Henry Wirz

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Henry Wirz en uniforme de l’Armée des États confédérés.

Heinrich Hartmann Wirz plus connu comme Henry Wirz (25 novembre 1823 - 10 novembre 1865) est un confédéré, médecin de formation, pendu après la fin de la guerre de Sécession pour « conspiration et meurtres » commis alors qu'il dirigeait le Camp Sumter, une prison militaire pour prisonniers de guerre nordistes située près d'Andersonville, un bourg du sud-ouest de la Georgie.

Carrière[modifier | modifier le code]

Une photo (datée du 17 août 1864) d'un coin du camp Sumter, 6 mois après son ouverture. Les toiles de tente tendues au-dessus de trous sont les seuls abris autorisés ; il n’existe aucune installation sanitaire dans ce qui est la 5° ville de la Confédération par le nombre de ses habitants. À droite (entre la main-courante et le bord de la photo) est visible le no man’s land (death line) au pied de la palissade : tout prisonnier qui y pénétrait était tué par les gardes montés sur des miradors.
Une gravure du livre de John L. Ransom, un rescapé du camp. Le cours d'eau servant de source d'"eau potable", de latrines et d'égout à plus de 30 000 hommes est bien visible, de même que les clôtures. Ce sont sans doute les cuisines qui attirent le rassemblement visible en haut à gauche.

Wirz est né à Zurich en Suisse. Il pratique quelque temps la médecine en Suisse, puis part pour les États-Unis en 1849, comme beaucoup d’européens (les Forty-Eighters) qui fuyaient alors la guerre du Sonderbund ou la répression suivant le Printemps des peuples. Il ouvre un cabinet de médecin dans le Kentucky, épouse une veuve, a des enfants. Ils partent ensuite pour la Louisiane. Wirz a exercé la médecine avec succès pendant une dizaine d’années lorsque la guerre de Sécession éclate le 12 avril 1861.

Wirz, interrogé sur ses antécédents lors de son procès, déclare s'être engagé dans les Louisiana Volunteers de l'Armée des États confédérés et avoir été gravement blessé au bras droit à Richmond, lors de la bataille de Seven Pines (31 mai et 1er juin 1862). Il déclare aussi qu’ayant pratiquement perdu l'usage de son bras droit, il devient ensuite gardien de prisonniers nordistes à Richmond, puis est nommé adjoint du général John H. Winder, le responsable des prisons militaires confédérées.

Wirz est nommé en mars 1864 directeur du camp Sumter, un camp de prisonniers que le gouvernement confédéré vient d’ouvrir à proximité du bourg d'Andersonville (Géorgie). Il s'agit d'un enclos marécageux d’une vingtaine d'acres (8 hectares environ), entouré de palissades de 15 pieds (4,5 m) de haut (les fils de fer barbelés n’existaient pas encore), où les prisonniers nordistes sont entassés à ciel ouvert, sans aucune protection en dur contre les intempéries, dans des conditions de promiscuité, de malnutrition et d'hygiène effrayantes. Un ruisselet traverse le camp et sert à la fois de source d'eau potable, de latrines et d'égout à plus de 30 000 hommes qui n’ont comme abri que quelques toiles de tentes. Pendant l'été 1864, la population du camp monte à environ 32 000 hommes, ce qui en fait la cinquième agglomération de la Confédération. 45 000 prisonniers unionistes sont internés au camp Sumter en 14 mois, et 12 913 y meurent de faim, de dysenterie, de scorbut, des fièvres, de verminose (ankylostomose), de maladies infectieuses diverses - ou sont assassinés.

Procès et exécution[modifier | modifier le code]

Un rescapé du camp Sumter. Dans les années suivant la guerre de Sécession, une cachexie aussi intense a pu être observée à Cuba, puis lors de la guerre des Boers, pendant laquelle les Britanniques utilisèrent un nouvelle invention : le fil de fer barbelé (voir l’article de Wikipédia camps de concentration)
La pendaison de Henry Wirz. Au fond, le dôme tout neuf du Capitole. Noter les curieux grimpés dans les arbres.

Wirz est arrêté en mai 1865 par un détachement de cavalerie unioniste : lors de la marche de Sherman vers la mer (novembre-décembre 1864 ), des prisonniers évadés de camp Sumter avaient pu rejoindre la colonne unioniste après la prise de Milledgeville et Gordon (Géorgie) ; les soldats bleus avaient ainsi appris l’existence du camp Sumter, et avaient été bouleversés et révoltés par l’état dans lequel se trouvaient leurs camarades.

Wirz est transféré par train à Washington D.C. et inculpé de « conspiration visant à attenter à la vie des soldats unionistes ».

De même que le premier tribunal international réuni à Genève pour régler en 1871 le problème des réclamations de l'Alabama, le procès de Wirz est le premier procès pour crimes de guerre et il établira un précédent.

Le tribunal militaire est présidé par le major general Lew Wallace, assisté de Gershom Mott, John W. Geary, Lorenzo Thomas, Francis Fessenden, Edward S. Bragg, John F. Ballier, T. Allcock, John H. Stibbs. Le JAG (Judge Attorney General) Norton P. Chipman, un légiste connu, est nommé procureur-général.

