Histoire de l'Albanie

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L'Albanie

L’Albanie est une république d’Europe du Sud, à l’ouest de la péninsule des Balkans, avec une ouverture sur la mer Adriatique et sur la mer Ionienne. Le pays a une frontière au nord avec le Monténégro, au nord-est avec le Kosovo, à l’est avec la République de Macédoine et au sud avec la Grèce.

Préhistoire[modifier | modifier le code]

L’occupation du sol intervint au Paléolithique moyen, période qui, pour l'Europe, débuta il y a 300 000 ans environ et se termina il y a 30 000 ans. C'est sur le site de Maliq (région de Korçë) que furent trouvés des objets témoignant d'une civilisation qui semble attester d'une société constituée de cités lacustres.

De l'Antiquité au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Vers la fin de l'âge du bronze un certain nombre de mouvement de populations se produisit parmi lesquels les Bryges qui vinrent s'établir dans les régions méridionales de l'Albanie et du nord-ouest de la Grèce[1]. Les Illyriens apparurent au XXe siècle av. J.-C., à une époque charnière entre l'âge du bronze et l'âge du fer. Les archéologues les associent à la culture de Hallstatt. Leur civilisation se développa rapidement, dès le VIIe siècle av. J.-C., au contact des Grecs qui établirent, notamment à Épidammon (Durrës) et à Apollonie (près de Fier), des colonies dont subsistent d’importants vestiges.

Les Illyriens, qui débordaient largement des limites des pays aujourd’hui occupés par des Albanais, se divisèrent progressivement en petits États ennemis que les Macédoniens soumirent. Le royaume illyrien du IVe siècle av. J.-C. est ainsi vaincu en -359 par Philippe II de Macédoine, père d'Alexandre le Grand.

Les Illyriens reprirent leur indépendance ensuite et le royaume d’Épire eut son heure de gloire avec Pyrrhus. L'Empire romain commença la conquête de cette région au IVe siècle av. J.-C. L’ensemble du pays devait finalement passer, non sans mal, sous la domination de Rome au IIe siècle av. J.-C.. La majeure partie de l'Albanie actuelle était intégrée dans la province d'Illyrie, créée en -9. Peu à peu la civilisation romaine se répandait, surtout sur les côtes et le long de voies de pénétration (la via Egnatia, en particulier). L’assimilation devait être telle que l’Illyrie, christianisée dès le Ier siècle (avec saint Asti à Durrës et saint Donat à Vlora), fournit, au IIIe siècle, plusieurs empereurs. Après l'éclatement de l'Empire romain en 395, elle devint province de l'Empire byzantin. Suivront plusieurs vagues d'invasions barbares (Goths, Huns), puis le déferlement slave des VIe et VIIe siècles et elle fut soumise au royaume de Bulgarie au VIIIe siècle. Les populations autochtones se réfugièrent alors dans les montagnes. On voit apparaître le terme Albanais en 1081 dans un écrit d'un empereur byzantin. Les Serbes occupèrent à leur tour le nord et l'est de l'Albanie vers la fin du XIIe siècle, et l'inclurent dans un éphémère empire au XIVe siècle, dirigé par Stefan Uroš IV Dušan.

La domination ottomane[modifier | modifier le code]

L'invasion turque de la fin du XIVe siècle fut contrée par Skanderbeg, le héros national albanais, entre 1443 et 1478, avec l'aide des villes italiennes chrétiennes et du Vatican. Mais finalement l'Empire ottoman finit par s'imposer durablement en 1478, douze ans après la mort du prince albanais. À l'occasion de l'occupation ottomane, le pays connut une importante vague d'émigration en direction de l'Italie, de la Grèce et de l'Égypte. Le peuple albanais était soumis à un "impôt sur le sang" ; les familles de plus de sept membres étaient contraintes de faire don d'un de leurs enfants au Sultan. Ainsi, les enfants chrétiens des familles albanaises dominantes furent souvent convertis à l'islam, puis éduqués en Turquie. Certains devinrent de redoutables guerriers dans la garde d'élite du sultan, les janissaires. D'autres jouèrent un rôle non négligeable dans les milieux dirigeants.

Sur le terrain, l'influence ottomane devint prépondérante dans les plaines, mais les zones montagneuses permirent aux Albanais (Gegs au nord et Tosks au sud) de conserver un mode de vie ancestral, patriarcal, qui perdure encore parfois aujourd'hui.

Au fil des siècles d'occupation, le pouvoir central ottoman eut de plus en plus de difficultés à contrôler ces régions en bordure de l'empire. Au XVIIIe siècle, les chefs locaux regagnèrent en puissance, entretenant des hommes armés, se combattant mutuellement pour affirmer leur pouvoir.

L'Empire ottoman tenta de reprendre la main au cours du XIXe siècle, après avoir réduit les velléités d'indépendance de la famille Bushati de Shkodër et d'Ali Pacha de Janina. Le pays fut redécoupé administrativement, des écoles islamiques ouvertes et de nouveaux gouverneurs nommés par le pouvoir central.

