Hippomane mancinella

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Hippomane mancinella, le mancenillier[1], est un petit arbre très toxique de la famille des Euphorbiaceae, des régions équatoriales d'Amérique dans les sols secs et sableux.

Étymologie :

Le terme de "mancenillier" dérive de l'espagnol manzanilla ("Petite pomme") en raison de la forme de son fruit.

Description[modifier | modifier le code]

Ce petit arbre[2] de 5 à 10 m de haut (jusqu'à 25 m en situation abritée), possède le port d'un poirier et une écorce grise assez lisse. Blessé, il produit une sève blanchâtre extrêmement vénéneuse.

Pétiole avec glande

Ses feuilles sont luisantes, ovales à elliptiques, de 3 à 20 cm de long. Leur base est arrondie, tronquée à subcordée. Le pétiole de 5-12 cm porte une grosse glande rouge à l'apex.

C'est un arbre monoïque, portant sur un épis (de 4-15 cm) à la fois des fleurs mâles vers l'apex en groupe de 3-5 et des fleurs femelles globuleuses dans les aisselles des bractées inférieures.

La floraison a lieu en février-mars puis en août-novembre.

Le fruit est une drupe de 3 cm de diamètre ressemblant à une petite pomme verte. Ce fruit très toxique exhale pourtant une odeur agréable de citron et pomme reinette.

Écologie[modifier | modifier le code]

Le mancenillier pousse sur le littoral sableux. On le trouve donc généralement à proximité des plages. Il est présent dans toutes régions sèches et chaudes d'Amérique tropicale: Mexique, Floride, Amérique centrale, Antilles et Nord de l'Amérique du sud. Dans les DOM-TOM, on le retrouve communément en Martinique et en Guadeloupe.

Port du mancenillier, Guadeloupe

Composition chimique[modifier | modifier le code]

Toutes les parties de l'arbre contiennent divers alcaloïdes comme la physostigmine et une sapogénine[3].

Les substances irritantes du latex sont des diterpènes de structure tigliane et daphnane[4],[5] qui deviennent irritantes après estérification. Les structures daphnanes diterpèniques sont l'hippomane A et B. Ce sont les mêmes genres de facteurs irritants que l'on retrouve dans Thymelaea hirsuta ou dans l'huratoxine, extraite de Hura crepitans. De plus, ce sont des substances potentiellement cancérigènes.

Toxicité[modifier | modifier le code]

Mancenillier, aux Antilles les arbres sont signalés par une marque rouge
Brulure occasionnée par un contact direct de la peau avec des feuilles de mancenillier.

Le latex de cette euphorbiacée est très toxique, il déclenche par simple contact avec la peau ou les muqueuses, une réaction inflammatoire intense. Toutes les parties sont empoisonnées mais la quantité de latex peut varier suivant les saisons. Même le bois est toxique et les bucherons qui abattent l'arbre et les menuisiers qui le travaillent doivent prendre de grandes précautions.

Le simple contact cutané avec les feuilles, le fruit ou la sève peut provoquer des dermatites bulleuses sévères, parfois purpuriques[6].

En général, les gens qui mordent dans la "pomme" la recrachent aussitôt en raison de son goût très âcre. Mais s'ils avalent la bouchée, les conséquences peuvent être très graves.

Mordre le fruit entraîne des brûlures intenses, un gonflement des lèvres, la tuméfaction de la langue qui se couvre de cloques. Toute la muqueuse de la cavité buccale se détache ensuite par large plaques. Les œdèmes pharyngés peuvent nécessiter une trachéotomie. L'intoxication s'accompagne d'une chute de la tension artérielle et d'un choc. Les conséquences peuvent être fatales.

En cas de pluie, il convient de ne pas s'abriter sous l'arbre, car l'eau ruisselant des feuilles se charge d'éléments toxiques[7]. C'est pourquoi il est conseillé de ne pas faire la sieste sous l'arbre[8].

Enfin si le pollen emporté par le vent se colle sur la peau, il peut aussi causer de douloureuses dermatites.

Des cas de conjonctivites ont été signalées[7] pour des personnes s'étant assises sous l'arbre.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Il constitue un excellent coupe-vent naturel, ses racines stabilisent le sable et permettent de prévenir l'érosion.

Il a été prétendu[9] que les Caraïbes utilisaient le latex du mancenillier comme poison de flèche mais Vigors Earle[7] rejette catégoriquement cette allégation.

Références[modifier | modifier le code]

  1. aussi médecinier aux Saintes, ou "arbre de mort", arbol de la muerte au Venezuela
  2. Jacques Fournet, Flore illustrée des phanérogames de Guadeloupe et de Martinique, Gondwana editions, Cirad,‎ 2002
    Tome 1 : ISBN 2-87614-489-1 ; Tome 2 : ISBN 2-87614-492-1
  3. Sastre C., Breuil A., Plantes, milieux et paysages des Antilles françaises. Ecologie, biologie, identification, protection et usages., Biotope, Mèze,‎ 2007
  4. Lewis S. Nelson, Richard Shih, Michael Balick, Handbook of Poisonous And Injurious Plants, Springer-Verlag,‎ 2007
  5. (en) W. Adolf, E. Hecker, « On the irritant and carcinogenic principles of Hippomane mancinella », Tetrahedron Letters, vol. 19,‎ 1975, p. 1587-1590
  6. Bruneton, J., Pharmacognosie - Phytochimie, plantes médicinales, 4e éd., revue et augmentée, Paris, Tec & Doc - Éditions médicales internationales,‎ 2009, 1288 p. (ISBN 978-2-7430-1188-8)
  7. a, b et c (en) K. Vigors Earle, « Toxic effects of Hippomane mancenella », Transactions of the royal society of tropical medicine and hygiene, vol. XXXII, no 3,‎ 1938
  8. On voit cependant des Martiniquais faire du camping sauvage sous les mancenilliers moyennant quelques précautions
  9. Posada-Arango A., « Le poison des sauvages du Choco », Pabellon medico, vol. 16,‎ 1871

Liens externes[modifier | modifier le code]

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