Histoire de l'élevage bovin français

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La population bovine française est issue de rameaux autochtones en provenance directe de la domestication de l'aurochs (Bos primegenus) qui a donné de nombreux rameaux de Bos taurus après un élevage et des pratiques de sélection sur plus de 2000 ans. A priori, le cheptel français ne comporte pas de croisements avec des zébus (Bos taurus indicus) ni avec le buffle (Bubalus bubalis).

La population bovine française comptait en 2010 19,3 millions de têtes de bétail[1].

Les vaches en production représentent 7,7 millions de têtes (4,2 allaitantes et 3,5 laitières) et la production laitière en 2005 était de 239 millions d'hectolitres[2].

Origines diverses[modifier | modifier le code]

Quelques races sont susceptibles de vivre depuis très longtemps sur leur territoire, comme la Camargue.

De nombreux rameaux sont apparus avec les grands mouvements de population depuis l'Antiquité[3] :

La sélection[modifier | modifier le code]

À partir de ces éléments, chaque région, voire chaque vallée de montagne a sélectionné une race correspondant à ses besoins et à la difficulté de son terroir (climat et sol).

L'élevage bovin a toujours eu plusieurs intérêts économiques : la fourniture de lait (autrefois destiné essentiellement à la fabrication de fromage et de beurre), la viande et le cuir. Dans les régions qui ne possédaient pas de chevaux lourds de trait, cette fonction était déléguée aux bœufs de travail ou à des vaches robustes (sud-ouest, Massif central, Alpes…).

La création des races[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, de nombreux riches propriétaires ont cherché à améliorer leur cheptel. Trois phénomènes ont eu lieu.

  • Introduction de sang exogène : entamé dès le XVIIIe siècle, cette influence a perduré pendant près de 200 ans. Le potentiel viande des races du nord-ouest de la France a été amélioré principalement par l'apport de durham britannique, donnant des races lourdes a vitesse de croissance élevée : rouge des prés, armoricaine, saosnoise ou normande. Ainsi, ces croisements ont remplacé les races d'alors qui ont disparu : mancelle, percheronne, cotentine, augeronne, cauchoise, bretonne pie rouge…
  • Sélection rigoureuse des caractères génétiques des races : cette démarche plus tardive (seconde moitié du XIXe siècle) a abouti à des races spécialisées qui sont assez qualitatives pour ne pas avoir besoin d'être croisées. La plus grande réussite en est la charolaise. Les races de trait ont ainsi bénéficié de leur morphologie puissante pour donner d'excellente races à viande : charolaise, blonde d'Aquitaine, limousine, bazadaise
  • Création de livres généalogiques de races (herd-book). Ce mouvement initié chez les chevaux (haras nationaux sous Napoléon Ier pour la fourniture de la cavalerie de guerre) a été étendu aux autres espèces élevées, avec la fixation des caractères morphologiques et de plans de sélection. D'individuelle chez des propriétaires riches, la sélection est devenue collective et étendue à tous les éleveurs passionnés.

Les races modernes[modifier | modifier le code]

En 1945, la France est déficitaire sur le plan alimentaire. Le pouvoir politique incite à la productivité et à la modernisation de l'agriculture. Le schéma idéal envisagé par certains se résume à une race laitière, la Française frisonne pie noir, et une race bouchère, la charolaise.
Ce projet subit quelques aménagements destinés à obtenir des races régionales bien adaptées. Des races très efficaces dans leur terroir sont favorisées : montbéliarde ou Limousine. Les races de blondes du sud-ouest sont fusionnées dans la nouvelle race blonde d'Aquitaine, la mirandaise est absorbée par la gasconne ou l'armoricaine dans la pie rouge des plaines. L’objectif reste de garder un noyau de races à haute rentabilité et de favoriser l'insémination artificielle: les « vieilles races » moins rentables sont ainsi diluées et disparaissent.
Ce travail de sélection des races les plus productives, est rapidement reconnu à l'étranger. À cette époque, on découvre le cholestérol et sa présence certaine dans la viande bovine. Les races sélectionnées pour le travail sous le joug, en présentent un taux bien moindre, et ce sont les Françaises qui donnent le meilleur rendement.
Pourtant, quelques grains de sable vont venir perturber cette mécanique bien huilée.

