Henry Chavigny de Lachevrotière

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Henri Chavigny de Lachevrotière

Description de cette image, également commentée ci-après

Henri Chavigny de Lachevrotière dans les années 1930

Activités journaliste
personnalité politique
Naissance 11 septembre 1883
Saïgon, Cochinchine
Décès 12 janvier 1951 (à 67 ans)
Saïgon, Flag of Colonial Annam.svg Indochine française
Langue d'écriture français (et vietnamien?)
Distinctions légion d'honneur et Croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs avec palmes à titre posthume

Henri Chavigny de Lachevrotière né 11 septembre 1883 à Saïgon où il est mort assassiné le 12 janvier 1951, est un journaliste et homme politique franco-vietnamien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Henry Chavigny de Lachevrotière est issu d'une vieille famille française installée en Nouvelle-France, dès le XVIIe siècle, puis en Martinique[1]. Son père, Éleuthère Chavigny de Lachevrotière, fut l'un des premiers de la branche martiniquaise de cette famille à quitter l'île. Il s'installe à Saïgon où il devient pilote dans la région[2]. À Saïgon, il rencontre Nguyen thi An, femme d'origine tonkinoise qu'il finit par épouser. C'est ainsi que le 11 septembre 1883 (enregistré à l'état civil le 20 décembre 1883) naquit Henry Bernard Chavigny de Lachevrotière à Saïgon, aujourd'hui Hô-Chi-Minh-Ville, alors capitale de la Cochinchine.

Le jeune Henry part étudier au lycée de Bordeaux avant de retourner vivre à Saïgon où il commence une carrière de journaliste.

Carrière de journaliste[modifier | modifier le code]

C'est ainsi qu'en 1917, il entre au service de L'Impartial, journal appartenant à Ernest Outrey. Il en deviendra le rédacteur en chef et ce sera le journal le plus lu de Saïgon. Il y développe une position pro-française et cherche à défendre les intérêts de "la mère patrie".

C'est à cette époque qu'a lieu, en 1925, le scandale avec André Malraux. En 1923, André Malraux, âgé seulement de 22 ans, accompagné de son épouse Clara, effectue le voyage de métropole en Indochine. Impressionnés par les connaissances encyclopédiques du jeune homme, le musée Guimet puis l’École française d'Extrême-Orient leur délivrent des laissez-passer pour explorer des temples de la région d’Angkor, au Cambodge[3]. L’aventure devient rocambolesque quand les malles et bagages de Malraux et de ses compagnons d’infortune sont ouverts, au moment du retour, et que les autorités y trouvent près de huit cents kilos de pierres et de morceaux de bas-reliefs, arrachés aux temples. Les pilleurs sont condamnés. La presse indochinoise, à commencer par L'Impartial se déchaîne contre André Malraux. Lorsque ce dernier, s’étant lié d’amitié avec Paul Monin, avocat et fondateur du journal l’Indochine, revient deux ans plus tard à Saïgon, les protagonistes s’affrontent par journaux interposés. Les titres parus dans le journal l’Indochine sont éloquents : « Première lettre à Monsieur Henry, d’En-avant-pour-l’arrière, moraliste sévère et journaliste sain » ; « Encore Chevrotière. Secondaire sapajou : le soporifique Delong » ; « Au très pur, très noble, très loyal gentilhomme Henry Chavigny d’En-avant-pour-l’arrière, ancien indicateur de la Sureté »…

Ce à quoi Henry Chavigny répond, dans L'Impartial : « Des documents, des preuves : Paul Monin vendu aux bolchéviques chinois ! ». Et Malraux de rétorquer : « À Chavigny, vierge et martyr » !

Il est vrai que l’écrivain et futur ministre de la Culture, a déjà des sympathies pour les révolutionnaires communistes, Paul Monin également, et qu’à l’époque, avoir ce genre de sentiments est totalement incompatible avec ce qui fait la grandeur de la France aux yeux de l’opinion publique : le colonialisme – soutenu par toutes les tendances politiques, y compris les socialistes – et ses apports « bénéfiques » aux populations dites alors « indigènes ». Malraux se défend du raccourci entre communisme et colonialisme. Soutenu par des écrivains, des artistes, des intellectuels et quelques savants, il prêche un peu dans le désert… Pour autant quelques-uns de ses articles font grand bruit, jusqu’en métropole : défendant les idées d’émancipation du peuple indochinois – que l’on appellera bientôt vietnamien – Malraux s’attire le soutien d’une certaine bourgeoisie locale, et qui deviendra peu à peu, plus influente[4].

