède en 484 revient sur les décisions de son prédécesseur et autorise les Catholiques à pratiquer librement en échange de la traditionnelle dîme. Toutefois son règne est marqué par une perte d'influence pour les Vandales, qui perdent des territoires en Méditerranée et qui se font attaquer par certaines tribus berbères qui n'apprécient plus leur présence. Thrasamund lui succède en 496 et règne jusqu'en 523 sans pouvoir pour autant remettre sur pied le royaume.

Hilderic arriva au pouvoir en l'an 523, mais se désintéressait tant de la guerre lui-même, qu'il laissa son général Hoamer s'en charger. Ce dernier perd une bataille contre des tribus de l'intérieur du pays en 530, et cela provoque une lutte de pouvoir au sein de la famille royale. Gélimer s'empare alors du pouvoir et jette le roi Hilderic et son général Hoamer en prison.

Trois ans plus tard, l'empereur byzantin Justinien Ier profite du fait que la majorité de la flotte vandale soit en Sardaigne occupée à réprimer une rébellion, pour déclarer la guerre à ces derniers. Il envoie le brillant général Bélisaire au combat. Le 13 septembre 533, 11000 Vandales sous le commandement de leur roi Gélimer firent face aux 17000 hommes de l'armée de Byzance à la bataille de Ad Decimium. Les Vandales perdirent la bataille et Carthage tomba aux mains des Byzantins. Un mois plus tard, c'était au tour de la première ville du Maghreb central d'être perdue par les Vandales aux Byzantins. Le 15 décembre 533 les Vandales et les Byzantins s'affrontèrent de nouveau à 30 kilomètres de Carthage et les Vandales perdirent de nouveau la bataille. Les Byzantins s'emparèrent alors de Hippone (Annaba). Les Vandales ne sont plus les mêmes. Habitués au confort, voire au luxe, ils ont peu à peu perdu leur qualité guerrière, et la célèbre cavalerie vandale, autrefois tant redoutée, est en grande partie détruite. Gélimer parvient à s'enfuir tandis que les survivants vandales, mis en esclavage, sont en grande partie déportés, tandis que quelques milliers sont enrôlés de force dans les armées de l'Empire. En 534, Gélimer, se rendit à Belisarius, et remit le royaume à l'Empire byzantin. Gelimer fut envoyé à Byzance et finit ses jours en Galatie. Ce fut la fin du royaume des Vandales et des Alains.

Les Vandales survivants qui échappent à la capture parviennent à trouver refuge dans l'intérieur du pays, chez des tribus berbères alliées (surtout dans les hauteurs constantinoises), tandis qu'une répression terrible frappe les Juifs dont une partie émigre avec eux dans l'intérieur. Ces Juifs y propagent alors leur religion parmi les tribus montagnardes et sahariennes ainsi que parmi les derniers Vandales.

Domination byzantine (534-647)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Empire byzantin.
Carte de l'empire byzantin en 550. Le vert correspond aux conquêtes menées durant le règne de Justinien Ier

Le passage des Vandales et des Alains en Afrique ne laisse que très peu de traces mais un siècle de liens coupés avec Rome puis avec Byzance a profondément changé les esprits des autochtones dont beaucoup ne vont pas accepter la domination byzantine qui doit vite compter sur les nombreuses attaques de révoltés berbères comme lors de la révolte de Antalas juste après la reconquête byzantine. La fragilité de cette reconquête « éclair » et l'instabilité de la domination byzantine permet aux tribus berbères d'organiser la résistance contre l'« occupant ».

Jean Troglita, général byzantin du VIe siècle s'illustra notamment contre les Perses et les Berbères. Ce fut également un lieutenant du grand général byzantin Bélisaire, vainqueur des Vandales en Africa et des Ostrogoths en Italie dans les années 530. Solomon est un gouverneur byzantin de la première moitié du VIe siècle. En 534, il est nommé par l'empereur byzantin Justinien comme gouverneur de l'Afrique, tout juste reconquise par le général Bélisaire sur les Vandales de Gélimer. Il est remplacé deux ans plus tard (536), avant de retrouver son poste en 539. Il doit faire face aux rebelles berbères, notamment ceux du chef Antalas. Il est toutefois battu par ces derniers dans une bataille près de la cité de Theveste (actuelle Tébessa) en 544, trouvant la mort au combat. Yabdas se révolte contre l'autorité des Romains et des Byzantins dans les Aurès[12], il se proclame roi des Aurès.

