Himbas

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Himbas

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Jeune femme himba de Namibie

Populations significatives par région
Autres
Ethnies liées

Héréros

Les Himbas sont un peuple bantou établi au nord de la Namibie, principalement dans le Kaokoveld. Ils sont apparentés aux Héréros.

Ethnonymie[modifier | modifier le code]

Selon les sources, on observe plusieurs variantes : Chimba, Cimba, Himbas, Luzimba, Ovahimba, Ovazemba, Ovazimba, Shimba, Simba, Tjimba, Vatwa, Zemba[1].

Population[modifier | modifier le code]

Quelque 10 000 Himbas vivent sur les 30 000 km² du Kaokoland en Namibie ; environ 3 000 autres habitent sur la rive angolaise du fleuve Cunene qui fait office de frontière entre les deux pays sur près de 200 km. Comme toutes les frontières héritées de l'époque coloniale, celles de la Namibie respectent fort mal la répartition ethnique. Les peuples herero, ovambo et bochiman sont également partagés entre cette ancienne colonie allemande (Sud-Ouest africain) et les États voisins : Angola, Botswana et Afrique du Sud.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le peuple himba serait venu selon ses récits avec les Hereros aux XVe et XVIe siècles du Betschuanaland (le Botswana actuel). Ils ont vécu comme chasseurs et cueilleurs nomades dans le nord-ouest de la Namibie, dans le Kaokoland près du fleuve Kunene (entre l'Angola et les anciens homelands Owamboland et Damaraland). Les Himbas se sont néanmoins différenciés des Hereros entre autres par l'influence des missionnaires allemands sur les Hereros dans la mode et leurs conflits avec les Namas. Les missionnaires ont en effet appris la couture aux femmes hereros (les femmes des colons allemands voulaient éviter que leurs maris violent les Hereros en voyant leur poitrine). Celles-ci se vêtirent bientôt de longues robes et couvre-chefs de style victorien appelés Hererotracht. Les Hereros christianisés ont alors bien vite considéré les Himbas animistes comme inférieurs.

Au XIXe siècle, les Himbas sont pourchassés par l’armée coloniale allemande aux côtés des Hereros. Beaucoup se réfugient en Angola, et travaillent comme pilleurs pour la puissance coloniale portugaise. Après 1920, une réserve leur est assignée par l’Afrique du Sud, qui domine la Namibie pendant plus de soixante-dix ans. Ils ne peuvent toutefois ni faire brouter leur bétail librement ni pratiquer de commerce. Les éleveurs de bétail sont ainsi ruinés. Leur réserve n’a même pas de gouvernement propre. Dans les années quatre-vingt, la sécheresse et la guerre font rage, la culture des Himbas est aux bords du gouffre. Environ deux tiers de leur cheptel (environ 130 000 animaux) décèdent. Beaucoup d'hommes sont forcés de s’engager dans l'armée sud-africaine — et combattent contre les guérilleros de la SWAPO qui luttent pour l'indépendance de la Namibie. Avec la fin de la rébellion et l'indépendance de la Namibie, la pluie revient également, et les cheptels des Himbas augmentent à nouveau.

Les Himbas sont, à la base, originaires de la région du Nil, en Égypte. Ils sont historiquement de lointains cousins des Massaï. Au terme d'une migration de plusieurs siècles, ils sont arrivés au Zimbabwe, en Angola et en Namibie.

Les Himbas forment une ethnie, qui, comme l’ensemble des peuples Hereros, appartient au groupe linguistique bantou, un ensemble d’ethnies couvrant toute la partie australe de l’Afrique. Les bantous sont, avant tout, agriculteurs, sédentaires et ont acquis la maîtrise du fer.

Aux alentours du XVe et du XVIe siècles, le peuple himba aurait accompagné les Hereros lors de la traversée du fleuve Kunene, aujourd’hui fleuve frontière entre l’Angola et la Namibie. Les terres où ils arrivent sont déjà occupées, et ses habitants chassent les Hereros. La plupart d’entre eux poursuivent leur route jusqu’au centre de la Namibie. Seul un petit groupe décide de s’installer dans le Kaokoland, qui signifie « terre lointaine », ce sont les Himbas. Ces derniers sont contraints d’adopter un style de vie semi-nomade en raison des luttes continuelles.

Au milieu du XIXe siècle, attaqués et dépourvus de troupeaux, ils se trouvent dans l’obligation de se replier en Angola. Pour survivre, ils pratiquent la chasse et la cueillette, occupation plutôt humiliante pour un peuple de pasteurs. De cette époque ils tirent leur nom : « Himba » signifie « Les mendiants ». Les Himbas ne sont donc autres que des Hereros, réfugiés après avoir été chassés de leur territoire.

Bergers à cheval

Dans les années 1920, avec la colonisation sud-africaine, les Himbas traversent à nouveau le fleuve Kunene, dans l’espoir de regagner leurs terres. Peu à peu, ils se reconstruisent et deviennent, dans les années 1970, les pasteurs les plus riches d’Afrique. Mais à nouveau, cela ne dure guère puisqu’en 1980, une terrible sécheresse et la guerre opposant l’armée sud-africaine aux indépendantistes de la « SWAPO », font que leur cheptel est à nouveau décimé.