Les années passent. Henry Chavigny de La Chevrotière devient un personnage incontournable de la presse et de la présence française en Indochine.

Il quitte L'Impartial en 1926 et fonde, en 1928 son propre journal, La Dépêche. Ce sera le journal le plus lu de Saïgon[5].

Assassinat[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, il crée un nouveau journal, L'union française. La réputation du journaliste n'est plus à faire, et il est connu de la plupart des gouverneurs et des responsables militaires, dont le moindre n’est certainement pas le général Jean de Lattre de Tassigny. Celui-ci, nommé en décembre 1950, est accompagné de plusieurs officiers généraux dont René Cogny, Polytechnicien, et général de brigade dans l’artillerie.

À cette époque, les tensions entre Français et communistes vietnamiens sont à leur paroxysme. C'est après avoir déjà échappé à deux attentats que Henry Chavigny de Lachevrotière est finalement tué par une grenade. L'Agence France-Presse relate les évènements : « Vendredi, à 12h35, M. de La Chevrotière se rendait dans sa Hotchkiss décapotable de son bureau à son domicile rue des Eparges, en passant comme à l’accoutumée par la rue Richaud. Peu avant le carrefour Richaud – Evriaud des Vergnes, il fut dépassé par une jeep portant le numéro jaune du Corps consulaire, occupée par deux terroristes. Arrivé à la hauteur de la voiture de M. de La Chevrotière, celui qui ne conduisait pas jeta deux grenades dans la Hotchkiss. M. de La Chevrotière en saisit une et s’apprêtait à la relancer quand elle explosa. Sa main fut arrachée. Atteint au corps et à la tête qui fut criblée d’éclats, M. de La Chevrotière mourut presque instantanément. L’autre grenade atteignit le chauffeur qui accompagnait M. de La Chevrotière et fut grièvement blessé ».

Distinctions et hypothèse sur l'assassinat[modifier | modifier le code]

Les responsables français décident de décorer Lachevrotière en ces termes : « Au nom du général de Lattre de Tassigny, le général Cogny décore à titre posthume M. de La Chevrotière de la croix de la Légion d’honneur et de la croix de guerre des T.O.E. – nb : Théâtres des Opérations Extérieur – avec palmes. Journaliste de grande classe qui, après avoir dépensé sans relâche et sans souci pour défendre la cause de l’amitié franco-vietnamienne dont il a été l’un des premiers pionniers. Condamné à mort par les terroristes, ayant échappé par miracle à deux attentats, n’a pas hésité à continuer son œuvre. Est tombé en soldat le 12 janvier 1951, donnant ainsi l’exemple de courage et de ténacité ». Son nom figure également sur le monument aux morts d'Issy-les-Moulineaux.

Bien que les raisons de son assassinat semble justifiées du point de vue des communistes, il n'a pas échappé au chauffeur (qui ne conduisait pas) de Lachevrotière, et qui mourut finalement quelques heures après l'attentat, que la voiture des terroristes portait une plaque du corps diplomatique. L'hypothèse soutenu par les proches de Lachevrotière est qu'il aurait pu s'agir d'une élimination commandée par les Américains. Cette hypothèse nécessite quelques précautions car les documents en la possession de Lachevrotière ont été brûlés après son assassinat. Mais ce n'est un secret pour personne que les Américains ne voyaient pas d'un très bon œil l'Empire colonial français. Lachevrotière avait écrit dans son journal le nom de bateaux américains livrant des armes au Việt Minh (peut être est-ce la raison pour laquelle il est si difficile de se procurer des exemplaires de L'union française)[Note 1].

Toujours est-il que Henry Chavigny de Lachevrotière eut droit à des funérailles grandioses en la cathédrale Notre-Dame de Saigon rassemblant un très grand nombre de personnes. Il fut inhumé au cimetière français de Saïgon. Quelques années plus tard, lors de la destruction de ce cimetière, ses restes furent rapatriés en France à la charge de ses enfants.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

Henry Chavigny de Lachevrotière a été président du Conseil colonial de Cochinchine, y menant une politique conservatrice en défendant les intérêts de la métropole[6].

