Hirondelle de Bonaparte

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Delichon dasypus

Delichon dasypus

Description de cette image, également commentée ci-après

Dessin de Richard Bowdler Sharpe
de la sous-espèce cashmeriense.

Classification (COI)
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Classe Aves
Ordre Passeriformes
Famille Hirundinidae
Genre Delichon

Nom binominal

Delichon dasypus
(Bonaparte, 1850)

Synonymes

  • Chelidon dasypus Bonaparte, 1850
    (protonyme)

Statut de conservation UICN

( LC)
LC[1] : Préoccupation mineure

L'Hirondelle de Bonaparte (Delichon dasypus) est une espèce de passereaux migrateurs appartenant à la famille des Hirundinidae. Elle a les parties supérieures principalement bleu-noir, à l'exception de son croupion blanc, et a les parties inférieures gris pâle. Ses trois sous-espèces se reproduisent dans l'Himalaya et dans le centre et l'Est de l'Asie, passant l'hiver à plus basse altitude dans les montagnes ou en Asie du Sud-Est. Cette espèce est localement abondante et sa population est en expansion vers le nord, en Sibérie, et son statut ​​de conservation n'est donc en aucune manière préoccupant.

Cette hirondelle nidifie en colonies, construisant des nids de boue sous un surplomb sur une falaise verticale ou sur le mur d'un bâtiment. Les deux partenaires participent à la construction, couvent les trois ou quatre œufs blancs et nourrissent les oisillons. L'Hirondelle de Bonaparte se nourrit de petits insectes attrapés en vol, généralement haut dans les airs. La présence de collemboles terrestres et de larves de lépidoptères dans son bol alimentaire indique que l'espèce trouve parfois sa nourriture au sol.

Description[modifier | modifier le code]

Un juvénile à Taïwan.

L'adulte de la sous-espèce type mesure 12 cm de long. Il est bleu métallique foncé sur le dessus, avec un croupion blanc contrastant, et les parties inférieures blanches ou gris lavé. La queue est légèrement fourchue. La queue et le dessus des ailes sont brun-noir, et le dessous des ailes est gris-brun. Les pattes sont brun-rose et couvertes de plumes blanches, les yeux sont bruns et le bec est noir[2]. Il y a peu de dimorphisme sexuel apparent, mais le mâle a le dessous légèrement plus blanc que la femelle, surtout lorsque le plumage est frais. Les juvéniles ont le plumage moins brillant et ont les parties supérieures marron foncé, parfois d'un brunâtre plus clair vers le croupion, et les parties inférieures gris-blanc[3].

Hirondelles de Bonaparte à Hokkaido, Japon.

Les parties supérieures de la sous-espèce D. d. cashmiriensis sont d'un bleu plus clair et son croupion plus blanc que chez la sous-espèce nominale. D. d. nigrimentale, l'autre sous-espèce, est la plus petite des trois[2]. L'Hirondelle de Bonaparte peut être distinguée de l'Hirondelle du Népal, qui a le menton et les sous-caudales noirs, avec une queue plus carrée. Delichon dasypus est davantage similaire à l'Hirondelle de fenêtre, mais est plus sombre en dessous que celle-ci avec une échancrure de sa queue moins profonde[2]. La confusion la plus courante est celle entre les Hirondelles de Bonaparte mâles adultes, qui ont des parties inférieures plus pâles, et la sous-espèce de l'Est de l'Hirondelle de fenêtre, D. urbicum lagopodum, qui a une queue moins fourchue que les sous-espèces de l'Ouest, mais qui montre tout de même encore une fourche plus marquée que D. dasypus[2].

Écologie et comportement[modifier | modifier le code]

Vocalisations[modifier | modifier le code]

Le chant de cette espèce est un trille métallique ondulant et un gazouillis sifflant. L'appel est un tchip sec et métallique, souvent avec deux ou trois syllabes. Il est semblable à celui de l'Hirondelle de fenêtre, mais en plus rauque[3].

