Henry Flood

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Henry Flood.

Henry Flood (17322 décembre 1791), était un homme d'État irlandais, fils de Warden Flood, président de la Haute-Cour de justice en Irlande. Il fit ses études au Trinity College de Dublin, puis, vers 1749, au Christ Church College d'Oxford, où il brilla en littérature ancienne. Il fut un homme politique de premier plan, et un ami d'Henry Grattan, le chef du Parti patriote irlandais.

Son père était issu d'une famille aisée, et lui-même épousa la fille de Marcus Beresford, 1er comte de Tyrone, qui lui apporta une fortune considérable. C'était un beau jeune homme, spirituel, aimable et brillant causeur. Il avait un don inné de l'éloquence, qu'il développa encore par l'étude de l'art oratoire antique et la pratique de la diction.

Au Parlement d'Irlande[modifier | modifier le code]

En 1759, il entra au Parlement d'Irlande comme représentant de la circonscription de Kilkenny. À cette époque, il n'y avait à la Chambre des communes irlandaise aucun parti qui aurait pu véritablement être qualifié de national, et il fallut attendre quelques années encore pour en avoir un qui méritât le nom d'opposition. Le Parlement irlandais était encore constitutionnellement subordonné au Conseil privé du Royaume-Uni. Il ne pouvait quasiment pas légiférer de façon indépendante, et n'avait aucun contrôle de la politique de l'exécutif, qui était nommé par les ministres à Londres. Bien que la grande majorité de la population fût catholique, aucune personne de cette religion ne pouvait siéger au Parlement, ni même voter. Le code pénal empêchait quasiment un catholique de posséder une propriété, d'exercer une profession intellectuelle, et même de donner une instruction à ses enfants. Ce code pénal, qui pressurait sévèrement les catholiques sur de nombreux points et les soumettait à des conditions dégradantes, n'était pas encore abrogé, bien qu'il fût dans la pratique en grande partie obsolète. L'industrie et le commerce en Irlande étaient pénalisés par les restrictions imposées, selon les théories économiques de l'époque, dans l'intérêt du commerce britannique rival. Des hommes comme Anthony Malone et Hely-Hutchinson réalisèrent pleinement la nécessité de réformes de fond, et il ne manquait que l'habileté et l'éloquence de Flood à la Chambre des communes irlandaise pour mettre sur pied au Parlement un parti politique indépendant, et de créer dans le pays un courant d'opinion ayant des objectifs intelligibles et précis.

En 1761, Flood fut réélu dans le Parlement renouvelé, où son éloquence brillante le distingua. Les sujets principaux pour lesquels il luttait étaient le raccourcissement de la durée du Parlement, qui n'avait alors en Irlande aucune limite spécifiée dans le temps, mis à part le décès du souverain régnant, la réduction de la liste scandaleusement longue des pensionnés, la mise en place d'une milice nationale, qui pût balancer dans le pays l'ascendant de l'armée, et, par-dessus tout, l'indépendance législative complète du Parlement irlandais. Pendant quelques années, la situation n'évolua guère ; mais en 1768, le ministère anglais, qui avait à ce moment-là des raisons particulières pour éviter l'impopularité en Irlande, permit le vote de la loi octennale (« Octennial Bill »), qui limitait la durée du Parlement à huit ans. Ce fut le premier pas vers une représentation de la Chambre des communes irlandaise un peu plus fidèle de l'opinion publique, même si elle restait uniquement composée de protestants.

C'était devenu la coutume en Irlande de permettre aux propriétaires de boroughs parlementaires de bénéficier du clientélisme royal, en échange de leur soutien des intérêts du gouvernement au Parlement. Mais, durant la vice-royauté de Lord Townsend, on fit comprendre aux aristocrates, et plus particulièrement à ces « undertakers », ces souteneurs, comme on les appelait, que, dans le futur, leurs privilèges dans ce domaine seraient réduits. Aussi, quand, en 1768, le gouvernement saisit une occasion de réaffirmer la subordination constitutionnelle du Parlement irlandais, ces classes puissantes se rangèrent temporairement du côté de Flood. L'année suivante, conformément à la procédure établie, un projet de loi de finance fut présenté par le Conseil privé de Londres à la Chambre des communes irlandaise pour acceptation. Il fut non seulement rejeté, mais, de plus, contrairement aux habitudes, une raison fut donnée à cette décision : ce projet de loi ne venait pas du Parlement irlandais. En conséquence, le Parlement fut prorogé de façon péremptoire, et l'intersession de quatorze mois fut employée par le gouvernement à s'assurer une majorité grâce à une vaste campagne de corruption. Néanmoins, lorsque le Parlement se réunit en février 1771, un autre projet de loi de finance fut repoussé sur proposition de Flood. L'année suivante, Lord Townsend, le Lord lieutenant d'Irlande dont la politique avait provoqué ce conflit, fut rappelé. Ce combat fut l'occasion de la publication de Baratariana, célèbre alors, à laquelle Flood participa par une série de vigoureuses lettres à la manière de Junius, et Henry Grattan fut l'un de ses collaborateurs.