Patients, les Himbas survivent grâce à l’aide alimentaire, ils reconstituent leurs troupeaux et reprennent leur vie nomade. Un bon nombre d’entre eux se sont sédentarisés au nord d’Opuwo, capitale du Kaokoland, où se situe la plupart des villages actuels, après le travail d’évangélisation effectué par les missionnaires blancs. Ces faits sont basés sur des récits et non sur des données prouvées.

Les Himbas seraient actuellement entre dix mille et quinze mille en Namibie. Ils vivent principalement de leur bétail et habitent dans des campements disséminés dans tout le Kaokoland avec leurs troupeaux de vaches et de chèvres. Mais ce chiffre reste, lui aussi, une incertitude. Étant donné leur grande mobilité, le recensement est difficile.

Mode de vie[modifier | modifier le code]

Village himba
Femme Himba préparant un déodorant à base de cendres d'herbes et résines aromatiques (nord d'Opuwo, Namibie)

Dans le désert tourmenté du Kaokoland, les pasteurs himba ont bien du mal à préserver leur mode de vie ancestral, menacé par une longue guérilla. Ils ne sont plus que quelques milliers à perpétuer une morale rude et frugale fondée sur la présence éternelle des morts, incarnés dans leurs troupeaux. Leur passion pour la beauté corporelle en fait aussi d'admirables témoins d'une Afrique australe qui, désormais, s'efface.

Culture[modifier | modifier le code]

Traditionnellement les Himbas se teignent la peau en rouge avec une pommade réalisée à base de graisse animale et de poudre d'hématite. Cet onguent leur permet de se protéger de l'ardeur du soleil, de la sécheresse de l'air, des insectes. Les Himbas, hommes et femmes, sont vêtus d’un simple pagne en cuir et se fabriquent des sandales avec des pneus de voitures. Actuellement des collectivités s'organisent pour gérer le bétail et le tourisme qui peut représenter un revenu appréciable car de nombreux touristes viennent visiter les villages Himbas. Il existe des écoles mobiles, dans lesquelles les enfants apprennent l'anglais. La culture Himba a su garder son originalité en dépit des pressions extérieures et a une chance de survie à condition d'adopter des formes de développement durable.

Les maisons des Himbas ont une forme conique et sont fabriquées avec des feuilles de palmiers, de la terre grasse et des excréments de vache. Dans une famille, ce sont les enfants de la sœur qui héritent du bétail, alors que les enfants reçoivent le bétail de l'oncle maternel. Seuls le « troupeau sacré » et la responsabilité du feu sacré sont laissés au fils. Le feu ne doit jamais s'éteindre, puisqu'il maintient la relation entre les vivants et les morts.

Les lumières de la ville[modifier | modifier le code]

Les Himbas ont accepté de vivre sur un territoire dont personne ne voulait, le désert du Kaokoland. Jusqu'à une date récente ils ont su entretenir, maintenir et protéger leur mode de vie et leurs traditions. Mais devant l'afflux parfois non contrôlé de touristes, certains Himbas parmi les plus jeunes cèdent aujourd'hui aux tentations d'un monde qu'ils découvrent. On a ainsi vu certains jeunes vendre les bijoux et parures traditionnelles de leur famille contre de l'alcool ou des t-shirts ramenés par des touristes.

Pour aider les Himbas à préserver leur culture, leurs traditions et se protéger des méfaits d'une modernité qui leur serait imposée, une association a vu le jour. Créée par Katjaimbia Tjambiru, une femme chef de tribu Himba et Solenn Bardet, géographe et écrivain qui a partagé la vie des Himbas entre 1993 et 1996, l’association Kovahimba (loi 1901 qui signifie « avec les Himbas ») s’est donné pour objectif d’aider ce peuple nomade de Namibie à protéger et à valoriser sa culture ancestrale, condition nécessaire pour sa reconnaissance, son développement et le respect de ses droits en Namibie et dans le monde.

Parmi les propositions faites par l'association, on trouve avant tout le maintien des conditions qui permettent l’élevage nomade, la création d'une organisation de maîtrise des flux touristiques, l’accompagnement du tourisme dont les Himbas devraient légitimement tirer bénéfice et enfin la représentation des Himbas dans les instances internationales.

« Ils sont à une phase de leur histoire très importante, car depuis quelques années ils se sont ouverts au monde et le monde, notamment occidental, est allé vers eux avec tout ce qu’un tel changement peut apporter de positif et de négatif. Cette situation récente a ouvert les yeux de certains, en a mis d’autres en péril. (...) C’est d’abord leur affaire. Les aider ou mieux les accompagner, n’a de sens que si c’est une réponse à leur demande dès lors qu’ils souhaitent que d’autres savoirs croisent les leurs. » Solenn Bardet.