Alimentation[modifier | modifier le code]

Cette hirondelle se nourrit d'insectes pris au vol. Comme les espèces proches elle se nourrit souvent en vol, en capturant la plupart du temps de petits diptères, pucerons et d'hyménoptères comme les fourmis ailées. Un large panel d'autres insectes sont capturés, comme des lépidoptères, des coléoptères ou des névroptères. La présence dans leur bol alimentaire de collemboles terrestres et de larves de lépidoptères indique que cette hirondelle se nourrit parfois au sol[2].

Reproduction[modifier | modifier le code]

Hirondelles de Bonaparte collectant des matériaux pour leur nid, ici des brins d'herbes boueux, à Hokkaido, Japon.

L'Hirondelle de Bonaparte niche dans les falaises, formant des colonies sous un surplomb de falaise verticale, les nids ne se touchant généralement pas. Elle niche aussi fréquemment sur les grands bâtiments comme les temples ou les ponts, mais pas dans la même mesure que l'Hirondelle de fenêtre. Le nid est un profond cône de boue, tapissé d'herbes ou de plumes[2]. Contrairement aux espèces les plus proches, l'Hirondelle de Bonaparte ne ferme souvent pas son nid, qui ressemble alors à une version plus profonde d'un nid d'Hirondelle rustique (Hirundo rustica). Une étude russe autour du lac Baïkal recensait seulement la moitié des nids de type ouvert[4], et la sous-espèce de l'Himalaya D. d. cashmiriense a été signalée construire des nids en coupe peu profonde[5],[6].

Une couvée normale compte trois ou quatre œufs (parfois jusqu'à six), mesurant en moyenne 20,2 × 14,1 mm et pesant 2,1 g pour la sous-espèce himalayenne[2]. La durée d'incubation et l'âge d'envol ne sont pas connus, mais sont probablement semblables à ceux de l'Hirondelle de fenêtre, qui a une période d'incubation de 14 à 16 jours, et dont les jeunes s'envolent 22 à 32 jours après l'éclosion. Les deux partenaires participent à la construction du nid, à la couvaison des œufs et au nourrissage des poussins[2].

Prédateurs et parasites[modifier | modifier le code]

Les oiseaux sont souvent porteurs de parasites, aussi bien de poux et de puces à l'extérieur que de parasites sanguins. L'Hirondelle de Bonaparte est un hôte de la puce Ceratophyllus hirundinis[7] et peut montrer des signes de paludisme aviaire[8]. Les prédateurs de cet oiseau ont été peu étudiés, mais ils sont sans doute semblables à ceux de l'Hirondelle de fenêtre, comme le rapide Faucon aldrovandin (Falco severus) qui peut chasser ses proies en vol[9].

Répartition et habitat[modifier | modifier le code]

Répartition de l'Hirondelle de Bonaparte en Asie.
  •      Résident à l'année
  •      Zones de reproduction
  •      Zones d'hivernage

La sous-espèce nominale de l'Hirondelle de Bonaparte, D. d. dasypus, se reproduit dans le Sud-Est de la Russie, les îles Kouriles, le Japon et parfois la péninsule de Corée. Elle migre à travers l'Est de la Chine pour passer l'hiver dans la péninsule Malaise, à Bornéo, Sumatra, aux Philippines ou sur Java ; quelques oiseaux restent autour des sources thermales au Japon.

La sous-espèce D. d. cashmeriense niche dans l'Himalaya, depuis l'Afghanistan à l'est jusqu'à Sikkim, et vers le nord au Tibet et en Chine occidentale et centrale[2]. Elle vit entre 1 500 et 5 000 mètres d'altitude, mais surtout entre 2 400 et 4 000 mètres[3]. Ce groupe migre sur de petites distances, passant principalement l'hiver à des altitudes plus basses dans les contreforts de l'Himalaya, mais avec quelques oiseaux partant pour les plaines du Nord de l'Inde, et moins encore partant plus loin, au Myanmar et dans le Nord de la Thaïlande.