Le procès débute en juillet 1865 et tient pendant deux mois la une des journaux dans toute l’Amérique du Nord : il s’agit du premier procès pour crimes de guerre, d’ailleurs pratiquement concomitant de celui de Champ Ferguson, un guérillero sudiste inculpé pour de nombreux meurtres.

Wirz invoque pour sa défense qu’il n’a fait qu’obéir aux « superior orders » : ordres émanant de ses supérieurs, et qu'il a alerté en vain sa hiérarchie sur le manque de nourriture et de moyens dont il disposait, et qu'il a aussi demandé à ses supérieurs que soit remis en route le processus d’échange de prisonniers instauré après la signature du cartel Dix-Hill en 1862.

Wirz est jugé coupable de conspiration et de 11 meurtres, et condamné le 18 octobre 1865 à la peine de mort. Il demande par écrit la clémence du président Andrew Johnson, le successeur d’Abraham Lincoln qui a été assassiné le 14 avril 1865. La grâce est refusée et Wirz est pendu le 10 novembre 1865 (un mois exactement après l'exécution du guérillero sudiste Champ Ferguson). Il est enterré au cimetière Mount Olivet Cemetery à Washington, D.C. .

Controverse[modifier | modifier le code]

Le procès et la condamnation de Wirz ont suscité une importante controverse étayée par de nombreux arguments plus ou moins valides, ainsi que plusieurs œuvres littéraires. La controverse est d’ailleurs encore vive de nos jours : 18 000 octets d’échanges sur la page de discussion de l’article de Wikipedia english "Henry Wirz".

Arguments des partisans de Wirz[modifier | modifier le code]

  • la politique de la terre brûlée appliquée par William Tecumseh Sherman et Philip Sheridan), ainsi que les exactions de leurs soldats ont eu pour résultat la disette et l’exacerbation du désir de vengeance chez les sudistes
  • la Confédération était exsangue et n’avait pas de quoi se nourrir elle-même
  • le nord a fait empirer la condition de tous les prisonniers de guerre unionistes en exigeant que blancs et noirs soient traités indistinctement de la même façon
  • ce sont les nordistes eux-mêmes qui ont stoppé (en particulier après la bataille de Fort Pillow) le processus d’échange de prisonniers instauré par le cartel Dix-Hill, provoquant ainsi l’engorgement des camps
  • il y a eu plus de morts dans les prisons militaires du nord (26 436) que dans les bagnes confédérés (22 576)
  • les témoins à charge entendus lors du procès de Wirz ont menti
  • après l’assassinat de Lincoln le 14 avril 1865 et le procès puis l’exécution expéditifs des complices de John Wilkes Booth, les juges n’avaient aucune tendance à l’objectivité, et ont cédé à la pression de l’opinion publique
  • lors de son procès, Wirz a noblement refusé de déclarer qu'il avait obéi aux ordres de Jefferson Davis, alors détenu par les nordistes
  • le nord avait besoin de boucs émissaires pour jeter l’opprobre sur le sud et justifier sa politique répressive d’après-guerre
  • si la Confédération avait gagné la guerre, de nombreux criminels de guerre unionistes auraient été jugés, que ce soient des soldats (comme Philip Sheridan, John B. Turchin, Robert H. Milroy et leurs troupes), ou des geôliers (comme les directeurs des camps de prisonniers Camp Chase, Camp Elmira, et surtout Camp Douglas), ou même Ulysses Grant, responsables des souffrances des 600 Immortels.

Arguments des adversaires de Wirz[modifier | modifier le code]

  • tout soldat a son libre arbitre surtout si, comme Wirz, il est d’un niveau socio-culturel élevé, et peut refuser d’exécuter des ordres criminels
  • même si l'intention de faire mourir les prisonniers n'est pas prouvée, la volonté de les transformer en invalides inaptes à reprendre les armes (voire inaptes à reprendre ultérieurement un travail) est évidente, que ce soit à Camp Sumter ou dans les autres camps sudistes (à Salisbury (Caroline du Nord) et à la Prison Libby de Richmond)
  • Wirz était médecin depuis plus de 10 ans : même si effectivement son bras droit était handicapé, il aurait pu rendre de grands services à son pays d’adoption en exerçant la médecine dans un hôpital de l’arrière, au lieu de rester geôlier d’un mouroir
  • les témoignages des rescapés ont révélé un comportement particulièrement sadique de Wirz
  • parmi d’autres documents relatifs au problème des prisonniers de guerre retrouvés dans les archives du gouvernement sudiste, le rapport rédigé par le Dr J. Jones après sa visite du camp en 1864, à la demande du Général Chirurgien (Surgeon General) de la Confédération, est accablant.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Œuvres inspirées par le Camp Sumter[modifier | modifier le code]

Écrits divers[modifier | modifier le code]

