Herménégilde (prince wisigoth)

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Herménégilde ou Hermangild (San Hermenegildo en Espagne), né vers 560, mort le 13 avril 585, est un prince wisigoth du VIe siècle, fils aîné du roi Léovigilde. Martyrisé en raison de sa conversion de l'arianisme au catholicisme[1], il a été canonisé par l’Église (fête le 13 avril)[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Le Triomphe d'Hermenegilde (1654) par Francisco Herrera el Mozo au Musée du Prado (Madrid).

Famille[modifier | modifier le code]

Il est le fils de Léovigilde et de sa première épouse, Théodosia, comme son frère Récarède. À partir de 572, ils ont pour marâtre la reine Goswinthe, veuve du prédécesseur de Léovigilde, Athanagilde. Goswinthe est la mère de Brunehilde, alors reine d'Austrasie comme épouse du roi mérovingien Sigebert, plus connue en France sous le nom de Brunehaut.

Débuts d'Herménégild[modifier | modifier le code]

En 573, Herménégilde et Récarède sont associés au pouvoir par leur père, qui s'efforce de consolider sa dynastie.

En 574, Herménégilde obtient de son père la charge de comte de Séville (Hispalis), ce qui en fait le gouverneur de l'actuelle Andalousie.

En 579, bien qu'arien, comme tous les Wisigoths[3], Herménégild épouse une fille de Sigebert et de Brunehaut, la princesse Ingonthe, qui est catholique.

La conversion et la révolte[modifier | modifier le code]

Sous l'influence de sa femme et de Léandre de Séville, il se convertit au catholicisme ; dans la principale église de Séville, il abjure publiquement et solennellement l'arianisme, manifestant ainsi son opposition à son père Léovigilde. Selon Grégoire le Grand, c'est Léandre, évêque de Séville, qui convertit Herménégilde[4].

Ce dernier le convoque à Tolède mais Herménégilde ne se présente pas ; il est alors destitué de ses fonctions.

En 583, Herménégilde, soutenu par sa femme, par l'Église catholique, par les Hispano-romains et par des Suèves (redevenus catholiques vers 560) en lutte contre les Wisigoths, se proclame roi d'Espagne. Léovigilde établit le siège autour de Séville.

Informé que sa nièce Ingonthe a négocié l'aide des Byzantins[5] et que ces derniers préparent une flotte pour remonter le Guadalquivir et secourir la ville assiégée, il entreprend une gigantesque œuvre d'ingénierie militaire : il fait démanteler la cité d'Italica pour construire une digue de contention afin de dévier le cours du fleuve.

Herménégilde a, d'autre part, fait appel aux Francs qui envoient une armée vers l'Espagne. Léovigilde réussit à arrêter cette armée en Tarraconaise (Catalogne) et à obtenir son retrait. Il revient rapidement à Séville et fait couper l'aqueduc de Carmona qui alimente la ville en eau. Une année de faim, de soif et d'épidémies décime les Sévillans.

Pour leur éviter les atrocités d'un assaut, Herménégilde, abandonné par Byzance et ses anciens alliés suèves, sort de nuit avec 600 fidèles pour occuper la forteresse voisine d'Osset (actuel San Juan de Aznalfarache), où il résiste sans vivres ni eau pendant plusieurs jours. Finalement, ses hommes se rendent et Herménégilde se retire seul dans la chapelle de San Juan de Aznalfarache.

Le martyre[modifier | modifier le code]

Captif, Herménégilde est envoyé à Valence puis à Tarragone. Pour les fêtes de Pâques 585, alors qu'Herménégilde se trouve en prison, Léogivilde lui envoie un évêque arien, afin qu'il reçoive la communion de ses mains. Le roi offre même de le libérer et de le rétablir dans son ancienne position s'il accepte cette communion arienne. Mais il se heurte à un refus, Herménégilde disant à l'évêque qu'il est un hérétique.

L'évêque arien rapporte les paroles d'Herménégilde au roi, qui ordonne son exécution. Dans le sous-sol de l'ancien palais romain d'Auguste, Herménégilde est décapité le 13 avril 585 par Sisbert, le chef des prisons tarragonaises.

La victoire de Léovigilde est cependant de faible portée, puisque Récarède fera dès 589 du catholicisme la seule religion chrétienne en Espagne.

Jugements sur Herménégilde ; la canonisation[modifier | modifier le code]

La conduite d'Herménégilde a été très discutée et nombres d'auteurs, dont son propre oncle Isidore de Séville ont sévèrement condamné ses actes, notamment le fait de s'être illégalement fait couronner et d'avoir fait appel à des troupes étrangères pour lutter contre son père, roi légitime.

Il a cependant été canonisé par le pape Sixte Quint au XVIe siècle.

À la suite de cette canonisation, le poète Luis de Gongora y Argote lui consacra une ode.

Herménégilde est considéré comme un saint martyr par l'Église catholique d'Espagne, en France et en Italie, ainsi que par l'Église orthodoxe.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Noëlle Deflou-Leca, Alain Dubreucq (dir.), Sociétés en Europe mi VIè-fin IXè siècle, Atlande, coll. Clefs Concours, 2003, pages 460-462 (fiche biographique : « Léovigilde »), incluant deux références espagnoles :
    • L. A. Garcia Moreno, Historia de España visigoda, Catedra, Madrid, 1989.
    • M. R. Valverde Castro, Ideologia, simbolisme y ejercicio del poder real en la monarquia visigoda, Université de Salamanque, 2000.
  • Paul Goubert, Byzance et l'Espagne wisigothique (554-711), p. 19-37, dans "Études byzantines", tome 2, 1944.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'arianisme étant une religion chrétienne, on ne peut pas écrire qu'il s'est converti de l'arianisme au christianisme. Mais "catholicisme" n'a pas ici le sens restreint excluant les "protestants" et les "orthodoxes". Il correspond à l’Église chrétienne de tradition romaine.
  2. Nominis : Saint Hermenegild
  3. Les Wisigoths sont ariens, tandis que les Hispano-romains sont catholiques. Le royaume wisigoth d'Espagne a deux Églises chrétiennes, chacune avec ses prêtres et ses évêques ; numériquement, l'Église catholique est beaucoup plus puissante, mais l’Église arienne est l’Église des dirigeants du pays.
  4. Dialogues, III, 31 : MGH, Script. Lang., p. 535.
  5. Les Byzantins sont présents en Espagne depuis le règne de Justinien.