Hermias d'Atarnée

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Hermias d'Atarnée (en grec ancien Ἐρμίας ὀ Αταρνεύς) fut dynaste d’Atarnée, ami d’Aristote.

Biographie[modifier | modifier le code]

Homme d'origine modeste, Hermias avait la condition d'eunuque[1]. D'après Théopompe, il fut employé comme changeur dans une banque. C'est par erreur que Strabon[2] fait de lui un élève de l'Académie de Platon, et un philosophe. Il prit possession de quelques villages dans le voisinage du Mont Ida (Troade), son autorité fut reconnue par l'administration perse et, sans doute après le versement d'une somme d'argent, il fut autorisé à prendre le titre de tyran en résidence à Atarnée, ville de Troade, près d'Assos sur la côte d'Asie Mineure, cité qu'il fit puissamment fortifier. Son influence politique s'accrut considérablement grâce à des expéditions militaires, jusqu'à obtenir la soumission des cités rebelles. Il put même entretenir un important contingent de mercenaires et soutenir le siège d'un satrape perse[3]. Cependant, l'État ainsi créé se trouvait dans une position géopolitique délicate, entre le royaume de Macédoine et l'empire achéménide, jaloux de sa souveraineté depuis l’époque temps du prédécesseur d'Hermias, Euboulos, qui avait déjà eu à soutenir un siège d'Atarnée face au général perse Autophradatès[4] (sans doute en 359 av. J.-C.)

Coriscos et Érastos, membres de l'Académie de Platon, se placèrent sous la protection d'Hermias, sur la recommandation de Platon : dans sa Sixième Lettre[5], le philosophe exhorte les trois hommes à relire ensemble sa missive chaque fois qu'ils se retrouveront ; la cité voisine de Scepsis tentaient vraisemblablement d’y introduire des réformes politiques proposées dans l’Académie ; en cas de désaccord, celle-ci se réservait un rôle d'arbitre. Avec un mélange d'intelligence, d'énergie et de volonté de pouvoir, Hermias s'adonna auprès d'Érastos et de Coriscos à l'étude de la géométrie et de la dialectique[6].

Le grammairien Didyme[7] nous apprend qu'Hermias, satisfait des conseils politiques de ses amis philosophes, leur fit cadeau de la ville d'Assos, et transforma sa tyrannie « en une forme de constitution plus douce », entraînant tous les territoires allant du mont Ida à la ville Assos à se ranger volontairement sous son autorité.

Platon mourut en -348/–347 ; après son exil d'Athènes, Aristote vint rejoindre Hermias et ses amis à Assos en 347 av. J.-C., où se créa, pendant trois ans, une sorte de succursale de l'Académie, avec vraisemblablement la présence de Callisthène, Théophraste et Nélée de Scepsis ; c'est durant ce séjour qu'Hermias donna sa nièce et fille adoptive Pythias en mariage à Aristote[8]; Hermias conclut aussi un accord avec Philippe II de Macédoine en vue de garantir sa position politique en Asie Mineure ; ce traité, dont Démosthène[9] connaissait l'existence grâce à ses agents secrets, fut révélé aux Achéménides[10] ; en 341 av. J.-C., Hermias est fait prisonnier par Mentor de Rhodes ; emmené dans la ville de Suse, il fut soumis à la torture pour révéler les traités secrets contractés avec le roi Philippe II de Macédoine ; il garda stoïquement le silence, n'exprimant devant le roi de Perse qu'un seul vœu : « Dis à mes amis et à mes compagnons que je n'ai rien fait qui fût indigne ou contraire à la philosophie. » Il fut mis à mort sur la croix. Aristote, profondément bouleversé à la nouvelle du sort terrible réservé à son ami, rédigea l'épigramme votive[11] gravée sur un cénotaphe à Delphes, où il fit l'éloge de la Vertu grecque, « la plus belle récompense de la vie »[12]. Callisthène, lui aussi, composa un éloge à la mémoire d'Hermias[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Werner Jaeger 1997, p. 111.
  2. Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne], XIII, 57, p. 610.
  3. Werner Jaeger 1997, p. 112.
  4. Aristote, Politique [lire en ligne], Livre II, 1267 a 17.
  5. 322e
  6. Comme Platon l'avait déjà exigé de Denys de Syracuse et Euphraios, de Perdiccas III de Macédoine
  7. Didyme, In Demosthenem, col. 5, 52.
  8. Werner Jaeger 1997, p. 115.
  9. Démosthène, Quatrième Philippique, § 32-33.
  10. Werner Jaeger 1997, p. 118.
  11. Fragment 674 dans Rose.
  12. Werner Jaeger 1997, p. 116-117.
  13. Didyme, In Demosthenem, col. 6, 10-13.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • August Böckh, Hermias d'Atarnée, in Abhandlungen der Berliner Akademie, 1853, Historisch-philosophische Klasse, p. 133 sqq.
  • Werner Jaeger (trad. Olivier Sedeyn), Aristote : Fondements pour une histoire de son évolution, L'Éclat,‎ 1997, 512 p. (ISBN 9782841620142), p. 105 à 122 : Aristote à Assos et en Macédoine