  • Certaines races sont mieux adaptées à leur terroir d'origine, et la réputation des produits qui en sont issus les protège. Ainsi, les décrets AOC des fromages savoyards précisent une limite à 5 000 kg de lait par lactation. Les races Abondance et Tarentaise (ou tarine) sont ainsi mieux adaptées et assez laitières pour atteindre ce quota.
  • L'arrivée de races laitières hautement spécialisées a rendu l'élevage de certaines races non rentables. Mais leur sélection ancienne pour le lait et le travail les a servies, leur permettant de devenir de nouvelles races allaitantes : Aubrac, Parthenaise, Bleue du Nord ou Salers. L'évolution de la consommation réclame des veaux élevés sous la mère. Les races à viande manquent parfois de lait pour nourrir exclusivement leur veau longtemps. Les races mixtes proposent alors des croisements intéressants avec des taureaux de race à viande.
  • Les éleveurs de montbéliarde ont résisté à la fusion de leurs troupeaux avec la Pie rouge de l'est. Ils ont obtenu gain de cause, et leur race est aujourd’hui la plus productive du rameau des races Pie rouge des montagnes.
  • La recherche axée sur la génétique a entamé un mouvement de sauvegarde des races à faibles effectifs afin de garder un variabilité génétique susceptible d'être utile dans le futur. Ce mouvement est relayé par un chauvinisme fort des éleveurs qui souhaitent garder leur race ancestrale pure. Ce phénomène a même résisté à la fusions de races : l'Armoricaine n'a pas totalement disparu dans la pie rouge des plaines, ni les béarnaise et lourdaise dans la blonde d'Aquitaine. Autrefois dénigré, ce comportement est aujourd'hui encouragé : les éleveurs de race à faible effectifs perçoivent des aides au maintien de leur troupeau en race pure.

Disparition de races[modifier | modifier le code]

Quelques races vont disparaitre dans cette réorganisation de l'agriculture.

  • Lors de la fusion des races blondes du sud-ouest pour former en 1962 la blonde d'Aquitaine, les races blonde des Pyrénées, garonnaise et blonde du Quercy sont supprimées. Seules la Béarnaise et la lourdaise demeurent.
  • En Rhône-Alpes, existait une variété des races dites "blondes du sud-est", telles que la mézine ou la Bressanne. Seule la Villard-de-Lans s'est maintenue, là encore, grâce à un groupe d'éleveurs irréductibles. Elle semble sauvée, les effectifs atteignant le millier, et la race étant inscrite pour l'élaboration du bleu du Vercors-Sassenage AOC. Une AOC bouchère a été créée: le fin gras du Mézenc. Cette AOC est fondée sur la réputation de bœufs gras de race mézine, mais ce sont les Limousines, Aubrac ou Charolaises qui en bénéficieront, l'AOC arrivant trop tard pour sauver la race.
  • La bordelaise succombe elle aussi aux croisements. Mais elle a pu être reconstituée à partir d'individus croisés présentant les caractères de la race.

Conclusion[modifier | modifier le code]

Aujourd'hui, la France se trouve avec un nombre de races considérable. Cette variabilité génétique est encore accentuée quand on constate que presque tous les rameaux européens sont représentés.
Elle est reconnue comme un grand pays de fromage, et ses races bouchères à viande maigre sont très demandées, créant une exportation de reproducteurs vers tous les continents. Il est à noter que pour plusieurs rameaux de races européennes, ce sont des races françaises qui sont les plus efficaces :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf_IR_bovins_enq_mai_10cheptel_UE.pdf
  2. http://agreste.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/saa2006T11-2.pdf
  3. Daniel BABO, Races bovines françaises aux éditions France agricole.
  4. Collectif, Larousse agricole : Le monde paysan du XXIe siècle, Larousse,‎ septembre 2002, 768 p., p. 478
  5. Alain Raveneau, Inventaire des animaux domestiques en France, Nathan,‎ mai 1994, 359 p. (ISBN 2-908975-21-1), page 55
  6. Marie Dervillé, Stéphane Patin, Laurent Avon, Races bovines de France : Origine, Standard, Sélection, France Agricole Éditions, Paris, 2009, p.219-222. ISBN 978-2-85557-151-5
  7. Collectif, Larousse agricole : Le monde paysan du XXIe siècle, Larousse,‎ septembre 2002, 768 p., p. 425

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]