Hiérarchie des genres

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Dans la peinture académique, la hiérarchie des genres était la suivante : l'Histoire, le portrait, la scène de genre, le paysage, la nature morte.

Cette hiérarchie des genres avait été proposée en 1667 par André Félibien dans une préface des Conférences de l'Académie  :

« Celui qui fait parfaitement des paysages est au-dessus d'un autre qui ne fait que des fruits, des fleurs ou des coquilles. Celui qui peint des animaux vivants est plus estimable que ceux qui ne représentent que des choses mortes et sans mouvement ; et comme la figure de l'homme est le plus parfait ouvrage de Dieu sur la Terre, il est certain aussi que celui qui se rend l'imitateur de Dieu en peignant des figures humaines, est beaucoup plus excellent que tous les autres ... un Peintre qui ne fait que des portraits, n'a pas encore cette haute perfection de l'Art, et ne peut prétendre à l'honneur que reçoivent les plus savants. Il faut pour cela passer d'une seule figure à la représentation de plusieurs ensemble ; il faut traiter l'histoire et la fable ; il faut représenter de grandes actions comme les historiens, ou des sujets agréables comme les Poètes ; et montant encore plus haut, il faut par des compositions allégoriques, savoir couvrir sous le voile de la fable les vertus des grands hommes, et les mystères les plus relevés. »

— Félibien 1668

Si on se base sur ce texte, la hiérarchie des cinq genres de peinture était la suivante, du plus noble au moins noble :

La pièce de réception d'un artiste déterminait son classement. Pour tenir compte des talents particuliers, des goûts de l'époque et des spécialités qu'ils suscitaient, l'Académie ajouta au cours de son existence trois nouveaux genres :

Elle ne faisait pas de différences catégorielles pour les spécialités de peintre en miniature, de sculpteur et de graveur.

Cette hiérarchie déterminait, au sein de l'Académie royale, le statut des différents peintres. Seuls les « peintres d'histoire » et les sculpteurs étaient aptes au professorat[4]. La peinture d'histoire était en effet considérée comme le genre le plus difficile, parce qu'elle demande aux peintres le plus de compétences (composition, paysage, nature morte, anatomie, portrait…). La peinture d'histoire contient en principe tous les autres genres qui lui sont subordonnés.

Cette hiérarchie n'échappe pas à la critique du Siècle des Lumières. « C'est une division superflue (...) Cependant, s'il est vrai qu'un art ne se soutienne que par le premier principe qui lui donna naissance, (...) la peinture par le portrait, la sculpture par le buste, le mépris du portrait et du buste annonce la décadence des deux arts. (...) Pierre disait un jour : Savez-vous pourquoi, nous autres peintres d'histoire, nous ne faisons pas le portrait ? c'est que cela est trop difficile[5]. », écrit Diderot. Cette critique ne dut pas être isolée : Jacques-Louis David et ses élèves, tout « peintres d'histoire » qu'ils se revendiquassent, eurent à cœur de faire des portraits.

Cette hiérarchie s'effondre à la Révolution française, avec la disparition du système académique. Le prestige de la peinture d'histoire perdure et marque les salons officiels, jusqu'à la fin du dix-neuvième siècle ; mais ce genre est plutôt une option, et le résultat des nombreuses commandes de l'État pour les églises, bâtiments officiels, et le Musée de Versailles, qu'une consécration pour un artiste.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Félibien, « Préface », dans Félibien et alii, Conférences de l'Académie royale de peinture et de sculpture, pendant l'année 1667, Paris, F. Léonard,‎ 1668 (lire en ligne), s.n.
  • La peinture, dir. Jacqueline Lichtenstein, Larousse, coll. « Textes essentiels », 1995.
  • Ludovic Vitet, L'Académie royale de peinture et de sculpture : étude historique, Paris, Michel Levy Frères,‎ 1861 (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Antoine Schnapper, « Peinture - Les catégories », in Encyclopædia Universalis sur universalis.fr, consulté le 12 décembre 2014.
  2. Jean-Baptiste Massé fut le premier reçu peintre de genre en 1717 (Vitet 1861, p. 356) ;
  3. reçus peintre de sujets galants Nicolas Lancret (en 1719) et François Octavien (1725); reçu peintre de sujets moderne Jean-Baptiste Pater, (1729). Pour le critique Charles Blanc, Les peintres des fêtes galantes (Paris:Renouard, 1854) incluent Watteau, Pater, Lancret et Boucher, reçu peintre d'histoire (1734).
  4. Article XIII des statuts (Vitet 1861, p. 265)
  5. Diderot, Essais sur la peinture pour faire suite au Salon de 1765, Paris, Buisson,‎ 1791 (lire en ligne), p. 88-89.