Hikitsuchi Michio

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Hikitsuchi Michio Senseï (1923-2004) fut l'un des grands maîtres d'aikido du XXe siècle. Il commence la pratique des arts martiaux à l’âge de 9 ans. À 14 ans il rencontre pour la première fois le fondateur de l’aïkido, Morihei Ueshiba, dont il a été l’élève durant 40 ans. Il a aussi reçu de celui-ci la transmission du maniement du bâton long de l’aïkido (Masakatsu Bô-jutsu), et l’autorisation écrite d’enseigner cette pratique (Makemono), de même que du maniement du sabre (Choshokubaï no ken). Maître Hikitsuchi vivait à Shingū, petite ville du Wakayama-Ken au Japon. Il est décédé le lundi 2 février 2004 à 15h45, heure de Shingū, la ville où il professait. Il était âgé de 80 ans et 6 mois.

À sa mort il reçut le nom bouddhiste : SHIN KI GEN IN DEN SAIMIN EIKETSU KOJI I.

EIKETSU : le grand homme KOJI : bouddhiste laïque SAIMIN : soulager la souffrance des gens.

Enseigner l'aïkido c'était certainement à sa manière un moyen de soulager la souffrance des gens, puisque selon les paroles mêmes du fondateur, l'aïkido avait été créé pour que le monde entier devienne une grande famille et il est certain que si cette utopie pénétrait le cœur des êtres humains, beaucoup de souffrances seraient évitées.

Aussi Hikitsuchi Sensei considérait-il que sa mission était d'aller porter la parole du fondateur dans le monde entier ; c'est certainement pour cela qu'il souhaitait venir en France dès 1981, mais les élèves étaient trop peu nombreux et il a dû attendre 1984 pour effectuer le voyage. Trois stages en Europe eurent lieu. Ils furent suivis par d'autres jusqu'en 1988 où cette année-là, malheureusement Hikitsuchi Sensei malade d'un cancer ne put venir. Mais grâce à ses explications, les techniques simples qu'il enseignait et qu'il démontrait avec une énergie assez stupéfiante et une grande précision, les principes du fondateur de l'aïkido qu'il professait, les prières qu'il récitait chaque matin avant le début du cours devant la photo du fondateur et qui semblaient purifier le lieu de la pratique de la discipline, comme les exercices de Shinkon Kishin No Ho (méthode pour calmer l'âme et retourner au divin et que les aïkidokas connaissent en partie avec les exercices de Torifune et Furotama) qu'il exigeait que l'on fasse au début du cours, avaient attiré des professeurs et leurs dojos, persuadés d'avoir devant eux un maître très proche de Maître Morihei Ueshiba, et décidés à suivre son enseignement. Un groupe ainsi était né. Mais il dut attendre la victoire de Hikitsuchi Sensei sur sa maladie pour le revoir en 1992, et ceci jusqu'en 1998, dernière année de sa venue en Europe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il était né le 14 juillet 1923 dans un village proche de la ville de Shingū dans la préfecture de Wakayama. Orphelin très tôt, il fut élevé par sa grand-mère qui experte en naginata (hallebarde) et pour éviter qu'il ne devint un enfant dévoyé, l'obligea à pratiquer les arts martiaux. C'est ainsi qu'il débuta le Judo à 9 ans, le Kendo à 10 ans, qu'il étudia l'art de la lance (Yari), de monter à cheval (Baa-jutsu), du Shuriken, qu'il pratiqua le Karaté Go-Ju-Ryu, le Iaïdo, etc. Le fondateur de l'aïkido était originaire de la ville de Tanabe, ville assez proche de Shingū; aussi enseignait-il son art dans cette ville depuis 1928 et c'est en 1936 que Hikitsuchi Sensei, dont la grand-mère était amie de O Sensei, fut présenté à celui-ci. Il expliqua par la suite qu'il fut très impressionné par la présence de Maître Morihei Ueshiba et décida, malgré son jeune âge, de mettre toute son énergie à son service. Mais c'est après la guerre en 1949 qu'il mettra vraiment en pratique cette décision. En effet en 1949 O Sensei lui téléphone de le rejoindre à Kii Katsura, une station balnéaire à 30 minutes de Shingū environ. Hikitsuchi Sensei se précipite sur sa moto pour rejoindre le fondateur et celui-ci lui expliqua que jusqu'à maintenant le Budo n'avait pas suivi la bonne direction, qu'il était pratiqué dans un but de destruction, de tuer et qu'il fallait désormais que le Budo soit celui de l'Amour. Hikitsuchi Sensei décida donc à cette époque d'abandonner toutes les pratiques martiales pour se consacrer exclusivement à l'aïkido. Il fera, à la demande du fondateur, construire un dojo à Shingū; il enregistrera toutes les explications du fondateur pendant les cours que celui-ci professait à Shingū environ tous les deux mois car Hikitsuchi Sensei voulait absolument comprendre tout ce que O Sensei disait. De même comme Maître Morihei Ueshiba avait expliqué qu'il fallait étudier le kojiki pour comprendre l'aïkido, Hikitsuchi Sensei en fera une étude approfondie, etc.