Deux personnalités Berbères des Aurès furent des chefs byzantins, Ifisdias et Cutzinas pendant le commandement de Jean Troglita, ce dernier voulait attaquer les Berbères du Sud après que les Aurès et le Zab furent dominés par les Byzantins grâce à Salomon byzantin. Par contre Mastigas fut un roi berbère de la Maurétanie Césarienne. Après les Vandales, il prend en main une partie de la Maurétanie Césarienne, mais il est certain que les Byzantins sont arrivés jusqu'à Frenda, car il y a des inscriptions byzantines sur place en Algérie.

En 544, les Byzantins exerceront un pouvoir jusque dans la province de Constantine. Cependant, l'émergence d'insurrection berbère contre les Byzantins provoque l'organisation de plusieurs États puissants dont les Djerawa, les Banou Ifren, les Maghraouas, les Awarbas, et les Zénètes[13]. Et, selon Corripus dans la Johannide, à l'époque de Jean Troglita sous le règne de Justinien entre 547 et 550, Les Banou Ifren (Ifuraces)[14] faisaient la guerre aux Byzantins[15].

Au début de la conquête musulmane en Afrique du Nord, Koceila, roi berbère s'allie avec les troupes byzantines. Après sa mort la reine berbère, Kahina, attaque les Omeyyades avec l'aide des Byzantins et les cavaliers zénètes. Elle gagne deux fois les troupes Omeyyades.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Bible, au Premier livre des rois, situe cet épisode sous le règne de Roboam, fils de Salomon, qui régna de 931? à 913? : "La cinquième année du roi Roboam, le roi d’Égypte, Sheshonq, marcha contre Jérusalem. Il se fit livrer les trésors du Temple de Yahvé et ceux du palais royal, absolument tout, jusqu'à tous les boucliers d'or qu'avait faits Salomon"1R14 25
  2. F.Decret, Carthage ou l'Empire de la mer, pp. 113-114, Paris, Le Seuil 1977
  3. http://www.clio.fr/bibliotheque/Les_Garamantes_conducteurs_de_chars_et_bAtisseurs_dans_le_Fezzan_antique.asp
  4. Souvenirs d'une exploration scientifique dans le nord de l'Afrique, Jules-René Bourguignat
  5. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères
  6. Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique, historique
  7. Yann Le Bohec, « L'expédition de Curion en Afrique: étude d'histoire militaire », dans M. Khanoussi, P. Ruggeri, C. Vismara éd., L’Africa romana. Ai confini dell’Impero: contatti, scambi conflitti. Atti del XV convegno di studio. Tozeur, 11-15 dicembre 2002, Rome, Carocci editore, 2004, III, p. 1603-1615 Lire en ligne
  8. Yann Le Bohec, « L'expédition de Curion en Afrique: étude d'histoire militaire », dans M. Khanoussi, P. Ruggeri, C. Vismara éd., L’Africa romana. Ai confini dell’Impero: contatti, scambi conflitti. Atti del XV convegno di studio. Tozeur, 11-15 dicembre 2002, Rome, Carocci editore, 2004, III, p. 1603-1615 Lire en ligne
  9. Journal asiatique De Société asiatique (Paris, France), Centre national de la recherche scientifique (France)
  10. a et b [1]
  11. Gilbert Meynier, L'Algérie des origines, La découverte, 2007
  12. Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de la province ...
  13. Algérie, le passé revisité. Par Chems-Eddine Chitour. Publié par Casbah Editions, 1998. (ISBN 9961-64-100-0), p 212
  14. Revue africaine, Numéros 181-191 Par Société historique algérienne, page 270 livre en ligne
  15. Encyclopédie berbère, Volume 24 Par International Union of Prehistoric and Protohistoric Sciences,International Union of Anthropological and Ethnological Sciences,Laboratoire d'anthropologie et de préhistoire des pays de la Méditerranée occidentale (France), page Page 3649

Voir aussi[modifier | modifier le code]