Histoire contrefactuelle

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L'histoire contrefactuelle (ou approche contrefactuelle) permet de questionner de manière originale les problèmes de la causalité, le rôle de l'imagination, de l'écriture et des usages politiques de l'Histoire[1]. Il ne s'agit pas de réécrire ou contredire le récit officiel des événements passés, mais, à l'aune de l'historiographie, d'en comprendre les mécanismes, les forces à l’œuvre ou les décisions d'individus ou de groupes. Cette démarche, si elle est parfaitement légitime, peut s'avérer discutable dans certains aspects de ses conclusions.

La question qui permet d'amorcer ce début de réflexion est : « Que se serait-il passé si... ? » (What if...?). Ce type de questionnement est également présent en littérature, en philosophie et dans certaines branches des sciences dures comme la physique.

Origines de cette approche[modifier | modifier le code]

Si les écrits par exemple de Tite-Live pose dès l'Antiquité ce genre de questionnements, l'un des premiers ouvrages a s'ouvrir pleinement à ce type de réflexion est l'essai de Winston Churchill intitulé If It Had Happened Otherwise (Et si cela s'était passé autrement, 1931) où il imagine les États-Unis après la guerre de Sécession et la victoire des forces du Sud. Dans ses mémoires publiées à partir des années 1948-1950, Churchill ne cessera d’ailleurs de réfléchir sur l'enchainement des événements dont il fut témoin au XXe siècle ; l'une de ses questions les plus célèbres fut : « Que se serait-il passé si dès 1935 la France avait effectivement empêcher l'Allemagne de se réarmer, sachant qu'elle avait alors les moyens militaires d'agir ? »[2].

Dans les années 1960, la science fiction commence à explorer de manière uchronique certains grands événements du passé : ainsi, un auteur comme Philip K. Dick, avec Le Maître du Haut Château, imagine ce que serait devenu le monde si les forces de l'axe avaient remporté la Seconde Guerre mondiale.

L'historien allemand Reinhart Koselleck dans son essai Le Futur passé (Vergangene Zukunft, 1979), met en rapport histoire et temps, et en appelle à une réflexion sur l’importance de l’imagination en histoire, sur les ressources cognitives de la fiction. Nourrie par un prudent travail d'archives, la projection dans les « futurs possibles, crains et espérés » qu'il propose, autorise un décentrement fictionnel qui permet une remise en cause particulièrement efficace de la téléologie ou de la continuité historique. Il s'agit alors d'examiner les futurs possibles du passé.

La démarche contrefactuelle connaît son apogée dans les années 1990 dans les milieux universitaires anglosaxons et suscite alors de nombreuses polémiques. Le Britannique Niall Ferguson, avec ce qu'il appelle Virtual History, se veut le champion de ce type de travaux mais ses nombreuses publications et ses déclarations fracassantes ont conduit de nombreuses personnes à renvoyer cette pratique aux conservateurs et donc à politiser tout un pan de la recherche.

Or, depuis les années 2000, l'approche contrefactuelle permet par exemple de revaloriser de nombreux aspects quelque peu éludés de l'histoire et d'organiser des campagnes de réparations : les femmes, les minorités, les peuples dits vaincus, certaines individualités, et d'autres forces à l’œuvre, font leur entrée dans le récit officiel. Ce rééquilibrage n'a été possible qu'après avoir pu déconstruire certains récits, lesquels sont trop souvent ponctués par des représentations figées ou univoques.

Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Définition proposée lors du séminaire de recherche de Quentin Deluermoz et Pierre Singaravélou What If… ? Apports, limites et enjeux de la démarche contrefactuelle en histoire, EHESS, 2010.
  2. W. Churchill, Le Deuxième Guerre mondiale, tome 1 : « L'Orage approche. D'une guerre à l'autre », Plon, chap. VIII, p. 130-146.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

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