Ce fut une vraie relation de maître à élève comme le rappelle Anno Sensei, 8e dan, et un des plus anciens élèves de Hikitsuchi Sensei :

« ... c'était une relation authentique de maître à élève. C'était comme si leurs respirations étaient unies. Naturellement c'était magnifique quand ils s'entraînaient ou quand ils tenaient le ken. Mais habituellement aussi c'était magnifique. Quand Hikitsuchi Sensei présentait quelque chose à O Sensei, l'instant était toujours le bon... »

Et cette relation, Hikitsuchi Michio Sensei qui fut à Tokyo auprès du fondateur durant le dernier mois de sa vie, la maintiendra après la mort de celui-ci le 26 avril 1969.

« ...j'ai enregistré la voix de O Sensei et je l'écoute presque chaque jour. Je me prosterne toujours devant l'âme de O Sensei et sa photo ; c'est exactement comme avant ; tout simplement je ne vois plus sa figure charnelle, mais à part çà rien n'a changé. Je lui rends service tous les jours et je récite le norito (prière). Je n'y ai jamais échappé, même un jour... »

Mais on peut dire aussi que cette relation de maître à élève, le fondateur de l'aïkido l'avait de son côté authentifiée par l'attribution des plus hauts grades de son art à son disciple et par la manière dont il les lui attribua.

En août 1957, Hikitsuchi Michio Sensei reçoit des mains du fondateur le rouleau (Makimono) du bâton (Bo) de l'aïkido, attestant la capacité de Hikitsuchi Sensei d'en transmettre l'enseignement. Ce diplôme est ainsi intitulé :

HIKITSUCHI MICHIO DONO SHOWA 32 (1957) Signature : DOSHU UESHIBA MORIHEI BO-JUTSU MASAKATSU OKUI SODEN

BO-JUTSU : technique de bâton MASAKATSU : la conviction de vaincre quelque chose qui n'est pas correct avec le cœur de la justice OKUI : du fond du cœur, les choses les plus profondes, la quintessence SODEN : SO : réciproque DEN : transmission OKUI SODEN : le fait de transmettre de génération en génération. On peut donc traduire le diplôme reçu par Hikitsuchi Sensei par : la transmission réciproque de la quintessence du bâton au cœur de la justice.

Mais ce qui est plus remarquable pour comprendre la relation de maître à disciple entre Hikitsuchi Michio Sensei et Maître Morihei Ueshiba, ce sont les circonstances dans lesquelles O Sensei décida de lui attribuer ce titre : c'est à la suite d'un entraînement entre tous les deux comme le raconte Hikitsuchi Sensei :

« Un jour du mois d'août 1957, vers 1 heure du matin, Maître Morihei Ueshiba me demanda de me lever pour aller s'entraîner au dojo et pratiquer le ken (SHO CHIKU BAI NO KEN). Dans le dojo, j'attaquais donc O Sensei, mais pendant l'exécution d'une de ces attaques je sentis que le bokken de O Sensei était cassé. Son bokken était effectivement coupé sur une bonne longueur de la pointe. Je me mis à chercher dans le dojo le bout coupé, mais O Sensei me dit « qu'est-ce que tu cherches ? n'est-ce pas ça que tu cherches ? » et en le disant il sortit le bout cassé de son bokken de l'intérieur de son keikogi (vêtement d'entraînement). J'étais stupéfait car j'étais persuadé que le bout cassé s'était dispersé dans le dojo et je me demandais comment il avait pu tomber à l'intérieur du keikogi de O Sensei. C'est ce jour-là que O Sensei m'a dévoilé le « secret » du ken de l'aïkido (SHO CHIKU BAI NO KEN) et m'a délivré le makimono du bâton de l'aïkido (MASAKATSU BO-JUTSU). »

C'est dans une situation semblable que O Sensei lui attribua le 10e dan. C'était à Shingū au mois de janvier 1969 pendant un entraînement avec d'autres pratiquants. O Sensei arrêta le cours et dit à Hikitsuchi Sensei : « Je t'ai tout donné Michio San. Aujourd'hui je te donne le 10e dan. Accroche-toi. » Aussi Hikitsuchi Sensei écrira-t-il toujours quand il se présentait : 10e dan directement reçu de maître Morihei Ueshiba.

Cette relation si forte de maître à disciple où le maître prend la décision en un instant, peut expliquer à elle-seule pourquoi Hikitsuchi Sensei toute sa vie se met au service du fondateur, qu'il se considérait toujours comme un élève dont la mission était de porter le message de son maître dans le monde entier.

Principaux eleves[modifier | modifier le code]