Dans l'ensemble, en dépit des déformations nationalistes défendues par la plupart des historiens albanais, la période ottomane a permis une interaction fructueuse entre les différentes cultures. Une assez grande tolérance religieuse a permis la coexistence de chrétiens, de musulmans et de juifs. Le développement économique a été stimulé par l'existence d'un vaste espace commercial commun du Danube aux limites de la Perse.

La naissance d'une nation[modifier | modifier le code]

Dans les années 1870, le gouvernement turc se rendit compte de la vanité de ses efforts pour maintenir l'intégrité de l'empire. Partout dans les Balkans se développait l'idée du nationalisme. Les Albanais seront parmi les derniers à développer cette conscience nationale qui passait après la conscience de leur appartenance ethnique, d'une part à cause de l'interdiction de la langue albanaise dans les écoles durant les quatre siècles d'occupation ottomane (ce qui retarda l'éveil de cette conscience jusqu'à ce que les idées furent matérialisés et se répandirent en albanais écrit), mais également à cause de leurs dissensions internes et à la crainte de tomber sous le joug des nations voisines émergentes (Serbie, Monténégro, Bulgarie et Grèce).

Le mouvement se concrétisa avec la constitution de la Ligue de Prizren, en 1878 qui réclama l'autonomie. C'est en 1912, lors de la Première Guerre balkanique, que l'indépendance fut proclamée, alors que le pays était la convoitise de ses voisins. Les puissances européennes le reconnurent en 1913 avec le protocole de Florence, mais le jeune État tomba rapidement dans le chaos de la Première Guerre mondiale. Il fut tour à tour occupé par la Grèce, l'Italie, la Serbie et le Monténégro jusqu'à ce que la délimitation des frontières fut définitivement acquise.

L'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

L'indépendance de l'Albanie est internationalement reconnue, par le traité de Tirana de 1919, notamment sous la pression des États-Unis, alors que certains états européens prévoyaient de diviser le pays entre ses voisins. Face à cette menace, un "Congrès national des patriotes albanais" se déroule à Lushnja du 28 au 31 janvier 1920, suivi en juin d'insurrections dans des régions occupées. Un début de stabilisation s'amorce et, le 17 décembre 1920, l'Albanie devient membre de la SDN. Un an plus tard, le 14 décembre 1921, Ahmet Zogu, un chef de clan musulman, commence sa carrière politique comme ministre de l'Intérieur dans un pays divisé, puis préside le gouvernement (fin décembre 1922).

Le 23 février 1924, un attentat manque de peu le nouveau Premier Ministre, Ahmed Zogu. Aussi les représailles ne tardent pas, et deux mois plus tard Avni Rustemi est assassiné. L’opposition est profondément choquée, et lors de son enterrement Fan Noli s’exprime avec une telle force qu’une insurrection éclate, impulsée par Bajram Curri. Shefqet Verlaci (pron. "Cheftchet Verlyatsi") beau-père de Zogu lui succède au poste de Premier ministre mais la rébellion les oblige à s'enfuir au Royaume voisin des Serbes, des Croates et des Slovènes : c'est ce qu'on a appelé "La Révolution de Juin" (Revolucioni i Qershorit).

C’est ainsi que le 16 juin 1924, Fan Noli devient Régent et Premier Ministre d’Albanie. Sa première décision est de dissoudre l’Assemblée Nationale et de s’octroyer les pleins pouvoirs pour réformer l’Albanie. Il instaure alors une sorte de dictature temporaire lui permettant de se lancer dans le « Programme des Vingt Réformes » qui a pour but d’abolir la féodalité, de moderniser et de démocratiser le pays. Il améliore ainsi la santé publique et le système routier. Il est soutenu en cela par des révolutionnaire, tel que Ali Kelmendi, futur organisateur du Parti communiste albanais. Toutefois, ses méthodes jugées trop radicales, trop modernes et trop occidentales, s’opposent aux traditions. De plus, les réformes agraires lui valent la haine de l’aristocratie. Et Noli devint, au fil des mois, de plus en plus impopulaire.

Le 23 décembre 1924, un coup d’État le renverse et remet au pouvoir Ahmed Zogu. Fan Noli aura, lors de ses six mois au pouvoir, mis en place avec de nombreuses réformes, une sorte d’idéologie communiste modérée et avancée. Ahmed Bey Zogu devient Premier Ministre, puis est élu Président de la République (21 janvier 1925), et enfin se fait proclamer roi le 1er septembre 1928 sous le nom de Zog Ier ou Zogu Ier,

Relations avec l'Italie

L'Albanie recherche plutôt l'aide et la protection italiennes, comme bouclier contre les appétits des autres états balkaniques. À cette époque, l'influence de l'Italie ne cesse de croître. Le 27 novembre 1926, un "Pacte d'amitié et de sécurité" est signé par Tirana avec l'Italie. Il sera suivi, le 22 novembre 1927, par un "traité d'alliance défensive". Cependant, les relations se tendent parfois entre les deux pays : ainsi, en riposte de la tentation supposée de Zog de s'allier à la France, 22 bâtiments de guerre italiens menacent Dürres le 22 juin 1934. Ces pressions n'empêchent pas finalement la signature entre les deux voisins de l'Adriatique de toute une série d'accords économiques en mars 1936. Le climat de tension en Europe favorise les visées expansionnistes de Rome et l'Italie fasciste de Benito Mussolini envahit le pays le 7 avril 1939 et l'occupe malgré la résistance de la petite armée albanaise (bataille de Durrës). Le roi Zog s'enfuit. L'Albanie devient un protectorat italien, Victor-Emmanuel III en étant couronné roi.

La Seconde Guerre mondiale et l'ère stalinienne[modifier | modifier le code]

Commence alors une période d'occupation par les forces italiennes et allemandes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des mouvements de résistance s'organisent, nationaliste et communiste, avec le soutien de leurs homologues yougoslaves et l'assistance militaire des Britanniques du Special Operations Executive. La guerilla communiste acquiert une position dominante, après avoir été systématiquement épuré des militants non staliniens (ainsi, les militants du groupe Zjarri, "Le Feu"). Le leader communiste stalinien Enver Hoxha devient le principal dirigeant de la République populaire d'Albanie, proclamée en 1946 et s'installe, de fait, en dictateur du pays.

La politique qu'il suit est au départ d'inspiration stalinienne. Il rompt avec Tito en 1948 lorsque celui-ci prend ses distances avec l'URSS, et fait exécuter dans la même année l'un de ses ministres, Koçi Xoxe, qu'il considère trop proche du dictateur yougoslave. Mais le pays s'écartera de l'influence soviétique en 1961, puis s'alignera sur la République populaire de Chine. Par la suite - à partir de 1978 - les dirigeants choisiront la voie d'un isolationnisme complet, cherchant à vivre en autarcie totale.

Le pays s'enfonce encore davantage dans l'isolement, la répression, le retard technologique et économique ; de 1974 à 1981, une série de purges décimeront les milieux dirigeants. En 1980, l'ancien compagnon d'armes de Hoxha, Mehmet Shehu, ne sera pas choisi pour succéder au dictateur, dont la santé a beaucoup décliné. Shehu sera retrouvé mort en 1981, suicidé ; on soupçonnera toutefois un assassinat politique. Sa famille et ses partisans furent aussitôt démis de leurs fonctions politiques ; quant à Mehmet Shehu, il fut accusé après sa mort d'avoir été un espion à la solde de pays étrangers.

L'ouverture démocratique[modifier | modifier le code]

Après la mort de Enver Hoxha en 1985, le communiste Ramiz Alia prend la tête du pays mais le régime s'ouvre au multipartisme en suivant le mouvement amorcé dans d'autres pays post-staliniens européens. En 1992, le Parti démocrate albanais domine le Parti de travailleurs de l'ancien dictateur et Sali Berisha devient le premier président démocratiquement élu. Une nouvelle constitution ratifiée en 1998 pose les bases d'un état de droit garantissant les libertés individuelles. Depuis, la majorité a déjà changé plusieurs fois de camp.

La situation demeure pourtant instable et l'État doit lutter contre la corruption et le crime organisé. Les territoires septentrionaux, qui ont accueilli des centaines de milliers de réfugiés provenant du Kosovo, sont mal contrôlés par le gouvernement central. Un scandale financier (la banqueroute de sociétés d'épargne en 1997), en ruinant nombre d'Albanais, a discrédité la classe politique et a montré les difficultés économiques qui restent à surmonter.

L'Albanie devient membre de l'OTAN le 1er avril 2009[2].

Vers l'intégration à l'Union européenne[modifier | modifier le code]

L’Albanie a déposé sa candidature à l'adhésion à l'Union européenne le 28 avril 2009, mais le statut de candidat ne lui est pas encore formellement reconnu. le pays avait été reconnu candidat potentiel en juin 2000 lors du Conseil européen de Santa Maria da Feira.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hammond, N.G.L. (1997). "Ancient Epirus: Prehistory and Protohistory". Epirus, 4000 years of Greek history and civilization (p. 38: Ekdotike Athenon): 34–45. ISBN 978-960-213-371-2
  2. Communiqué de presse de l'OTAN

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Robert Elsie, Historical dictionary of Albania, the Scarecrow, Lanham (Md.), Londres, 2004, XlV-533 p. (ISBN 0-8108-4872-4)
  • (fr) Patrice Najbor, "Histoire de l'Albanie et de sa Maison Royale", 5 volumes, JePublie, Paris, 2008 (ISBN 978-2-9532382-0-4)
  • Kristo Frashëri , Histoire d'Albanie (bref aperçu) , Tirana, 1964

Lien externe[modifier | modifier le code]

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