Le succès, qu'avait connu Flood jusque-là, l'avait placé dans une position jamais atteinte auparavant par un homme politique irlandais. Comme le remarqua un éminent historien de l'Irlande, « il avait prouvé qu'il était sans conteste le plus grand orateur populaire que le pays eût jamais produit, et qu'il était aussi passé maître en tactique parlementaire. Malgré des conditions parlementaires extrêmement défavorables, et dans une atmosphère de corruption, de vénalité et de soumission, il était parvenu à créer un parti devant lequel les ministres commençaient à trembler, et à introduire dans les circonscriptions protestantes un véritable esprit de liberté et d'indépendance. » Lord Harcourt, qui succéda à Lord Townsend comme vice-roi, réalisa qu'il devait gagner à n'importe quel prix les bonnes grâces de Flood, plutôt que de subir l'opposition d'un meneur aussi formidable.

En conséquence, en 1775, il fit offrir à Flood un siège au Conseil privé d'Irlande et le poste de trésorier adjoint avec un salaire annuel de £3500. Flood accepta le tout, et il en fut sévèrement critiqué. Il est possible qu'il n'ait pas agi par appât de l'argent, et qu'il ait pu raisonnablement pensé qu'il avait de meilleures chances de mener sa politique par le biais d'une position ministérielle. En tout état de cause, il perdit son influence, et la direction du parti national passa aux mains de Grattan, qui entra au Parlement irlandais au moment où Flood devenait ministre.

Flood resta en fonction pendant près de sept ans. Il était tenu au silence sur la question de l'indépendance du Parlement irlandais, et il devait se contenter de défendre des réformes mineures lorsque l'occasion se présentait. Il eut un rôle déterminant dans l'obtention de primes pour l'exportation du blé irlandais vers l'étranger, ainsi que d'autres concessions commerciales de moindre importance. D'un autre côté, il ne parvint pas à faire voter l'Habeas Corpus et le projet de loi visant à rendre inamovibles les juges, alors que son soutien à la politique américaine de Lord North nuisit gravement à sa popularité et à sa réputation. En 1778, un événement important, l'alliance de la France et des colonies américaines révoltées, lui fit recouvrer indirectement un peu de sa position passée dans le pays. Cette alliance faisait courir le risque à l'Irlande d'une invasion française, alors que l'Angleterre ne disposait pas de troupes pour défendre l'île. Le mouvement des Volontaires irlandais fut mis sur pied pour répondre à l'urgence, et, en quelques semaines, pas moins de 40 000 hommes se trouvèrent sous les armes, encadrés par la gentry, et contrôlés par Lord Charlemont. Recrutés d'abord exclusivement parmi les protestants, en majorité presbytériens de l'Ulster, ces Volontaires finirent par admettre des catholiques. Cette force, dans laquelle Flood avait le grade de colonel, s'engagea bientôt en politique.

La convention des Volontaires, organisée exactement comme une assemblée représentative, mais disposant de la puissance d'une armée, commença à demander de façon menaçante la suppression des restrictions commerciales qui réduisaient à néant la prospérité irlandaise. Sous cette pression, le gouvernement céda ; en 1779, la totalité du commerce colonial s'ouvrit pour la première fois à l'Irlande, et d'autres concessions furent encore arrachées, comme la libre exportation des laines irlandaises. Flood, qui avait pris une part active, mais non prépondérante, à ce mouvement, démissionna enfin de ses fonctions ministérielles et rejoignit son ancien parti. Il fut déçu de constater que ses actions passées avaient été pour une grande part oubliées, et qu'il était éclipsé par Grattan. Quand, lors du débat sur la question constitutionnelle de 1779, Flood se plaignit du peu de considération qu'on lui montrait sur une question qu'il avait pourtant été le premier à soulever, on lui rappela que, selon la loi civile, si un homme se séparait de sa femme et l'abandonnait pendant sept ans, un autre pouvait alors la prendre et lui offrir sa protection. Mais, bien que Flood eût perdu la direction du mouvement pour l'indépendance du Parlement irlandais, l'agitation, qui était alors entretenue par la Convention des Volontaires et appuyée par les signes du mécontentement croissant de la population, conduisit finalement à la Constitution de 1782, ainsi qu'à un certain nombre d'autres réformes importantes.

