Henry Morgenthau

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Henry Morgenthau
Portrait par David Dilvette.

Henry Morgenthau, Jr. (/ˈmɔːɹ.ɡən.θɔː/) (11 mai 18916 février 1967) fut secrétaire américain au Trésor sous la présidence de Franklin D. Roosevelt et il exerça une grande influence dans la conception et le financement du New Deal. Après 1937, alors qu'il était toujours responsable du Trésor, il joua un rôle de plus en plus important dans la politique étrangère, en particulier le soutien à la Chine, l'aide aux réfugiés juifs, et mit en place le « plan Morgenthau » qui visait à empêcher l'Allemagne de redevenir un jour une puissance militaire après la victoire des Alliés en 1945[1]. Il fut également le père de Robert M. Morgenthau.

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Né dans une important famille juive de New York, il était le fils d'Henry Morgenthau senior, magnat de l'immobilier et diplomate (il fut ambassadeur à Constantinople), et de Joséphine Sykes. Il avait trois sœurs. Il fit sa scolarité dans ce qui est maintenant la Dwight School, puis étudia l'architecture et l'agriculture à l'université Cornell. En 1913, il rencontra Franklin et Eleanor Roosevelt se lia d'amitié avec eux. Au cours de la Première Guerre mondiale. Il exploita une ferme près de leur propriété dans l'État de New York et se spécialisa dans la culture d'arbres de Noël. Il était préoccupé par la détresse des agriculteurs, qui représentaient plus du quart de la population. En 1922, il reprit le magazine American Agriculturalist et en fit le porte-parole d'une agriculture maintenue, rénovée et scientifique. En 1929, Roosevelt, en tant que gouverneur de New York, le nomma président du New York State Agricultural Advisory Committee et à la State Conservation Commission.

New Deal[modifier | modifier le code]

En 1933, Roosevelt devenu président nomma Morgenthau gouverneur du Federal Farm Board. Morgenthau n’en fut pas moins impliqué dans les décisions monétaires. Roosevelt adopta l'idée d'augmenter le prix de l'or pour faire baisser la valeur du dollar, ce qui augmenta le prix de toutes les marchandises – en particulier les produits agricoles. L'idée venait du professeur George Warren de l'université Cornell et, bien qu’il y fût opposé, Morgenthau était disposé à venir en aide à son président. Lorsque Roosevelt dit à Morgenthau qu'il pensait relever le prix de l'or de 21 cents, son entourage lui demanda la raison. « C'est un chiffre porte-bonheur, répondit Roosevelt. Parce que c'est trois fois sept. » Comme Morgenthau l’a écrit plus tard : « Si quelqu'un savait exactement comment nous avons fixé le prix de l'or grâce à une combinaison de chiffres porte-bonheur etc., je pense qu’on en frémirait[2]. »

En 1934, quand William H. Woodin eut démissionné pour raison de santé, Roosevelt nomma Morgenthau secrétaire du Trésor (à la grande colère des conservateurs). Économiste orthodoxe il s’opposait aux doctrines keynésiennes et désapprouvait certains éléments dans le New Deal de Roosevelt. Pour financer la Seconde Guerre mondiale, il élabora un système compliqué pour mettre sur le marché des obligations de guerre.

Campagne contre la corruption[modifier | modifier le code]

Morgenthau se servit de sa position à la tête du Trésor pour enquêter sur le crime organisé et la corruption gouvernementale. Les services d'inspection du Trésor et d'autres organismes agissaient sans coordination et les efforts pour créer une agence chargée de les coiffer avaient été freinés par J. Edgar Hoover, qui craignait que cela jetât de l'ombre au FBI. Morgenthau n'en créa pas moins un coordinateur pour les agences du Trésor, et même si ce dernier n'avait pas le pouvoir de les contrôler, il put les amener à une certaine coopération. Les enquêtes sur la corruption des fonctionnaires entraînèrent la chute de Thomas Pendergast de Kansas City surnommé « Big Tom », un puissant politicien. Une fusillade où était impliquée la mafia et une corruption officielle massive conduisirent à des enquêtes réussies contre les chefs de la mafia locale, Charles Carollo, et Thomas Pendergast[3]. D'autres fonctionnaires, ainsi que dans des cas assez rares certains gangsters, furent condamnés à la suite des enquêtes de Morgenthau.

Plan Morgenthau[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Plan Morgenthau.

En 1944, Morgenthau proposa le plan Morgenthau pour l'après-guerre en Allemagne, demandant que l'Allemagne soit démembrée, divisée en différents États indépendants, dépouillée de toute industrie lourde et forcée de retourner à une économie agraire antérieure à la révolution industrielle. Le plan Morgenthau est considéré par certains comme ayant été mis au point en réalité par le député Harry Dexter White, qui fut plus tard accusé d'être un agent soviétique. Lors de la deuxième Conférence du Québec, le 16 septembre 1944, Roosevelt et Morgenthau persuadèrent le Premier ministre britannique Winston Churchill, au départ très réticent, à accepter le plan Morgenthau, probablement en utilisant un accord de six milliards de dollars de prêt-location (Lend Lease) pour ce faire. Churchill choisit cependant de restreindre la portée de la proposition de Morgenthau par la rédaction d'une nouvelle version du mémorandum, qui finit par être la version signée par les deux hommes d'État. L'essentiel du mémorandum signé était « ce programme pour éliminer les industries de guerre dans la Ruhr et la Sarre s'efforçant de convertir l'Allemagne en un pays principalement agricole et pastorale dans son caractère. »

Le plan fit face à une opposition dans le cabinet de Roosevelt, principalement d'Henry L. Stimson, et quand il fut divulgué à la presse, la critique publique s'éleva contre Roosevelt. La réponse du Président aux demandes de renseignements fut de démentir les rapports de presse. Le résultat de cette fuite entraîna la défaveur de Morgenthau pendant un certain temps auprès de Roosevelt.