Le barrage d'Epupa[modifier | modifier le code]

Durant les années 1920 un projet de construction de barrage à Epupa, sur le fleuve Kunene qui fait la frontière entre la Namibie et l'Angola, a vu le jour. Après l'indépendance, la jeune Namibie souhaitait devenir énergétiquement indépendante et a relancé le projet. La réalisation du barrage inonderait près de 200 km² des meilleurs terres de pâturage des Himbas et aurait des conséquences catastrophiques sur la faune et la flore locales. Le patrimoine culturel ancestral des Himbas est également menacé puisque près de 160 tombes Himbas (de la plus haute importance dans leur culture) se situant sur les rives du fleuve Kunene se retrouveraient sous l'eau[2].

La cause des Himbas est aussi défendue par plusieurs ONG, qui mettent en avant d'autres arguments tels que l'augmentation de vecteurs de maladie comme le paludisme du fait de l'existence d'une nouvelle grande étendue d'eau, le contact entre travailleurs et Himbas pendant la durée des travaux qui pourrait conduire à la propagation du VIH.

En 1997, le projet du barrage d'Epupa a été voté par le gouvernement, mais la reprise de la guerre en Angola, qui a parfois tendance à déborder sur le territoire namibien, ainsi que l'implication de la Namibie dans le conflit des Grands Lacs, a donné d'autres priorités au pays. Officiellement, le projet du barrage d'Epupa est toujours à l'ordre du jour, mais reste en suspens depuis ce temps.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source RAMEAU, BnF [1]
  2. Article paru dans le Monde diplomatique en Juillet 1999

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Carol Beckwith, « Himba marriage (Namibia) », in African ceremonies, vol. 1, Harry N. Abrams, Nerw York, 1999, p. 286-301
  • (en) Carol Beckwith, « Himba healing (Namibia) », in African ceremonies, vol. 2, Harry N. Abrams, Nerw York, 1999, p. 196-211
  • (en) Michael Bolling, Contested places : graves and graveyards in Himba culture, in Anthropos (Fribourg), 92 (1-3) 1997, p. 35-50
  • (en) David Campion et Sandra Shields, Where fire speaks : a visit with the Himba, Arsenal Pulp Press, Vancouver, 2002, 165 p. (ISBN 1551521318)
  • (en) David P. Crandall, « The strength of the OvaHimba patrilineage », in Cimbebasia (Windhoek), 13 décembre 1991, p. 45-51
  • (en) David P. Crandall, « Female over male or left over right : solving a classificatory puzzle among the OvaHimba », in Africa (Londres), 66 (3), 1996, p. 327-348
  • (en) Margaret Jacobsohn, « Preliminary notes on the symbolic role of space and material culture among semi-nomadic Himba and Herero herders in western Kaokoland, Namibia », in Cimbebasia (Windhoek), 10, 1988, p. 75-99
  • (en) Jill Kinahan, Where the ancestors speak : a Himba experience (with a folktale recorded and illustrated by Ben Muhonje), Namibia Archaeological Trust, Windhoek, 2004, 67 p. (ISBN 9789991677927)
  • (en) C. E. Klenkler, « Ovahimba personal adornment », in Ornament (Los Angeles), 26 (4), été 2003, p. 18-19
  • (en) Karen E. Lange, « Himba : consulting the past, divining the future », in National Geographic, 205 (1), janvier 2004, p. 32-47
  • (en) Peter et Beverly Pickford (phot.), Himba : nomads of Namibia, Struik, Foreshore, Le Cap, 1990, 144 p. (ISBN 1868250318)
  • (en) Rina Sherman, Reading Between the Lines: Understanding Assistants in Fieldwork, in Reconstruction 9.1 (2009)
  • (en) Rina Sherman, « Ma vie avec les Ovahimba » (2009)
  • (en) Christofer Wärnlöf, « The "discovery" of the Himba : the politics of ethnographic film making », in Africa (Londres), 70 (2) 2000, p. 175-191
  • (es) Francisco Giner Abati, Los Himba : ethnografia de una cultura ganadera de Angola y Namibia, Amarú Ediciones, Salamanque, 1992, 202 p. (ISBN 8486368669)
  • (fr) Solenn Bardet, Pieds nus sur la terre rouge, voyage chez les Himbas pasteurs de Namibie, Paris, Robert Laffont, coll. « Avent.Continue »,‎ novembre 2008, 368 p. (ISBN 2221084268)
  • (fr) Eric Robert et Sylvie Bergerot, Himbas : tribu de Namibie, Denoël, 1989, 120 p. (ISBN 9782207236031)
  • (fr) Claude Savary, « Kua et Himba : deux peuples traditionnels du Botswana et de Namibie face au nouveau millénaire », in Totem. Journal du Musée d'ethnographie du Genève, n° 30, mars-avril 2001, p. 1-2, 8
  • (it) Sergio Caminata et Franco La Cecia, Himba, F. Motta, Milan, 1997 (ISBN 8871791258)
  • (pt) Carlos Lopes Cardoso, OvaTjimba em Angola, Museu Regional de Cerâmica, Barcelos (Portugal), 1967, 36 p.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :