Heures Torriani

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Heures Torriani
Image illustrative de l'article Heures Torriani
Miniature de la crucifixion, f.126r
Artiste Giovanni Ambrogio de Predis (attribution)
Date vers 1490-1495
Technique peinture sur parchemin
Dimensions (H × L) 8,2 × 6,1 cm 144 pages reliées (7.2 × 5.7 cm)
Localisation Musée Condé, Cabinet des livres, Chantilly (Drapeau de la France France)
Propriétaire Institut de France
Numéro d'inventaire Ms.83

Les Heures Torriani sont un manuscrit conservé au musée Condé à Chantilly. La réalisation des enluminures de ce livre d'heures est attribuée à Giovanni Ambrogio de Predis et son atelier sans doute vers 1490-1495 pour le compte d'un membre de la famille della Torre de Milan.

Historique du manuscrit[modifier | modifier le code]

Première page du manuscrit : armes de la famille Della Torre

Suite à une mauvaise interprétation des armes présentes au folio 1, le livre a longtemps été attribué à la famille vénitienne Morosini. En réalité, ce blason est celui de la famille della Torre, une famille milanaise. D'après le texte du livre, il a sans doute été réalisé pour une femme de cette famille. Le blason n'a été rajouté qu'a posteriori[1].

D'autres indices rattachent le manuscrit à Milan : le calendrier contient des noms de saints milanais, la lettrine du folio 41 contient une guivre, symbole du duché de Milan, et enfin, la page du mois de novembre représente la façade de l'ancienne cathédrale Santa Maria Maggiore de Milan, surmontée de la statue de saint Ambroise, patron de la ville[2].

Par la suite, on perd toute trace du livre dès la fin du XVe siècle ou début du XVIe siècle. Sa trace n'est retrouvée qu'au XVIIIe siècle dans la collection du duc de la Vallière. Une note manuscrite inscrite au folio 141 du livre par le bibliothécaire du duc indique que l'ouvrage a appartenu à un certain M. Jacobsen de La Crosnière. Il ne réapparaît ensuite que dans la collection du bibliophile Armand Cigongne, au moment de la vente de celle-ci. Elle est achetée en bloc par le duc d'Aumale en 1861 qui, une fois revenu en France en 1871, la conserve dans la bibliothèque de son château de Chantilly devenu musée Condé[3].

Attribution des décorations du manuscrit[modifier | modifier le code]

Le manuscrit Torriani contient des miniatures très proches de celles des Heures Borromeo (Bibliothèque Ambrosienne, Milan, SP42), peintes par Cristoforo de Predis (en). On y retrouve les mêmes sujets et la même mise en page du calendrier. Les décorations du livre Torriani sont attribuées à son demi-frère cadet, Ambrogio et à son atelier, enlumineur et émailleur. Il est l'auteur d'un autre livre d'heures lui aussi très proche, les Heures Arconati (coll. part., vers 1500) mais aussi d'autres œuvres émaillées attribuées au même atelier et au dessin très proche de la reliure des Heures de Chantilly : deux boucles de ceinture conservées au musée de Novare et un baiser de paix orné d'un émail représentant la Résurrection conservé au Museo Poldi Pezzoli de Milan. Les Heures Torriani est la seule œuvre à allier le travailleur d'enlumineur et d'émailleur de l'artiste. Cependant, certaines décorations de marges sont plus proches des miniatures d'un autre livre d'heures produit par le même atelier mais dont les décorations sont attribuées à Matteo da Milano (Bibliothèque Bodléienne, Douce 14). Ce dernier pourrait ainsi avoir participé aux décorations des marges du manuscrit de Chantilly[4].

Description[modifier | modifier le code]

Le livre d'heures est d'un tout petit format de moins de 9 cm de haut. Il contient les chapitres suivants :

  • un calendrier en latin (folio 2 à folio 19)
  • l'office de la vierge (f.20-99)
  • psaumes de la pénitence et litanies des saints (f.100-119)
  • office de la Croix (f.120-133)
  • office du Saint-Esprit (f134-138)
  • les sept oraisons de saint Grégoire (d'une autre écriture) (f139-144)

Il contient trente miniatures :

  • 12 miniatures pour le calendrier, une pour chaque mois, disposées en bordure : elles représentent les activités des mois, chose rare pour un livre d'heures italien
  • 6 miniatures pleine page présentes dans les offices : La Nativité, David et Goliath, La Flagellation, la Crucifixion, La Résurrection du Christ, et La Mise au tombeau.
  • 12 lettrines enluminées

Le reliure[modifier | modifier le code]

Le Baiser de Judas, émail sur le contreplat supérieur de la reliure.

Fait exceptionnel, le livre conserve sa reliure d'origine en vermeil. La première et quatrième de couverture (plats supérieur et plat inférieur) sont constituées de trois cadres rectangulaires imbriqués les uns dans les autres. Chaque cadre est décoré de rinceaux et de vrilles et le cadre médian possède un fond en émail bleu. Chaque plat est orné de 4 têtes de putti en ivoire et d'un camée représentant d'un côté sainte Catherine et de l'autre sainte Lucie. Les deuxième et troisième de couverture (appelés contreplats) sont eux aussi décorés d'un cadre en vermeil décorés de 6 médaillons en émail représentant le buste d'un personnage sacré et entourant une plaque centrale émaillée. La plaque émaillée du contreplat supérieur représente le Baiser de Judas et le Portement de croix se trouve sur le contreplat inférieur[5].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pier Luigi Mulas, Il Libro d'Ore Torriani, Modena, Franco Cosimo Panini,‎ 2009 (ISBN 978-88-570-0090-9)
    facsimilé du livre d'heures
  • Pier Luigi Mulas et Patricia Stirnemann, Enluminures italiennes. Chefs-d'œuvre du musée Condé, Somogy, éditions d'art,‎ 2000, 68 p. (ISBN 2-85056-420-6), p. 51-56 (notice 12)
  • Pier Luigi Mulas, « L'iconographie du mois d'août dans deux livres d'heures milanais du XVe siècle : modèles et création », dans Sylviane Leoni, Création et mémoire dans la culture italienne, XVe ‑ XVIIIe siècles, Besançon, Presses Universitaires de Franche-Comté,‎ 2001 (lire en ligne), p. 23-37

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. patronage in torriani.it
  2. Enluminure italienne, p.52
  3. Historical notes on the codex in torriani.it
  4. Enluminure italienne, p.52-56
  5. Enluminure italienne, p.51