Histoire d'un voyage

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Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil,
autrement dit Amérique
Image illustrative de l'article Histoire d'un voyage
Édition latine du Voyage

Auteur Jean de Léry
Genre Récit de voyage
Version originale
Langue originale Moyen français
Pays d'origine Drapeau de la France France
Version française
Date de parution 1578

L’Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil, autrement dit Amérique de Jean de Léry est considérée comme l’un des chefs d’œuvre de la littérature de voyage française du XVIe siècle. L'auteur y retrace son voyage de près d’un an dans la France antarctique, dans la Baie de Guanabara. Il dépeint la vie des indiens Toüoupinambaoults qui habitaient cette région du monde.

Genèse et dimension politique[modifier | modifier le code]

L'Histoire d'un voyage ne parait qu'en 1578, vingt ans après le retour en France de son auteur. Entre temps, les Français ont dû évacuer le Brésil et les guerres de religion ont éclaté.

En 1575, le catholique André Thevet publie sa Cosmographie universelle[1]dans laquelle il affirme que les protestants portent une lourde responsabilité dans l'échec de l'expédition brésilienne. Dans la préface à l’Histoire d'un voyage, Léry, calviniste, affirme avoir été décidé à publier son livre par les « menteries » de Thevet. Cette préface donne une dimension politique au texte : elle attaque violemment Thevet et Nicolas de Villegagnon, chef de l'expédition brésilienne et pose l'ouvrage comme rétablissement d'une vérité historique, comme plaidoyer pour la mémoire de protestants calomniés.

Dans les versions postérieures (1580, 1585, 1599 et 1611), Léry retravaille et allonge le texte, multipliant les comparaisons entre les Tupis et d'autres peuples et donnant une dimension plus universelle à son œuvre.

Structure[modifier | modifier le code]

L'édition du 1578 comporte une dédicace au comte de Coligny, une série de sonnets vantant les mérites du livre et une préface. Le texte lui-même comprend vingt-deux chapitres. Les six premiers sont consacrés au départ, au voyage et à l'arrivée au Brésil, les chapitres sept à vingt décrivent le pays et ses habitants, et les deux derniers chapitres sont consacrés au voyage de retour.

La description des mœurs indiennes occupe une grande partie de l'ouvrage, l'auteur cherche à les présenter de manière scrupuleuse et méthodique[2]. Après avoir présenté le pays, il décrit les habitants puis à la fois les ressources naturelles et la nourriture des indiens. Six chapitres sont ensuite consacrés à la description des croyances et coutumes locales. Le vingtième chapitre enfin est un "colloque" bilingue français-tououpinambaoult.

Les deux derniers chapitres racontent le terrible voyage de retour. Ils révèlent également la perfidie de Villegagnon qui a rédigé une lettre demandant de faire brûler comme hérétiques Léry et ses compagnons. Le texte finit par une louange à Dieu qui a tiré Léry de tous les périls ; il se termine par cette phrase : "or au roy des siecles immortel et invisible, à Dieu seul sage soit honneur et gloire eternellement, Amen."

Réception et postérité[modifier | modifier le code]

L’Histoire d’un Voyage a connu un succès considérable en son temps comme en témoigne le nombre d’éditions qu'il a connu : cinq jusqu'en 1611. L'ouvrage a notamment influencé Montaigne. Un chapitre des Essais (livre I chapitre 31) est consacré aux cannibales et doit beaucoup à Léry.

On considère parfois que l’Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil est à l'origine du mythe du bon sauvage.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, Claude Lévi-Strauss a contribué à attirer à nouveau l’attention sur le livre par les pages qu'il lui a consacrées dans Tristes Tropiques, ouvrage qui a connu un large succès. Michel de Certeau a consacré un chapitre de l’Écriture de l’Histoire au récit de Léry. Plus récemment, le livre a bénéficié de la vogue du récit de voyage et notamment de l'attention portée par l’universitaire Frank Lestringant à la France Antarctique.

En 2001, le roman de Jean-Christophe Rufin, Rouge Brésil ((ISBN 2-07-076198-3)), prix Goncourt, reprend en le romançant les faits narrés par Jean de Léry.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel de Certeau, L'écriture de l'histoire, Paris: Gallimard, 1975. Un chapitre sur Jean de Léry.
  • Frank Lestringant, Jean de Lery ou l'invention du sauvage, Paris, Honoré Champion, 2005 ISBN 978-2-7453-1266-2
  • Frank Lestringant, Marie-Christine Gomez-Chéraud (dir.), D'encre du Brésil. Jean de Léry écrivain, Orléans, Paradigme, 1999, 255 pages : recueil d'articles sur Jean de Léry et d'autres écrivains de la Renaissance
  • Françoise Argod-Dutard, Histoire d'un voyage en la terre du Brésil de Jean de Lery : journées d'études, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, 2000.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La cosmographie universelle d'André Thevet, illustrée de diverses figures des choses plus remarquables veuës par l'auteur, Paris, 1575 [1]
  2. Le plus célèbre témoignage d'admiration pour le travail de Léry est celui de Claude Lévi-Strauss qui, dans Tristes Tropiques, a qualifié l' Histoire d'un voyage de « bréviaire de l'ethnologue ».

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Texte[modifier | modifier le code]

Éditions d'époque numérisées[modifier | modifier le code]

L'édition de 1580, rééditée par Paul Gaffarel en 1880, est en ligne sur Wikisource.