Autres activités et entourage [modifier | modifier le code]

Lachevrotière possédait ou était directeur de plusieurs grands hôtels comme le Majestic et le Grand Hôtel de Saïgon[7]. Il fut très ami avec les propriétaires de l'hôtel Continental dont le directeur s'appelait Franquini[8]. Il fut aussi le propriétaire et directeur de plantations importantes : La Plantation Lachevrotière, d'une superficie de 1100 ha (110 ha plantés) dans la province de Kampot (Cambodge)[9] et la Plantation de Long-Thuan, plus petite avec une superficie de 240 ha pour 220 ha plantés, dans le canton de Thanh-tuy-hoa, à 64 km de Saïgon[10].

Henry de Lachevrotière fut marié deux fois. De sa première femme, Marie Dô, une Vietnamienne élevée par un Anglais du nom de Thromlet, il eut sept enfants, dont une fille morte en bas âge. Avec sa deuxième femme, Alice Sanial, elle aussi propriétaire d'une plantation (150 ha dans la région de Binh-Thuan)[11], il eut deux enfants[Note 2].

Jugement contemporain[modifier | modifier le code]

Même si aujourd'hui, la personnalité pro-colonialiste d’Henry Chavigny de Lachevrotière peut paraître gênante, il ne faut pas manquer de replacer les évènements dans leur contexte. À l'époque des balbutiements de la décolonisation, la France veut également aménager la politique vietnamienne qui tend vers la Chine et le communisme. Les journaux à tendance communiste et anticolonialiste apparaissent tel L'Indochine d'André Malraux que Lachevrotière combattra avec L'Impartial, parvenant à réduire la diffusion du journal de Malraux rebaptisé L'Indochine enchainée[12]. Par ailleurs, la décolonisation de l'Indochine reste un des éléments les plus tragiques de l'Histoire et pour la France et pour le Vietnam. Dans ce contexte, Lachevrotière était une figure de premier plan comme le montre le nombre de lecteurs de ses journaux ou le nombre de personnes présentes à son enterrement.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'aimable collaboration des membres de le famille Chavigny de Lachevrotière et leurs témoignages.
  2. L'aimable collaboration de membres de le famille Chavigny de Lachevrotière et leurs témoignages.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jacques de La Chevrotière dans l'Éléonore, vol. 3, n° 2.
  2. Jacques de La Chevrotière, Les Chavigny de La Chevrotière en Nouvelle-France, à la Martinique, p. 41.
  3. André Malraux.
  4. Le Mystérieux Destin d'Henry Chavigny de Lachevrotière.
  5. La presse de Saigon dans les années 1930.
  6. La Revue indochinoise juridique & économique, nos 13 à 14, p. 132 et 133.
  7. ↑ From Southern Admin. Bulletin, 1-11-1928, no 44, p. 3248.
  8. (en) L'histoire du Grand Hôtel de Saïgon.
  9. Indochine. Adresses. 1re année 1933-1934 : Annuaire complet (européen et indigène) de toute l'Indochine, commerce, industrie, plantations, mines, adresses particulières... -impr. A. Portail ; Mme L. Barrière, R.-J. Dickson (Saigon)-1933, p. 933.
  10. Indochine. Adresses. 1re année 1933-1934 : Annuaire complet (européen et indigène) de toute l'Indochine, commerce, industrie, plantations, mines, adresses particulières... -impr. A. Portail ; Mme L. Barrière, R.-J. Dickson (Saigon)-1933, p. 841.
  11. Indochine. Adresses. 1re année 1933-1934 : Annuaire complet (européen et indigène) de toute l'Indochine, commerce, industrie, plantations, mines, adresses particulières... -impr. A. Portail ; Mme L. Barrière, R.-J. Dickson (Saigon)-1933, p. 919.
  12. Gilles Kraemer, Trois siècles de presse francophone dans le monde : hors de France, de Belgique, de Suisse et du Québec, p. 107.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques de La Chevrotière dans l'Éléonore, vol. 3, no 2
  • Jacques de La Chevrotière, Les Chavigny de La Chevrotière en Nouvelle-France, à la Martinique
  • La Revue indochinoise juridique & économique, nos 13 à 14
  • Southern Admin. Bulletin, 1-11-1928, n.44 (en)
  • Gilles Kraemer, Trois siècles de presse francophone dans le monde : hors de France, de Belgique, de Suisse et du Québec
  • Indochine. Adresses. 1re année 1933-1934 : Annuaire complet (européen et indigène) de toute l'Indochine, commerce, industrie, plantations, mines, adresses particulières... -impr. A. Portail ; Mme L. Barrière, R.-J. Dickson (Saigon)-1933

(Les références tirées de ces ouvrages sont accessibles en extraits sur Google books ou sur Gallica)