La troisième sous-espèce, D. d. nigrimentale, se reproduit dans le sud de la Chine et dans le sud de la Sibérie. Ses quartiers d'hiver sont inconnus[2], mais les oiseaux de Taïwan descendent à des altitudes plus basses en hiver[10]. Des Hirondelles de Bonaparte non reproductrices ont été trouvées à l'ouest jusqu'aux Émirats arabes unis[11]. La répartition de D. d. cashmeriense chevauche celle de l'Hirondelle du Népal, bien que ces deux espèces se reproduisent à des altitudes quelque peu différentes. La séparation altitudinale et les petites différences morphologiques semblent suffisantes pour empêcher l'hybridation[12].

L'habitat préféré par l'Hirondelle du Népal sont les vallées et les gorges des zones montagneuses ou des falaises côtières, où des grottes ou des crevasses naturelles fournissent des sites de nidification. Cette hirondelle peut également se reproduire sur de grands édifices humains comme les temples, les hôtels ou les centrales électriques[2]. Si l'oiseau rejoint généralement des altitudes plus basses l'hiver, pour des paysages plus ouverts ou vallonnés, elle a été retrouvée jusqu'à 2 565 m en Thaïlande[13].

Taxinomie[modifier | modifier le code]

Dessin de 1874 par John Gerrard Keulemans, représentant à gauche une Hirondelle de Bonaparte, reconnaissable à sa courte queue, et à droite une Hirondelle de fenêtre.

L'Hirondelle de Bonaparte a été scientifiquement décrite par le naturaliste et ornithologue français Charles Lucien Bonaparte en 1850 à partir d'un oiseau recueilli à Bornéo. Elle est citée sous le nom de Hirundo dasypus mais placée dans une section portant le nom de genre Chelidon[14] ; le cas est ambigu mais le protonyme retenu est Chelidon dasypus[15]. Elle est déplacée vers un nouveau genre, Delichon, par l'entomologiste britannique Frederic Moore et le naturaliste américain Thomas Horsfield en 1854[16]. Delichon est une anagramme du mot de grec ancien χελιδών (chelīdōn), qui signifie « hirondelle »[17], et dasypus de δασύς (dasús) pour « velu, poilu » et πούς (poús) pour « pied » et signifie donc « pattes velues ». Ses plus proches parents sont les deux autres membres du genre, l'Hirondelle du Népal (D. nipalense) et l'Hirondelle de fenêtre (D. urbicum)[18].

Selon le Congrès ornithologique international[19] et Alan P. Peterson[20] il existe trois sous-espèces :

Menaces et conservation[modifier | modifier le code]

L'Hirondelle de Bonaparte possède une grande aire de répartition qui ne semble pas en recul, et ses effectifs semblent être stables, même si la population totale est inconnue. Sa distribution couvrant plus de 20 000 km2 et l'espèce comptant plus de 10 000 individus adultes sans baisse importante dans la distribution ou dans les effectifs, l'espèce ne semble pas répondre aux critères pour être considérée comme vulnérables, et l'UICN la considère comme espèce de préoccupation mineure (LC)[1],[23]. Cette espèce est localement abondante et semble être en expansion vers le nord, dans le sud de la Sibérie[2].

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Angela K. Turner et Chris Rose, A handbook to the swallows and martins of the world, Londres, Christopher Helm,‎ 1989 (ISBN 978-0-7470-3202-1), p. 230–232
  • (en) Pamela C. Rasmussen (ill. John C. Anderton), Birds of South Asia. The Ripley Guide, vol. 2, Barcelone, Lynx Edicions,‎ 2005 (ISBN 978-84-87334-67-9[à vérifier : isbn invalide]), p. 313–314