Pourtant, ce succès ne fut pas plus tôt acquis que surgit une question, connue comme la controverse de la simple abrogation. En effet, après l'abrogation des lois sur lesquelles était fondée la subordination du Parlement irlandais, ne devait-on pas demander à l'Angleterre de renoncer à l'avenir à toutes ses prétentions de contrôler la législation irlandaise ? L'importance historique principale de ce débat fut la mémorable brisure de l'amitié entre Flood et Grattan, chacun d'eux assaillant l'autre d'invectives disproportionnées, mais d'une éloquence merveilleuse, à la Chambre des communes. Ainsi Grattan, pour avoir l'air d'éviter une attaque personnelle, semblait s'adresser à un membre absent de l'assemblée, et l'apostrophait, les yeux en permanence fixés sur Flood : « Vous avez de grands talents, mais vous menez une vie infâme ; pendant des années vous avez gardé un silence que vous vous faisiez payer [...] Je vous le dis à la face de votre pays, devant tout le monde et devant vous-même ; non, vous n'êtes pas un honnête homme. »[1]. Grattan compara aussi Flood à un rapace au bec brisé, ce qui constituait une offense toute particulière, car elle s'appliquait à un défaut visible du visage de son rival.

Les vues de Flood prévalurent pourtant, car l'Acte de Renonciation, qui accordait à l'Irlande sa pleine autonomie législative, telle que Flood l'avait prônée, fut généreusement voté par le Parlement anglais en 1783, et, pour un moment, Flood retrouva sa popularité aux dépens de son rival. Flood déposa ensuite, le 28 novembre 1783, un projet de loi de réforme parlementaire, après l'avoir préalablement soumis à la Convention des Volontaires. Ce projet de loi, qui ne contenait aucune disposition accordant le droit de vote aux catholiques, une proposition à laquelle Flood s'était toujours opposé, fut repoussé, sous le prétexte que l'attitude des Volontaires menaçait la liberté du Parlement. Les Volontaires étaient parfaitement fidèles à la Couronne et respectueux des liens avec l'Angleterre. Sur la proposition de Flood, ils portèrent une adresse au roi, exprimant l'espoir que leur soutien aux réformes parlementaires ne fût imputé à rien d'autre qu'à leur simple et louable désir de faire respecter la constitution, ainsi qu'à perpétuer l'union cordiale des deux royaumes. La convention fut ensuite dissoute, contre l'avis de Flood, qui, à l'inverse de Grattan, aurait désiré la conserver comme moyen de pression sur le Parlement, afin d'obtenir des réformes.

Parlement britannique[modifier | modifier le code]

En 1776, Flood tenta en vain d'entrer à la Chambre des communes britannique. En 1783, il essaya de nouveau, cette fois avec succès. Il acheta un siège de Winchester au duc de Chandos, et, pendant les sept années suivantes, il fut membre à la fois du Parlement irlandais et du Parlement britannique. En 1784, il présenta de nouveau, sans plus de succès, son projet de loi de réforme au Parlement irlandais, et il soutint le mouvement de protection des industries irlandaises, mais, manquant de clairvoyance, il s'opposa aux propositions commerciales de Pitt en 1785. Il demeura un farouche opposant à l'émancipation des catholiques, défendant même les lois pénales, argumentant qu'après la Révolution, ce n'était plus des lois de persécution, mais de nécessité politique. Mais, après 1786, il semble ne plus avoir assisté au Parlement de Dublin.