Le Ministre de la Propagande allemande, Joseph Goebbels aurait utilisé, avec un certain succès, cette information pour encourager les Allemands à persévérer dans leurs efforts de guerre afin que leur pays ne fusse pas transformé en un « champ de pommes de terre ». Le général George Marshall se plaignit à Morgenthau que la résistance allemande s'était renforcée. Espérant que Morgenthau se laisserait fléchir dans son plan pour l'Allemagne, le beau-fils de Roosevelt, le lieutenant-colonel John Boettiger, qui travaillait dans le Département de guerre des États-Unis, lui expliqua comment les troupes américaines avaient dû se battre pendant cinq semaines contre la résistance acharnée des Allemands pour capturer Aix-la-Chapelle et se plaignait que le plan Morgenthau valait « trente divisions pour les Allemands ». À la fin de 1944, l'adversaire aux élections de Roosevelt, Thomas Dewey, déclara qu'il valait « dix divisions ». Morgenthau refusa de se laisser fléchir.

Le 10 mai 1945, Truman signa la directive d'occupation américaine JCS 1067. Morgenthau dit alors à son personnel que c'était un grand jour pour le Trésor, et qu'il espérait que « personne ne le reconnaîtrait comme le plan Morgenthau ». La directive, qui fut en vigueur durant plus de deux ans, indiquait aux forces américaines d'occupation de « […] ne prendre aucune mesure regardant vers le redressement économique de l'Allemagne ».

Dans l'Allemagne occupée, Morgenthau a laissé un héritage direct à travers ce qui était couramment appelé « les garçons Morgenthau ». Ce sont les responsables américains du Trésor que le général Dwight D. Eisenhower avait « prêtés » à l'armée d'occupation. Ces gens veillèrent à ce que JCS 1067 fut interprétée aussi strictement que possible. Ils furent surtout actifs dans les premiers mois de l'occupation, mais continuèrent leurs activités encore près de deux ans après la démission de Morgenthau à la mi-1945, et quelque temps après le départ de leur chef, le colonel Bernard Bernstein, qui était « le gardien de l'esprit Morgenthau dans l'armée d'occupation ». Ils démissionnèrent en juillet 1947 lorsque la JCS 1067 fut remplacée par la JCS 1779, qui soulignait, elle, qu'« une Europe ordonnée et prospère nécessite les contributions économiques d'une Allemagne stable et productive. »

L'héritage de Morgenthau a également été perçu dans les plans de préservation du désarmement de l'Allemagne en réduisant considérablement sa puissance économique.

En octobre 1945, Morgenthau publia un livre dans lequel il décrit et motive le plan Morgenthau dans les moindres détails. Roosevelt avait accordé sa permission pour le livre le soir avant sa mort, quand Morgenthau avait demandé la permission de Churchill pour inclure également le texte du mémorandum, à l'époque encore secret, signé par Churchill et Roosevelt à Québec concernant la « pastoralisation », mais l'autorisation fut refusée. En novembre 1945, le général Dwight D. Eisenhower, le gouverneur militaire de la zone d'occupation américaine, approuva la distribution de 1000 exemplaires gratuits du livre aux responsables militaires américains dans l'Allemagne occupée. L'historien Stephen Ambrose en tire la conclusion que, en dépit des allégations ultérieures d'Eisenhower avançant que la directive n'était pas une poursuite du plan Morgenthau, celui-ci a, à la fois approuvé le plan et avait déjà donné à Morgenthau certaines de ses idées sur la façon dont l'Allemagne devait être traitée.

Après sa démission, ainsi que d'autres personnalités telles que l'ancienne première dame, Eleanor Roosevelt, Morgenthau est resté pendant plusieurs années un membre actif de la campagne du groupe pour une « paix dure » (harsh peace) pour l'Allemagne.

Exécution des criminels nazis[modifier | modifier le code]

Morgenthau préconisa l'exécution sommaire, sans procès, des 50 ou 100 premiers présumés criminels nazis[4]. Cette proposition connut un certain succès, mais finalement, le procès de Nuremberg fut l'option choisie.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dean L. May, « Morgenthau, Henry, Jr. », American National Biography(2000)
  2. Amity Shlaes, The Forgotten Man (2007), p. 163, 148
  3. Thomas Repetto, The American Mafia: A History of Its Rise to Power. Henry Holt & Company, 2004.
  4. War crimes against women: prosecution in international war crimes tribunals Kelly Askin Aube, p. 105

Articles connexes[modifier | modifier le code]