Références taxinomiques[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b UICN, consulté le 23 mai 2012
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Turner et Rose (1989)
  3. a, b et c Rasmussen (2005)
  4. (en) Yu A. Durnev, I.N. Sirokhin et V.D. Sonin, « Materials to the ecology of Delichon dasypus (Passeriformes, Hirundinidae) on Khamar-Daban (South Baikal Territory) », Zoolicheskii Zhurnal, vol. 62,‎ 1983, p. 1541–1546
  5. (en) Eugene W. Oates, The fauna of British India, including Ceylon and Burma, Londres, Tracker, Spink and Co,‎ 1890 (lire en ligne), p. 270
  6. (en) James Murray, The avifauna of British India and its dependencies: a systematic account, Londres, Trubner and Co,‎ 1890 (lire en ligne), p. 254
  7. (en) Miriam Rothschild et Theresa Clay, Fleas, Flukes and Cuckoos. A study of bird parasites, Londres, Collins,‎ 1953 (lire en ligne), p. 92
  8. (en) Kyeong Soon Kim, Yoshio Tsuda et Akio Yamada, « Bloodmeal Identification and Detection of Avian Malaria Parasite From Mosquitoes (Diptera: Culicidae) Inhabiting Coastal Areas of Tokyo Bay, Japan », Journal of Medical Entomology, vol. 46, no 5,‎ septembre 2009, p. 1230-1234 (lien DOI?)
  9. (en) Killian Mullarney, Lars Svensson, Dan Zetterstrom et Peter Grant, Collins Bird Guide, Collins,‎ 1999 (ISBN 0-00-219728-6), p. 242
  10. (zh) « Yan Yan », sur Bird list, National Feng Huang Ku Bird Park
  11. (en) Thabit Zahran Al Abdessalaam, Mohammed Al Bowardi, Jane Ashley-Edmonds et Simon Aspinall, The Emirates: A Natural History, Trident Press,‎ 2006 (ISBN 1-905486-02-2), p. 366
  12. (en) Edward C. Dickinson et René Dekker, « Systematic notes on Asian birds. 13. A preliminary review of the Hirundinidae », Zoologische Verhandelingen, Leiden, vol. 335,‎ 2001, p. 138 (ISSN 0024-1652, lire en ligne)
  13. (en) Craig Robson, A Field Guide to the Birds of Thailand, New Holland Press,‎ 2004, 216 p. (ISBN 1-84330-921-1)
  14. (en) Charles Lucien Bonaparte, Conspectus generum avium, Lugduni Batavorum (Leyden): E.J. Brill,‎ 1850 (lire en ligne), p. 343 :

    « Media quasi inter Cotyles et Chelidonem, cujus autem altera species pedibus dense plumosis; minor, cauda multo breviore, minus emarginata; coloribus similibus, subtus autem sordidior, collari adumbrata »

  15. (en) Edward C. Dickinson, V.M. Loskot, H. Morioka, S. Somadikarta et R. van den Elzen, « Systematic notes on Asian birds. 50 - Types of the Aegithalidae, Remizidae and Paridae », Zoologische Verhandelingen, vol. 80, no 5,‎ décembre 2006, p. 108 (lire en ligne)
  16. (en) F. Moore et T. Horsfield, A catalogue of the birds in the museum of the East-India Company, vol. 1, Londres, Wm. H. Allen & Co,‎ 1854, p. 384
  17. (en) « House Martin Delichon urbicum (Linnaeus, 1758) », sur Bird facts, British Trust for Ornithology
  18. (en) « ITIS Standard Report Page: Delichon », The Integrated Taxonomic Information System (ITIS)
  19. a, b, c et d Congrès ornithologique international, consulté le 23 février 2012
  20. Alan P. Peterson, consulté le 23 février 2012
  21. (en) John Gould, « Descriptions of Two New Species of the Family Hirundinidae », Proceedings of the Zoological Society of London, vol. 369,‎ 1858, p. 356 (lire en ligne)
  22. (de) Ernst Hartert, Die Vögel der paläarktischen Fauna systematische Übersicht der in Europa, Nord-Asien und der Mittelmeerregion vorkommenden Vögel,‎ 1910 (lire en ligne), p. 810
  23. (en) « Asian House-martin - BirdLife Species Factsheet », BirdLife International (consulté le 23 mai 2012)
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