Au Parlement de Westminster, où il refusa de faire partie de tout parti politique, il ne connut pas le succès. Le 3 décembre 1783, son premier discours, qui s'opposait à « l'India Bill » de Charles James Fox, déçut les attentes suscitées par sa célébrité. Son discours s'opposant au traité commercial avec la France en 1787 fut cependant plus talentueux, et, en 1790, il présenta un projet de réforme de la représentation parlementaire, que Fox qualifia de meilleur projet de réforme jamais proposé, et dans lequel, selon Edmund Burke, on retrouvait ce qui avait fait la réputation de Flood. Mais à la dissolution, cette même année, il perdit ses sièges aux deux Parlements, et il se retira à Farmley, sa résidence du comté de Kilkenny, où il demeura jusque sa mort par pleurésie le 2 décembre 1791.

Quand Peter Burrowes, en dépit de sa grande amitié avec Grattan, déclara que Flood fut peut-être l'homme le plus talentueux que l'Irlande ait jamais engendré, et indiscutablement l'homme le plus talentueux de son époque, il exprimait ce qui était probablement l'opinion de ses contemporains. Lord Charlemont, qui le connut de façon intime, bien qu'il ne fût pas toujours d'accord avec sa politique, lui reconnaissait une extraordinaire habileté. Il déclara aussi que l'avarice ne faisait pas partie du caractère de Flood. Lord Mountmorres, un critique en aucune façon favorable à Flood, le présentait comme un homme essentiellement honnête, qui détestait la flatterie. Grattan, qui, malgré leur dispute célèbre, lui conserva tout son respect, dit de lui qu'il était l'homme le plus aimable et le plus sensé du monde. Dans sa jeunesse, il était chaleureux, franc, sociable et spirituel, tandis que la déception l'avait rendu triste et taciturne dans ses vieux jours. Comme orateur, il n'était pas aussi brillant et piquant que Grattan, mais son éloquence était remarquable par la force de son raisonnement, et par la pureté et la richesse de son style, plein d'images et d'allusions classiques. Maître du sarcasme et de l'invective, il se montrait avec plus d'avantage quand il répondait que lorsqu'il prenait l'initiative.

L'ambition personnelle avait souvent motivé ses actions, mais son jugement politique était généralement sûr. Bentham pensait que Flood aurait réussi à faire aboutir un projet de loi de réforme, qui aurait préservé l'indépendance législative du Parlement irlandais, si Grattan et le reste de son parti l'avaient soutenu en maintenant la Convention des Volontaires en 1783. Bien que sa loyauté à la couronne britannique et à l'empire ne faiblît jamais, il figure parmi les plus grands et les plus sincères patriotes irlandais.

Certains de ses discours dans les Parlements ont été imprimés, ainsi que des vers et des traductions. Par exemple :

  • Discours sur le traité de commerce avec la France, 1787 ;
  • Vers sur la mort de Frédéric, prince de Galles, 1751 ;
  • Ode sur la renommée, 1785
  • Traduction de la Première Ode pythique de Pindare, 1785 ;

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Warden Flood, Memoirs of Henry Flood (Londres, 1838);
  • Henry Grattan, Memoirs of the Life and Times of the Right Hon. H. Grattan (5 vols., Londres, 1839-1846);
  • Charles Phillips, Recollections of Curran and some of his Contemporaries (Londres, 1822); The Irish Parliament 1775, depuis un manuscrit officiel et contemporain, publié par William Hunt (Londres, 1907);
  • WJ O'Neill Daunt, Ireland and Her Agitators; Lord Mountmorres, History of the Irish Parliament (2 vols., Londres, 1792); WEH Lecky, History of England in the Eighteenth Century (8 vols., Londres, 1878-1890);
  • Leaders of Public Opinion in Ireland (édition augmentée, 2 vols., Londres, 1903); JA Froude, The English in Ireland, vols. ii. and iii. (Londres, 1881);
  • Horace Walpole, Memoirs of the Reign of George III (4 vols., Londres, 1845, 1894);
  • Sir Jonah Barrington, Rise and Fall of the Irish Nation (Londres, 1833);
  • Francis Plowden, Historical Review of the State of Ireland (Londres, 1803);
  • Alfred Webb, Compendium of Irish Biography (Dublin, 1878);
  • F. Hardy, Memoirs of Lord Charlemont (Londres, 1812),

Plus particulièrement sur le mouvement des Volontaires, voir :

  • Proceedings of the Volunteer Delegates of Ireland 1784 (Anon. Pamphlet, Brit. Mus.);
  • The Charlemont Papers, and Irish Parl. Debates, (vols. i.-iv.).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Louis-Gabriel Michaud, article Henry Flood

Sources[modifier | modifier le code]