  • Spencer, Ambrose, "A Narrative of Andersonville (New York, 1866).
  • Stevenson, R. Randolph, "The Southern Side, or Andersonville Prison" (Baltimore, 1876)
  • John McElroy : "Andersonville: A Story of Rebel Military Prisons" (Toledo, 1879).
  • Norton P. Chipman, JAG(judge- attorney general) , et procureur lors du procès de Wirz, publia " The Horrors of Andersonville Rebel Prison" à San Francisco en 1891.
  • John L. Ransom, un rescapé du camp Sumter, écrivit après sa libération : "Andersonville Diary, Escape and List of the Dead" ("Andersonville, Journal, Evasion et Liste des Morts"). La gravure supra (cf Commons) est tirée de son livre, qui servit de base au film Andersonville (film) de John Frankenheimer (1996)
  • selon l'article "Dorence Atwater" de Wp english , Dorence Atwater, un jeune prisonnier qui avait une belle écriture, travaillait comme scribe dans l'administration du camp : il tenait le livre d'écrou et la liste des décédés. Atwater réussit à garder un double des documents qu'il remplissait. Libéré, Atwater chercha à remettre ses documents et son témoignage au gouvernement fédéral, qui les refusa. Atwater fut même emprisonné et passa en cour martiale, avant de se voir offrir le poste de consul au Seychelles puis à Tahiti… Atwater aida la philanthrope Clara Barton à mettre des noms sur les 13 000 tombes du cimetière d' Andersonville. Sa biographie romancée a été écrite par Debby Burnett Safranski : "Angel of Andersonville, Prince of Tahiti: The Extraordinary Life of Dorence Atwater" (Alling-Porterfield Publishing House, 2008).
  • Robert Knox Sneden, cartographe, peintre et soldat unioniste fut emprisonné au camp Sumter et y peignit clandestinement quelques-unes de ses fameuses aquarelles. Il survécut et continua à peindre malgré les séquelles de son emprisonnement.
  • James Ford Rhodes, "History of the United States", volume v (New York, 1904)
  • Cloyd, Benjamin G. "Haunted by Atrocity: Civil War Prisons in American Memory" (Louisiana State University Press; 2010) 272 pages
  • Genoways, Ted & Hugh H. Genoways (eds.), "A Perfect Picture of Hell: Eyewitness Accounts by Civil War Prisoners from the 12th Iowa", ("Un parfait tableau de l'Enfer : compte-rendus par des témoins oculaires, prisonniers unionistes du 12° Iowa") , Iowa City, 2001.
  • Un roman : "Andersonville", (Prix Pulitzer de la fiction en 1956) de MacKinlay Kantor. Selon WP english , Kantor dépeint Wirz comme un faible totalement dépassé par les événements.
  • William Marvel : "Andersonville: The Last Depot, Chapel Hill, N.C." , University of North Carolina Press, 1994. De larges extraits en sont cités par un contributeur de Wp english sur la PDD de l'article : pour Marvel, Wirz est une victime expiatoire.

Théâtre, télévision et cinéma[modifier | modifier le code]

  • La pièce "The Andersonville Trial" (Le Procès d'Andersonville), de Saul Levitt, eut un grand succès à Broadway en 1959, avec Richard Basehart dans le rôle de Wirz .

Elle fut diffusée à la TV en 1971 par Public Broadcasting Service (PBS , dont le siège social est à Alexandria, Virginie) sous la direction de George G. Scott, et remporta alors un Emmy Award et un Peabody Award. Selon l'article de WP english "The Anderson Trial" , Wirz y est dépeint comme seulement coupable de négligence.

  • Andersonville (film) , de John Frankenheimer (1996) est basé sur le livre de J. Ransom, un rescapé du camp Sumter. L'acteur Jan Tříska y incarne Wirz.
  • dans le film Le Bon, la Brute et le Truand, Sentenza (Lee Van Cleef) parle de la façon dont on traite les prisonniers unionistes à Andersonville.
  • dans la B.D. Doonesbury (voir http://www.gocomics.com/doonesbury/2010/05/05/ cartoon) de Garry Trudeau (parue le 5 mai 2010) , le reporter au nez pointu (badge de la Fox sur la poitrine) pose des questions indiscrètes au vendeur de T-shirts du parc national : "Allez, dites-moi ce qu'on commémore ici...L'esclavage? la sécession ? les 650 000 morts ? Andersonville ? l'assassinat de Lincoln ?…". Le vendeur élude et finit par lui répondre qu'"il n'y a plus de T-shirts à l'effigie de Lincoln"…
  • dans l'épisode "Moe Letter Blues"( Le Mot de Moe, 9 mai 2010) de Les Simpson, Bart visite avec ses amis le parc de Weasel Island. Coiffé d'une casquette de soldat unioniste, il enferme des enfants dans la reconstitution d'une geôle sudiste et les fouette à travers les barreaux, en leur criant " Sales rebelles, vous me dégoûtez ! Voilà pour ce que vous avez fait à nos boys à Andersonville, sales grisâtres !". Un peu plus loin, un panneau invite les visiteurs à pique-niquer en famille " à l'endroit où jadis les cadavres s'entassaient en piles, comme des buches"…

Liens internes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]